
Cet article propose une premiere exploration de la Revue dominicaine. Publiee de 1915 a 1961 par les dominicains de la Province du Canada, cette revue aborde des sujets varies et pose un regard catholique sur differentes manifestations des transformations de la societe canadienne-francaise. De 1915 a 1940, la revue est dirigee par le pere Marcolin-Antonio Lamarche. Durant cette periode, les questions theologiques et philosophiques occupent une place importante dans la revue et les questions sociopolitiques sont souvent discutees a la lumiere de la philosophie thomiste. De 1945 a 1961, le neveu du pere Lamarche, le pere Antonin Lamarche prend la releve et il donne une nouvelle orientation a la revue. Sans negliger les discussions religieuses et philosophiques, le pere Lamarche ouvre davantage les pages de la revue a des auteurs laiques et a des questions sociales et, surtout, culturelles. La revue change alors de visage et tout en conservant une allure elitiste reservee aux gens lettres, elle devient un vehicule non negligeable des idees qui ont pu contribuer a la modernisation du Quebec.
Pendant la durée de son mandat, de 1948 à 1964, le dernier surintendant de l’Instruction publique, Omer-Jules Desaulniers, s’est, à plusieurs reprises, porté à la défense du système éducatif public et privé du Québec. Il a même qualifié ce système de « parfait » et d’« idéal », voire de « meilleur système au monde ». Pareilles affirmations n’ont pas convaincu, il est vrai, les sceptiques et tous ceux qui, à la fin des années 1940 et au cours des années 1950, estimaient que cet enseignement ne répondait plus adéquatement aux besoins de l’époque, tant sur le plan culturel que sur le plan social, industriel et technologique. À partir des textes des interventions publiques du surintendant Desaulniers (allocutions, discours, conférences et causeries), nous essayons de montrer comment, en se basant sur la doctrine traditionnelle de l’Église catholique en matière d’éducation et sur une interprétation nationaliste de l’histoire du Québec, celui-ci s’est fait le défenseur et le promoteur d’une philosophie de l’éducation, basée sur une idéologie à la fois conservatrice, catholique et cléricale, laquelle sera battue en brèche au début des années 1960, à la suite de la publication du Rapport Parent et des nombreux changements apportés à l’ensemble du système d’éducation québécois.
DUMONT, Micheline, Le féminisme québécois raconté à Camille (Montréal, Éditions du remue-ménage, 2008), 247 p.. Un article de la revue Revue d'histoire de l'Amérique française (La culture catholique) diffusée par la plateforme Érudit.
Au debut du XIXe siecle, la Haute-Mauricie est investie par trois grandes compagnies interessees dans le commerce des fourrures : la North West Company, la King’s Posts Company et la Hudson’s Bay Company. Si la presence de ces compagnies dans le bassin de la riviere Saint-Maurice a fait l’objet de recherches approfondies, les activites des petits commercants et la main-d’oeuvre qu’ils employerent sont demeurees jusqu’a present meconnues. Pourtant, comme l’attestent les engagements contractes devant les notaires trifluviens, des marchands independants, profitant d’une periode de flottement, ont ete particulierement actifs sur ce territoire entre 1815 et 1822. Comparativement aux compagnies avec lesquelles ils peinaient a rivaliser, ces derniers employerent des engages amerindiens dans des proportions beaucoup plus fortes, majoritairement des Abenaquis de Saint-Francois-du-Lac et de Becancour. A travers l’etude des modalites d’embauche des engages amerindiens, cet article vise a illustrer leur role particulier dans la traite du Saint-Maurice, notamment a titre de chasseurs salaries, et, par le fait meme, jette un nouvel eclairage sur les strategies des marchands independants.
L’avènement de la démocratie scolaire au Québec remonte à 1829 lors de la mise en place des écoles de syndics. Ce nouveau système scolaire prévoit pour la première fois la mise en place d’une instance politique locale composée de représentants élus. Malgré son existence éphémère, cette institution mérite l’attention des chercheurs compte tenu de son importance dans les campagnes à la veille des Rébellions de 1837-1838 et de sa portée historique sur le développement de la démocratie scolaire. Cet article propose une sociographie des syndics élus dans la région de Montréal sous ce système scolaire entre 1829 et 1836. Cette sociographie s’insère dans le champ de recherche sur les élites rurales au Bas-Canada. La participation à des charges publiques est l’un des marqueurs de la condition élitaire. Les élites remplissent ainsi un rôle d’intermédiaire ou de médiateur entre la société rurale et le monde extérieur, de même que des fonctions de coordination et de direction dans leur milieu. Le mode électoral des syndics est divisé en deux phases distinctes correspondant aux lois scolaires de 1829 et de 1832 qui ont des répercussions sur le portrait social des syndics. Dans une première phase, de 1829 à 1832, la nouvelle institution suscite l’enthousiasme d’une élite locale composée de notables (curés, seigneurs, marchands et professionnels) et de cultivateurs dont plusieurs avaient déjà acquis une expérience dans une autre instance institutionnelle importante en milieu rural : la milice. Dans la seconde phase, de 1832 à 1836, on assiste à un recul des notables et à un accroissement du poids des cultivateurs. Cette sociographie contribue à éclairer la nature composite de l’élite rurale et à montrer la prédominance des notables dans les localités dotées de bourgs importants.