
Le thème de l’identité est aujourd’hui devenu récurrent au sein de l’Union européenne, encore plus depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui réactive la réflexion autour des valeurs et des intérêts à défendre face à une menace jugée commune. Cependant, l’histoire des deux derniers siècles témoigne que cette thématique a constamment intéressé nombre de penseurs et de politiques. L’évolution du débat démontre que l’interrogation sur l’identité européenne est une constante et que cette dernière est particulièrement active en période de crise. Celle que nous traversons actuellement n’est que la dernière occurrence d’une tendance plus ancienne qu’on ne l’imagine, mais elle lance à l’Union européenne le défi particulièrement prégnant d’évoluer vers un ensemble mettant en avant des valeurs communes plutôt que des intérêts convergents.
Les récits autobiographiques Journal de ma seizième année de Kawabata Yasunari et Une mort très douce de Simone de Beauvoir relatent tous deux l’expérience douloureuse de la maladie et de l’agonie d’un proche. Ces textes, caractérisés par le ressassement lancinant de la souffrance, interrogent le regard subjectif du narrateur au même titre que les limites des représentations littéraires de la mort et du langage face à la douleur. Cet article explore la tension entre la posture d’aidant et celle d’écrivain par une étude formelle des procédés de répétition et par une analyse de la transgression des motifs littéraires de la mort.
Les travaux en sciences sociales ont montré la façon dont les récits individuels pouvaient enrichir la compréhension de l’expérience de la souffrance. Les récits dont il est ici question sont ceux de Dona Cida, mère de quatre enfants dont un en situation de handicap et habitante d’un quartier populaire de Franca au Brésil. Ils prennent diverses formes narratives : récits oraux, lettres, dessins, poèmes…. Que nous donnent-ils à voir ? S’ils nous informent sur les expériences et conditions de vie des mères appartenant aux classes populaires dans une société inégalitaire, ces récits nous donnent aussi accès au monde sensible du sujet, dont la matrice est en partie religieuse. Ils sont aussi l’affirmation d’une identité source de reconnaissance sociale, reproduisant parfois certaines normes dominantes.
Cet article se penche sur les témoignages de la vie asilaire parus dans L’Information psychiatrique et Esprit entre 1945 et 1952, période qui correspond à ce que l’on appelle parfois le moment « désaliéniste » de la psychiatrie française, dans lequel les revues du Syndicat des psychiatres des hôpitaux et d’Emmanuel Mounier ont joué un rôle important, notamment en publiant des textes qui relèvent de l’écriture de soi et qui ont pour point commun de se présenter comme des « documents » et des « témoignages » de patient·e·s psychiatrisé·e·s. Le but est de rendre compte de la spécificité de l’attention – encore marginale – que reçoivent ces écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de s’interroger, par l’examen des textes et du dispositif éditorial, sur la fonction assignée à ces prises de parole à la première personne qui esquissent aussi en creux des conditions d’audibilité. Déconstruisant les figures stéréotypées du type pathologique et du génie créateur, ces écrits favorisent l’émergence d’un nouvel éthos, celui d’un sujet ordinaire qui tire sa légitimité du vécu mais se voit en même temps assigné à son statut de témoin. L’article traite plus spécifiquement de la façon dont ces textes mettent en cause l’hôpital psychiatrique et il analyse la manière dont certains psychiatres tentent d’encadrer ces témoignages par leurs discours dans une entreprise ambivalente de reconnaissance et de mise à distance.