Les petits monuments funéraires archaïques de Chiusi, presque toujours sculptés en très bas-relief dans la pierre tendre locale (pietra fetida) ont été publiés voici 25 ans dans la collection de l’École française.Dans ce corpus, un certain nombre de monuments ou de fragments avaient été oubliés, certains autres sont apparus récemment, et plusieurs, qui étaient considérés comme authentiques, ne sont très probablement que des falsifications. Cette courte étude présente vingt monuments entiers ou fragmentaires et les insère dans la classification générale antérieure. La diffusion de ces reliefs 335 couvre une région assez vaste, qui va d’Arezzo à Pérouse et de Sienne jusqu’aux collines métallifères et à la haute vallée de l’Ombrone. La production s’étend sur un grand demi-siècle couvrant la fin du vie s. et le premier tiers du Ve. L’imagerie qui s’y développe témoigne des rites funéraires et des usages de la société aristocratique de l’époque de Porsenna.
L’incroyable description que Pline donne du tombeau de Porsenna a suscité un véritable délire de restitutions et, en conséquence, une incrédulité généralisée. Pourtant une analyse critique du texte, sans doute fautif, une comparaison avec des représentations sur des urnes de Volterra et des stèles puniques, un coup d’oeil sur la tombe dite d’Arruns à Albano Laziale, permettent de proposer une hypothèse prudente. À Chiusi, une tombe monumentale en ruine, aurait pu marquer les esprits tant par ses proportions géométriques rigoureuses que par son plan original. La légende l’aurait attribuée au puissant souverain de la cité : Porsenna. Le fils de ce roi, Arruns, mort à la bataille d’Aricie, a probablement été annexé comme ancêtre par la gens Arruntia qui, fière de cette prestigieuse ascendance, s’est fait édifier à Albano Laziale un tombeau dont le programme architectural est très proche du monument que la légende attribuait au roi de Chiusi.
Women Assemblies : A Clusian Survival of Archaic Family Values. Some relief monuments from Chiusi dating to the early 5th century show two women seated and three standing, the latter holding pieces of cloth. Similar scenes had appeared on Attic black-figure funerary pinakes. It may have something to do with a funeral oration in praise of the weaving skills of the aristocratic dead. The activity may seem quite archaic but the fabrics may have conferred some distinction on members of the ruling class, and the privilege of weaving them confined to women of the aristocracy.
Plusieurs monuments en bas-relief de Chiusi, datant de l’aube du V e s., montrent deux femmes assises derrière lesquelles trois autres femmes, debout, tendent des étoffes. Cette scène apparaissait déjà sur certains pinakes funéraires attiques. Il s’agit probablement à Chiusi d’un éloge funèbre au cours duquel on met en évidence la fonction textile des dames de haut rang. Cette activité semble très archaïque, mais les étoffes ainsi présentées ont peut-être une fonction de distinction et pourraient être destinées aux détenteurs d’un pouvoir politique. Le privilège de tisser ces étoffes désignerait clairement les femmes de la haute aristocratie.
Jean-René Jannot, Les magistrats, leurs insignes et les jeux étrusques, p. 635-645. Un stamnos du groupe «Vagnonville» récemment exhumé d'une tombe de Chianciano, représente sur l'une de ses faces deux boxeurs s'affrontant au-dessus d'une canne, insigne de magistrat. Cette image singulière suggère une nouvelle interprétation des sièges et des manteaux qui sont représentés à la tombe clusienne «della Scimmia» : il ne s'agit pas de «prix» comme on l'a souvent écrit, mais bien des attributs de magistrats chargés des jeux (édiles?). Ces témoignages permettent d'affirmer que les jeux funéraires privés se déroulaient sous l'autorité de magistrats qui parfois n'étaient représentés que par leurs insignes. On peut se demander si certains des objets que l'on a interprétés comme étant les prix remis au vainqueur ne sont pas les attributs de celui qui préside aux jeux : ne serait-ce pas le cas des armes, casque et épée, représentés entre les boxeurs des situles atestines?
L'auteur propose un examen des sources textuelles (Herodote, Strabon, Diodore de Sicile), des donnees archeologiques rares et eparses (epaves et fragments de navires) et des representations plastiques (modeles reduits) ou peintes (ceramiques) apportant des renseignements sur les navires etrusques, afin de tenter de definir la nature de la puissance maritime etrusque : puissance commerciale ou veritable thalasssocratie ?
Jean-René Jannot, À propos des cavaliers de la tombe Querciola. Développement d'une nouvelle «cavalerie» à l'aube du IVe siècle?, p. 13-31. À l'aube du IVe siècle, la tombe tarquinienne connue sous le nom de Querciola, représente peints sur chacun des deux frontons de la chambre, deux cavaliers porteurs de la chlamyde, cuirassés et casqués, tenant à la main la Machaira, et conduisant chacun un petit cheval au cou orné de phalères. Dans la même tombe, un personnage majestueux, vêtu de la même manière, conduit un bige. En Étrurie, l'image des cavaliers évolue nettement entre le milieu du VIe siècle et l'aube du Ve. Tandis que les plus anciennes représentations montraient des combattants légers participant à des actions de harcèlement et utilisant des armes de jet, l'imagerie plus tardive montre au contraire une cavalerie de lanciers à l'allure aristocratique et à la tenue ostentatoire. La cavalerie n'est plus alors considérée seule- (v. au verso) ment comme une arme, mais bien, et peut-être d'abord, comme l'expression militaire d'un milieu social.
Jean-René Jannot, L'Etrurie intérieure de Lars Porsenna à Arruns le jeune, p. 601-614. Entre la fin du VIe siècle et l'aube du IVe, l'Étrurie moyenne tibérine joue un rôle essentiel en Italie. Les sources, au début de la période, suggèrent l'existence, sinon d'une unité politique entre les cités de la Val di Chiana et du Tibre inférieur, du moins d'une symmachie dominée par Porsenna. Les entreprises méridionales contre les Grecs de Campanie semblent continuer jusqu'au milieu du Ve siècle. À l'aube du IVe siècle, l'arrivée des Gaulois devant Chiusi est sans doute le résultat de luttes sociales que l'arrêt de l'expansion clusienne empêche de résoudre.
Parmi les représentations étrusques de la boxe, certaines sont en apparence parce qu'incomplètes : à plusieurs reprises, en effet, on trouve des boxeurs qui ne s'affrontent pas, qui semblent boxer « en l'air » quand ils ne sont pas seuls. L'étude de ces gestes et des circonstances où ils sont accomplis permet de penser que le geste de l'attaque et de la défense est devenu un signe, un acte magique apotropaïque ; les boxeurs ne sont donc pas seulement des athlètes, mais aussi des défenseurs de la tombe. L'acte sportif grec acquiert en Étrurie une dimension magique.
Jean-René Jannot, Un ordre étrusque à télamons, p. 579-600. Les architectures soutenues par des géants porteurs ne sont guère fréquentes dans le monde antique, mais elles sont presque toutes regroupées dans l'occident grec et dans les constructions romaines d'Italie du Sud. En Étrurie, ce type de construction n'est représenté que par des « modèles réduits » qui utilisent des éléments du vocabulaire architectural dorique. Les géants porteurs étrusques ne semblent pas dériver de modèles italiotes mais au contraire ils paraissent bien être issus des grands télamons d'Agrigente et des imitations que multiplie Hiéron comme s'il voulait se définir un ordre architectural propre. Les télamons étrusques, qui imitent ces modèles siciliotes, sont contemporains de contacts certains entre l'Étrurie et la Sicile : ils ont peut-être une signification idéologique mais témoignent sans aucun doute d'un goût d'origine sicilien.
Jean-René Jannot, Une déesse tarquinienne, p. 607-624. Sur cinq plaques archaïques sculptées dans le nenfro et provenant de Tarquinia, on trouve en position centrale une femme nue, les bras levés et accroupie dans la position de l'accouchement. Il s'agit d'une représentation de déesse protectrice des accouchements mais aussi des morts : à la fois sorte d'Hera funéraire et d'Ilithye. Elle réunit en elle des fonctions le plus souvent dissociées dans le monde grec, mais qui, par contre, sont liées tant en Egypte que dans le lointain Louristan. Cette déesse si originale qui semble bien avoir existé dans toute l'Italie étrusque est sans doute autochtone et certainement antérieure aux influences ioniennes et attiques. Il est vraisemblable qu'elle subsiste, mais avec des fonctions dissociées, dans les périodes ultérieures.
Les instruments à cordes de la musique étrusque ne sont connus que par leurs représentations figurées. L'étude de 85 représentations allant de l'aube du VIe siècle à la fin du IIe siècle avant J.-C. fournit d'utiles précisions. En analysant le nombre des cordes, leur diamètre, la technique de jeu, l'association avec d'autres instruments et avec la voix, on peut déterminer que ces instruments servaient surtout à l'accompagnement, et aussi que la lyre était l'instrument d'amateur des membres de la haute société, tandis que la cithare était jouée par des professionnels, dotés dans certains cas de fonctions religieuses ou d'un rôle d'apparat.
Jean-René Jannot, Une représentation symbolique des défunts, p. 579-588. Dans la tombe tarquinienne du lit funèbre, deux cônes couronnés de feuillage et ornés de guirlandes occupent la place de deux banqueteurs. Ces cônes couronnés évoquent morphologiquement les monuments nommés « cippes » dont les bulbes, ressemblant souvent à des cônes, étaient eux aussi couronnés. Il semble que la fonction rituelle des uns et des autres soit de représenter le défunt sous une forme (œuf, grenade, bourgeon) qui évoque un espoir de survie. C'est très probablement sous cette forme symbolique que les défunts présidaient matériellement aux banquets et aux jeux qui leur étaient offerts.
Jean-René Jannot, Deux représentations d'édifices clusiniens, p. 723-744. Etude détaillée des éléments architecturaux identifiables sur un relief du Musée Archéologique de Florence et sur la base de Berlin représentant une scène de prothésis. Tentative d'identification de ces édifices, à fonction religieuse ou funéraire.
L'étude est fondée sur l'analyse d'une centaine de représentations de flûtes doubles, datant du vie au m' siècle, et provenant de l'ensemble du domaine étrusque. Au terme du travail, il apparaît que l'ensemble des instruments répandus en Grèce est connu et utilisé par les musiciens étrusques. De plus, on rencontre des instruments qui semblent proprement étrusques, ou du moins des particularités locales de facture. On discerne des fonctions musicales propres, et des rôles religieux et magiques On perçoit enfin la position sociale originale du musicien dans la société étrusque.