
Les salons se sont développés en France dans l’après-guerre pour rassembler, à intervalles réguliers, les professionnels d’un même secteur. Parmi eux, les salons internationaux constituent un observatoire socio-historique original de la mondialisation. Loin d’une ouverture graduelle au commerce international, leurs organisateurs ont vécu un basculement conflictuel au cours des années 1980 : la « guerre des salons ». Jusque-là structurés autour des fédérations professionnelles, avec le soutien de l’État, dans une logique mercantiliste et corporatiste d’internationalisation des professions, les salons ont été peu à peu concurrencés et rachetés par des multinationales de l’événementiel. Elles les ont redéfinis comme des produits de marché et ont imposé un nouveau type d’organisateurs au profil plus commercial : des professionnels de la mondialisation. Pour étudier ce basculement sont analysées les archives de Promosalons, l’association qui les a réunis, à partir des années 1960. Contre les approches écologiques trop processuelles et iréniques, l’article montre l’intérêt du concept de champ pour la sociologie internationale des professions et l’étude de la mondialisation.
Cet article s’intéresse à la montée des instruments marchands dans les politiques de logement. Il porte sur l’établissement public foncier d’Île-de-France (Epfif), un acteur chargé de fournir des terrains à bas prix pour la construction de logement social et abordable dans les villes les plus touchées par la crise du logement. En croisant les outils de la sociologie économique et ceux de l’action publique locale, l’article met en lumière les dimensions spéculatives de cette politique foncière et analyse ses conséquences sociales et urbaines. À partir d’une enquête mêlant entretiens et observations, il montre que ces politiques ne visent pas tant à combattre la spéculation qu’à redistribuer la rente foncière (l’augmentation de la valeur des terrains liée à leur transformation) entre groupes sociaux jugés légitimes et méritants. Il contribue ainsi aux débats sur les politiques de gentrification en montrant que cette organisation, qui participe au renouvellement des villes touchées par la crise du logement, vise moins à déplacer les habitant·es des classes populaires, que les activités et les emplois industriels, logistiques et illicites jugés obsolètes. Il invite à affiner les méthodes d’analyse des politiques de gentrification, en démêlant ce qui relève d’intentions politiques, de modes opératoires et d’effets collatéraux.
Cet article étudie les pratiques d’évaluation des logements par les agents immobiliers sur le marché des appartements de seconde main dans l’agglomération lyonnaise. Il vise à articuler l’étude de la valeur des espaces à une perspective de sociologie des prix attentive à la qualification des biens échangés sur un marché. Le questionnement porte sur la façon dont ces évaluations intègrent la dimension spatiale. L’article montre que l’espace, à travers le prix au m 2 , est mobilisé par les acteurs pour définir un cadre de référence rendant possible la détermination des prix, malgré la dispersion des ventes et la relative rareté des références disponibles.
Cet article explore les liens entre positions sociales et trajectoires des enfants, lorsque ces derniers présentent des problèmes identifiés dans le registre de la santé mentale ou du handicap mental. À partir d’enquêtes ethnographiques, nous analysons les trajectoires des enfants en lien avec les usages des troubles et des qualifications qui se construisent autour d’eux, notamment dans le cadre familial. Cette analyse suggère que la production de trajectoires différenciées ne doit pas être automatiquement interprétée dans le langage des inégalités. Celui-ci peut en effet abriter des formes de misérabilisme ou de normativité, dans un domaine où les transformations des institutions sont rapides et où les hiérarchies de valeurs varient fortement selon les groupes sociaux et les contextes locaux. Notre approche théorique prend en compte la structure des capitaux, les dispositions incorporées par les parents, les processus de socialisation et les configurations dans lesquelles les différenciations sociales se déploient. L’opposition classique entre classes populaires et classes supérieures se dissout alors en une multitude de fractions de classe qu’il s’agit de distinguer et de caractériser.