UN SPECTRE HANTE À NOUVEAU les écoles de Suisse romande, paraît-il. Il sape l’enseignement du français : le spectre du constructivisme en pédagogie. Mais, plus redoutable encore car absolument indélogeable de son repaire, un autre spectre hante le ‘français’: c’est la Langue française elle-même, pardi ! Elle se transmue par l’effet des changements affectant la société, se jouant ainsi d’elle-même, ou plutôt étant lâchement ‘jouée’ par ceux-là mêmes qui en garantissaient encore il y a peu les contreforts et donc les fondements : essentiellement les tâcherons émérites — grammairiens et linguistes — et les nobles gens — les littérateurs et les exégètes avertis. Ainsi donc la Langue dégénère à l’image d’une société pervertie, dit-on. Voilà par conséquent de véritables acolytes du désordre social. Ils œuvrent main dans la main, entend-on, car les assauts répétés de l’un entraînent immanquablement d’autres dégâts par l’autre. Et le monde est alors en passe de s’écrouler. Ainsi, les pédagogues consciencieux, tout comme les médias qui les relaient, puis à leur suite les politiques —bref ! — les décideurs de tous bords se sont unis comme un seul, décidés à traquer bravement ces monstres pour leur régler leur compte.
Comment les produsagers se définissent-ils comme des membres des communautés en ligne qu’ils fréquentent ? Pour répondre à cette question, il faut considérer pourquoi, en amont, les dispositifs de communication digitale du web 2.0 sont orientés vers les pratiques de partage qui consacrent l’identité de produsagers. Aussi, il convient de resituer les pratiques de partage des communautés digitales dans le contexte plus englobant de la communication contemporaine, où les activités en ligne et hors ligne s’articulent selon des modalités spécifiques. Avec l’avènement de l’ère de la post-vérité, on peut en effet poser la réalisation de deux autres utopies : la post-communication et la post-médiatisation.
Drawing on linguistic ethnography, narrative analysis and membership categorization analysis, this paper investigates the media practitioners' relationship with vicarious experiences throughout the making of a television news story. From the selection of the topic in the morning editorial meetings to the joint construction of the final report by a journalist and a cutter, the paper explores how others' experiences are mediated by various semiotic means. On the one hand, it investigates how others' experiences circulate through a news-making production process, which impacts on their mediatization. On the other hand, it analyses how the media practitioners' relationship with others' experiences relates to different modes of mediation: talk and text mediations as well as footage mediation. By doing so, the paper shifts from a point of view that focuses on the narrative of vicarious experience as the retelling of other people's stories to a perspective that looks at the narrative of vicarious experience as the multimodal and embodied practice of recounting others' experiences from verbal depictions, embodiments and technological captures of what happened and what was lived.
Ce volume est consacré aux caractéristiques discursives des mises en scène de soi dans les dispositifs de communication digitale. Si les études sur la communication digitale se multiplient à la mesure des changements sociétaux advenus et à venir, les regards sur le détail de la communication et des messages échangés est encore peu aiguisé. A l’heure du Big Data tous azimuts on privilégie des approches quantitatives brossant des tableaux macro que la masse du trafic digital justifie. Nous adoptons quant à nous une perspective qualitative et micro des phénomènes qui ouvre sur un horizon de nuances complémentaires. Porter l’attention sur le détail des discours digitaux, c’est considérer le sens et les enjeux de sens des messages. Ceux-ci s’échangent par et dans des communautés qui se définissent elles-mêmes par ces messages, lesquels fondent autant leurs relations en ligne que hors ligne. On se situe ainsi, avec ce nouveau volume, dans la continuité du propos de Burger, Thornborrow & Fitzgerald (2017) sur la constitution d’espaces interactifs en ligne, puis Burger (2018) sur le rôle des affordances et des dispositifs dans la configuration des discours. A ce titre, nous annoncions vouloir mieux traiter la thématique de l’ancrage des messages politiques et journalistiques dans le digital avec en toile de fonds l’évolution du lien complexe entre les professionnels et les produsagers1 ‘ordinaires’ : c’est chose faite avec ce volume qui y consacre nombre de contributions.
In this paper, we are interested in the decision making and use of an invented questioner by a journalist during a live televised political debate in Switzerland. By adopting a combined methodological perspective: between an ethnographic approach to journalism augmented with Membership Categorisation Analysis (MCA), we consider in detail the preparation for the debate by the journalists behind the scenes as they raise and negotiate journalist ethics in relation to inventing an audience member to ask a question during the debate. Our analysis highlights how and why an "ideal" intervention (all the debaters agree the relevance of the question) is balanced against the journalism apparent ethics in using fictitious identities in the name of public interest.
This volume arises from a series of discussions, workshops & panels of our research network in media linguistics1. In terms of methodology, the focus is on the link between discourse studies and ethnographic approaches to news journalism practices. In terms of analysis, the researchers of the network consider both news products and newsmaking processes. The aim is to better understand how journalists work according to evidence of the “circular circulation of information” characterizing news journalism (Bourdieu 1998: 23). Put in other words, news is what (other) news media speak and write about (or don’t) (see Messner & DiStaso 2008). Our starting point for reflection is why, how, when and what is at stake with journalistic decisions and choices about news.
Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, on procèdera d’abord par une mise au point pour cadrer le propos de ce volume. La communication digitale procède en premier lieu d’une technologie inédite – le codage digital (en ‘bits’, de l’anglais ‘binary digit’) applicable à tout domaine de traitement informatique de l’information, quelle que soit la forme matérielle de cette dernière (langagière, scripturale, audio-visuelle etc.). Si l’essor du digital affecte la quasi-totalité des pratiques sociales des sociétés contemporaines, nous nous intéressons ici aux pratiques de communication et, parmi elles, celles qui participent du développement de la communication sur internet.
Taking the perspective of a newsroom ethnographic approach, our paper interrogates the decision-making process that leads to establish a public debate as a news product. More precisely our paper details the argumentation in interaction engaging broadcast journalists during an editorial conference: who argues? When and how is argumentation joint constructed? By the means of what interactional and linguistic ressources? How does argumentation in interaction shape the news product? In our case study we focus on how argumentation develops within the specific genre of “debate”, and how the journalists come to debate about a specific genre of news item : a public debate to be broadcast as a report in the news bulletin.
Cette étude de cas traite de quelques aspects du travail journalistique en tant que contraint par des enjeux liés à la généralisation de la communication digitale dans les espaces sociaux contemporains. Nous nous intéressons à l’intervention par SMS d’un membre de l’audience durant un débat politique télévisé en Suisse, dans le contexte d’une votation importante en 2013. En adoptant une perspective méthodologique combinée : entre une approche ethnographique du journalisme et une analyse des interactions au travail, nous considérons dans le détail la préparation au débat depuis les coulisses de la rédaction. De fait, il s’avère que l’intervention d’un téléspectateur adressée aux politiciens est une pure invention journalistique, savamment configurée dans le souci sinon de contrôler la teneur du débat, du moins de contraindre la discussion. S’il s’agit d’une intervention « idéale » (tous les débatteurs saluent d’ailleurs unanimement sa pertinence), il se pose la question de la légitimité du journaliste à mettre en scène des identités fictives fût-ce au nom d’une préoccupation citoyenne.
This paper aims at pointing out the normative expectations constraining political editorials. We adopt an internal perspective focusing on the process of “making” an editorial: how and why is argumentation constructed and what is at stake with it from the journalistic point of view. The focus is on the making of an editorial on David’s Cameron speech about his plans for a referendum on British membership of the European Union. Taking into account the editorial conferences where the topic is discussed as well as the writing process and the verbal protocol leading to proper comments by the journalist himself on the making of the text, we analyze in detail the emergent normative expectations and the individual credos of argumentation in the editorial.
S’appuyant sur la variété des expertises en santé et observant leur émergence dans et par le discours, ce numéro des Cahiers de l’ILSL a pour objectif de présenter des outils qui permettent d’en appréhender les contours. Dans cette introduction générale, on envisage les discours de l’expertise en santé relativement à trois cadres d’émergence : la communication privée, la communication organisationnelle et la communication publique, qui se caractérisent par des dispositifs et des finalités différenciés.
Ce chapitre discute quelques aspects de la posture de recherche d’une linguistique impliquée. Comme la linguistique appliquée, elle relève d’une science empirique, interdisciplinaire et vise à établir des grammaires des emplois et non du système. Comme la linguistique appliquée, elle s’ancre dans le terrain des champs pratiques pour décrire dans le détail les pratiques langagières conçues comme une part de pratiques sociales institutionnelles. Si l’objectif général de la recherche impliquée est de mieux comprendre le rôle du langage dans la construction des réalités, son but plus spécifique est de saisir, au moment de leur émergence, les mécanismes langagiers de génération et de régulation de micro-contextes critiques, c’est-à-dire des situations où les acteurs font face à des impératifs contradictoires et où des prises de décision concertées s’imposent pour résoudre un problème pratique ou idéologique. Les acteurs des champs pratiques négocient alors leur rapport à la situation sur la base de savoirs et savoir faire langagiers qui génèrent pour une part les situations critiques que dans le même temps elles régulent.À ce titre, la recherche impliquée est sensible à son impact social. Impliqué dans le terrain, le chercheur opère en partenariat avec les acteurs des champs pratiques. Et de cette relation dialectique qui s’instaure résulte alors la possibilité d’établir, sur la base des observations propres à des acteurs singuliers, un répertoire de bonnes (et moins bonnes) pratiques démontrables à des groupes d’acteurs : les premières sont à généraliser et les secondes à proscrire. On conçoit dès lors que l’échange et le transfert de savoirs influencent autant le champ pratique que celui de la recherche à proprement parler.
Pour discuter de la dimension méso-interactionnelle des discours dans les interactions, une série de questions a été évoquée dans le cadre de la journée d’étude sur laquelle cette brève contribution^revient. L’objectif ici est de préciser quelques caractéristiques du méso-interactionnel dans les positions épistémologiques qui accordent à cette dimension une attention théorique et méthodologique à un titre ou à un autre. Sur la base d’un questionnement général brièvement formulé (§1), nous nous demandons ce que représente la dimension méso-interactionnelle et ce que sa prise en compte implique pour l’analyse (§2. à §5.). On envisage alors l’horizon épistémologique du méso-interactionnel pour en considérer les contours qui marquent autant le potentiel heuristique que certaines limitations (§6). C’est sur cette vue plongeante et ses enjeux que nous concluons.
A la demande des editeurs, trois textes publies recemment dans le Bulletin font ici l’objet de l’attention. Plutot que d’en detailler les specificites, on en propose d’emblee une vue d’ensemble de ce qui les unit au plan des objets, de la methode et d’une ʺmaniere de voirʺ epistemologique. Vu la contrainte de brievete de cette contribution, l’accent est mis sur les dimensions qui rendent possible la comparaison et une mise en perspective des trois textes avec l’actualite et le devenir du champ et des domaines de la linguistique appliquee. De fait, on verra que les trois textes analysent des discours de l’interet citoyen dans un espace social plurilingue et pluriculturel (§1) selon des modalites theoriques et methodologiques similaires ou compatibles (§2). Tous aussi soulignent des enjeux de l’analyse qui permettent de faire le lien avec les positions les plus actuelles du champ de la linguistique appliquee (§3). Prenons ces points dans l’ordre en commencant par expliciter le titre de notre contribution.
Cette contribution a pour objet la négociation des identités dans un discours de débat télévisé. Elle a pour finalité de sensibiliser l’étudiant à la problématique — essentielle en communication publique — de la construction discursive des identités et de ses enjeux. Vu la complexité de l’objet « identité » et de son ancrage dans la communication publique, on se contente ici de proposer quelques éléments de réflexion théorique et méthodologique qui serviront de base pour une analyse des discours de communication publique.
Since 2007, the Interdisciplinary Ethics Platform (Ethos) of the University of Lausanne is leading an interdisciplinary reflection on the organ donation decision. On this basis, the project "Organ transplantation between the rhetoric of the gift and a biomedical view of the body" studies the logics at stake in the organ donation decision-making process. Results highlight many tensions within practices and public discourses in the field of organ donation and transplantation and suggest lines of inquiry for future adjustments.