
Les auteurs de cet article essaient de comprendre les capacités d’émancipation locales en examinant les possibilités de développement de mouvements politiques progressistes au niveau local. Ils appliquent à la gouvernance urbaine une méthode d’analyse qui tient compte des processus, des contextes et des niveaux, pour étudier la gouvernance participative pratiquée à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, l’État le plus méridional du Brésil. Le système des budgets participatifs de Porto Alegre fournit un modèle internationalement reconnu de meilleure pratique en matière de gouvernance urbaine. On le considère depuis quelques années comme un modèle à suivre en matière de gouvernance participative en faveur des pauvres. Il a été adopté par un grand nombre d’autres villes et d’organisations internationales. Les auteurs de l’article accordent une attention particulière à des transformations récentes qui marquent selon eux le passage d’un projet de démocratisation radicale à un modèle de gouvernance consensuelle. Liée aux gouvernements dirigés par le Partido dos Trabalhadores (1989-2004), la première de ces conceptions se présentait comme un projet de transformation sociale dans lequel les conflits se résolvaient ouvertement et démocratiquement, et qui traitait le niveau local comme un espace d’expérimentation de projets politiques qu’on pouvait étendre ensuite à des niveaux supérieurs. Son application a conduit à des progrès remarquables sur le plan social. La seconde conception, appliquée par le nouveau maire après 2005, se rattache plus étroitement au courant dominant de la « bonne gouvernance » dans la mesure où elle privilégie les arrangements, le consensus et les partenariats entre les secteurs public et privé.
Depuis les années 1960, les Pays-Bas mettent en œuvre des politiques pour lutter contre les inégalités dans l’éducation découlant du milieu social et de l’origine ethnique des élèves. Ces politiques ont évolué : de locales, elles sont devenues centralisées avant d’être à nouveau décentralisées. L’accent initialement placé sur les élèves néerlandais de souche défavorisés résidant dans les grandes villes, a été réorienté vers les groupes d’immigrés et, à présent, vers les élèves défavorisés en général. De l’avis de beaucoup, les différentes politiques mises en œuvre ont donné des résultats décevants. Le retard des enfants ayant des parents peu instruits issus de minorités ethniques est encore assez important, tandis que le retard des enfants de parents néerlandais de souche appartenant aux milieux populaires est légèrement moindre mais encore considérable. On présentera ici dans leurs grandes lignes les différentes politiques mises en œuvre au fil du temps. On s’attachera aussi aux résultats de ces politiques et on verra ce qu’il en est actuellement du niveau d’instruction et des résultats des enfants défavorisés. Pour finir, on situera les conclusions de cet examen dans une perspective internationale et on analysera les raisons des résultats décevants des politiques adoptées.
Prenant appui sur la publication récente d’un ouvrage collectif (Ghorra-Gobin 2006) qui aborde la/les mondialisation(s) comme un objet de recherche susceptible d’être décrit en termes de propriétés sociohistoriques, l’objectif de cet article est de partir de ces résultats pour penser à un éclairage pragmatique de la mondialisation. En d’autres termes, il s’agit d’appréhender cet objet à partir de la manière dont les acteurs s’accordent entre eux et coordonnent leurs actions à grande échelle. Pour cela, une attention particulière est portée aux perspectives théoriques permettant de décrire les différents modes d’investissement de l’être au monde, notamment les modes individuels d’engagement, c’est-à-dire les conditions pour un franchissement de la ligne de démarcation entre le monde proximal familier et le domaine public. Cette contribution tranche avec les tendances actuelles de recherche décrivant la mondialisation à partir d’une vision macro et suivant une approche descendante « top-down » qui consiste à définir d’abord les ramifications d’un phénomène a priori global, puis ensuite à établir des rapports endogènes de causalité. Tout au contraire, il s’agit ici d’une première tentative de démarche ascendante « bottom-up » pour tenter de décrire les transformations des formats d’action individuelle vis-à-vis des choses et des personnes, et donc d’appréhender, dans leur pluralité et de façon multi-scalaire, ce qu’il convient d’appeler les mondialisations.
Les réflexions ci-après résument sept années (1997-2004) de recherche participative axée sur la transformation urbaine et environnementale et sur les relations entre les sexes, menée en République dominicaine, en Argentine et à Cuba. Ces réflexions découlent de travaux de recherche et d’interventions sociales visant à explorer de nouvelles possibilités face au problème de la pauvreté et à ses incidences sur la vie quotidienne, publique et privée, des hommes et des femmes vivant dans des quartiers défavorisés et en périphérie des grandes villes. À cet effet, nous avons prêté une attention particulière aux processus d’autonomisation, là où ils existaient. Les recherches ont été faites en prise avec la réalité latino-américaine controversée, changeante et dynamique à laquelle leurs conclusions essaient de répondre de la même manière. Les auteurs ont intégré un réseau international de recherche financé par le Programme most de l’ unesco , auquel ont participé, outre les pays susmentionnés, des chercheurs et des collectifs sociaux d’Afrique, d’Europe orientale et du Brésil.
Cet article explique l’intérêt de l’interdisciplinarité comme cadre méthodologique de la recherche en sciences sociales. L’interdisciplinarité se définit comme un double processus d’intégration des disciplines et d’évolution des paradigmes qui permet d’approfondir la compréhension des questions politiques et sociales. Face à des institutions, des événements et des mouvements sociaux et politiques de plus en plus complexes, la conjugaison de plusieurs disciplines peut ouvrir de nouvelles perspectives critiques à l’analyse du pouvoir, de la politique et de l’action sociale et surtout, contribuer à élaborer des solutions aux problèmes politiques. S’appuyant sur le parcours de l’auteur et sur son expérience de l’interdisciplinarité (et son travail sur le terrain au contact des mouvements politiques au Ghana, en Ouganda, en Amérique latine et au Japon), cet article montre en particulier comment un paradigme récent, la théorie du discours, peut apporter un nouvel éclairage sur les articulations entre la pensée et l’action. Le grand avantage de cette théorie du discours est de proposer des catégories d’analyse décrites par des théoriciens comme Lévi-Strauss et Umberto Eco, qui permettent d’étudier en profondeur comment les pensées individuelles peuvent se développer et se transformer en action collective. Elle offre des clés indispensables pour comprendre les motivations profondes de ces activistes politiques qui cherchent à surmonter leurs difficultés individuelles en échappant à un environnement sociopolitique hostile, notamment par la violence.
La question centrale soulevée dans notre article est celle-ci : dans quel sens peut-on parler de savoir mondial. S’agit-il du corollaire inévitable et de la marque intellectuelle des sociétés du savoir à l’ère de la mondialisation, ou bien la diffusion de systèmes de savoir répond-elle à une demande mondiale face à des problèmes perçus comme universels ? En quoi la circulation du savoir modifie-t-elle ce dernier et à qui sa mondialisation profite-t-elle ou nuit-elle ? Il importe de distinguer le savoir de l’information pure et simple ; l’ancrage du savoir dans un contexte local est un frein et un obstacle à sa diffusion horizontale et verticale. En outre, la mondialisation du savoir soulève le problème de la propriété du savoir et, s’agissant de la question des droits de propriété intellectuelle, il conviendrait d’examiner d’autres thèses, comme celle de l’autoprotection du savoir. Certaines théories politiques et idéalistes considèrent le savoir comme un bien collectif par excellence. Si les échanges de biens et de services et la révolution de la communication numérique sont perçus comme des vecteurs clés de diffusion, nul ne sait encore s’ils aboutiront à une libre diffusion ou, au contraire, à une concentration. La seconde partie de l’article offre un aperçu des articles présentés dans ce dossier.
En cette année 2007 où l’on célèbre le 50 e anniversaire de la parution du roman de Jack Kerouac Sur la route , l’auteur de cet article revient sur les circonstances de sa publication, sur les manifestations destinées à commémorer cet anniversaire, et sur les problèmes que posent les rapports ambigus entre Kerouac et cette contre-culture dont on lui attribuait la paternité. Il évoque également l’importance de Kerouac en tant que voix prophétique du roman américain, sa descendance littéraire et son statut d’icône culturelle.
Cet article rend compte d’une recherche qui s’est déroulée, durant sept années, dans sept pays différents, et sur trois continents, sous l’égide du programme most de l’ unesco . Un travail d’aussi longue durée est plutôt rare en sciences sociales et invite à tenter l’exercice d’un bilan en considérant différents éléments qui l’ont caractérisé. En premier lieu, sur les aspects méthodologiques, avec des interrogations sur la pertinence de la problématique à l’origine de la recherche, les apports d’une activité organisée en réseau et faisant appel à la recherche-action, les grandes questions relatives à une comparaison internationale, le recours à une analyse de genre. En second lieu, il convient de s’arrêter, notamment, sur le rôle de cette recherche dans les processus de conscientisation des femmes et des hommes aux problèmes environnementaux, dans des contextes urbains et culturels très différents, et aux rapports inégaux de genre qui les caractérisent, sur l’importance des constructions identitaires, sur les résistances au changement et sur la nécessité de travailler avec les différents niveaux des pouvoirs.
Le présent article examine la notion de modernité « alternative », souvent invoquée par les gouvernements et les acteurs politiques locaux pour affirmer qu’ils gardent le contrôle de leurs ressources intellectuelles et techniques face aux pressions de la mondialisation. À partir de l’exemple de l’Afrique du Sud post-apartheid, l’auteur analyse certains aspects des politiques économiques et sociales de ce pays pour examiner ce qu’elles nous apprennent de la signification qu’il faut donner aux notions de savoir local et savoir global et des rapports entre les deux. L’Afrique du Sud post-apartheid a choisi de s’inscrire résolument dans la mouvance des courants socioéconomiques planétaires, dans la mesure où sa politique exprime une adhésion sans réserve aux objectifs conventionnels du développement, de la modernisation, et de la croissance économique. En même temps, elle s’efforce de replacer et de réaliser ces objectifs dans un contexte national de transition sociale et politique tout en transformant les relations de pouvoir existantes. En tant que parti au pouvoir, l’ anc défend pour sa part une conception du développement qu’on pourrait qualifier d’« alternative », qui met en exergue la notion de compétences locales ou africaines. Dans la réalité, il semblerait que l’on se préoccupe moins du contenu ou de l’origine des connaissances mises en œuvre que de savoir qui les contrôle et les applique. L’essentiel, autrement dit, c’est la liberté de décider à quelles compétences faire appel et comment les utiliser. Le fait de savoir dans quelle mesure ces compétences sont vraiment enracinées dans le contexte local ou africain passe tout à fait au second plan. Une telle approche restreint la portée de ce qui voudrait être une alternative à la conception dominante du développement.
L’auteur de cet article examine les relations d’exploitation qui existent entre la science utilisée par les grandes entreprises et la sagesse des communautés du Pacifique, et il essaie de déterminer dans quelle mesure ces deux types de savoir s’acceptent ou se nient réciproquement. Il porte une attention particulière à la marchandisation des savoirs traditionnels opérée par la biotechnologie et la bioprospection, ainsi qu’à ses effets sur les sentiments d’identité, de sécurité et de propriété des individus. Quelle influence les exigences mondiales en matière de mondialisation, de libre échange et de marchandisation ont-elles sur les communautés locales du Pacifique confrontées au dilemme consistant à s’adapter à la mondialisation tout en conservant les savoirs et les aspirations traditionnels ? L’auteur se réfère à l’expérience de quelques communautés du Pacifique et à la façon dont elles ont résolu ce dilemme. Il montre comment de grandes entreprises se sont servies de la science occidentale pour extraire et marchandiser certaines connaissances des populations du Pacifique à l’aide d’instruments juridiques comme les brevets.
L’auteur de cet article examine les relations entre la légitimité et la qualité de démocratie. Il présente les nombreuses dimensions de la qualité de démocratie. Il démontre que la légitimité est au cœur de la définition de la réactivité. Il analyse les réactions des citoyens aux politiques du gouvernement. Il souligne les limites et les inconvénients du point de vue qui ne considère la réactivité que dans ses rapports avec les attitudes des citoyens à l’égard du gouvernement et des institutions. Il prend en considération d’autres dimensions et notamment la responsabilité électorale.
Cet article explore la question de la légitimation symbolique des élites politiques d’un double point de vue, théorique et comparatif. Avec l’essor des idéaux démocratiques, on peut soutenir que l’image des élites politiques s’est trouvée fondamentalement transformée parce que le contrôle exercé par les citoyens sur leur gouvernement quand ils votent a pour effet de réduire l’écart symbolique entre dirigeants et dirigés. Toutefois, essayer d’expliquer la logique symbolique de la représentation politique dans les démocraties d’aujourd’hui par une seule loi susceptible de généralisation reviendrait à nier des sources de différence importantes. Il y a des différences culturelles énormes, même parmi des pays démocratiques apparemment semblables. S’éloignant des interprétations évolutionnistes, qui ont tendance à faire fond sur des dichotomies sociopolitiques discutables et sur des causalités réductrices, l’auteur s’efforce d’affiner notre intelligence des processus de légitimation en jeu en analysant l’énigme que recouvre l’opposition entre éminence et proximité.
Des trois types de légitimité définis par Max Weber il y a plus d’un siècle, deux, le traditionnel et le charismatique, sont quasiment inapplicables aujourd’hui. Le seul à conserver sa validité est le troisième, la légitimité rationnelle, mais c’est devenu un amalgame de nombreuses variétés différentes, une collection incohérente de cas dont la diversité fait que ce type n’est plus significatif. La typologie de Weber se trouve ainsi déconnectée du monde contemporain. L’article présente une analyse empirique des raisons de cette obsolescence et démontre la nécessité de renouveler les distinctions : il insiste en particulier sur le rôle des élites dans les processus de légitimation et de délégitimation, ainsi que sur les liens entre illégitimité et défiance.
Le savoir est une ressource de plus en plus indispensable à l’économie mondiale, d’où la tendance capitaliste à y voir une forme de capital et un moteur de l’innovation et du profit. Comme toute autre forme de produit soumis au capitalisme, il a donné lieu à des différends portant sur la propriété et l’utilisation des diverses catégories qui le composent, ce qui rend nécessaire de lui assurer une protection juridique. Les États tout comme les organismes interétatiques mettent en place des cadres juridiques pour régler les différends entre divers acteurs sociaux. La réflexion sur le savoir et le pouvoir a donc évolué pour inclure la protection du savoir contre ceux qui s’efforcent de s’en emparer par le biais de droits juridiques, par exemple de droits de propriété intellectuelle ( pi ). Dans beaucoup de pays industrialisés où le savoir est commercialisé, il existe déjà, pour protéger la pi , des cadres juridiques prenant la forme de brevets et de droits d’auteur, mais aussi de marques déposées, de droits d’accès à des bases de données, etc. Cependant, dans de nombreux pays en développement peu avancés technologiquement et commercialement, il n’existe pas encore de mécanismes bien établis de protection de la pi , et ce malgré les ressources génétiques et les savoirs traditionnels dont disposent ces pays et qui sont aussi précieux pour eux que pour le reste du monde. La protection des savoirs autochtones est aussi ancienne que ces derniers, mais la reconnaissance de ces mécanismes de protection est étroitement contrôlée par un pouvoir supérieur. Nous évoquons dans le présent article l’argument selon lequel, quoi que les communautés locales choisissent de faire pour protéger leurs savoirs autochtones, face au régime actuel de pi et à la position de force d’acteurs mondiaux mus par des considérations commerciales, le concept de savoir traditionnel ou autochtone devient lui-même politique. Si le caractère traditionnel du savoir peut raisonnablement être mis en question d’un point de vue épistémologique, il semblerait qu’il soit possible de revendiquer droits et reconnaissance pour les communautés locales sur une scène internationale où les différends et les intérêts commerciaux revêtent une importance primordiale.
Dans le monde académique et dans la sphère politique, la gouvernance urbaine tend, depuis une vingtaine d’années, à s’imposer à la fois comme un nouveau cadre d’analyse des politiques urbaines et comme un instrument de gouvernement décliné aussi bien par les organismes internationaux, les États que les institutions urbaines. Le terme renvoie à deux constats majeurs : d’une part, les États modernes se transforment et le rôle que jouent les politiques urbaines dans cette transformation peut être essentiel. D’autre part, il ne faut pas surestimer la capacité des institutions démocratiquement élues à réguler seules les problèmes économiques et sociaux auxquelles elles sont confrontées. Une meilleure prise en compte des acteurs issus de la société civile est donc nécessaire dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques urbaines. Cet article se fixe comme objectif de montrer en quoi le « succès » de la gouvernance urbaine s’explique par la rencontre de trois dynamiques issues d’univers sociaux, institutionnels et politiques différents : celle des sciences sociales analysant les transformations de l’État-providence, celle des grands organismes internationaux en charge des politiques de développement dans les grandes villes du « Sud », et celle des institutions urbaines des pays « développés », notamment en Europe de l’Ouest. Il s’agit de dresser un bilan succinct, en ce qui concerne la nature et l’exercice du pouvoir urbain, de la mise en œuvre de ce qui ressemble a priori à un nouvel instrument d’action publique ayant remplacé un mode de gouvernement urbain reposant sur la planification monopolisée par les administrations (internationales, nationales et locales) et les élites politiques locales.
Pour transposer le débat sur la légitimité et l’illégitimité du discours national à l’ordre du jour supranational de l’Union européenne, nous devons réinventer le concept de légitimité en fonction des normes de la politie européenne en expansion continue. Après avoir proposé une typologie de la légitimité, Dionysia Tamvaki analyse les tentatives des chercheurs pour élaborer des outils conceptuels qui facilitent le passage du niveau bien connu des États au niveau mal connu des entités supranationales ; elle examine ainsi les postulats théoriques de l’intergouvernementalisme, du fédéralisme et de la gouvernance à plusieurs niveaux. Évitant la tentation d’appliquer des critères de légitimité d’inspiration étatique à une « politie en formation », elle opte pour un modèle à plusieurs niveaux, utile pour cerner les dilemmes de la légitimité stratifiée posés par l’expansion de l’Union, qui s’étend à de nouveaux territoires, acquiert de nouvelles fonctions et se dote de nouveaux lieux de pouvoir.
Bien qu’il soit largement admis que le savoir joue un rôle clé dans les activités économiques et la vie sociale des sociétés du savoir, notre compréhension de ce qui importe en la matière est souvent incomplète. Les caractéristiques explicites du savoir lui permettent d’être codifié, et donc diffusé à l’échelle mondiale. Cela peut avoir pour effet de réduire le savoir au seul savoir explicite. Cependant, les chercheurs attirent notre attention sur la dimension non exprimée, contextualisée ou tacite du savoir (Gibbons et al. 1994, Polanyi 1967, Stehr 1994). Le présent article cherche à étudier le rôle et les relations des deux formes de savoir dans la mobilité transnationale des immigrés chinois travailleurs du savoir. Il conjugue des données quantitatives sur les immigrants chinois qualifiés venus en Nouvelle-Zélande depuis la Chine continentale après 1990 et une étude de cas fondée sur des entretiens avec 14 travailleurs du savoir immigrés chinois, afin de fournir des éléments probants sur la valeur que revêtent pour les immigrés les différentes formes de savoir pour accéder au travail, pour effectuer ce travail et dans leur vie quotidienne. Il défend l’idée que, du fait des valeurs culturelles, des réseaux sociaux, des dispositions institutionnelles et des relations interpersonnelles qui interviennent dans le processus par lequel ces immigrants chinois qualifiés entrent dans la société du savoir néo-zélandaise et s’y adaptent, le savoir tacite n’est pas séparé du savoir explicite, mais interagit avec lui. L’élaboration de politiques d’immigration doit donc se fonder sur une notion complète du savoir afin de faciliter efficacement son application transculturelle.