L’épave de Paragan (Corse), datée de la fin du xviie – début du xviiie siècle, est celle d’un caboteur construit selon les méthodes traditionnelles en usage à l’époque moderne en Méditerranée. Compte tenu de la préservation de la seule partie inférieure de la coque, le choix a été fait de se limiter à des hypothèses de restitution minimum offrant une image simplifiée, mais considérée comme significative architecturalement, de l’ensemble du bateau. Ces hypothèses portent sur la forme des sections transversales du maître-couple et du couple de lof ainsi que du contour de l’élévation longitudinale de la coque. Elles permettent d’évaluer la capacité de charge, donnée essentielle pour situer le bateau de Paragan dans l’histoire des échanges maritimes régionaux. Une hypothèse de restitution de la coque gréée a été faite de manière à visualiser de façon plus complète, et plus pédagogique aussi, le caboteur de Paragan.
De quelle manière un constructeur portugais de la seconde moitié du XVIe siècle « pensait-il » un navire en termes de formes de carène ? De quelle façon cette pensée technique relevant avant tout de l’oralité était-elle transcrite et fixée par un non constructeur par l’écrit et le dessin ? C’est essentiellement la question de la conception géométrique des formes de carène, l’une des plus révélatrices « signatures architecturales » d’un constructeur de navires, qui est au centre de cet article. A travers l’étude de deux manuscrits (Ars nautica et Livro da fabrica das naos) d’un érudit portugais XVIe siècle, Fernando Oliveira, sera analysée la part traditionnelle et celle novatrice de son œuvre.
Discovered in 2015, the wreck is located at a depth of 3 m in the bay of Paragan near Bonifacio (South Corsica). The wreck, the architectural remains on which extend on nearly 15 m in length (between the stem and stern posts), and at a maximum width of 4.15 m, is preserved at the level of the lower part of the hull. Dated by a small batch of Ligurian "faience" and the on board ceramics to the end of the XVIIth-beginning of the XVIIIth c., the wreck has been the subject of an underwater archaeological excavation school project since 2016 as part of the MoMArch master's programme organised by Aix-Marseille University and the DRASSM. Carvel built "frame first", the wreck has several "architectural fingerprints", attested archaeologically since the Middle Ages, and which are characteristic of the practices of the Mediterranean shipyards. Therefore, in addition to the establishment and the complement of the corpus of these "architectural fingerprints" of Mediterranean tradition, the objective of the excavation is to provide answers relating to the architectural principles and building processes of the ship in the techno-economic context of the little coasters of the Western Mediterranean basin.