
Cet article traite de la notion de « bloc social » dans la littérature d’économie politique, souvent associée à Gramsci. Cette notion est large et polysémique. Elle peut entraîner des malentendus car Gramsci utilisait le concept de manière variée, rendant difficile de trouver une définition unique. Nous proposons de définir le « bloc social » dans le cadre de l’« économie politique néoréaliste » afin d’analyser différents types de domination et de crise, en le distinguant du « bloc historique » de Gramsci.
On présente ici une lecture « régulationniste » de la trajectoire de l’économie portugaise au cours des 50 dernières années. Le Portugal est une économie périphérique européenne qui a connu un processus de démocratisation tardif (la révolution des œillets). La démocratie a créé sa propre forme d’économie politique, avec un succès remarquable pendant une longue période, y compris la première phase de l’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), en 1986. Avec l’Union économique et monétaire (UEM), la forme d’économie politique dominante a été bouleversée, conditionnant les options du pays. Même la tentative d’une économie politique de récupération, après les chocs de l’austérité et de la pandémie, a été soumise à de sévères limitations. Aujourd’hui, les dilemmes sont nombreux dans un pays où l’extrême droite a émergé de manière surprenante et où les options d’organisation de l’économie dans le sens de l’inclusion et de la qualification sont limitées par une économie de services excessive, notamment le tourisme. Il est toutefois suggéré d’adopter une perspective qui rétablisse des relations plus solides entre l’économie et la société.
La théorie de la régulation a accoutumé de ranger, assez logiquement, l’État parmi les formes institutionnelles, et d’en faire par implicite, mais là de manière plus discutable, une forme institutionnelle comme les autres. Tel n’est pourtant par le cas. Pour s’en apercevoir cependant, il faut se doter d’un concept de l’État, comme capture princeps de l’autorité du social. À quoi s’adosseront toutes les formes (captures) institutionnelles ultérieures. De sorte que, si l’État a évidemment la nature institutionnelle, il est plutôt l’archi-institution, ou la méta-institution : une institution à nulle autre pareille puisqu’elle domine et subordonne la totalité de l’ordre institutionnel.
Le développement économique rapide de la Suisse après la création politique du pays en 1848 doit être relié à la mise en place d’un capitalisme organisé, au sein duquel le bloc social dominant « bourgeois-paysans » a joué un rôle prépondérant. Dans cet article, centré sur la période 1848-1936, nous cherchons à déterminer cette influence, en concentrant plus particulièrement notre analyse sur les industries exportatrices. Celles-ci ont tiré le bloc social dominant en ralliant à leurs intérêts les autres principaux acteurs économiques, mais surtout en parvenant à influencer les politiques publiques. C’est en ce sens que les industries exportatrices ont soutenu la mise en place d’un franc suisse fort, créant une connexion efficiente entre le bloc social dominant et la monnaie, et permettant de soutenir le régime d’accumulation helvétique.
Dans cet article, j’examine la critique de la politique contemporaine dans les démocraties occidentales, où le vote semble avoir peu d’impact sur les politiques économiques et sociales en raison des contraintes financières et économiques, alors que les responsables politiques auraient conservé une marge de manœuvre dans les domaines sociétaux. Deux points principaux sont soulignés : 1) la dévalorisation du « Politique » au-delà du vote ; 2) l’impuissance croissante des politiques économiques et sociales, sauf lorsqu’elles sont peu coûteuses. Après avoir brièvement rappelé les approches « régulationnistes » des transformations du capitalisme entre les années 1970 et 2000, je montre comment certaines décisions politiques majeures de cette période ont pourtant déterminé de façon décisive l’interaction entre le Politique et le capitalisme en Europe : le Politique organise son effacement apparent. Trois exemples, non généralisables mais néanmoins révélateurs, viennent illustrer l’analyse : les traités d’unification ; la politique monétaire et financière ; la taxation du kérosène.
Cet article discute du retour des États dans la reconfiguration des sociétés contemporaines, marqué par la réapparition des frontières et une militarisation accrue. L’article souligne que les sciences sociales peinent encore à comprendre cette nouvelle évolution du lien entre État et économie, marquant la fin de la deuxième mondialisation. L’objectif est de proposer une conception de l’État comme acteur stratégique dans la recomposition des capitalismes, en insistant sur la tendance à l’étatisation de l’économie et la promotion de principes moraux. Il est noté que cette tendance est hétérogène entre les pays, reflétant une diversité des capitalismes. L’État est vu comme un intégrateur de valeurs hétérogènes et un lieu de conflits des principes de justice. Enfin, le texte discute du rôle de l’État dans la théorie de la régulation et de l’importance de repenser ce rôle pour favoriser le progrès social, en particulier dans le contexte de la construction européenne.