Le début de l’ascension de la sécrétion de mélatonine en lumière faible, encore appelé DLMO, est le marqueur de référence de la phase circadienne. Il peut être déterminé par des dosages itératifs au niveau sanguin ou salivaire. En raison de son caractère non invasif et des résultats comparables avec le profil sanguin, le dosage salivaire de mélatonine est privilégié dans la pratique clinique courante. Il existe cependant une certaine hétérogénéité des pratiques concernant les modalités de recueil (ambulatoire/laboratoire, période de recueil et fréquence d’échantillonnage), les techniques d’analyse (immuno-essais ou spectrométrie de masse) et l’interprétation des résultats qui entrave son usage en clinique. Cet article vise à établir un état des lieux des différentes pratiques afin de proposer des recommandations dans le but de standardiser les pratiques. Cette démarche est indispensable pour pouvoir comparer les différentes données, établir des normes et ainsi mieux caractériser les différents troubles du rythme circadien veille-sommeil.
Narcolepsy type 1 is a rare disabling sleep disorder mainly characterized by excessive daytime sleepiness and cataplexy, an emotion-triggered sudden loss of muscle tone. Patients have a selective degeneration of hypocretin-producing neurons in the dorsolateral posterior hypothalamus with growing evidence supporting the hypothesis of an autoimmune mechanism. Few case studies that reported intravenous immunoglobulin therapy (IVIg) suggest the efficacy of IVIg when administered early after disease onset, but the results are controversial. In these retrospective case observations, IVIg cycles were initiated within one to four months after cataplexy onset in a twenty-seven-year-old man, a ten-year-old girl, and a seven-year-old boy, all three with early onset typical narcolepsy type 1. Efficacy of treatment (three IVIg cycles of 1 g/kg administered at four-week intervals) was evaluated based on clinical, polysomnographic, and multiple sleep latency test (mean latency and SOREM) follow-up. Two patients reported decreased cataplexy frequency and ameliorated daytime sleepiness, but no significant amelioration of polysomnographic parameters was observed. Given the possibility of spontaneous improvement of cataplexy frequency with self-behavioral adjustments, these observations would need to be confirmed by larger controlled studies. Based on the present study and current literature, proof of concept is still missing thus prohibiting the consideration of IVIg as an efficient treatment option.
La lumière influence le sommeil et la veille via des effets circadiens et non circadiens (directs), mais la possibilité d’une modulation photique de l’homéostasie du sommeil n’a pas été clairement établie. Des travaux récents de notre équipe ont montré que la mélanopsine (Opn4), un photopigment rétinien médiant les effets non visuels de la lumière, affecte l’homéostasie du sommeil. Dans cette étude, notre objectif a été de déterminer si le processus homéostasique de sommeil est modulé par l’irradiance de la lumière chez des souris mélanopsine knockout (Opn4-/-), en utilisant un protocole ne modifiant pas la phase du rythme circadien. Des souris males (back-cross) Opn4-/- et leurs contrôles ont été exposées à un cycle de lumière obscurité standard de 12 h :12 h en utilisant trois intensités lumineuses différentes (< 10, 150 et 600 lux ; n = 8 par génotype), pendant 7 jours (durée basé sur une étude préliminaire précédente). À l’issue de l’exposition, une privation du sommeil de 6 heures (ZT0-6) a été effectuée. Le sommeil et l’activité EEG delta (marqueur de l’homéostat de sommeil) ont été analysés en condition baseline et en réponse à la privation de sommeil. En condition baseline, la puissance delta augmente significativement (p < 0,05) chez les souris sauvages en fonction de l’intensité lumineuse (600 lux : 195 % et 150 lux : 160 % de la valeur initiale). Le rebond de puissance delta en réponse à la privation de sommeil est plus important lorsque l’intensité lumineuse est plus forte (600, 150, 10 lux ; 240 %, 190 %, 150 %, respectivement). En outre, une différence génotypique significative a été observée, puisque la puissance spectrale delta en condition baseline et post-privation était significativement inférieure chez les animaux Opn4-/- et qu’elle n’était pas modulée par l’intensité lumineuse. Ces résultats suggèrent une relation positive entre l’intensité de la lumière et la régulation homéostasique du sommeil. Cet effet est médié principalement par la phototransduction mélanopsinergique. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les liens entre lumière, mélanopsine et homéostasie du sommeil, avec des applications potentielles au quotidien.
La prise en charge thérapeutique du syndrome des jambes sans repos (SJSR) ne doit être envisagée qu’après un diagnostic de certitude. Le SJSR doit donc être phénotypé précisément, une carence martiale doit être recherchée systématiquement et les facteurs favorisants doivent être éliminés lorsque cela est possible. Un traitement médicamenteux sera envisagé pour les formes sévères ou très sévères. Le traitement médicamenteux sera basé sur l’utilisation d’agonistes dopaminergiques, et/ou de ligands α2δ-1, et/ou d’opiacés. En première intention, le traitement sera une monothérapie, à faible posologie et le choix de la molécule sera fonction de l’interrogatoire et du bilan réalisé.Treatment of restless legs syndrome (RLS) must only be considered after a definite positive diagnosis. The RLS phenotype must be characterised precisely, iron deficiency always tested for, and aggravating factors eliminated when possible. Medical treatment is considered for severe or very severe forms and based on dopaminergic agonists, α2δ-1 ligands and/or opioids. First line treatment will be a low-dose monotherapy and the choice of treatment depends on the results of the clinical examination and investigations.
La première étape, dans la prise en charge d'un malade atteint du syndrome des jambes sans repos (SJSR), est d'identifier et traiter une cause à l'origine d'un SJSR secondaire, tel qu'une carence en fer et d'identifier des médicaments qui peuvent provoquer ou aggraver la maladie.Les patients atteints d'un SJSR doivent être encouragés à maintenir une bonne hygiène de sommeil.L'instauration d'un traitement pharmacologique est limitée aux patients avec des critères diagnostiques stricts, est évaluée sur une base individuelle et dictée par les répercussions cliniques du SJSR.Quatre classes thérapeutiques sont au centre du traitement pharmacologique symptomatique du SJSR : les agents dopaminergiques, certains anti-épileptiques, les opioïdes et les benzodiazépines.Les agonistes dopaminergiques constituent actuellement le traitement de choix du SJSR, en particulier si un traitement quotidien est nécessaire ou si la symptomatologie clinique est sévère. Deux agonistes dopaminergiques disposent de l'AMM en France pour le traitement du SJSR modéré à sévère : le ropinirole (Adartrel®) et le pramipexole (Sifrol®).Après l'instauration du traitement, les patients doivent avoir un suivi régulier pour déterminer l'efficacité du traitement et la survenue éventuelle d'effets secondaires. Une attention particulière est portée à l'apparition d'un phénomène d'augmentation, résultat d'une aggravation paradoxale iatrogène de la maladie sous traitement dopaminergique.The first step in the management of restless legs syndrome (RLS) is to identify, and if possible to treat any condition which might cause or worsen RLS, such as iron deficiency or some drug treatments.The patients suffering from RLS should be prompted to keep a healthy sleep schedule.Drug treatment should be restricted to patients with a clear clinical diagnosis, decided on an individual basis, when the clinical impact is serious.Four drug classes are central to the treatment of RLS: dopaminergic agents, some antiepileptics, opioids, and benzodiazepines.Dopaminergic agonists are the treatment of choice, especially when daily treatment is indicated, or if the symptoms are severe. Two dopaminergic agonists are licensed in France for the treatment of RLS: ropinirole (Adartrel®) and pramipexole (Sifrol®).After initiation of treatment, the patients should benefit from a regular follow-up in order to evaluate the efficacy of treatment and to identify possible side-effects. Special care should be given to the detection of augmentation, a phenomenon characterized by a paradoxical worsening of the symptoms with treatment. Some particular conditions, such as RLS comorbid with renal insufficiency, during pregnancy, and in the child are discussed.
Inflammatory bowel disease (IBD) is a serious public health problem in Western society with a continuing increase in incidence worldwide. Safe, targeted medicines for IBD are not yet available. Autophagy, a vital process implicated in normal cell homeostasis, provides a potential point of entry for the treatment of IBDs, as several autophagy-related genes are associated with IBD risk. We conducted a series of experiments in three distinct mouse models of colitis to test the effectiveness of therapeutic P140, a phosphopeptide that corrects autophagy dysfunctions in other autoimmune and inflammatory diseases. Colitis was experimentally induced in mice by administering dextran sodium sulfate and 2,4,6 trinitrobenzene sulfonic acid. Transgenic mice lacking both il-10 and iRhom2 − involved in tumor necrosis factor α secretion − were also used. In the three models investigated, P140 treatment attenuated the clinical and histological severity of colitis. Post-treatment, altered expression of several macroautophagy and chaperone-mediated autophagy markers, and of pro-inflammatory mediators was corrected. Our results demonstrate that therapeutic intervention with an autophagy modulator improves colitis in animal models. These findings highlight the potential of therapeutic peptide P140 for use in the treatment of IBD.
Cet article propose d’examiner, auprès de populations d’étudiants, les liens entre le climat de justice établi par le supérieur hiérarchique, son style de management différencié sur les deux dimensions structure et considération, et le vécu d’un groupe de travail en termes de harcèlement moral mais aussi en examinant ses conséquences sur l’anxiété et le stress. L’élaboration d’outils permettant d’évaluer ces liens est présentée. Il est montré dans une étude 1, utilisant le « paradigme d’identification », que les sujets pensent que le contexte professionnel est caractérisé plutôt par un climat de justice et assez peu de harcèlement. Ils ne considèrent pas spécialement que le milieu professionnel engendre stress et anxiété. Une étude 2 montre que les dimensions de leadership ont un impact sur les perceptions du climat de justice : des comportements de considération de leaders influencent positivement le sentiment de justice et c’est toujours quand la considération est forte que les sujets estiment qu’il y aura moins de harcèlement.Using student participants, this article examines the links between the justice climate established by a supervisor, the leadership style determined by the dimensions of initiating structure and consideration, and the group’s experiences in terms of morale harassment and its consequences on anxiety and stress. The development of questionnaires necessary for testing these links is presented. In addition, in Study 1, using the identification paradigm, the results indicated that the participants thought they would work in a rather just climate and that they would not be subjected to harassment. They did not believe that their work environment would especially produce stress and anxiety. Study 2 showed that leadership has an impact on perceptions of the justice climate; leaders’ consideration behaviors having a positive effect on justice climate and creating conditions where one expects there to be less harassment.
L’objectif de l’étude était de valider une version française du Sleep Health Index (SHI) de la National Sleep Foundation (États-Unis) auprès d’un échantillon d’adultes francophones avec et sans diabète.Des adultes francophones âgés de 18 à 64 ans étaient invités à compléter sur le Web des questionnaires sur le sommeil : la version française du SHI et des versions françaises validées du Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI) et de l’Insomnia Severity Index (ISI).Un total de 151 adultes (80,1 % de femmes), parmi lesquels 54 avaient un diabète (type 1 : 30 et type 2 : 24), a complété les questionnaires sur le sommeil. Une analyse factorielle confirmatoire non paramétrique du SHI indiquait la présence de trois facteurs (qualité, durée et troubles du sommeil) comme dans l’instrument original. Le SHI avait une cohérence interne acceptable pour l’échelle totale (α = 0,67), ainsi que pour deux (qualité du sommeil : α = 0,84 et troubles du sommeil : α = 0,55) des trois facteurs qu’il mesure. La validité convergente du SHI était appuyée par des corrélations tétrachoriques négatives avec la mauvaise qualité du sommeil (PSQI : rtet = −0,57) et la sévérité de l’insomnie (ISI : rtet = −0,64).La version française du SHI présente majoritairement des propriétés psychométriques adéquates et comparables à l’instrument original. Courte et facile d’utilisation pour évaluer la santé du sommeil chez les adultes de la population générale, elle est un outil d’intérêt pour la santé publique et la francophonie dans le monde.The objective of the study was to validate a French version of the Sleep Health Index (SHI) of the US National Sleep Foundation among a sample of French-speaking adults with and without diabetes.French-speaking adults between the ages of 18 and 64 years were invited to complete Web-based questionnaires on sleep: the French version of the SHI and validated French versions of the Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI) and the Insomnia Severity Index (ISI).A total of 151 adults (80.1% women), among which 54 were adults with diabetes (type 1: 30 and type 2: 24), completed the questionnaires on sleep. A nonparametric confirmatory factor analysis of the French version of the SHI indicated the presence of three factors (quality, duration and sleep disorders) like in the original instrument. The French version of the SHI had an acceptable internal consistency for the complete scale (α = 0.67) and also for two (sleep quality: α = 0.84 and sleep disorders: α = 0.55) of the three factors that it measures. Convergent validity of the French version of the SHI was supported by negative tetrachoric correlations with poor sleep quality (PSQI: rtet = −0.57) and severity of insomnia (ISI: rtet = −0.64).The French version of the SHI has mainly adequate psychometric properties and is comparable to the original instrument. Short and easy to complete for evaluating sleep health in adults of the general population, it is an interesting tool for public health and French-speaking people around the world.
L’insomnie chronique est un trouble fréquent. La pharmacothérapie a longtemps constitué la seule thérapeutique. Avec le développement des thérapies comportementales et cognitives, des portes se sont ouvertes dans la prise en charge de ces troubles. L’efficacité des thérapies comportementales et cognitives est largement reconnue et ces dernières sont recommandées dans différents domaines dont celui de l’insomnie chronique. Depuis les années 1950, ces thérapies se sont développées et enrichies. Elles constituent ainsi une alternative de choix face aux limites de la pharmacologie. Néanmoins, certains patients restent non-répondeurs. Depuis 25 ans, les recherches médicales et psychologiques sur l’utilisation de la pleine conscience et des thérapies qui en découlent en santé physique et mentale se multiplient. La troisième vague de thérapie comportementale et cognitive se développe en intégrant la pleine conscience, constituant ainsi une perspective intéressante dans l’insomnie chronique. Bien qu’encore peu nombreuses, les études dans ce champ se multiplient et l’objectif de cet article est de faire un état des lieux des connaissances concernant la place et l’efficacité des thérapies basées sur la pleine conscience dans l’évolution des thérapies comportementales et cognitives de l’insomnie chronique.Chronic insomnia is a common disorder. For a long time pharmacological therapy has been the only method of treatment. With the development of behavioral and cognitive therapies since the 1950s, nonpharmacological options for treatment of this disorder have evolved. The efficacy of behavioral and cognitive therapies is now widely recognized and recommended in various domains, including chronic insomnia. They constitute an alternative choice given the well-known limitations of pharmacological therapy. However, some patients do not respond to behavioral and cognitive therapies. The medical and psychological research on the use of mindfulness as a therapy in physical and mental health has received increasing attention over the last 25 years, and provides an interesting perspective in chronic insomnia. The third wave of behavioral and cognitive therapies has developed and integrated mindfulness, although there are not enough studies to consider it as mature. The aim of this article is to present a current state of knowledge on the role and efficacy of mindfulness-based therapies in the development of behavioral and cognitive therapies for chronic insomnia.