
Cette introduction au numéro spécial consacré à la « sociologie dans, depuis et sur les territoires dits d’Outre-mer » revient sur les conditions de réalisation de cette sociologie dans les départements ultramarins. Une première partie revient sur l’usage problématique de la catégorie Outre-mer. Une deuxième retrace l’historique de la constitution du groupe de travail dédié au sein du comité exécutif de l’AFS. La troisième partie vise à rendre compte des résultats du questionnaire passé en 2023 auprès des collègues de sciences sociales travaillant sur, depuis et dans ces territoires.
Lors de la semi-plénière du groupe SocioOM à l’AFS 2023, quatre chercheur·ses – Audrey Célestine, Valélia Muni-Toké, Live Yu-Sion et Marine Haddad – ont partagé leurs expériences de la sociologie dans, depuis et sur les territoires dits d’Outre-mer. Ces échanges ont mis en lumière les difficultés institutionnelles rencontrées dans des contextes où les structures académiques locales en sociologie sont souvent faibles ou absentes. Les intervenant·es ont évoqué les enjeux de la production de savoirs dans ces territoires, les tensions autour de la visibilité scientifique, ainsi que les défis méthodologiques et éthiques spécifiques à ces terrains. Trois temps ont structuré la session : expériences de terrain, enjeux de visibilité, et méthodologies, avant un échange avec le public.
Cet article examine les profondes transformations épistémologiques et institutionnelles de la sociologie ukrainienne à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Il soutient que la guerre a redéfini la discipline en brouillant les frontières entre savoir académique et engagement civique. L’analyse se structure autour de trois axes : la survie institutionnelle, l’adaptation méthodologique et la réorientation théorique. L’étude met en évidence un basculement décisif vers une production de savoir hybride et engagée, marquée par une conscience éthique accrue et un ancrage dans les besoins sociétaux. Sur le plan méthodologique, les chercheurs ont élaboré des compromis réflexifs entre rigueur scientifique et pertinence en temps de guerre. Sur le plan théorique, la discipline s’est éloignée des paradigmes post-soviétiques de la transition pour adopter des cadres d’analyse fondés sur la résilience, la solidarité civique et la critique postcoloniale, recontextualisant la guerre comme ultime étape du processus de décolonisation de l’Ukraine face à l’hégémonie impériale russe. En positionnant la sociologie ukrainienne comme un cas exemplaire de sociologie en action, cet article contribue aux débats internationaux sur le rôle des sciences sociales en situation extrême. Il explore les manières dont la discipline articule savoir, politique et survie, et appelle à une communauté sociologique internationale plus sensible au contexte, solidaire et éthiquement engagée face aux crises.
Comment lire l’essor récent des travaux sociologiques sur l’environnement ? Cette tendance confirmée à partir d’un corpus d’articles (n = 359) parus dans des revues francophones aux profils éditoriaux diversifiés semble révélatrice d’une nouvelle écologisation de la sociologie en France, sous-tendue par un clivage entre des analyses de l’environnement soit au prisme des classes sociales ou bien de l’impératif écologique. Ces débats sont resitués par rapport à une autre voie d’écologisation constitutive du champ de la sociologie de l’environnement dans les années 1980-1990. Celle-ci reste d’actualité dans les travaux sociologiques, mais semble confinée aux revues thématiques pluridisciplinaires, contrairement aux autres travaux qui s’inscrivent dans des revues généralistes (pluri)disciplinaires. L’écologisation depuis la sociologie générale accélère ainsi le décloisonnement de l’objet « environnement », mais les différentes voies d’écologisation mériteraient d’être davantage discutées, comme le suggère l’analyse de thèmes classiques que sont les inégalités et les mobilisations.
Cet article opère un retour réflexif sur trois expériences de conduite d’entretiens à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe, menées dans le cadre de projets de recherche impliquant différents groupes sociaux et professionnels dans ces territoires. Il revient sur la manière dont le positionnement de l’enquêtrice comme une chercheuse venue de l’Hexagone pour de courts séjours d’enquête a affecté le profil des enquêté·es qui ont accepté de la rencontrer et les discours qu’ils et elles ont tenus. Alors que les projets de recherche portaient sur des logiques de circulation et de stratification liant ces trois îles à l’Hexagone, étudier ces relations d’enquête apporte un éclairage heuristique sur de telles logiques. Pour autant, analyser les ressorts de ces relations tend surtout à dé-spécifier l’enquête « outre-mer » : d’une part, en mettant en valeur des mécanismes au croisement de rapports de classe, de race et de genre communs à de nombreux autres contextes d’enquête ; d’autre part, en soulignant des logiques de mobilité et de stratification qui s’appliquent – avec des nuances – à d’autres territoires français, y compris hexagonaux.