ObjectifÉvaluer l’impact de l’exposition professionnelle à la silice cristalline sur la fonction ventilatoire dans une population de sujets du Nord de la France.MéthodesNous avons inclus 1428 hommes âgés de 40 à 65 ans de l’étude transversale ELISABET, recrutés en population générale par tirage au sort sur liste électorale, ayant réalisé une spirométrie (normes Global Lung Function Initiative 2012 [GLI-2012]) et un questionnaire. L’indice d’exposition cumulée à la silice cristalline (IEC Silice) exprimé en mg.m−3. années a été calculé avec la matrice emploi-exposition (MEE) matgéné silice cristalline. Les co-expositions aux vapeurs, gaz, fumées et poussières (hors silice) (VGFP) ont été estimées avec une MEE créée pour cette étude. Les relations entre l’IEC silice et les indices spirométriques ont été étudiées à l’aide de modèles de régression logistique et linéaire ajustés sur l’âge, l’indice de masse corporelle, le statut tabagique, le centre, l’antécédent d’asthme, la saison et les co-expositions aux VGFP.RésultatsLa proportion de sujets exposés à la silice était de 20,5 % (293/1428). En régression linéaire multiple, les z-scores ajustés du VEMS/CVF (rapport du volume expiré maximal pendant la 1re seconde [VEMS] sur la capacité vitale forcée [CVF]) et du débit expiratoire moyen entre 25 et 75 % de la capacité vitale forcée (DEM25–75) diminuaient de manière significative à mesure que l’IEC silice augmentait. Après ajustement, les z-scores du VEMS/CVF (β : 0,426 (intervalle de confiance à 95 % [IC95 %] : 0,792–0,060) par augmentation de 1mg.m−3. année) et du DEM25–75 (β : 0,552 [IC95 % : 0,947–0,157]) étaient significativement plus faibles chez les sujets ayant un IEC silice ≥ 1mg.m−3.années que chez les sujets non exposés. En régression logistique multivariée, le risque de présenter un trouble ventilatoire obstructif (TVO) était significativement augmenté chez les sujets ayant un IEC silice≥1mg.m−3.années par rapport aux non-exposés (ORajusté=3,06 [IC95 %=1,10–7,63] ; p=0,022) ainsi que le risque de présenter une altération du DEM25–75 (ORajusté=4,31 [IC95 %=1,39–11,79] ; p=0,007).ConclusionCette étude renforce l’indication à réaliser une surveillance spirométrique pendant la carrière et lors du suivi post-professionnel chez les sujets atteignant ou dépassant un seuil d’exposition à la silice de 1mg.m−3.année, afin d’identifier une obstruction des petites voies aériennes ou un TVO.
Objective To describe the proportions of subjects exposed to crystalline silica and the sectors of activity concerned between 1965 and 2010 in a sample of the general French population. Methods We included 2942 participants aged 40 to 65 years, recruited at random from electoral rolls, from the French general population in the cross-sectional ELISABET study between 2011 and 2013. The proportions of subjects exposed to crystalline silica and their sectors of activity were determined on the basis of their career history and the use of the Matgéné job-exposure matrix. Results In the total sample, occupational exposure to crystalline silica was found for 291 subjects (9.9%) between 1965 and 2010, with a predominance of men (20.2% of exposed subjects among men (282 out of 1394) versus 0.6% among women (9 out of 1548)). The highest proportion of participants exposed to crystalline silica was reached in 1980 with 6.1% and then decreases to 4.4% in 2010. Among men, the most frequently exposed sectors of activity were manufacture of basic metals (41.5% of exposed men (117 out of 282)), specialised construction activities (23.1% of exposed men (65 out of 282)) and construction of buildings (14.2% of exposed men (40 out of 282)). Conclusions Although the proportion of workers exposed to crystalline silica has been decreasing since the 1980s, it is still significant at least until 2010, particularly in the construction sector, and further research is needed to improve the monitoring of workers who are or have been exposed to crystalline silica.
INTRODUCTION:Although several studies have studied the relationship between occupational exposure to crystalline silica dust and respiratory mortality, few have examined the relationship with impairments in respiratory function and the exposure threshold triggering spirometric monitoring in exposed workers. The objective of the present study was to evaluate the impact of exposure to crystalline silica dust on respiratory function. METHODS:We included 1428 male participants (aged 40 to 65) recruited from the French general population, at random from electoral rolls, in the cross-sectional ELISABET study and for whom data on forced expiratory flow-volume curve indices z-scores (calculated using the Global Lung Function Initiative 2012 equations) and exposure (via a questionnaire) were available. A cumulative exposure index (CEI) for crystalline silica dust (CEIsilica, expressed in mg.m-3.year) was calculated using the Matgéné occupational exposure matrix. RESULTS:293 of the 1428 participants (20.52%) reported exposure to silica dust. We found that the adjusted z-scores for the forced expiratory volume in the first second/forced vital capacity (FEV1/FVC) ratio decreased significantly as CEIsilica increased. After adjustment, the adjusted z-scores for FEV1/FVC (β: -0.426 (95% confidence interval (CI): -0.792, -0.060) per 1 mg m-3.year increment) and the mean forced expiratory flow between 25 and 75% of the forced vital capacity (FEF25-75) (β: -0.552 (95% CI: -0.947, -0.157)) were significantly lower in the participants with CEIsilica ≥1 mg m-3.year than in non-exposed participants. The likelihoods of having airway obstruction (odds ratio (OR): 3.056 (95% CI: 1.107, 7.626)) or having an impaired FEF25-75 (OR: 4.305 (95% CI: 1.393, 11.79)) were also significantly higher in participants with CEIsilica ≥1 mg m-3.year. CONCLUSION:Our results emphasize the importance of spirometry-based monitoring in workers exposed to more than 1 mg m-3.year of crystalline silica dust, in order to identify small airway obstruction or airway obstruction as early as possible.
De nombreuses études épidémiologiques analysent en population générale l’influence de l’environnement sur l’apparition des troubles ventilatoires obstructifs (TVO). Toutefois, ces études prennent rarement en compte l’influence de l’exposition professionnelle. Dans le cadre de l’enquête épidémiologique ELISABET, nous avons établi un indice individuel d’exposition cumulée pour les expositions professionnelles aux vapeurs, gaz, fumées et poussières (VGFP). L’enquête ELISABET est une étude épidémiologique transversale en population générale dont l’objectif principal est d’estimer la prévalence des TVO entre la communauté urbaine de Lille caractérisée par une pollution d’origine citadine et la communauté urbaine de Dunkerque caractérisée par une pollution d’origine industrielle. Cette étude a recruté 3041 sujets ayant bénéficié d’un examen clinique, d’explorations fonctionnelles respiratoires et d’un questionnaire permettant d’obtenir des informations sur le cursus laboris (premier métier, dernier métier, métier le plus long et les autres métiers ayant exposé le sujet aux VGFP). Les métiers étaient codés selon le code PCS de 2003 et le secteur d’activité lié à ce métier selon le code NAF de 2008. Deux médecins du travail ont estimé l’exposition maximale au VGFP pour chaque secteur d’activité en 3 niveaux : « pas d’exposition » (coté 1), « faible exposition » (coté 2) ou « forte exposition » (coté 4). Cette exposition maximale a été pondérée par celle du métier associé à ce secteur d’activité en estimant l’exposition globale aux polluants atmosphériques pour chaque métier en 3 niveaux : « pas d’exposition » (coté 0), « faible exposition » (coté 1) ou « forte exposition » (coté 2). Les médecins du travail ont estimé l’exposition aux VGFP pour chaque code NAF et PCS en fonction de leurs connaissances et des spécificités de chaque emploi en utilisant les données fournies par l’INSEE. Un indice d’exposition (IE) a été obtenu pour chaque métier en multipliant la cote du code NAF par celle du code PCS et par le nombre d’années pendant lesquelles le salarié a occupé cet emploi. L’indice d’exposition cumulé (IEC) pour chaque item VGFP a été obtenu pour l’ensemble de la carrière d’un sujet en additionnant les IE obtenus pour chaque emploi. L’évaluation de l’exposition de 466 secteurs d’activité et de 162 métiers a été nécessaire pour calculer les IEC des sujets. Les analyses multivariées ont démontré une influence significative du tabac, de la ville et de l’exposition professionnelle sur la fonction respiratoire. Nos résultats montrent que l’expertise du médecin du travail est utile même pour une évaluation de l’exposition professionnelle dans le cadre d’études épidémiologiques en population générale.