
La perte de sens au travail dans l’Éducation nationale, aggravée par les réformes, le décalage entre prescriptions et travail réel, et des formes de management délétères sont devenus des sujets de préoccupations majeurs. Le syndicat Snes-FSU tente d’y répondre en s’appuyant sur la clinique de l’activité (CRTD-Cnam) et des « groupes métiers » visant à documenter le travail réel, réactiver les collectifs de pairs et protéger la santé. À partir de dispositifs adaptés au développement de cette expérience dans un cadre syndical, ces espaces permettent de déculpabiliser les professionnel·les, de leur faire redécouvrir l’épaisseur et la complexité de leur activité et de rediscuter des critères de qualité de leur travail. Les ressources produites, reposant sur des moyens limités, nourrissent néanmoins l’action syndicale.
Les élu·es du CSE disposent d’un droit à l’expertise « santé, sécurité et conditions de travail » mobilisable dans des conditions spécifiques. Cet article montre comment les expert·es s’appuient sur des concepts issus des sciences sociales et ergonomique pour analyser les situations problématiques dont ils et elles sont saisi·es et dégager des pistes d’amélioration de l’organisation du travail. L’enquête qu’ils et elles mènent est néanmoins contrainte dans ses modalités de réalisation, du fait des conditions juridiques et temporelles qui encadrent son déploiement. Son effectivité est limitée, mais théorisée par les expert·es selon deux registres : un registre du rapport de force dans lequel l’expertise peut s’insérer ; un registre de la conviction, le travail d’enquête étant susceptible d’influencer les directions par le surplus de connaissance qu’elle apporte.
Une recherche-action syndicale réalisée par le Centre de recherches en économie de Grenoble (Creg) et une union départementale de la CGT a permis d’analyser les effets de l’introduction d’outils numériques de suivi de l’activité sur le travail dans plusieurs services et établissements médico-sociaux, principalement dans le champ du handicap. Cet article vise à identifier les facteurs ou les conditions d’une appropriation syndicale des résultats de cette recherche-action, dans le sens d’une transformation de l’activité syndicale sur les questions traitées par les recherches. L’objectif est ici de contribuer à la réflexion collective sur les méthodes de ces types de recherches particulières, afin d’en améliorer l’efficacité de l’appropriation syndicale.
Nicolas Latteur travaille au Centre d’éducation populaire André Genot (Cepag), un mouvement d’éducation permanente qui collabore notamment avec la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) wallonne. Il a notamment publié Critique populaire de l’exploitation en 2023. Son point de vue s’appuie sur des entretiens menés avec des travailleuses et des travailleurs lors de ses enquêtes de terrain et vise à montrer les enjeux des luttes sociales autour du sens du travail, notamment pour le syndicalisme.
En perpétuelle reconstruction, le travail à l’usine de Sept-Fons influe profondément sur la manière dont les ouvriers le perçoivent. D’un travail souvent pénible et parfois dénué de sens, compensé par le « sens de l’emploi », ils développent diverses formes de résistance face à l’ennui et à l’aliénation. Celles-ci passent par un jeu d’appropriation de la communauté de travail entre un entre-soi propre aux ouvriers et une vision paternaliste de l’emploi, par la valorisation du savoir-faire et des relations sociales, ou encore par la recherche de sens en dehors de l’usine. Ainsi, les ouvriers sept-fondiens recomposent sans cesse leur rapport au travail, multipliant les « crises du sens » entre emploi, activité et accomplissement, ce qui participe à leur immobilisation sur le temps long.