IntroductionLa protéinurie et l’insuffisance rénale aiguë sont fréquentes au cours du COVID-19, et associées à la morbi-mortalité, mais la pathogénicité directe du SARS-CoV-2 sur le rein reste débattue. Notre objectif était d’évaluer la prévalence et la valeur pronostique de la tubulopathie proximale chez les patients en SDRA COVID en réanimation.DescriptionDans cette étude de cohorte prospective multicentrique, étaient inclus les patients majeurs présentant une détresse respiratoire nécessitant la ventilation mécanique avec rapport PaO2/FiO2<300 dans les 24h de l’intubation.MéthodesNous réalisions une analyse détaillée des marqueurs de dysfonction rénale avec électrophorèse des protéines urinaires (EPU) dans les 24h de l’intubation chez 85 patients en réanimation pour un SDRA COVID.RésultatsSeulement 16 (18,8 %) des patients présentaient une IRA initiale. L’uricémie était abaissée (moyenne 212μmol/L), 87,1 % des patients présentaient une glycosurie. Une hématurie microscopique était retrouvée chez 74 (87,1 %) patients. Les rapports protéinurie/créatinine et albuminurie/créatinine étaient de 785 et 142 mg/g. L’EPU retrouvant un profil tubulaire chez 91 % des patients, avec une atteinte glomérulaire surajoutée dans chez 17 %. Il existait une fuite urinaire massive d’alpha-1-microglobuline (a1m, 96,1 % des patients), beta-2-microglobuline (b2m, 95,8 %), chaînes légères kappa et lambda (CLL) (100 % et 93,5 %) et Vitamine-D-Binding-Protein (87,5 %). Après un suivi moyen de 28jours, 37 patients (43,5 %) ont développé une insuffisance rénale aiguë (13 KDIGO3, 3 nécessitant la dialyse). Les patients ayant développé une IRA KDIGO3 avaient une urémie, une créatininémie, des rapports protéinurie/créatininurie, albuminurie/créatininurie et a1m/créatininurie significativement plus élevés et une bicarbonatémie plus basse. La dexamethasone semblait protéger de l’IRA. La survenue d’une IRA et des rapports b2m/créatininurie et CLLl/créatininurie plus élevés était associés à la mortalité (p=0,027, p=0,04, p=0,005, respectivement) (Fig. 1).ConclusionLes patients développant un SDRA au cours du COVID-19 présentent une dysfonction tubulaire proximale, précédant l’IRA, qui semble être un mécanisme important de la néphropathie COVID et pourrait être un marqueur de sévérité.
La sclérodermie systémique (ScS) est une maladie auto-immune caractérisée par une sclérose cutanée et multiviscérale. L’atteinte pulmonaire interstitielle (PID) est fréquente et constitue une des causes principales de mortalité. CD146 et sa forme soluble CD146s, molécule d’adhérence appartenant à la superfamille des immunoglobulines, ont été identifiés comme potentielles cibles thérapeutiques dans la fibrose cutanée de la ScS [1]. L’objectif de notre étude est de montrer l’implication de CD146/CD146s dans l’atteinte interstitielle des patients atteints de ScS. Dans cette étude clinique rétrospective monocentrique (CHU Nord, AP–HM, Marseille), nous avons analysé les données cliniques, radiologiques et fonctionnelles de patients atteints de ScS sans PID (SSc), avec PID (SSc + PID) et de fibrose pulmonaire idiopathique (FPI). Les données ont été recueillies de janvier 2016 à janvier 2019. Le taux de CD146s sérique a été mesuré par ELISA sur des prélèvements obtenus dans le cadre du suivi. Soixante patients ont été inclus, 16 SSc, 22 SSc +PID et 22 FPI. Le groupe FPI comptait plus de sujets masculins d’âge moyen plus élevé. Le score de dyspnée (mMRC) était en moyenne de 2,3 dans le groupe FPI, 2 dans le groupe SSc + PID et 0,1 dans le groupe SSc. Tous les patients FPI avaient un pattern radiologique (TDM-HR) de pneumopathie interstitielle commune certaine, le groupe SSc + PID était constitué de 18 % de PIC et 82 % de pneumopathie interstitielle commune. La capacité vitale forcée moyenne (CVF) était de 61 ± 20 % dans le groupe FPI, 65 ± 23 % dans le groupe SSc + PID et 107 ± 20 % dans le groupe SSc. Le taux de CD146s était significativement plus important dans le groupe SSc + PID (p = 0,01). Dans le groupe SSc + PID, le taux de CD146s était significativement plus bas chez les plus dyspnéiques (mMRC 3-4) (p = 0,04). Dans ce même groupe, la CVF et la DLCO/SB étaient négativement corrélés au taux de CD146s avec respectivement un coefficient de corrélation de Spearman à 0,67 (p = 0,0007) et 0,61 (p = 0,006). Ces Résultats n’étaient pas retrouvés dans le groupe FPI. Nos résultats suggèrent que CD146 et sa forme soluble, sont impliqués dans le développement de l’atteinte interstitielle pulmonaire des patients atteints de ScS et pourraient constituer un biomarqueur pronostique chez ces patients.
Nous avons étudié la pertinence de Krebs von den Lungen-6 (KL-6) dans le diagnostic et l’évaluation de la sévérité de la pneumopathie interstitielle diffuse (PID) chez des patients atteints de sclérodermie systémique (ScS). Le KL-6 sérique était dosé par technique immuno-enzymatique chimioluminescente chez 75 patients ScS. Les patients étaient divisés en deux groupes en fonction de la présence d’une pneumopathie interstitielle diffuse sur la tomodensitométrie thoracique. Les épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR), les principales manifestations cliniques et la gravité de la maladie (score de Medsger) étaient recueillies. Les taux de KL-6 étaient plus élevés chez les patients ScS avec PID que chez ceux sans PID (p < 10−4) et étaient inversement corrélés avec la capacité vitale forcée, la capacité pulmonaire totale et la mesure du transfert du CO. Un taux de KL-6 supérieur à 872 U/mL correspondait au seuil optimal associé à la PID. Les patients présentant un syndrome restrictif et une dyspnée avaient des taux de KL-6 significativement plus élevés. Les patients ScS avec des anticorps anti-topoisomérase 1 avaient des taux sériques de KL-6 plus élevés que les patients avec des anticorps anti-centromères (p < 10−4). La PID et la positivité des anticorps anti-topoisomérase 1 étaient des facteurs indépendamment associés à KL-6 dans l’analyse multivariée. Le taux de KL-6 corrélait positivement avec la sévérité de la maladie. Notre étude confirme que KL-6 est un biomarqueur intéressant pour le diagnostic des PID associées à la ScS dans une cohorte française de patients. Les niveaux élevés de KL-6 devraient inciter à évaluer la PID par imagerie et EFR. Des études prospectives sont nécessaires pour déterminer l’intérêt de KL-6 comme marqueur d’évolutivité de la PID et sa place dans la décision thérapeutique.
Les anticorps anti-ARN polymérase III (anti-ARNP III) sont intéressants à double titre ; d'une part pour le diagnostic de sclérodermie systémique (SS) puisque faisant actuellement partie des critères de classification de l'ACR/EULAR 2013, et d'autre part pour le pronostic de la maladie en raison de leur association à un phénotype particulier caractérisé par une forme cutanée diffuse, des crises rénales, et un risque élevé de cancer concomitant. De ce fait, leur recherche semble justifiée quand une sclérodermie est suspectée. Néanmoins, leur recherche systématique peut s'avérer infructueuse compte tenu de leur relative rareté dans certains pays. Leur prévalence mondiale est en effet estimée à seulement 11 % dans une récente méta-analyse, avec une prévalence en France évaluée entre 3 et 9 %. Considérant que les anti-ARNPIII sont rarement associés avec les anticorps anti-centromère (ACA) ou anti-topoisomérase 1 (anti-topo1), les deux anticorps les plus souvent retrouvés dans les SS, nous avons émis l'hypothèse que, devant une suspicion de sclérodermie, la recherche des anti-ARNPIII n'était justifiée qu'en cas de négativité de ces deux anticorps. Pour cela, nous avons essayé de déterminer la fréquence des anti-ARNP III en cas de positivité des ACA ou anti-topo1 chez des patients français. Dans ce but, 76 sera issus d'une banque biologique de patients SS de Marseille positifs soit pour les ACA (43 %) soit les anti-topo I (57 %) ont été testés pour les anti-RNAP III. Les anticorps étaient détectés par Elisa et le pattern d'immunofluorescence indirecte était déterminé sur des cellules HEp-2. Parmi les 76 sera testés, seulement 1 est revenu positif pour les anti-RNAPIII (1,3 %). Ce sérum était également positif pour les ACA, et de manière intéressante, il présentait une immunofluorescence atypique mixe mouchetée nucléolaire et centromérique, qui n'était pas expliquée par la seule positivité des ACA. Cette étude réalisée dans le sud de la France souligne la rareté de la positivité des anti-ARNP III chez les patients atteints de SS déjà connus pour leur positivité pour les ACA ou les anti-topo I (1/76 sera testés). Noter que la coexistence avec d'autres anticorps pour le seul sérum ACA-positif était suggérée par l'immunofluorescence indirecte très atypique. La recherche systématique des anti-RNAP III dans le cas de patients sclérodermiques connus pour avoir des ACA ou anti-topo1 avec une immunofluorescence correspondante n'est donc pas pertinente. Ainsi, dans le secteur géographique étudié (sud de la France), devant une suspicion de SS, un premier dépistage basé sur la seule recherche d'ACA et d'anti-topo1 associée à une analyse détaillée de l'immunofluorescence pourrait permettre d'éviter une recherche inutile d'anti-ARNP III, offrant un l'avantage d'un gain économique sans perte d'information dans l'intérêt du patient.