RÉSUMÉ La sociologie classique a utilisé la notion d’ambivalence sociale pour désigner la combinaison, nécessaire, mais chargée de conflit, entre l’obéissance aux normes et la volonté d’affirmer sa liberté. Il faut distinguer cette notion de celle d’ambivalence culturelle, qui désigne la nécessité de suivre à la fois des exigences culturelles opposées, en particulier dans un rapport majorité/minorité. La figure de l’étranger dessinée par Georg Simmel est l’exemple type de cette ambivalence, source de frustrations, mais qui néanmoins représente la moins mauvaise solution possible. Après des siècles de raisonnements fondés sur la notion « ou... ou », nous ressentons la nécessité de nous placer en situation d’ambivalence.
A l'exception de celles qui sont soumises a des contraintes extremes, les jeunes femmes italiennes dont on a etudie le comportement dans une enquete recente se refusent a choisir entre une carriere professionnelle et une vie affective, et sont embivalentes a l'egard de l'une comme de l'autre. Leur attitude et la notion d'ambivalence sont examinees a la lumiere de diverses pensees sociologiques, de celle de Georg Simmel a celle de Robert K. Merton. Ce cas particulier suggere qu'a la periode actuelle - la modernite « tardive » de certains auteurs -, les conduites des acteurs se definissent de moins en moins par l'adhesion ou le rejet, et de plus en plus par la gestion d'attitudes a la fois opposees et inseparables.