Le thème de notre contribution, conçue dans la perspective de la grammaire de construction, est à la fois contrastif et diachronique. Nous nous intéressons, après beaucoup d’autres linguistes, au comportement syntaxique des verbes d’un certain groupe constitué selon des critères sémantiques : les verbes de perception (entendre, voir, etc.). Contrairement à notre attente, les possibilités syntaxiques de ces verbes ne sont pas identiques. Ainsi, il apparaît rapidement que le verbe observer a tendance à faire bande à part. Nous essayerons, d’une part, de comprendre les raisons de ce statut spécial, d’autre part, de voir dans quelle mesure l’acceptabilité de la phrase avec observer peut être améliorée par une action sur d’autres paramètres de la phrase. Cette recherche nous permet d’identifier le rôle important d’un facteur que la rhétorique classique appelait evidentia.
Dans cette contribution, nous tenterons d’appliquer le modèle classique des verbes supports à une sphère hautement abstraite du lexique ‒ les « noms coquilles » comme opinion, information ‒, négligée jusqu’ici par la recherche. Notre étude porte essentiellement sur les combinaisons entre ces noms et les verbes être et avoir, soumises à des variations diachroniques que les corpus de Frantext permettent de retracer depuis la langue médiévale. Les faits relevés suggèrent l’hypothèse que la combinatoire des mots d’aujourd’hui reflète souvent la catégorisation du monde correspondant à l’imaginaire d’hier.
The contribution addresses a topic discussed since the 17th century by philosophers, logicians and lexicographers: to what extent does the semantic complexity of certain words convey knowledge of the extralinguistic world? What influence does this knowledge have on the coherence of a text? Conversely, another type of complexity must be taken into account as well, the one starting from things: what linguistic devices are adopted to express this complexity in an efficient way? The relationship between the complexity types and knowledge has been investigated by different strands of research in the humanities and is becoming a focus of multidisciplinary research.
•We investigate discourse markers signaling topic shifts in French and German.•With a parallel corpus study, we analyze c.8,000 occurrences of three English DMs and their equivalents in French and German.•We thus identify a series of (typical and less typical) topic shifters in French and in German.
Nous comparons dans cette contribution trois visions des émotions : celle de certaines écoles psychologiques qui analysent et schématisent les intuitions des sujets interrogés à propos des affects ; celle des lexicographes qui essayent de donner une forme cohérente à l'ensemble des définissants utilisés pour rendre compte des significations des noms d'émotion ; celle qui se dégage de l'étude de la combinatoire et des emplois syntaxiques des noms d'émotion dans la langue, étude menée par les linguistes s'intéressant à l'usage réel. Les graphiques illustrant ces systèmes en facilitent la comparaison et permettent de confronter deux types de logique qui régissent la manière dont le locuteur peut ressentir les rapports entre les mots et les choses : d'une part, une logique plus ou moins archaïque, sous-jacente aux règles de l'usage ; de l'autre, une logique plus rationnelle, conditionnée par une réflexion individuelle ou collective sur les mondes linguistique et extralinguistique.
A stylistic and cognitive comparison between Diderot's Encyclopedie (18th century) and the Encyclopdia Universalis (early 21st century) reveals profound linguistic differences in terms of both text structure and argumentation. The present contribution interprets the 21st century innovations as resulting from two factors new epistemological schools of thought, and the attempt to be as informative as possible, even when it comes to highly complex topics. Both trends can be illustrated on the basis of a small group of complex prepositions.
En comparant, d’un point de vue stylistique et cognitif, l’ Encyclopédie de Diderot ( xviii e s.) et l’ Encyclopædia Universalis (début du xxi e s.), on découvre des différences profondes dans l’organisation du texte et la manière d’argumenter. Nous nous proposons d’interpréter les phénomènes linguistiques apparus dans l’ouvrage moderne à un double niveau : comme effets de nouveaux courants épistémologiques et comme éléments d’une stratégie permettant d’informer efficacement malgré la complexité du thème. Dans les deux cas, le même petit groupe de locutions prépositionnelles sert de vecteur à la manifestation des nouvelles structures.