
Dans le cadre des affections rhumatologiques, l'acquisition d'estimations fiables concernant les expositions professionnelles biomécaniques constitue un enjeu majeur pour toute étude épidémiologique impliquant des personnes au travail (dites travaillants). Les matrices emplois-expositions, ou JEM (Job-Exposure Matrix en anglais), sont des outils méthodologiques employés depuis plusieurs décennies pour évaluer et estimer les expositions passées de populations pour lesquelles les données individuelles sur l'exposition font défaut, y compris biomécaniques. En termes simples, c’est un tableau qui établit une corrélation entre des emplois spécifiques codés et des indices d'exposition à un ou plusieurs facteurs de risque liés à l'environnement de travail. Il est essentiel que les utilisateurs soient conscients des limites inhérentes à leur développement et à leur utilisation. En effet, ces matrices reflètent un niveau d'exposition moyen et ne tiennent pas compte de l'hétérogénéité de l'exposition des travaillants individuels au sein d'un même emploi. Par ailleurs, l'utilisation des JEM doit être réalisée avec une certaine prudence, notamment du fait de leurs particularités de conception et du codage des emplois. Néanmoins, l'utilisation des JEM présente de nombreux intérêts pour les rhumatologues, d'autant que certaines JEM biomécaniques sont facilement accessibles comme les matrices JEM Constances et O*Net.
Les troubles musculo-squelettiques liés au travail sont le principal problème de santé au travail en Europe. Il s’agit de la première cause de maladie professionnelle en France, représentant près de 90 % de l’ensemble des maladies professionnelles. Les principaux tableaux de maladies professionnelles sont présentés, notamment le tableau 57 relatif aux affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail et le tableau 98 relatif aux lombo-radiculalgies provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes Les procédures de déclaration en maladie professionnelle sont détaillées, ainsi que les modalités de l’indemnisation des salariés concernés.
Les exercices physiques au travail (échauffements, réveils musculaires, étirements) se développent dans de nombreux secteurs, notamment dans le bâtiment et les travaux publics (BTP), avec l’objectif de prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS). Leur efficacité reste toutefois discutée. À partir d’une étude de cas multiples en ergonomie menée sur six chantiers, cet article identifie les conditions dans lesquelles ces pratiques peuvent contribuer à la prévention des TMS. Les résultats montrent que ces exercices doivent être considérés comme des situations de travail à part entière, intégrées dans l’organisation du chantier et dans une démarche globale de prévention. L’article propose également une lecture des TMS en ergonomie, afin d’éclairer les liens entre travail réel et pathologies musculosquelettiques.
Les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent en France la grande majorité des maladies professionnelles (MP) puisqu’ils représentent 88% de l’ensemble d’entre elles. Ils touchent principalement les membres supérieurs avec l’épaule (37% des localisations), les mains/poignets/doigts (31%), en particulier le canal carpien. Le coude représente près du quart des TMS (23%), suivi par la colonne vertébrale (6% du fait des lombosciatiques). Les TMS sont à l’origine d’un important absentéisme au travail et de coûts d’indemnisation dans le champ des maladies professionnelles et des accidents du travail. Ils totalisent ainsi, pour les maladies professionnelles, presque 14,6 millions de jours d’arrêt et représentent un coût de presque 1,6 milliards d’euros en 2024.
Les douleurs de l'épaule liées à la coiffe constituent un motif fréquent de consultation en kinésithérapie. La rééducation des tendinopathies non rompues s'appuie avant tout sur l'analyse clinique plutôt que sur les résultats de l'imagerie. Le raisonnement clinique vise à orienter la prise en charge et à écarter les diagnostics différentiels. La stratégie thérapeutique repose sur une exposition progressive à la charge, individualisée selon le niveau d'irritabilité, les limitations fonctionnelles et les contraintes de vie du patient. L'éducation thérapeutique et l'alliance de soin constituent des interventions à part entière. Les facteurs psychologiques et sociaux influencent directement l'adhésion et la trajectoire de récupération. Les exercices actifs sont au cœur du traitement. La réévaluation continue guide les ajustements de la progression et, en cas d'évolution insuffisante, la réorientation. La fin de prise en charge constitue une décision partagée fondée sur l'amélioration fonctionnelle, la tolérance à la charge et la capacité d'autorégulation du patient.
Les auto-anticorps occupent une place centrale dans le diagnostic et le pronostic de la polyarthrite rhumatoïde (PR). En pratique courante, les anticorps anti-protéines citrullinées (ACPA) et les facteurs rhumatoïdes (FR) d’isotype IgM, constituent les principaux biomarqueurs immunologiques. Les ACPA présentent une meilleure spécificité diagnostique que les FR, tandis que leur positivité conjointe rend le diagnostic quasi certain et identifie des formes de PR à évolution plus sévère. Des titres élevés sont également associés à la progression structurale et à certaines manifestations extra-articulaires, notamment pulmonaires. Cependant, une proportion importante de patients demeure étiquetée « polyarthrite immunonégative » avec les tests de routine, qui ne détectent qu’une partie du répertoire auto-immun. L’étude des autres isotypes de ces 2 auto-anticorps, notamment des IgA et des auto-anticorps dirigés contre des protéines modifiées (AMPA) pourrait améliorer la caractérisation des formes immunonégatives et affiner la stratification pronostique.
L’artérite à cellules géantes (ACG) est une vascularite affectant les patients de plus de 50 ans avec un pic d’incidence après 70 ans. Il est désormais admis que l’ACG et la pseudopolyarthrite rhizomélique (PPR) font partie du même spectre. Le diagnostic de certitude, basé initialement sur la présence d’une vascularite à la biopsie de l’artère temporale (BAT), peut désormais se faire grâce à l’imagerie. Selon les dernières recommandations américano-européennes de 2022, la présence d’une vascularite au TEP-scanner ou à l’échographie peut suffire au diagnostic d’ACG. Les principaux signes à rechercher pour le diagnostic d’ACG sont essentiellement le signe du halo pour toutes les artères et la perte de compressibilité pour les artères temporales. Ces signes sont spécifiques, mais doivent être recherchés dans les sept jours suivant l’introduction d’une éventuelle corticothérapie. Cet examen échographique, qui nécessite un bon échographe et un certain entraînement, mérite sa place dans l’arsenal échographique, car il permettrait d’éviter une BAT ou un TEP-scanner.
L’épaule du sportif regroupe des entités hétérogènes multiples aussi bien pour les pathologies aiguës dans le cadre de la traumatologie que pour les pathologies chroniques. Si l’on considère la douleur comme le motif de consultation principal de l’épaule du sportif et sans être exhaustif, les causes sont multiples, on retrouve les épaules douloureuses instables, les omarthroses subluxantes postérieures pré arthrosiques ou arthrosiques, les tendinopathies de la coiffe des rotateurs rompues ou non rompues, les atteintes neurologiques et particulièrement l’entrapment du nerf supra scapulaire, les arthropathies acromio claviculaires symptomatiques, les kystes mucoïdes para articulaires spino glénoïdien ou supra glénoïdien, les lésions du biceps et les atteintes scapulo thoracique particulièrement les « snapping scapulae ». Dans cette mise au point, nous avons volontairement centré le propos sur deux entités pathologiques : l’instabilité gléno-humérale qui est une pathologie fréquente chez le sportif et dont la compréhension de la physiopathologie de l’instabilité postérieure évolue et le conflit postéro-supérieur qui reste une pathologie souvent méconnue et fréquente chez les sportifs d’armée et de lancer. Après un rappel des mécanismes de stabilité de l’épaule, nous détaillons les formes antérieures et postérieures d’instabilité, leurs formes cliniques, les principaux examens d’imagerie et les indications thérapeutiques. Nous abordons ensuite le conflit postérosupérieur en insistant sur sa physiopathologie, ses signes cliniques, son bilan d’imagerie et sa prise en charge. Les autres pathologies de l’épaule du sportif ne seront pas développées. Dans le domaine de l’instabilité de l’épaule, une attention particulière doit être portée aux hyperlaxités constitutionnelles et aux maladies du tissu conjonctif, telles que les syndromes d’Ehlers-Danlos ou de Marfan mais ils sortent du cadre de la pathologie des sportifs proprement dit.
À ce jour, il existe plusieurs AMM pour un anti-IL1 chez des enfants même très jeunes. L’anakinra, dans certaines indications, a une AMM dès 8 mois et 10kg ; après avis d’expert, il peut parfois même être initié chez des enfants encore plus jeunes et de plus faible poids. Plus l’enfant est de petit poids et plus le phénotype de la maladie est sévère, plus la dose à administre d’anti-IL-1 et notamment d’anakinra doit être élevée en mg/kg pour obtenir des résultats pharmacocinétiques et surtout d’efficacité satisfaisants. Chez ces enfants de petit poids comme chez les autres patients, il est important qu’il y ait mise à jour du carnet de vaccination. L’utilisation des anti-IL1 à des doses élevées peut potentiellement augmenter leur toxicité hématologique et hépatique ce qui incite à une surveillance plus rapprochée ces complications.
La radiothérapie, traitement majeur en oncologie, est associée à un risque de fractures osseuses lié à des lésions vasculaires et à une altération du microenvironnement osseux. Lors d’irradiations pelviennes classiques de 45 Grays, le risque à 5 ans est d’environ 12,7 % pour les cancers gastro-intestinaux, 11,8 % pour les cancers gynécologiques et 3,7 % pour le cancer prostatique ont une fracture post radique. Une méta-analyse rapporte chez les patientes traitées pour cancer gynécologique, une incidence globale d’environ 14 %, avec un délai médian de survenue entre 7 et 19 mois. Les fractures touchent en premier lieu le sacrum, puis le pubis et les vertèbres lombaires. Cela entraîne des douleurs dans plus de la moitié des cas. L’âge, l’ostéoporose, la ménopause et la dose de rayons reçus constituent les principaux facteurs de risque. La radiothérapie stéréotaxique, plus ciblée, réduit l’irradiation périphérique mais expose à un risque fracturaire vertébral de 10 à 20 %, surtout pour des doses élevées en fraction unique. La curiethérapie, plus localisée, semble ne pas exposer à ce risque. La prise en charge repose sur le traitement antalgique en premier lieu, et en l’absence de consolidation, parfois à la cimentoplastie. Il n’y a pas de données sur les bénéfices d’un traitement anti-résorbeur. Cependant, il semble important chez les populations à risque de dépister et prendre en charge une ostéoporose, par exemple chez les femmes âgées ménopausées à risque de fracture et les hommes sous hormonothérapie.