La souveraineté de l’État a déserté de nos jours le périmètre strict de l’ordre westphalien. L’État doit désormais protéger non seulement les intérêts, mais encore l’existence de sa population. Or le droit suffit-il pour assurer cette sécurité et cette tranquillité des individus ? La puissance publique n’est-elle pas parfois à la source de la violence de masse ? Cet article se propose d’en examiner un exemple en se penchant sur la réintroduction de la poliomyélite en Syrie par nul autre que le pouvoir lui-même. Et, dès lors, faut-il élargir le périmètre de la violence de masse et du meurtre collectif aux maladies infectieuses, à la famine et aux mauvais traitements ? Le stress post-traumatique résultant de l’expérience d’une épidémie de grande ampleur ne doit pas être oublié. Or, si les maladies infectieuses collectivisent l’histoire, le traumatisme l’individualise. Car nous voulons connaître le nom et le prénom des victimes et des bourreaux. L’histoire est dès lors un jeu d’échelles.
Depuis August Hirsch (1881), on appelle pandémie grippale une épidémie de grande ampleur se propageant de manière exponentielle, avec des taux d’attaque élevés et une marche épousant les voies de communication terrestres et maritimes (puis aériennes). La pandémie de 1889-1890 – dite grippe « russe » – est la première dont on peut démontrer la dissémination sur l’ensemble du globe. L’un de ses caractères les plus marqués tient aux récurrences de l’infection, lesquelles, jusqu’en 1895, occasionnent une mortalité supérieure à celle causée par la pandémie initiale. La grippe « espagnole » a ravagé la planète entre avril 1918 et avril 1919. Un taux de mortalité dix fois supérieur à celui de la grippe « russe », une proportion importante de complications, une incidence très haute chez les 5-15 ans, les plus de 75 ans déclarant au contraire un taux de létalité inférieur à celui de la période pré-pandémique, près de la moitié des décès chez les 15-40 ans, trois vagues successives à bref intervalle (huit à neuf mois), la deuxième ayant causé des épidémies simultanément dans les deux hémisphères. Les moyens médicaux étant réquisitionnés par l’armée, la population civile a bien souvent manqué de tout : lits, médecins, infirmières, ambulances. Alors que 1918 fait exception dans la série, les deux épisodes de 1957 et 1968 rendent une image assez fidèle de la douzaine de pandémies répertoriées depuis le début du xviii e siècle. Ils se rangent à l’appui de la théorie qui tient la gravité des pandémies dans l’histoire pour inchangée ou déclinante (le cas de 1918-1919 réservé), stabilité ou déclin liés en partie aux progrès social et médical mais aussi au « choix » du virus qui semble privilégier sa transmission aux dépens de sa pathogénicité. En face, des États mal préparés. Ainsi, en France comme aux États-Unis, on vaccine trop peu, trop tard.
According to David Fidler, the governance of infectious diseases evolved from the mid-nineteenth to the twenty-first century as a series of institutional arrangements: the International Sanitary Regulations (non-interference and disease control at borders), the World Health Organization vertical programs (malaria and smallpox eradication campaigns), and a post-Westphalian regime standing beyond state-centrism and national interest. But can international public health be reduced to such a Westphalian image? We scrutinize three strategies that brought health borders into prominence: pre-empting weak states (eastern Mediterranean in the nineteenth century); preventing the spread of disease through nation-building (Macedonian public health system in the 1920s); and debordering the fight against epidemics (1920-1921 Russian-Polish war and the Warsaw 1922 Sanitary Conference).
Zylberman, P. (2020). Josep L. Barona. 2019. Health Policies in Interwar Europe. A Transnational Perspective. THEORIA, 35(2), 245–248. https://doi.org/10.1387/theoria.21630
Réhabiliter le faubourg ouvrier, ce “milieu anti-biologique”, tel fut l’un des problèmes brûlants qui ont occupé la carrière d’Édouard Fuster. Ni socialiste ni même véritablement libérale, son approche à lui était toute entière déterminée par la science pasteurienne mais aussi par un profond souci spirituel, un christianisme pratique, véritable fil conducteur de sa philosophie sociale, bien dans la ligne de l’École leplaysienne. Nommé secrétaire général de l’Alliance d’hygiène sociale en 1903, il donne ses impulsions décisives à la mutualité française. C’est là qu’il scrute l’habitat et l’alimentation populaires, la vie des femmes du peuple et singulièrement des mères, les ravages de la tuberculose. Comparée à la protection sanitaire des quartiers ouvriers de New York, comparée surtout à l’hygiène sociale allemande, la France fait mauvaise figure. La famille populaire française est à réinventer, mais à réinventer par le médecin. Rééduquer, prévenir, c’est ce que Fuster s’efforcera de réaliser à Plaisance, Paris, dans le cadre de l’Institut Lannelongue de Vanves.
Des vapeurs empestées s’abattent sur Londres en 1858 et sur Paris en 1880 à la faveur de deux vagues de chaleur. Ces odeurs insupportables sont-elles dangereuses pour la santé ? Londres avait dû se rendre à l’avis de John Snow sur l’origine hydrique du choléra et rejeter la vieille idée des miasmes, et surtout revenir sur la stratégie folle consistant à déverser directement les excréments humains dans la Tamise afin de détruire les fosses d’aisance. La Grande Puanteur oblige les autorités londoniennes à mettre en chantier des égouts modernes coupant tout aller-retour entre la vidange et l’alimentation en eau potable de la ville. Paris suit le même chemin avec trente ans de retard. On retrace ici cette « crise au ralenti » que fut la bataille du tout-à-l’égout. Étendue sur plus de dix ans, la discussion orageuse n’a pas opposé partisans du miasmatisme et chevau-légers de la bactériologie, mais bien les caciques de la santé publique (miasmes et pastorisme mêlés) aux ingénieurs de la ville, émules des ingénieurs londoniens.
The concept of global health security underpins the current framework for global preparedness and response to emerging infectious diseases. (1-5) The Global Health Security Agenda--a collaboration between governments--was launched in 2014, aiming to make our interconnected world safe from infectious disease threats. The governments involved in the Global Health Security Agenda focus on strengthening their countries' capacities for detection, response and prevention. (6) In the context of public health emergencies, the Agenda has received financial and political support from international organizations and almost 50 countries. (6) However, there is tension between the aims of global health security and governments' mandate to ensure national security. The 1994 United Nations Development Programme's Human Development Report first introduced the concept of human security, referring to security of citizens as individuals rather than that of the states in which they live. We posit that the use of the term global health security can have a negative unintended effect on the ultimate goal of improving health for all. There are three reasons why this term potentially privileges the security of the state rather than the security of individuals. First, global health security, in its current use, is largely focused on protecting high-income countries against public health threats coming from low- and middle-income countries. (8) Ebola virus, Marburg, Zika virus, dengue, chikungunya, Riff Valley and Lassa fevers, originated in low--and middle-income countries. If the Agenda is used to prioritize global health risk depending on the origin of infections, resource allocation may become even more skewed towards high-income settings. To ensure that a health security agenda is an integral part of national and foreign policy of each country, political attention and coordination between national ministries is needed as well as support from the national security budget. Second, global health security tends to emphasize disease containment to protect national security rather than the prevention of future local outbreaks. Disease containment is common practice in the control of emerging infectious diseases. A national security perspective often results in unilateral, neo-colonial and/or short-term solutions designed to protect national borders. For example, many countries and airline companies imposed travel restrictions during the 2013-2016 Ebola virus disease outbreak in western Africa, contrary to World Health Organization recommendations. (9) Third, we argue that respect for human rights and values such as equity and solidarity should underlie each national security agenda. Such values are consistent with the motives of many people who provide health services in public health emergencies. Health security agendas should aim to build resilience to future outbreaks of infectious diseases, and require a long-term systems approach based on surveillance and national health system strengthening. Protecting the world from infectious disease threats requires that national governments share the responsibility of serving those most in need, wherever they live. We believe that the concept of global health security should be expanded to include solidarity and sustainability. …
Jeff Bach’s Heilung, Medizin und Alchimie in Ephrata, Pennsylvania looks at Christian Eckstein (1717–87) – also known as Dr Gideon – Samuel Eckerlin (1703–82) and at the alchemist Jacob Martin (1725–90). Other than the biblical practice of anointing the sick with oil, very little is known about the community’s actual medical practices. Eckstein ran some sort of ‘apothecary’s’, and Eckerlin was called a ‘medicus’ by the Ephrata chronicler Sangmeister, who describes his having treated Sangmeister’s skin infection with a purgative. Bach reports that there is no information on which medicines either had, nor which medical books they may have owned, except for four prescriptions written by Samuel Eckerlin. Although not a doctor, Jacob Martin was well acquainted with newer concepts such as circulation and the central nervous system. Ulf Lückel’s article on Medizinisch-alchimistische Traditionsmitgiften im Pietismus looks at three eighteenth-century thinkers. Lückel traces a connection from Friedrich Christoph Oetinger (1702–82), a theologian and theosopher, through Johann Friedrich Metz (1720–82) to Johann Wolfgang von Goethe (1749–1832). Lückel describes Metz’s treatment of Goethe’s apparent oral haematorrhoea, and relates how Metz recommended alchemist books to Goethe, from which he could learn how to produce medicines himself, especially the ‘universal salt’. Lückel follows Hans-Jürgen Schrader in finding Radical Pietist influence in Goethe’s Faust. Christoffer H. Grundmann looks at pastor Johann Christoph Blumhardt (1805–80) and his controversial understanding of supernatural healing. In the course of his twoyear pastoral counselling of a deeply troubled woman, Gottliebin Dittus, Blumhardt experienced her illness as demonic possession and was personally drawn into her struggle. Her shout of ‘Jesus is Victor’ at the moment of her healing became the maxim by which Blumhardt then lived, as he sought to recover key aspects of the Christian life he felt had been lost in his time. In understanding Blumhardt, Grundmann argues that one cannot think in categories of truth, reality or imagination. Central for Blumhardt was not Dittus’ illness, but her healing. Grundmann emphasises that Blumhardt’s subsequent focus was not on demonic activity, but on divine activity. If Jesus is victor, anything is possible. The persons studied in this diverse volume include theologians and pastors, physicians, laymen and theosophers. Each article takes a strong biographical approach. All figures studied are men. The conference did not intend to be the last word on Pietism and medicine, but a beginning. The tenor of the articles supports this humble assessment. Nonetheless the volume contains valuable insights – some quite original – into the nexus between Pietism and Medicine in the eighteenth and nineteenth centuries.
When and why did ‘Spanish’ flu make the front page of the Parisian press in 1918-1920? What were the motivations behind this coverage, the aim of which was to strengthen contact between the topic, the media and the reader? The incidence of the topic in the papers followed very closely the incidence of the disease. There were successive analyses of: the names given to the flu in 1918-1920; the strategic impact of the epidemic according to the press; the figures in media discourse about the flu; the global and cultural impact of the media’s treatment of the infection; medical understanding of ‘Spanish’ flu and its comparison to the ‘Russian’ flu of 1889-1892; the state of knowledge in 1918 as it appeared in the press and lastly, the journalistic treatment of the hospital crisis of October 1918.
Quand et pourquoi la grippe « espagnole » se retrouve-t-elle à la une de la presse parisienne en 1918-20 ? Quelles sont les motivations qui président à ce déplacement dont le but est de renforcer le contact entre le sujet, le média et le lecteur ? L’incidence du sujet sur les journaux suit très nettement l’incidence de l’épidémie. Sont analysés successivement les noms donnés à la grippe en 1918-20, l’impact stratégique de l’épidémie selon la presse, les figures du discours médiatique de la grippe, l’impact mondain et culturel de la grippe sur le traitement médiatique de l’infection, la compréhension médicale de la grippe « espagnole » et sa comparaison avec la grippe « russe » de 1889-92, l’état du savoir en 1918 tel qu’il apparaît à travers la presse, enfin le traitement journalistique de la crise hospitalière d’octobre 1918.
Le procès de Colmar (2005) a-t-il marqué un infléchissement de notre jurisprudence concernant la transmission volontaire d’une maladie infectieuse ? Dès 1905 sont proposés des projets de lois créant un « délit de contamination ». Sans succès. « Privilège » du juge civil dans les affaires de transmission d’une infection, tentative abolitionniste du régime de la prostitution, difficultés de prouver le lien de causalité, absence d’une législation eugénique expliquent les raisons de ces échecs. Face à ces obstacles insurmontables, le « délit d’imprudence sanitaire » apparaît comme une position de repli. Pourtant, dans le sillage de Colmar, les juridictions ont montré un indiscutable durcissement du droit en la matière. Et si le combat abolitionniste, associé au délit d’imprudence sanitaire, avait montré la voie ?
Healthcare workers (HCWs) can be an important source of transmission of influenza to patients and family members, and their well‐being is fundamental to the maintenance of healthcare services during influenza outbreaks and pandemics. Unfortunately, studies have shown consistently low levels of compliance with influenza vaccination among HCWs, a finding that became particularly pronounced during recent pandemic vaccination campaigns. Among the variables associated with vaccine acceptance in this group are demographic factors, fears and concerns over vaccine safety and efficacy, perceptions of risk and personal vulnerability, past vaccination behaviours and experience with influenza illness, as well as certain situational and organisational constructs. We report the findings of a review of the literature on these factors and highlight some important challenges in interpreting the data. In particular, we point out the need for longitudinal study designs, as well as focused research and interventions that are adapted to the most resistant HCW groups. Multi‐pronged strategies are an important step forward in ensuring that future influenza vaccination campaigns, whether directed at seasonal or pandemic strains, will be successful in ensuring broad coverage among HCWs.
Résumé Layettes, crèches, pouponnières, écoles de plein air et colonies de vacances... il n’est pas de municipalité de banlieue qui, telle la Suresnes de Henri Sellier, ne se présente dans l’entre-deux-guerres comme la municipalité des enfants. Ce qui se conçoit, à l’heure où la Caisse d’Assurances Sociales de la Seine et Seine-et-Oise découvre que les enfants de chômeurs envoyés en cure d’air présentent pour plus de 40 % d’entre eux une déficience avérée. Au secours de la famille, le slogan des années 30 fait la raison d’être d’une médecine des populations puisée tant au référent soviétique qu’au Service social américain, à la Vienne rouge et à l’Allemagne social-démocrate.