
Cet article présente les fonds photographiques disponibles aux Archives nationales d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence (ANOM) relatifs au Sahara pendant la période coloniale et au-delà (1892-2003) en s’attachant aux acteurs de cette histoire saharienne qui ont pratiqué la photographie « en amateur » c’est-à-dire comme une activité accessoire, et non en tant que « professionnels de la photographie ». Ces amateurs sont en majorité des fonctionnaires de l’administration coloniale française ou en contrat avec celle-ci. Parcourir ces fonds permet d’interroger les usages de la photographie par ces militaires, civils, ingénieurs, scientifiques, de considérer leurs pratiques en liaison avec leur statut et leur mission et enfin le rapport au Sahara ainsi reflété. Pour cela nous avons choisi des figures sahariennes qui ont des approches différentes de cet espace. Il ne s’agit pas de décoder les usages coloniaux de la photographie, mais de suivre les différents modes d’appropriation de ce médium par les acteurs sahariens et de repérer les changements de statut de leur production selon leur support et leur espace de circulation.
Cet article analyse les films consacrés au Sahara conservés dans la filmo-thèque du Gouvernement général de l’Algérie (GGA) entre 1922 et 1960. Déposés aux Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM) d’Aix-en-Provence et aujourd’hui numérisés, ces courts métrages documentaires constituent des sources majeures pour comprendre la vision coloniale du désert. D’abord produits à des fins touristiques et ethnographiques par le service photocinématographique du GGA, ils évoluent après 1947 vers un outil de propagande structuré autour du Service de diffusion cinématographique (SDC). Le Sahara y est progressivement représenté comme un espace à conquérir, maîtrisé par la technique, l’ingénierie et l’action de nouveaux héros modernes. À partir de la découverte du pétrole, des films concurrents produits par des organismes industriels renforcent cette mise en scène de la puissance française. L’ensemble de ces productions illustre une dialectique coloniale opposant tradition et modernité, tout en marginalisant les populations locales et en occultant la guerre d’Algérie, dans un contexte politique et administratif fortement contrôlé.
Le présent article décrit deux fonds d’archives conservés aux Archives nationales d’Outre-Mer et portant sur le Sahara entre 1957 et 1962. Créé en juin 1957, le ministère du Sahara se divisait en deux directions, dont les archives évoquent le budget, la réglementation, la formation professionnelle, la surveillance (via un relevé quotidien des arrivées et départs par voie aérienne et des rapports sur l’état d’esprit des populations). Sous tutelle de ce ministère, l’Organisation Commune des Régions Sahariennes était un établissement public créé dès janvier 1957, en vue du développement économique et de la promotion sociale à la fois en Algérie, au Niger et au Tchad. Ses archives consistent notamment en concessions, à des entreprises, de permis de recherche et d’exploitation du pétrole et du gaz. Elles contiennent également des dossiers sur les recherches de métaux et minerais, l’équipement routier et les forages d’eau.
La recrudescence des maladies contagieuses et la croissance démographique qu’a connue Bône (actuellement Annaba en Algérie), à partir des années 1920, ont mis en évidence la pénurie critique de lits d’hospitalisation et l’insuffisance des services hospitaliers. Cet article examine la réponse de l’administration coloniale française à cette situation, en se concentrant sur l’un des projets de la planification hospitalière. À travers l’analyse historique des archives et des correspondances entre la municipalité de Bône et le Gouvernement général de l’Algérie de l’époque, il identifie l’impact des enjeux sanitaires sur l’organisation hospitalière préexistante et étudie le programme de réorganisation hospitalière (1933-1958). Ce dernier avait pour objectif d’améliorer le cadre sanitaire et social, en intervenant d’abord sur les hôpitaux existants, puis en créant de nouveaux établissements hospitaliers. Il s’agit ici d’offrir un éclairage sur l’histoire de Bône et l’évolution de l’architecture hospitalière dans la région.
De tous les pays d’Afrique subsaharienne qui furent « colonisés » par la France, le Cameroun est celui où la question de l’indépendance fut tranchée par la lutte armée. Si les moyens de liaison et de propagande utilisés durant ce conflit ont été documentés dans de nombreux travaux, le recours aux pratiques culturelles endogènes reste encore à étudier. Il en est de même des cérémonies rituelles qui étaient organisées au sein du mouvement nationaliste pour articuler la résistance aux croyances du terroir. Prenant appui sur les monographies historiques, les archives et les témoignages oraux, ce travail analyse les rites de passage et de protection au sein de la guérilla nationaliste de l’Union des Populations du Cameroun (UPC).
Cet article analyse, dans le contexte de la campagne de pacification du Tonkin (1884-1886), la chaîne logistique du traitement des cadavres, et plus globalement, la manière dont le corps expéditionnaire français gère la mort au combat, mais également les épidémies, notamment du choléra. À partir d’une approche en termes d’innovation administrative, il s’agit d’observer l’adaptation du service de santé aux réalités de la campagne militaire tonkinoise.
Dien Bien Phu… ces trois syllabes évoquent, dans la mémoire collective des Vietnamiens, une victoire fondatrice et pour les Français, majoritairement, une défaite mettant fin à un siècle de colonisation. Mais avant la grande bataille de 1954, ce lieu, au nord-ouest du Viet Nam, à la lisière du Laos, eut une histoire, fut habité par des populations, puis traversé par les nouveaux maîtres, les Français, explorateurs, administrateurs ou militaires. C’est cette « pré-histoire » que cette étude propose.