
Objectifs La négligence spatiale (NS) est un trouble neurocognitif fréquent chez les patients présentant un accident vasculaire cérébral (AVC). Si la NS paraît plus sévère et prolongée après un AVC hémisphérique droit, une NS droite existe bien après des AVC hémisphériques gauches. Cette NS droite est souvent méconnue ou attribuée à tort à un trouble phasique ou à une indistinction droite–gauche. Nous rapportons ici le cas d’une patiente pour illustrer la NS droite dans différentes modalités. Méthodes Une patiente de 49 ans consultait pour un déficit brutal révélant un hématome profond gauche. Principaux résultats Les évaluations répétées démontraient une négligence spatiale droite, en égocentrique ou allocentrique – c’est-à-dire touchant la partie droite des objets eux-mêmes, indépendamment de leur localisation dans l’espace – et dans différentes modalités. Conclusions Ce tableau clinique illustre l’importance de considérer la négligence spatiale dans le cadre des AVC de l’hémisphère gauche.
Commercialisée en France depuis novembre 2024, la foslevodopa/foscarbidopa administrée en continue par voie sous-cutanée représente une alternative thérapeutique dans la prise en charge des patients parkinsoniens au stade des complications motrices. Ce traitement a pour objectif de réduire les phases OFF et les dyskinésies, à l’instar des autres traitements de « contrôle dopaminergique continu » dits de « seconde ligne ». L’arrivée de ce nouveau traitement a soulevé plusieurs questions, comme celle des modalités pratiques d’utilisation, de sa tolérance cutanée et comportementale, ou celle du profil du patient « idéal ». À travers notre expérience de ces dix-huit derniers mois et des publications les plus récentes, cet article propose de répondre à ces interrogations.
Daniel de La Roche (1743–1812) est un médecin suisse qui s’inspire des écrits d’Albrecht von Haller et de Samuel Tissot pour proposer, en 1778, un livre plus philosophique que médical « Analyse des fonctions du système nerveux ». Son ouvrage est davantage un livre de vulgarisation pour un lectorat éduqué qu’un véritable traité de neuropsychologie au sens actuel du terme mais garde un intérêt historique indéniable grâce aux hypothèses envisagées par de La Roche, telles les notions de différents types de capteurs de la sensibilité cutanée en fonction de la nature physico-chimique du stimulant, celle de la jonction neuro-musculaire, celle d’horloge biologique, celle des capacités d’imitation ou encore les symptômes psychologiques des addictions, etc. Bon nombre de ses fulgurances seront confirmées et validées au XIXe et XXe siècles. Sa démarche intellectuelle est sous-tendue par son envie de voir la vérité scientifique détrôner les croyances et les superstitions, ce qui demeure d’actualité.
Étienne-Michel Bouteille (1732–1816) est un médecin provençal formé à la Faculté de médecine de Montpellier, qui publie à la fin de sa vie, en 1810, « Traité de la chorée ou Danse de Saint-Guy », premier ouvrage en français abordant spécifiquement les mouvements anormaux de l’enfance. Après une biographie de Bouteille, témoignage d’un parcours de vie chaotique au milieu d’épidémies ravageuses et de la Révolution française, l’analyse de son livre montre que sa compilation continue d’observations cliniques fouillées lui a permis de distinguer la chorée, pathologie organique du mouvement, des désordres fonctionnels de la motricité dont il réfute l’étiologie mystique et surnaturelle. Une brève recension des publications consacrées à la chorée au XIXe siècle complète cet hommage à un précurseur de la neurologie des mouvements anormaux. Gilles de la Tourette n’a, d’ailleurs, pas manqué de rendre hommage à Bouteille qui, en isolant les tics de la chorée, a établi les fondements du syndrome éponyme.
La maladie de Parkinson (MP), longtemps considérée comme une affection essentiellement motrice, s’impose aujourd’hui comme une pathologie neurodégénérative systémique touchant de multiples réseaux neurochimiques. Parmi les symptômes non moteurs, les troubles du comportement occupent une place centrale par leur fréquence, leur impact fonctionnel et leur valeur pronostique. Ces manifestations – incluant apathie, impulsivité, dépression, anxiété, psychose et troubles du sommeil, résultent d’une désorganisation complexe des circuits dopaminergiques, sérotoninergiques, cholinergiques et noradrénergiques. La compréhension physiopathologique de ces troubles révèle une double vulnérabilité : d’une part, la dégénérescence intrinsèque des voies mésolimbiques et cortico-frontales, et d’autre part, l’iatrogénie liée aux traitements dopaminergiques. Leur identification précoce, grâce à des outils standardisés, conditionne une prise en charge individualisée intégrant ajustements pharmacologiques, psychothérapies cognitivo-comportementales et neuromodulation. Les avancées récentes en neuro-imagerie et en biomarqueurs ouvrent la voie à une approche intégrée de la MP, où les dimensions comportementales deviennent un levier diagnostique et thérapeutique majeur. Reconnaître ces troubles, c’est replacer le patient au cœur d’une vision globale de la maladie, au-delà des seules manifestations motrices.
Contexte et objectif L’intelligence artificielle (IA) suscite un intérêt croissant en neurophysiologie clinique. Cette revue narrative évalue l’état de l’art des applications d’apprentissage automatique (ML) et profond (DL) à l’électromyographie à l’aiguille (EMG) et aux études de conduction nerveuse (ECN) en analysant leur niveau de preuve et leurs limites. Méthodes Une recherche systématique (PubMed, 2010–2025, recommandations PRISMA-ScR) a identifié 78 études (56 EMG, 22 ECN). Résultats Le ML domine (92 % des études ; SVM 53 %, KNN 31 %) ; le DL reste minoritaire (8 %). La classification ternaire des PUM (normal/neurogène/myopathique) atteint 75–88 % de précision dans les études méthodologiquement rigoureuses, contre 95–99 % dans les études souffrant de biais de partitionnement. En ECN, des avancées concernent la neuropathie diabétique, la polyradiculoneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique le syndrome du canal carpien et le syndrome de Guillain-Barré. L’analyse des ondes F par IA constitue un biomarqueur prometteur pour la SLA (AUC 0,95). Toutefois, le seul essai contrôlé randomisé n’a pas démontré de bénéfice clinique significatif. La validation externe reste rare (14 %). Conclusion L’IA en électrodiagnostic relève d’un paradigme d’intelligence augmentée. Son adoption clinique nécessite des validations prospectives multicentriques, des jeux de données diversifiés et des cadres d’explicabilité adaptés.
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est un diagnostic clinique qui peut également survenir chez les patients amputés des membres inférieurs. Nous rapportons le cas d’un patient âgé amputé en trans-fémoral bilatéralement qui présente des douleurs typiques de SJSR localisé aux deux moignons, qu’il arrive à distinguer de ses douleurs de membre fantôme. Les modifications thérapeutiques permettent une nette amélioration clinique. Ce cas souligne l’intérêt d’évoquer ce syndrome, y compris chez les patients amputés, afin de rechercher les facteurs favorisants. Certains antalgiques ou antidépresseurs, couramment prescrits chez les patients amputés traumatiques, peuvent en effet aggraver la symptomatologie.
Les phénomènes neurologiques transitoires représentent un défi diagnostique quotidien en pratique neurologique. Si les crises épileptiques sont facilement suspectées lorsqu’elles se manifestent par des phénomènes moteurs rythmiques ou une crise tonicoclonique généralisée, elles peuvent prendre des formes bien plus inhabituelles, sources d’errance diagnostique. Les céphalées, les vertiges et les déficits neurologiques focaux transitoires n’évoquent pas en premier lieu une étiologie épileptique. Pourtant, les céphalées ictales, les épilepsies vestibulaires et les crises somatomotrices inhibitrices constituent des entités qui, bien que rares, doivent être connues des neurologues pour permettre une prise en charge adaptée. De manière générale, des épisodes paroxystiques de courte durée, stéréotypés et associés à d’autres manifestations cliniques classiquement rencontrées dans les crises focales doivent faire évoquer une étiologie épileptique. Nous présentons ici des clés diagnostiques pratiques pour reconnaître ces présentations atypiques de l’épilepsie, permettant d’éviter les retards thérapeutiques, les examens invasifs inutiles et les traitements inappropriés.