
Dans cet article, l’auteur revient sur certaines questions concernant le domaine de la parenté et de l’organisation sociale des Wayùu de la péninsule de La Guajira, dans la zone frontalière du nord de la Colombie et du Venezuela. Prenant pour point de départ le désaccord entre Goulet et Saler sur l’existence de catégories et de groupes de lignages et sur la place de ceux-ci dans le monde social des Wayùu, il opte pour le point de vue de Saler, à savoir que ces catégories peuvent être considérées non seulement dans les mythes au sujet de l’origine de la société wayùu, mais aussi dans les différents concepts qui réfèrent à l’ancestralité utérine commune d’un groupe de gens apparentés, ainsi que dans les processus de développement, de reproduction et de subdivision des groupes matrilinéaires. La seconde partie de l’article aborde un certain nombre de questions suscitées par l’information ethnographique au sujet de la terminologie de la parenté chez les Wayùu : les différences entre les rapports des chercheurs ; la possibilité de choisir entre plusieurs options terminologiques lorsqu’il s’agit, soit de s’adresser à un même parent, soit de l’évoquer ; et l’interprétation des corrélats sociaux aux caractéristiques de type Crow. L’auteur avance que, dans l’étude de l’organisation sociale des Wayùu, la plupart de ces questions exigent d’être approchées de façon diachronique autant qu’historique, de pair avec une approche ethnographique.
L’arrivée de la Compagnie de la Baie d’Hudson et des traiteurs de fourrures chez les Cris de l’Eeyou Istchee (est de la Baie James) et les Inuit du Nunavik a précipité de nombreux changements dans la vie des populations locales, parmi lesquels le métissage d’hommes britanniques et de femmes autochtones qui a conduit à plusieurs centaines d’années d’unions d’ascendance mixte. Cette cohabitation et ce métissage se sont produits partout dans le pays de la traite des fourrures et, dans deux régions utilisées comme contrastes, la Rivière Rouge et l’ouest de la Baie James, un nouveau peuple apparut, d’abord connu sous le nom de Métis dans la colonie de la Rivière Rouge. En revanche, aucune société nouvelle de ce genre n’a vu le jour dans les deux régions du Québec. Pour comprendre les circonstances de ce non-événement, il est essentiel de savoir comment les relations personnelles se sont déroulées dans les communautés des postes entre les populations autochtones, les Eurocanadiens et la population mixte. Aucun trait distinctif fondamental n’a été discerné en Eeyou Istchee ou au Nunavik, alors que d’autres facteurs sont considérés comme ayant provoqué l’émergence d’un nouveau peuple à l’extérieur du Québec.
À une époque où les membres des Premières Nations vivent la majeure partie de l’année dans des réserves et en milieux urbains, les communautés autochtones cherchent à intégrer des repères culturels et identitaires à leurs aménagements. Ce texte explore les thèmes de la représentation du territoire, de l’identité innue, ainsi que de l’organisation spatiale des campements. La recherche a fait appel à une dizaine de répondants innus et aux relevés de vingt-six campements. Comment le territoire ancestral, dans les façons dont les Innus se le représentent et l’habitent, peut-il inspirer l’aménagement des communautés innues ? Malgré une transition de la tente au chalet, plusieurs traits identitaires persistent dans la manière d’occuper et de vivre le territoire. Symbole d’idéal pour plusieurs, le territoire demeure intimement lié à la pratique des activités de chasse et de pêche. L’auteure identifie enfin ce que différentes manières de s’établir sur le territoire, d’hier à aujourd’hui, peuvent révéler sur les modes de vie innus contemporains et sur des pistes visant à « donner forme » à des aménagements culturellement adaptés.
Y avait-il des genres alternatifs chez les Anicinabek ? La question a émergé après qu’un centre de santé, désireux de lutter contre l’homophobie, eut voulu créer des outils culturellement adéquats, fondés sur la tradition anicinabe. En collaboration avec ce centre, les auteures ont effectué une recherche sur les sexes et les genres auprès de personnes reconnues comme porteuses de savoirs sur les temps anciens. S’aidant d’une revue de littérature sur les deux-esprits chez les Premières Nations en général, elles ont noté que rien en anicinabemowin ne traduit l’existence d’autres genres que homme/femme et d’autres pratiques qu’hétérosexuelles. La sexualité était un domaine caché et les gens étaient pudiques. L’importance de la discrétion, dans un contexte où la reproduction était capitale, a fait ressortir les valeurs qui sont fondamentales pour les Anicinabek, comme le respect et la non-ingérence. Ainsi, être un « bon homme » et une « bonne femme » semble plus important que les préférences amoureuses et sexuelles de chacun.
Cet article débute sur un questionnement dans le contexte du projet de réforme du mode de scrutin au Québec : des changements allant dans le sens d’une meilleure représentation des Autochtones dans les institutions démocratiques pourraient-ils participer au processus de décolonisation ? Par une description détaillée de la situation néo-zélandaise, en particulier des avancées réalisées par les Māori au cours des dernières années par la voie des partis politiques et des urnes, cet article vise à nourrir la réflexion sur la représentation politique autochtone et sur la décolonisation. Le repositionnement récent des Māori de Nouvelle-Zélande sur la scène politique, à la faveur d’un changement de mode de scrutin (1996) et du succès du Parti māori, ainsi que les résultats des élections de 2017 et de 2020 sont révélateurs d’un déplacement graduel des luttes pour l’autodétermination : une confiance accrue est accordée à la démocratie électorale et au parlement.