
Plusieurs auteur·es ont souligné la nécessité d’adopter une lunette intersectionnelle pour comprendre l’ampleur du phénomène des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur. Cependant, peu de recherches proposent de réfléchir plus concrètement à son adoption ainsi qu’aux enjeux et défis soulevés par cette approche sur les plans théoriques, épistémologiques et méthodologiques. Cet article propose d’identifier des réflexions et des pistes d’actions concrètes pour mettre en oeuvre une approche intersectionnelle. Après un état des lieux des littératures consacrées aux violences sexuelles et à l’intersectionnalité, nous abordons les enjeux et les défis rencontrés à partir de nos travaux de recherche. Nous avons identifié des enjeux liés à la conceptualisation des analyses, à la production des connaissances et à la collecte de données. Des pistes d’actions sont proposées à partir des stratégies déployées pour répondre aux défis rencontrés.
La sociologie des styles de vie décrit et explique la configuration des pratiques et valeurs des individus ou groupes sociaux. Elle s’appuie sur un modèle de stratification sociale structuré par les ressources économiques et le niveau de qualification, perçue comme une manifestation de distinction sociale. Depuis l’après-guerre, la démocratisation des biens de consommation et l’expansion du champ culturel ont conduit à l’émergence d’une vision différentialiste des styles de vie. Ces deux modèles sont testés grâce à une analyse statistique des données de l’enquête TGI de Kantar, réalisée en 2020 auprès de 15 049 Français de 15 ans et plus. Cette enquête couvre divers domaines : les hobbies, les vacances, les pratiques culturelles et médiatiques, le sport, l’habillement, l’alimentation, l’équipement domestique, l’habitat, l’automobile et, enfin, la distribution. L’analyse factorielle révèle deux grands principes de structuration : d’un côté, un principe différentialiste marqué par l’âge, le sexe et le cycle de vie ; de l’autre, un principe de distinction lié aux ressources économiques et cognitives. La classification permet de dessiner une cartographie de styles de vie multidimensionnels et ainsi de proposer une autre représentation de la société française. Dans une partie discussion, l’article propose de rendre raison du premier modèle à l’aide des notions de concernement et d’attachement socio-biographiques, et du second à partir des capacités financières et cognitives.
Cet article vise, dans un premier temps, à expliquer la proposition de « haunting » d’Avery F. Gordon (2008) — traduite en français par l’action de hanter ou d’être hanté. Celle-ci rend visibles les traces de violence sociale en interrogeant les silences de l’histoire et ses formes d’effacement par l’intermédiaire de la figure sociale du « fantôme » ( ghost ). Dans un deuxième temps, pour mettre à l’épreuve ce langage et cette méthode, il sera question d’étudier les « vides » liés à la présence et au traitement des femmes et des enfants internés au camp Spirit Lake (1915-1917, Québec) durant la Première Guerre mondiale. À partir d’une analyse exploratoire de sources primaires et secondaires, la démarche produira une trame explicative renouvelée des dynamiques sociopolitiques et culturelles entourant le travail invisible des femmes, les discriminations raciales envers les populations immigrantes non naturalisées, la peur et la rumeur comme moteur de cohésion du groupe dominant et ce qui persiste au-delà de la fermeture du camp.