
Décryptage de Midsommar (2019), film d’horreur génial et gênant où Ari Aster déjoue les poncifs du genre au moyen de quatre personnages – dont deux anthropologues – auxquels il est impossible de s’identifier sans malaise.
La question de la fabrication de la « sincérité » de la voix est ici examinée en s’appuyant sur des recherches sur la corporéité de la performance théâtrale, qui explorent les dimensions physiologiques et cognitives de la voix, de la respiration et du mouvement. L’autrice s’appuie sur une enquête de terrain menée au cours de stages de perfectionnement au jeu d’acteur et à la technique vocale lyrique organisés à Paris entre 2016 et 2021. Si la perception d’une voix comme étant « sincère » est culturellement construite, tout comme l’impératif de « sincérité » dans la performance, les techniques de fabrication d’une voix dévoilent son rôle dans la construction des émotions sociales.
Les IA génératives émotionnelles permettent désormais de paramétrer en temps réel l’expressivité émotionnelle de la voix. Ces technologies – les filtres vocaux émotionnels – ne sont pas des outils neutres : elles portent en elles un potentiel anthropotechnique, c’est-à-dire une capacité à modifier l’humain lui-même. Nous interrogeons ici ce potentiel à travers les neurosciences constructivistes et la théorie de l’inférence prédictive, et en pensant comment ces dispositifs issus du profilage algorithmique participent à l’émergence d’une normativité « IAffective ».
Dans la capitale gabonaise, Libreville, le culte de l’ombwiri consiste à faire parler l’esprit tutélaire dénommé Nana Ngom’Ening. Si cette parole a pour médiateur privilégié la harpe sacrée ngoma, elle peut aussi se faire entendre lors de transes de possession. Nana Ngom’Ening, parce qu’elle est une femme blanche, s’exprime alors en français. De surcroît, son accent diffère de celui du français du Gabon pour se rapprocher de celui de France. L’article explore cette manifestation vocale dans toute son épaisseur pour en faire entendre l’expression complexe d’une multivocalité qui, en transmettant la parole de l’invisible, condense des enjeux de pouvoir.
L’article analyse l’emploi de la voix acousmatique dans des installations d’artistes contemporains français (A. Le Troter, V. Lochu, D. Petitgand, R. Tiberghien et J. Vacher). Parce qu’elles abordent la voix comme une matière et s’appuient sur des dispositifs d’enregistrement et de diffusion, ces œuvres s’inscrivent dans la filiation de la poésie sonore et du cinéma lettriste. Elles en renouvellent toutefois les enjeux par un recours à la spatialisation sonore. Détachée, la voix passe d’un corps à l’autre : du corps émetteur à des corps biologiques, techniques ou architecturaux. L’espace d’exposition devient alors le lieu de déploiement de nouvelles agentivités aux modalités de présence variées.