
Le concept de neurodiversité s’appuie sur l’expérience de vie d’autistes de haut niveau intellectuel et s’inscrit dans un mouvement social identitaire pour une société plus inclusive. Les personnes atteintes de troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité, qui présentent souvent des difficultés relationnelles avec une hypersensibilité à la critique, peuvent aussi revendiquer un droit à la différence, avec l’exigence d’une plus grande autonomie face aux décisions médicales. Dans un tel contexte, les professionnels de santé ne doivent pas négliger le risque du refus d’un suivi clinique et les craintes du patient liées à l’apparition des effets indésirables des médicaments. Le concept de neurodiversité pourra ainsi se heurter au principe de réalité. En conséquence l’opposition stricte entre modèle social et médical du handicap doit être dépassée, pour la construction de relations de confiance au sein du système de santé.
Les violences sexuelles à l’encontre des enfants soulèvent des difficultés probatoires majeures, en raison de la rareté des preuves matérielles et du poids conféré aux déclarations de l’enfant dans le processus pénal. Dans ce contexte, l’expertise psycho-légale tend à occuper un rôle central dans l’établissement de la preuve, tout en soulevant des enjeux méthodologiques, juridiques et éthiques d’une particulière acuité. Le présent article analyse la contribution de l’expertise psycho-légale à la preuve des violences sexuelles sur mineurs au Maroc. Il repose, d’une part, sur une analyse bibliométrique de la production scientifique internationale issue de la base Web of Science, exploitée à l’aide de l’outil Biblioshiny, et, d’autre part, sur une réflexion critique relative aux défis diagnostiques de l’évaluation clinique des allégations d’abus sexuels. L’étude met en évidence que l’expertise psycho-légale, bien qu’essentielle à l’éclairage du juge dans des contentieux marqués par une forte incertitude probatoire, ne saurait être érigée en preuve déterminante. Son recours appelle un encadrement rigoureux de son mandat et de sa méthodologie, afin de préserver l’équilibre entre la protection de l’intérêt supérieur de l’enfant et le respect des garanties fondamentales du procès pénal, au premier rang desquelles figurent la présomption d’innocence, le principe du contradictoire et la liberté d’appréciation souveraine du juge.
Dans un arrêt du 20 février 2025, le Conseil d’État se prononce sur le caractère communicable et sur les modalités de la communication des déclarations d’événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) aux usagers du système de santé et à leurs ayants droit. Le Conseil d’État qualifie les déclarations d’EIGS de documents administratifs soumis au régime du Code des relations entre le public et l’administration (CRPA), communicables après occultation des données identifiantes ou des appréciations sur les professionnels. Les ayants droit, assimilés à des intéressés, peuvent accéder aux informations nécessaires à la compréhension du décès. Surtout, la décision leur ouvre l’accès à l’analyse des causes de l’événement lorsque celle-ci éclaire les circonstances du décès, ce qui constitue une évolution notable. Une telle extension du droit d’accès n’est toutefois pas sans risque pour la démarche qualité et pourrait aboutir à la sous-déclaration des EIGS ou à une moindre précision des analyses. Cette décision place les établissements au défi de préserver l’équilibre entre information légitime des usagers et efficacité des dispositifs de gestion des risques.
Depuis une dizaine d’années, la jurisprudence de la Cour de cassation retient l’existence d’une présomption de faute en cas d’impossibilité pour le professionnel ou l’établissement de santé de produire le dossier médical complet du patient. Cette solution a été récemment rappelée par la première Chambre civile dans une décision rendue le 16 octobre 2024.
Afin de disposer d’un outil efficient pour améliorer la prévention, le dépistage et la prise en charge du cancer en France, le législateur a créé en 2025 un registre national des cancers. Mais le décret d’application de la loi en fait un dispositif national par sa gouvernance centralisée, qui vise une approche holiste des parcours des patients. Or, l’intention du législateur n’était pas tant une connaissance approfondie de cas limités, que la connaissance exhaustive et continue des cas en métropole et outre-mer. Cela suppose notamment leur signalement obligatoire au fil de l’eau pour que le gouvernement puisse, au minimum, savoir chaque année combien de nouveaux cas sont apparus, et leur répartition géographique précise. Ce signalement pourrait fonder la mise en place de nouveaux registres locaux, pour que leur base commune de données serve une épidémiologie de qualité : nous portons ici plusieurs recommandations en ce sens.
Les Français sont les plus grands consommateurs d’antidépresseurs. Pour favoriser leur bien-être, de nombreuses personnes partagent leurs difficultés psychiques avec un agent conversationnel. Cette aide numérique permet-elle d’accéder au bonheur ? Existe-t-il des dangers ?
In response to the ongoing shortage of physicians, community pharmacists have further established themselves as accessible, front-line healthcare professionals. The era when pharmacists merely dispensed medicines from behind the counter is long over. Today, their scope of practice is expanding rapidly. Enhanced use of digital tools and strengthened interdisciplinary collaboration are helping to optimize the patient care pathway.
Territorial inequality in health is largely the result of the legal and administrative frameworks that govern health governance. The organizational models of health services, whether centralized or decentralized, directly influence the distribution of hospital infrastructure, the management of medical human resources and the implementation of public health policies. While Canada adopts a federal model based on the autonomy of provinces and territories in matters of health care, French-speaking Africa is characterized by a still strong centralization of health management, thus limiting the capacity of local communities to reduce disparities in access to care. (c) 2025 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
The rise of unconventional healthcare practices, disseminated via the Internet and social media, increases the risk of therapeutic and sectarian abuses. For a long time, the criminal law arsenal was insufficient and did not allow for effective punishment for abandoning treatment or promoting dangerous practices. Law No. 2024-420 of 10 May 2024 aims to fill this enforcement gap by creating a separate offence of incitement to therapeutic abuse in Article 223-1-2 of the Criminal Code. Despite this progress, the new offences are based on vague concepts that undermine legal certainty and the principle of legality. Their inclusion in the "endangerment of persons" chapter of the Criminal Code undermines the ratio legis of the newly enacted offences, obscuring health as a protected social value. Ultimately, far from clarifying medical criminal law, the reform enshrines an imprecise, incomplete and poorly positioned mechanism that weakens its clarity and repressive effectiveness. (c) 2025 The Author(s). Published by Elsevier Masson SAS. This is an open access article under the CC BY-NC license (http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/).
AI is currently transforming medicine, improving diagnosis, predictive medicine, therapeutic decision-making, chronic disease monitoring and biomedical research. This revolution relies on the massive exploitation of sensitive health data, which requires a stronger legal framework to protect patients, their fundamental rights and their privacy. It also raises major ethical issues related to algorithm transparency, bias, informed consent, human oversight, and liability in the event of medical error. Only AI governed by robust legislation, demanding ethical principles, and effective human oversight will enable responsible medical practice that respects the doctor-patient relationship. (c) 2026 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
Face à la pénurie de médecins, le pharmacien d’officine a confirmé son rôle d’acteur de proximité au service des patients. Il est révolu le temps où l’officinal se contentait de dispenser un médicament derrière son comptoir. Aujourd’hui, les nouvelles missions sont en pleine expansion. Les nouveaux outils numériques et l’interdisciplinarité sont renforcés pour un parcours de soins optimisé.
L’extraction de la dent de sagesse inférieure occupe une place centrale en chirurgie orale et constitue une source fréquente de litiges médico-légaux. Le présent article est une étude rétrospective de la jurisprudence entre janvier 2018 et décembre 2023. La bonne information au patient, le consentement éclairé et les consultations préopératoires sont des outils utiles pour ne pas commettre de faute.
By opening up to the LGBTQIA+ community, aesthetic medicine is addressing demands that go far beyond the mere pursuit of beauty. These requests relate to identity affirmation, social recognition, and symbolic repair. Gay men, influenced by social media and dating apps, experience strong pressure to maintain youthfulness and muscularity. Transgender individuals view aesthetic procedures as a key tool for achieving gender congruence, within a context often shaped by issues of "passing" and unequal access to care. Among some lesbian women, a tension emerges between resistance to normative beauty standards and the valorization of hyperfemininity. Queer, non-binary, and gender-fluid identities use aesthetics to deconstruct binary codes. Finally, social media further amplifies the commodification of bodies. Faced with these complex dynamics, the practitioner must combine technical expertise, cultural sensitivity, and ethical awareness. (c) 2025 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
l’IA transforme aujourd’hui profondément la médecine, en améliorant le diagnostic, la médecine prédictive, la décision thérapeutique, le suivi des maladies chroniques et la recherche biomédicale. Cette révolution repose sur l’exploitation massive de données de santé sensibles, ce qui impose un renforcement du cadre juridique pour protéger les patients, leurs droits fondamentaux et leur vie privée. Elle soulève également des enjeux éthiques majeurs liés à la transparence des algorithmes, aux biais, au consentement éclairé, à la supervision humaine et à la responsabilité en cas d’erreur médicale. Seule une IA encadrée par un droit robuste, des principes éthiques exigeants et une supervision humaine effective permettra une pratique médicale responsable, dans le respect de la relation médecin–patient.
L’essor des pratiques de soins non conventionnels, diffusées via Internet et les réseaux sociaux, accroît les risques de dérives thérapeutiques et sectaires. Longtemps insuffisant, l’arsenal pénal ne permettait pas de sanctionner efficacement l’abandon de traitements ou la promotion de pratiques dangereuses. La loi no 2024-420 du 10 mai 2024 entend combler cette lacune répressive en créant une incrimination autonome de provocation à la dérive thérapeutique au sein de l’article 223-1-2 du Code pénal. Malgré cette avancée, les incriminations nouvelles reposent sur des notions floues fragilisant la sécurité juridique et le principe de légalité. Leur insertion dans le chapitre « mise en danger de la personne » du Code pénal ébranle la ratio legis des incriminations nouvellement édictées, occultant la santé comme valeur sociale protégée. En définitive, loin de clarifier le droit pénal médical, la réforme consacre un dispositif imprécis, lacunaire et mal positionné qui affaiblit sa lisibilité et son efficacité répressive.
Cet article analyse la prise en charge en médecine esthétique des patients vivant avec le VIH ayant une charge virale indétectable, dans une perspective éthique et scientifique. Grâce aux traitements antirétroviraux modernes, ces patients ne présentent aucun risque de transmission et doivent être assimilés à la population générale. Toutefois, des pratiques discriminatoires persistent, allant de précautions disproportionnées à des refus implicites de soins, traduisant une méconnaissance de la réalité médicale. Le principe de non-discrimination, le respect de la dignité, l’importance de formations spécifiques pour les praticiens, et la nécessité d’une approche normale et inclusive dans la relation de soin sont essentiels. La conclusion appelle à passer « de la peur au respect », en intégrant pleinement les patients VIH indétectables dans l’accès aux soins esthétiques, sans crainte injustifiée ni stigmatisation.
Motherhood in prison reveals a deep tension between the fundamental rights of incarcerated women and those of their children. A minority and often rendered invisible, incarcerated mothers face an environment ill-suited to their specific needs, despite a legal framework that seeks to preserve the mother-child bond through sentence adjustments and access to healthcare. In practice, these measures remain limited, hindered by logistical, financial, and human constraints. The confinement, isolation, and loss ofautonomy imposed by imprisonment degrade the quality of the emotional and educational bond, compromising both the child's and the mother's development and well-being. Daily life in detention, governed by strict rules and intrusive practices, reinforces the child's marginalization and prevents the mother from fully exercising her parental role. This paradox, between recognized parental authority and the impossibility of exercising it, raises major ethical issues. Rethinking motherhood in prison requires making the best interests of the child and parenting a central focus of prison policies, within a perspective of sustainable and humane reintegration. (c) 2025 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
The integration of environmental health into the missions of the High Authority of Health seems obvious today as the issues linked to this question are now so significant. However, this integration appears, in many respects, still latent due to its lack of normative and institutional concretization. (c) 2025 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
Placenta is an ephemeral, albeit unique organ with dual circulation, orchestrated by both maternal and fetal hearts. Optimal flow in placental vessels is a sine quoi non for the adequate functioning of placenta and fetal growth. Since oxygenated blood and nutriments from the mother come to the fetus via placental and ombilical vessels, any obstruction or alteration in their flow may compromise the fetus and its brain. The objective of our review was to retrace the principal gross and microscopic lesions documented within the wide placenta literature, most frequently associated with neurologic impairements and infirmities in the offspring. Moreover, we wish to highlight the importance of systematic inclusion of placenta in all forensic expertises involving pre-, peri-, or postnatal inadequate medical management and care. (c) 2024 The Author. Published by Elsevier Masson SAS. This is an open access article under the CC BY license (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
End of life care under Qatari law has specific features that reflect the unique society and culture of Qatar. It remains in compliance with the universal values enshrined in international conventions and Constitution. The existing framework is built upon a network of norms, in which the internal regulations of the Hamad Medical Center play a significant role. This system reflects an approach that goes beyond mere patient protection, aiming to establish a delicate balance between various legal, social, ethical, and religious imperatives. Within this complex balance, the family and religious commandments retain a central place. The system thus harmonizes with the values of the Qatari legal order. However, the need for legislation on end-of-life issues is crucial, as the internal regulations' guidelines are not sufficient to resolve all the problems that arise. (c) 2025 Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.