Cet article revient sur la pandémie de Covid et, s’inspirant de textes et concepts inscrits dans la mouvance de l’auto-défense sanitaire, défend l’assimilation de la perspective des communs négatifs avec un communisme du désastre ou du soin. La pandémie interroge selon nous l’exposition des travailleur-euses à un risque léthal du fait de la contrainte de subsister en travaillant pour des organisations. À l’instar du propos d’Yves Citton dans ce même numéro, cet état de fait invite à imaginer d’autres modèles de protection sociales adaptés à une économie du soin des communs négatif. Revenant sur la pandémie, à partir du concept de « diagonalisme » proposé par William Callison et Quinn Slobodian, il apparaît que c’est le défaut d’une telle économie qui contribua à pousser des foules de free-lances à se radicaliser sur YouTube ou Twitter, sur un mode conspiritualistes, alors que les cadres pouvaient télétravailler via Zoom ou Teams. Une économie de l’incurie s’est ainsi substitué à une économie du soin.
La structuration du service public de l’électricité a intégré une forte dimension imaginaire, la promesse des services collectifs pour le plus grand nombre. La figure du réseau est restée dans l’imaginaire collectif, celle de la solidarité territoriale et de la péréquation tarifaire : où que l’on aille, qu’importe les capacités productives de la région ou de la localité desservie, il y a de l’électricité au même coût. C’est la pensée d’un commun qui s’est matérialisée dans une structure réseau qui reflète des choix technologiques et politiques : un modèle centralisé à outrance et qui a misé sur le nucléaire. Le renouvelable est en train de complètement s’intégrer à ce qu’on a appelé la mégamachine. Il y a peut-être une transition énergétique mais il n’y a pas de transition infrastructurelle. Depuis une vingtaine d’années, la carte de l’interconnexion s’est considérablement densifiée, et l’ensemble des paysages mutent – paysages énergétiques dans lesquels la production électrique joue un rôle central car c’est elle qui donne « l’élasticité » économique aux territoires. De nouvelles figures réticulaires, de restructuration du réseau électrique à partir de micro-réseaux, peuvent donner lieu à des régimes socio-techniques différents.
En s’appuyant sur la notion de communs négatifs développée dans des travaux antérieurs, et sur les analyses de Kasia Paprocki à propos de la situation de l’agriculture sur les côtes du Bangladesh et de Sarah Knuth sur le rétrofit urbain, cet article propose une voie destinée à « politiser le renoncer » au-delà de l’horizon ouvert par ce que l’on pourrait appeler un « capitalisme de la fermeture ».
In other texts, Monnin has proposed restoring, closing and relocating the legacy of that old and collapsed livelihood of our planet: dismantling the north. This text discusses the location of ideas of civilization, past and present, and asserts that the North must consider itself a witness to obsolete futures. It points toward a complete ecological redirection and acknowledges the common negatives of existing infrastructural and technological models. In doing so, it calls upon the North and France to learn and dismantle these models themselves.
Monnin has argued elsewhere to restore, close, and relocate the heritage of our planet’s collapsing livelihood and dismantle the old: the north. This text discusses the location of ideas of civilization, past and present, and claims that the north must consider itself as the witness of obsolete futures. It aims for an entire ecological redirection, recognizing the negative commons of existing infrastructural and technological models. Doing so, summons the north, and France, to learn and dismantle these models through themselves.
En otros textos, Monnin ha propuesto restaurar, cerrar y reubicar la herencia de ese viejo y colapsado sustento de nuestro planeta: desmantelar el norte. Este texto discute la ubicación de las ideas de civilización, pasadas y presentes, y afirma que el norte debe considerarse a sí mismo testigo de futuros obsoletos. Apunta hacia una redirección ecológica completa y reconoce los comunes negativos de los modelos infraestructurales y tecnológicos existentes. Al hacerlo, convoca al norte y a Francia a aprender y a desmantelar estos modelos por sí mismos.
Monnin has argued elsewhere to restore, close, and relocate the heritage of our planetâs collapsing livelihood and dismantle the old: the north. This text discusses the location of ideas of civilization, past and present, and claims that the north must consider itself as the witness of obsolete futures. It aims for an entire ecological redirection, recognizing the negative commons of existing infrastructural and technological models. Doing so, summons the north, and France, to learn and dismantle these models through themselves.
Ce chapitre questionne la mutation pédagogique induite par l’Anthropocène sur les contenus et les modalités de l’enseignement dans une école de gestion. Nous montrons que l’irruption de l’Anthropocène dans ce type d’établissement ne se résume par simplement à la transmission de nouveaux contenus, ni même à la facilitation de leur acquisition par le truchement d’innovations pédagogiques. L’Anthropocène provoque une transformation profonde de l’apprentissage, en rupture avec les implicites épistémiques et cosmologiques du monde organisé et des écoles de gestion. L’enjeu n’est plus de maintenir en existence des organisations selon les critères de performance établis mais de confronter les programmes des écoles de gestion à l’enjeu de l’in-habitabilité et de l’inconsistance du monde organisé : un monde en ruine. Nous soulignons le rôle critique que joue le design dans cette transformation, en revenant sur des programmes d’enseignement conduits au sein d’une école de gestion, en collaboration avec des designers et une école de design.
Imaginer des politiques publiques pour l’Anthropocène réclame de devoir gérer notre héritage d’infrastructures et de modèles économiques inadaptés à notre situation critique. Alexandre Monnin, Diego Landivar et Emmanuel Bonnet s’y attèlent concrètement à travers leur initiative Closing Worlds, menée avec l’équipe de chercheurs d’Origens Media Lab. À travers deux enquêtes menées dans ce cadre – sur l’arrêt de la construction neuve en Île-de-France et la gestion des équipements sportifs vieillissants –, ils esquissent des pistes afin d’hériter de ces « communs négatifs » dans un temps d’urgence écologique qui requiert, selon eux, une « nouvelle science de l’arbitrage public ».
Les communs désignent généralement des ressources partagées qui ont une utilité pour une communauté qui en prend soin, c’est-à-dire des effets positifs. La notion de « communs négatifs » s’attache aux problèmes soulevés par la gestion de certaines réalités dont les effets sont négatifs notamment dans le domaine environnemental : déchets, centrales nucléaires, mais aussi d’autres éléments dont nous allons hériter à l’avenir et dont il va bien falloir prendre soin. Plus les sociétés capitalistes se développent, plus elles perdent leur capacité à absorber ce qu’elles produisent en excès, reléguant ces déchets dans les zones les plus pauvres ou bien dans les profondeurs de la terre et des océans. À côté de cela, d’autres réalités, inassimilables à des déchets, nous privent de futur, de par leur simple existence. Comment politiser le traitement qu’il convient d’y apporter ? C’est à cette question qu’entend répondre le second pan de la réflexion ouverte par les communs négatifs.
Cet article examine la place qu’occupent les réflexions sur la Planétarité en les situant par rapport à deux autres attracteurs, le Terrestre et le Global. Un certain nombre de positions idéologiques contemporaines sont ainsi comparées en fonction de leur situation vis-à-vis de ces trois opérateurs. L’élément central permettant de les distinguer n’est autre que leur rapport aux techniques. Nous proposons de dépasser la difficulté à politiser les enjeux techniques et planétaires en ayant recours au concept de communs négatifs.
This retrospective of the Web and Philosophy (PhiloWeb) symposia traces the evolution of the philosophy of the web over a decade, from its origins at La Sorbonne through the Googleplex and beyond. The papers in the proceedings, as well as invited talks, given in the online retrospective (PhiloWeb 2021) are outlined. A call to arms to put the “philosophy” back into the “philosophical engineering” of web is shown to be necessary in order to redeem the revolutionary horizons opened by the web.
Presentation du Dossier L’etrange moment dans lequel nous sommes plonges, si difficile a apprehender, offre au theme de ce Dossier une actualite inattendue, alors qu’il a evidemment ete prepare avant cette crise. A vrai dire, nous nous en serions bien passes, et il serait malvenu d’en profiter pour faire sa promotion, si ce n’est pour relever l’etonnante facilite avec laquelle les realites qui semblaient le plus solidement etablies peuvent etre remises en cause du jour au lendemain (meme si o...
Nous proposons dans ce texte d’interroger les présupposés cosmologiques du design contemporain. Dans un premier temps, il s’agit pour nous de partir de certaines définitions du design qui mettent en avant la volonté d’améliorer l’habitabilité du monde et de souligner les accointances contemporaines du design avec certaines approches managériales de l’innovation. Ceci, avant tout pour interroger les notions de projet, de construction / innovation, de production de possibles, d’inscription temporelle et spatiale du design, de désirabilité, d’amélioration de l’habitabilité ou encore de reprise du monde. Nous contrastons ensuite deux manières d’envisager le design, en amont et en aval des mondes, qu’il soit projecteur ou correcteur. Une fois abandonné le paradigme de la crise, réencastrer le design au cœur du nouveau régime climatique qui prévaut désormais conduit à radicalement interroger cette double prétention. Cela nous amène à redéfinir les enjeux du design en termes cosmologiques pour mieux le « dé-projeter » et ainsi de substituer au monde humain (qui n’est précisément pas un monde mais une acosmie) d’autres relations de consistances entre les êtres.
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.
Current tag models do not fully take into account the rich and diverse nature of tags. Each model makes different partial assumptions as to the definition and attributes a tag should receive. In this paper we propose an ontology, NiceTag, whose primitives are “tag actions” modeled with RDF named graphs. This mechanism allows us to type, describe and thus ensure the traceability of each single act of tagging. Our named graphs contain at least a resource linked to a “sign”, which can be any resource reachable on the Web (an ontology concept, an image, etc.). The resource, the sign and the link between them are the three components of the acts of tagging that we want to explicitly represent as social actions, akin to speech acts. The purpose of our model is threefold. First, to be able to describe acts of tagging in a very precise and general manner, consistent with the principles behind the architecture of the Web. To reconcile and bridge existing tag models (Newman ontology, Tagont, ES, SCOT, SIOC, CommonTag, MOAT, NAO). And finally, to propose a viable way to reify and represent the intention behind an act of tagging and leverage its semantics.
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