
La merranderie et la tonnellerie représentent à elles seules respectivement la première, ainsi que les deuxième et troisième transformations du bois. Ces professions, dont les chiffres d’affaires sont respectivement de 260 et 599,5 millions d’euros, ne bénéficient pas des mêmes infrastructures pédagogiques : à notre connaissance, aucune structure de formation n’existe pour la merranderie, alors que pour la tonnellerie différents établissements délivrent le diplôme de référence, le CAP éponyme récemment réformé. Revue de l’historique des formations professionnelles inhérentes à l’exercice de ces métiers. Messages clés : • La tonnellerie a toujours bénéficié d’une formation reconnue pour ses ouvriers, contrairement à la merranderie. • Une évolution actuelle vise à créer un certificat de qualification professionnelle pour les grands contenants. • La merranderie n’est pas reconnue médiatiquement, contrairement à la tonnellerie, qui elle bénéficie d’une reconnaissance populaire.
En 1926, à Beaumont-de-Pertuis (Vaucluse), sous l’influence du dendrologue Léon Pardé, était installé un petit arboretum familial de sapins méditerranéens. Durant 50 ans, chaque arbre a été suivi. Aujourd’hui, 40 % des sapins d’origine sont encore là. Ils ont assuré une régénération vigoureuse très hybridée. Cette réussite est comparée aux autres introductions de ces sapins en Provence. Message clé : • Même petit et suivi sans protocole scientifique, un arboretum centenaire de sapins méditerranéens peut apporter des enseignements à la gestion des forêts provençales.
Depuis les années 1860, des diplômés de l’École forestière de Nancy, d’abord français et européens, puis dès 1952 originaires aussi de pays tropicaux, ont contribué à la gestion des forêts tropicales. L’article présente leur action : dans les DROM-COM, en Afrique tropicale francophone, à Madagascar et en Indochine. L’article couvre d’abord la période de la fin du XIXe siècle à 1960, avec les "Nancéiens" français en charge ; puis celle de 1960 (indépendance de nombreux pays africains) à aujourd’hui, la responsabilité forestière étant devenue celle des administrations et forestiers nationaux (dont une soixantaine formée à Nancy), avec souvent l’appui de bailleurs et organismes français. Messages clés : - La plus grande partie des deux siècles de l’École forestière de Nancy appartient à l’histoire de la foresterie tropicale mondiale, tant sont nombreux les "Nancéiens" qui, des années 1860 à aujourd’hui, en ont été des acteurs à des postes de responsabilité. - Le Centre technique forestier tropical (CTFT), créé en 1949 (et intégré en 1984 au Centre de coopération internationale de recherche agronomique pour le développement, Cirad), a servi pendant plusieurs décennies de référence technique pour la recherche et le développement forestier tropical, plus particulièrement en régions francophones. - Depuis la décennie 1990, les formations des responsables du développement et de la recherche en foresterie tropicale se sont diversifiées, au-delà de celle d’ingénieur forestier.
Cette contribution, publiée dans le cadre du bicentenaire de l’École Forestière, s’inscrit dans le cadre des activités du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises (GHFF). Elle s’intéresse aux forêts nancéiennes telles qu’elles pouvaient être fréquentées par les premiers élèves de l’École. Les bois communaux sont en mauvais état à la veille de 1825. Après 1825, la situation s’aggrave et la gestion forestière devient presque impossible. Démunie, la ville vend ses bois en 1834, et ils sont finalement défrichés. Ce cas illustre une période charnière marquée par une crise forestière, qui précède la modernisation de la gestion des forêts et la « transition forestière » conceptualisée par Alexander Mather. Messages clés : • Après l’établissement de l’École forestière (1825), ses élèves fréquentaient les forêts nancéiennes pour leurs travaux pratiques. • Marquées par le « minimum forestier » de l’époque, ces forêts constituaient un cas extrême de dégradation lié à la surexploitation des ressources. • Le temps court de la fondation de l’École, de la promulgation du Code forestier, et du défrichement des Bois de la Ville de Nancy rejoint le temps long de la « transition forestière ».
Après une première partie sur la formation de près de quarante ingénieurs forestiers tunisiens à Nancy entre 1957 et 1991, puis une brève description des forêts et des parcours de la Tunisie, l’article résume l’action des Nancéiens durant les 75 ans de protectorat français de 1881 à 1956, dans la conservation, la mise en valeur et la gestion des ressources forestières du pays. Après l’indépendance, les responsables tunisiens formés à Nancy poursuivirent l’action de leurs prédécesseurs français, en y ajoutant des programmes importants de recherche et de formation à tous les niveaux, et en diversifiant la production des biens et services forestiers avec la participation des communautés locales. Messages clés : - Les premières bases de la conservation, de la mise en valeur et de la gestion des espaces forestiers tunisiens ont été mises en place par des Nancéiens au temps du protectorat (1881-1956). - Après l’indépendance, ces bases ont été complétées par leurs successeurs nancéiens tunisiens dans les domaines de la recherche et de la formation à tous les niveaux, de la diversification de la production de biens et services forestiers, et des approches participatives avec les populations locales. - Des programmes forestiers internationaux multilatéraux et bilatéraux avec la participation de Nancéiens ont permis d’atténuer les effets d’une transition trop courte dans les années qui ont suivi l’indépendance.
Arrivé par hasard outre-Rhin et sans connaissances forestières, Bernard Lorentz s’est pris de passion pour l’aménagement durable des forêts au contact des forestiers germaniques. Dès 1802, il prône la création d’un enseignement forestier en France sur les modèles germaniques. En 1824, il devient le premier directeur de l’École royale forestière créée à Nancy. En six ans, il développe un enseignement forestier d’abord inspiré des ouvrages des forestiers germaniques, puis ensuite beaucoup plus personnel. Son enseignement s’est perpétué jusqu’à nos jours à Nancy où des milliers de forestiers français et plus d’un millier de forestiers étrangers originaires de quarante pays différents ont été formés en 200 ans. Messages clés : • Formé outre-Rhin, Bernard Lorentz devint en 1824 le premier directeur de l’École royale forestière de Nancy. • En 200 ans des milliers de forestiers français y sont formés ainsi qu’un millier de forestiers étrangers originaires de 40 pays différents. • Son enseignement a largement influencé la foresterie française et mondiale.
Cet article met en relief le rôle joué par les ingénieurs marocains et français formés à l’École forestière de Nancy dans le développement et la conservation des forêts au Maroc durant plus d’un siècle. Sous le protectorat français, après la création du service forestier marocain (01/03/1913) et la promulgation d’un Code forestier (1917), des actions de sauvegarde et de réhabilitation des forêts ont été initiées dès 1918. À l’indépendance en 1956, les deux corps, marocain et français en coopération, ont continué cette œuvre. La dernière décennie du XXe siècle a été marquée par l’élaboration du Programme Forestier National (PFN) mis en œuvre dans la période 2000-2020. Messages clés : • L’approche à la fois sociale et graduelle du Code forestier et de son application, qui a permis la sauvegarde du domaine forestier national, est à mettre au crédit des ingénieurs formés à l’École forestière de Nancy. • Les bases d’une foresterie marocaine durable sont mises en place durant la première moitié du XXe siècle par les ingénieurs formés à Nancy. • Les liens et la symbiose entre les deux corps marocain et français d’ingénieurs formés à Nancy ont contribué largement, dès 1956, à la consolidation de la politique et du régime forestier, en l’améliorant et en l’adaptant à l’évolution et aux besoins de la société marocaine.
Hans-Jürgen Otto développa à la fin du XXe siècle en Allemagne, une sylviculture basée sur la diversité des essences et l’adaptation aux stations permettant une certaine résilience de la forêt ; sylviculture imitée par certains en France et ailleurs en Europe. Elle est mise en cause par la rapidité et l’ampleur du changement climatique. S’appuyant sur les travaux de l’INRAE puis sur l’observation de la sapinière vosgienne et des hêtraies lorraines, des forestiers français et allemands réunis sur le campus d’AgroParisTech réfléchissent : comment anticiper les bouleversements à venir et pérenniser une forêt productive en demeurant attachés à une sylviculture proche de la nature ? Messages clés : • Le soixantième Colloque forestier franco-allemand s’est réuni en Lorraine du 7 au 10 mai 2024, autour d’une question : comment assurer l’avenir de la forêt dans le dérèglement climatique en marche ? • Des ateliers de terrain et des échanges impliquant des acteurs variés (forestiers, chercheurs) ont permis une réflexion collective, avec comme double objectif de pérenniser une forêt productive et une sylviculture proche de la nature. • L’héritage de Hans-Jürgen Otto, étudié au prisme des évolutions en cours et à venir, reste pertinent mais doit être adapté en profondeur au changement rapide du climat.
Depuis la mise en place du massif forestier landais au milieu du XIXe siècle, de profondes mutations du métabolisme socio-écologique territorial se sont succédé : l’abandon du système agro-pastoral traditionnel, l’exploitation d’une forêt conçue pour le gemmage, puis pour le bois d’œuvre et de trituration, et enfin la période récente de grande vulnérabilité aux aléas climatiques. La modélisation du cycle du carbone dans la filière montre que l’intensité de la séquestration du carbone dans la biomasse, le sol et les objets en bois suit étroitement cette périodisation, et en vient à s’annuler dans la période la plus récente. Messages clés • L’approche interdisciplinaire du métabolisme socio-écologique combine l’histoire environnementale et la modélisation biogéochimique. • Cette approche permet de relier la périodisation des rapports sociaux dans le territoire et son fonctionnement en termes de cycle du carbone. • Le rôle de puits de carbone de la filière forêt-bois est en voie de s’inverser sous l’effet d’une exploitation trop intensive de la forêt et d’aléas climatiques de plus en plus fréquents.
Cet article propose une synthèse des connaissances académiques sur le lien entre complexité des forêts et biodiversité en forêt. Nous commençons par analyser le contenu du terme « complexité » dans les publications sur la biodiversité en forêt. Nous synthétisons ensuite ce qui a été publié sur le lien entre biodiversité et certaines composantes de complexité ainsi identifiées : les résultats actuels sont plutôt cohérents avec les attendus pour le mélange d’essences et le bois mort, moins nets pour l’arrêt d’exploitation et contraires pour le mode de traitement. Nous insistons enfin sur plusieurs points de méthode et sur des perspectives importantes pour l’amélioration des connaissances. Messages clés : • La notion de complexité est présente mais pas dominante dans la littérature scientifique sur la biodiversité. • Les résultats actuels de la littérature scientifique sur le lien entre axes de complexité des forêts et biodiversité sont plus ou moins surprenants suivant les axes de complexité précis étudiés.
Le concept de complexité, intuitivement simple, est difficile à formaliser. Pour les forêts, la complexité organisée renvoie à une structure auto-organisée de mosaïque sylvatique vers laquelle la forêt évolue spontanément au cours de son développement. Certains auteurs considèrent la biodiversité comme une mesure de cette complexité organisée. Les forêts plus diverses en essences ou en structure, en somme plus complexes, paraissent plus résilientes aux perturbations. Cependant, cette relation a été essentiellement établie de manière statistique. Si on peut proposer des mécanismes fonctionnels qui expliquent la relation complexité-résilience, on peut également concevoir un modèle nul où cette relation émerge sans qu’il y ait de lien de causalité entre complexité et résilience. Messages clés : • La biodiversité peut être conçue comme une mesure de la complexité organisée d’une forêt. • Les forêts les plus résilientes sont statistiquement les plus complexes, mais on peut également imaginer un modèle nul où cette relation émerge de façon fortuite sans qu’il y ait de lien de cause à effet entre les deux propriétés. • Dans le cadre de ce modèle nul, l’enjeu de l’adaptation au changement climatique n’est pas tant de rendre les forêts complexes que de s’assurer qu’elles sont résilientes.
En 2024, dans un contexte économique caractérisé par une inflation réduite, mais une faiblesse de la construction neuve, les tendances s’avèrent baissières sur l’année, avec toutefois une inversion aux ventes d’automne pour les résineux. Le chiffre d’affaires bois des forêts publiques perd 5 % et le prix moyen apparent des bois, 6 %. L’offre en volume, freinée par une pluviométrie très excédentaire, est stable à un niveau bas. La contractualisation concerne 49 % des volumes en forêt publique. Elle progresse de 6 % en volume, avec un prix unitaire baissant comme la moyenne nationale. Messages clés : • Offre de bois stable et restant faible, en raison d’une pluviométrie exceptionnelle. • Baisse de 5 % du chiffre d’affaires des ventes de bois en forêt publique, liée à la conjoncture économique. • Croissance de 6 % des volumes vendus en contrat d’approvisionnement, qui représentent 49 % du total.
Partant de l’idée de Christian Barthod (2025) d’une propension du monde professionnel forestier à simplifier la sylviculture, nous faisons l’hypothèse que, malgré cet effort de simplification, les forestiers sont régulièrement amenés à réintroduire de la complexité sous la pression des aléas naturels, des conditons de marché, des mobilisations sociales et des injonctions politiques. Cette dynamique de simplification versus complexité se manifeste à travers plusieurs couples antagonistes : technique/social, autonomie/contrôle, usages traditionnels/nouveaux usages, centralisation/régionalisation, et simplification réglementaire/inflation normative. Ce retour d’une dose de complexité est une opportunité, à condition de ne pas créer un nouveau fossé entre experts et profanes de la gestion forestière. Messages clefs : • Les forestiers ont simplifié la gestion forestière dans un souci légitime d’efficacité. • Cet excès de simplification a parfois conduit à des effets indésirables. • Réintroduire de la complexité peut élargir le panel des opportunités sylvicoles.
Tout au long du dernier millénaire, les forestiers n’ont cessé de se confronter à la complexité : celle des écosystèmes forestiers ; et celle du système social et culturel dans lequel ils se situent. Avec constance, ils ont cherché à la simplifier pour tenter d’atteindre les objectifs fixés par le roi, puis par l’État. Cette approche, bien qu’efficace dans certains domaines, est aujourd’hui remise en question par une société qui reconnaît la complexité écologique et sociale des enjeux forestiers. L’émergence de nouveaux débats, notamment autour du changement climatique, met en lumière à la fois les réussites et les limites de cette simplification, tout en rappelant certains des défis qui existaient déjà au Moyen Âge. Messages clés : • Depuis le Moyen Âge, les forestiers se confrontent à deux sortes de complexité : celle des écosystèmes forestiers, et celle du système socio-culturel dans lequel ils évoluent. • Une tendance générale les pousse à la simplification, afin de tenter d’atteindre les objectifs fixés par leur tutelle (roi, État), ce qui a engendré de vraies réussites mais a connu aussi quelques limites. • Depuis les années 1970, l’émergence de nouveaux débats, notamment autour du changement climatique, remet la complexité en avant et rappelle certains des défis anciens.