La classification SRS-Schwab est une classification validée mais complexe, offrant 27 catégories pour l’analyse de l’équilibre sagittal. Une simplification de cette classification a été proposée en additionnant le nombre de « + » obtenu après mesure de la version pelvienne (VP), de la SVA et de la soustraction de l’incidence pelvienne à la lordose lombaire (IP-LL). 3 catégories ont été identifiées : rachis aligné (0+), déséquilibre modéré (1 à 3+) et déséquilibre sévère (4 à 6+). En dépit d’une bonne corrélation avec l’indication chirurgicale, la mesure de trois paramètres sagittaux est nécessaire. Le alignement spinopelvien relatif (RSA) est un paramètre récemment décrit permettant d’évaluer l’alignement global en ajustant le global tilt (GT) à l’IP (RSA = GT− GT idéal avec GT idéal = 0,48 × PI–15). Quatre catégories sont rapportées : alignement négatif < −7°, rachis aligné −7°–10°, déséquilibre modéré 10,1°–18°, déséquilibre sévère > 18°. L’objectif de cette étude est d’évaluer la capacité du RSA et de la classification simplifiée SRS-Schwab (CSS) à identifier les patients pour lequel une indication chirurgicale a été retenue. Étude multicentrique d’une série de patients inclus prospectivement et consécutivement. Les critères d’inclusion étaient les patients présentant au moins un des critères suivants : Cobb > 20°, SVA > 5 cm, CT > 60° ou VP > 25°. Au total, 1238 patients ont été inclus (431 sans indication chirurgicale et 807 avec indication chirurgicale) et classés selon la classification simplifiée de Schwab et le RSA. Un test de χ2 a été effectué pour l’indication chirurgicale (opéré ou non). Un p < 0,05 était considéré comme significatif. Pour les patients non opérés : 235 (55 %) ont été classés alignés avec la CSS et 323 (75 %) avec le RSA, 157 (36 %) vs. 39 (9 %) ont un déséquilibre modéré et 39 (9 %) vs. 69 (16 %) un déséquilibre sévère. Pour les patients opérés : 252 (31 %) vs. 388 (48 %) ont été classés alignés, 289 (36 %) vs. 96 (12 %) ont un déséquilibre modéré et 266 (33 %) vs. 323 (40 %) un déséquilibre sévère. Les deux paramètres sont significatifs pour l’indication chirurgicale. Les deux paramètres s’avèrent significatifs pour prédire une indication chirurgicale. Le RSA apparaît en revanche plus adapté car deux catégories (figure) de patients en ressorte : un groupe de patient opéré pour leur déséquilibre sagittal et un groupe de patient aligné opéré pour un autre motif. La classification simplifiée de Schwab est moins discriminante (45 % des patients non opérés sont déséquilibrés). Le RSA est un paramètre simple qui pourrait s’avérer utile dans la décision chirurgicale.
La prise de morphiniques avant une chirurgie rachidienne augmente le risque de dépendance aux morphiniques en postopératoire. L'évaluation postopératoire de prise d'antalgiques après une chirurgie de déformation rachidienne de l'adulte n'est pas bien évaluée. L'objectif de cette étude est d'évaluer cette prise d'antalgique avant et après chirurgie de déformation rachidienne. Notre hypothèse est que la prise de morphinique en préopératoire peut avoir un impact négatif sur le résultat postopératoire. Il s'agit d'une étude multicentrique de patients inclus de manière prospective et consécutive. Au total, 372 patients ont été inclus et classés selon 3 catégories préopératoire de prise d'antalgique : catégorie 1 : absence d'antalgique, antalgiques de pallier 1 ou 2, catégorie 2 : AINS quotidiens, catégorie 3 : antalgiques de pallier 3 quotidiens. Les scores de qualités de vie ont été recensés en préopératoire, à 6 mois et 1 an postopératoire. En préopératoire, 241 patients sont dans la catégorie 1, 64 dans la catégorie 2 et 67 dans la catégorie 3. Les scores de qualité de vie ont été améliorés de manière significative dans les 3 catégories après la chirurgie. Le scores de qualité de vie sont les meilleurs en pré et en postopératoire dans la catégorie 1. L'amélioration la plus significative des scores de qualité de vie est retrouvée pour les patients de la catégorie 2. Quatre-vingt-dix pour cent, 65 % et 40 % des patients des catégories préopératoires 1 à 3 ne prennent plus d'antalgique après 1 an de suivi. À l'opposé, 40 % des patients de la catégorie 3 prennent toujours des morphiniques à 1 an de suivi. Les patients prenant des morphiniques avant une chirurgie de déformation rachidienne sont les patients avec les scores de qualité de vie plus altérés. Quarante pour cent d'entre eux poursuivent la prise de morphinique après la chirurgie et ces patients sont les patients les moins améliorés par la chirurgie. Si nous pouvons suspecter que ces patients ont les déformations les plus graves, la gestion de la douleur du patient reste plurifactorielle et compliquée. Au cas par cas, nous nous demandons si le sevrage des morphiniques en préopératoire ne permettrait pas de mieux sélectionner nos patients et de leur permettre d'avoir un meilleur résultat postopératoire.
L’Échelle d’Évaluation Numérique (EEN) lombaire et radiculaire est effectuée en routine clinique. L’évolution des symptômes, notamment après une chirurgie de déformation rachidienne, peut rendre difficile l’interprétation des résultats cliniques et de l’impact réel d’une chirurgie rachidienne. L’objectif de cette étude est d’évaluer l’EEN global correspondant à la somme de l’EEN lombaire et radiculaire. L’hypothèse est que ce paramètre simple est corrélé aux scores de qualités de vie et aux paramètres radiologiques sagittaux. Il s’agit d’une étude rétrospective de patient inclus de manière prospective et consécutive. Au total, 1526 patients suivi pour une déformation rachidienne de l’adulte ont été inclus. Au moment de l’inclusion, les patients ont été stratifiés en 3 catégories de douleur pour l’EEN lombaire et radiculaire (douleur légère : 0–4, douleur modérée : 5–7, douleur sévère : 8–10) et en 4 catégories pour l’EEN global (douleur très légère : 0–5, douleur légère : 11–15, douleur modérée : 11–15, douleur sévère : 16–20). Une régression linéaire a été réalisée pour évaluer la corrélation entre la douleur, les paramètres radiologiques sagittaux (Global Tilt, VP, SVA) et les scores de qualité de vie (SRS-22, SF-36, COMI, ODI). L’EEN globale est plus corrélée que l’EEN lombaire ou radiculaire aux paramètres radiologiques et aux scores de qualité de vie. (Pearson 0,6 vs. 0,56 ou 0,46, 0,3 vs. 0,23 or 0,27 respectivement). L’EEN lombaire est plus corrélée avec les scores de qualité de vie alors que l’EEN radiculaire est plus corrélé avec les paramètres radiologiques sagittaux. Pour une valeur d’EEN < 8/20, la participation de l’EEN radiculaire est négligeable. L’EEN globale est plus corrélée aux scores de qualités de vie et aux paramètres radiologiques sagittaux que l’EEN lombaire ou que l’EEN radiculaire. Il est intéressant de noter que les douleurs au niveau des membres inférieurs sont quasi nulles pour un score EEN global < 8/20 mais que leur aggravation est ensuite exponentielle. L’EEN globale est un paramètre intéressant pour évaluer l’intensité des douleurs chez des patients atteints de déformations rachidiennes.
L'indication chirurgicale dans les déformations de l'adulte est difficile à poser, car elle concerne une population très hétérogène. L'âge est un paramètre reconnu, mais aucune étude exhaustive incluant l'ensemble des paramètres radioclinique n'est décrite. L'objectif est d'évaluer l'impact des paramètres radio-clinique sur l'indication chirurgicale. Étude rétrospective de patients inclus de manière prospective. Les critères d'inclusion étaient les patients présentant un des critères suivants, Cobb > 20°, SVA > 5 cm, CT > 60°, VP > 25°. Au total, 989 patients ont été classés par catégories d'âge : jusqu'à 50 ans (−50) et plus de 50 ans (+50). Une analyse univariée d'une liste exhaustive de paramètres cliniques et radiologiques a permis d'isoler les paramètres significatifs qui ont été inclus dans des modèles de régression logistique. Pour chaque groupe d'âge, 15 modèles ont pu être établi et évalué par l'analyse des courbes de ROC. L'aire sous la courbe permet de sélectionner le meilleur modèle. Un p < 0,05 est considéré comme significatif. Chez les −50, une indication chirurgicale a été posée pour 134 patients versus 280 et chez les +50, 323 vs. 252. Chez les −50, le meilleur modèle était un score SRS-22 d'image de soi altéré (OR : 2,2, p < 0,001), une importante translation vertébrale au sommet (OR : 1,025, p < 0,001, en mm), une augmentation de PI-LL (OR : 1,030, p = 0,008) [AUC : 0,740, p < 0,001)]. Chez les +50, un Oswestry plus important, (OR : 1,019, p = 0,005), un score SRS-22 d'image de soi altéré (OR : 2,2, p < 0,001), un petit angle de Cobb (OR : 1,032, p < 0,001) et un LLI plus faible (OR : 2,0, p = 0,010) [AUC : 0,795, p < 0,001)]. Dans les deux groupes d'âge, le score SRS-22 d'image de soi et les index lombo-pelviens sont les paramètres communs qui influencent la décision chirurgicale. L'importance de la déformation coronale est un facteur positif d'indication chirurgicale chez le sujet jeune et négatif, chez le sujet plus âgé. Cette analyse multivariée confirme que l'âge, la déformation coronale, le déficit de LL et l'altération des scores de qualité de vie sont les 4 paramètres les plus significatifs dans la décision chirurgicale.