Le but de ce article est double : il s’agira d’une part de présenter les résultats d’une enquête destinée à évaluer la vivacité de certaines oppositions phonologiques qui touchent au systèmes des voyelles à l’intérieur d’une région bien délimitée dans la francophonie, la Suisse ; d’autre part de mettre en rapport les résultats de cette enquête avec les résultats d’études conduites à la fin des années 70 (Métral 1977), et ainsi de juger de l’évolution du système, à près d’un demi-siècle d’intervalle.
Le corpus Ofrom est une archive constituée de transcriptions d’enregistrements réalisés auprès de locuteurs bien ancrés en Suisse romande. Créée par une équipe de linguistes soucieux de disposer de données empiriques pour décrire les pratiques linguistiques de cette région de la francophonie, la base contient plus de dix ans après son ouverture au grand public près de 1,3 millions de mots. Cet article expose les fondements méthodologiques du corpus et ses outils, puis présente quelques exploitations possibles pour l’étude scientifique du français et pour son enseignement.
La périphrase verbale ‹ vouloir +V inf › pour exprimer l’ultériorité existe depuis l'ancien français, en compétition avec ‹ aller +V inf ›. Cette construction, basée sur des concepts cognitifs universels (aussi présents, entre autres, en anglais et en roumain), survit jusqu’à nos jours, avec des valeurs qui varient selon les régions. Dans cette étude, l'évolution diachronique, l'extension dans les parlers galloromans et les usages contemporains en français sont examinés, avec des données récentes recueillies via la méthode du crowdsourcing . Les résultats d’une analyse portant sur les réponses obtenues auprès de témoins francs-comtois et suisses romands, et évaluant les variables influençant cette construction (personne verbale, modalité, effet lexical), permettent de montrer que la tournure dans son emploi le moins syntaxiquement contraint n’est aujourd’hui guère employée en dehors du Jura franco-suisse, du moins en Europe.
RésuméCet article présente une analyse multifactorielle du comportement des consonnes liquides post-obstruantes en position finale de mot en français. Plus précisément, nous nous intéressons au phénomène par lequel un ou final dans la transcription orthographique d’un mot n’est pas prononcé dans la parole continue, p. ex. comme dans les items « découvre » et « terrible », respectivement prononcés [dekuv] et [teʁʁb] au lieu de [dekuvʁʁ] et [teʁʁibl]. Au total, plus de 2500 items comportant un cluster obstruante+liquide en fin de mot ont été extraits d’un corpus de parole d’une durée de 13 heures, qui a été étiqueté à différents niveaux. Ce corpus comprend les productions de 120 locuteurs originaires de 3 pays francophones (Belgique, France et Suisse), enregistrés dans deux tâches différentes (lecture et conversation). Pour déterminer ce qui affecte la (non-)prononciation de ou dans ces contextes, une douzaine de prédicteurs de différentes natures sont testés dans un même modèle statistique. Les caractéristiques phonétiques telles que le lieu et le mode d’articulation, le contexte droit, le statut prosodique et le taux d’articulation; mais aussi les prédicteurs liés aux locuteurs (pays d’origine, sexe, âge, classe sociale) et au style de parole sont pris en compte. Des modèles mixtes linéaires généralisés révèlent que seulement la moitié d’entre eux ressortent comme jouant un rôle significatif sur la variable à l’étude. Les résultats sont discutés à la lumière dʼétudes antérieures portant sur les aspects sociolinguistiques des variantes de prononciation en français.
The purpose of this article is to document, on the basis of data from linguistic atlases and online surveys, the processes by which innovations driven by the Centre (Greater Paris) are disseminated throughout the Francophone and Creole -speaking world, focusing more specifically on French-speaking Canada on the one hand and the Lesser Antilles on the other. A comparison between the Creoles of Dominica and Saint Lucia (long cut off from Metropolitan France) and those of Guadeloupe and Martinique (increasingly influenced by Metropolitan French) will also highlight the phenomena of Francization (some speak of "decreolization") affecting the Creoles of the islands that have remained French, in contrast to the clearly archaic character of the islands that fell into British control and only much later gained their independence. The parallelism with Canadian French (Acadia and Quebec) will show that the same causes have had the same effects, but with marked differences related to the history of each variety which highlights the importance of certain external factors (in particular: the duration, nature and intensity of political and cultural ties) in the evolution of widely used languages. The variables examined will be lexical (the concepts "socks", "pants", "shorts" and "clothing") and phonetic (the treatment of certain final consonants, the pronunciation of and nasalization [I] > [n] in underpants > cannons).
The aim of this paper is to present the results of a research dealing with the word monstre ("monster"), placed before a lexical unit or a phrase that it modifies (as in il fait monstre chaud, "it is very hot"). First, we use crowdsourced data to draw with precision the boundaries of the area where this singular use of monstre is attested, i.e. in French-speaking Switzerland and in some neighboring localities of France. Next, thanks to the data extracted from the OFROM database and from other resources, we examine the distributional properties of monstre in French. Third, we describe the semantic properties of the intensificator monstre.
Résumé : Cet article vise à décrire les contours prosodiques d'items appartenant à des listes terminées par une particule d'extension (et cetera, tout ça, et tout) issues de la base OFROM (Corpus oral de français de Suisse romande). Dans la littérature sur la prosodie, on relève des caractéristiques diverses à propos des contours des éléments d'une énumération (forme, répétition, durée des syllabes, etc.). Cette étude de nature qualitative se propose de dégager des observations sur ces as - pects, en fournissant une analyse outillée des profils mélodiques et temporels des contours réalisés sur les syllabes terminales des items appartenant aux listes récoltées. Bien qu'un contour prototypique ne puisse être associé au phénomène de liste ouverte, nos résultats montrent que certaines caractéristiques récurrentes (plateaux, allongement distinctif) s'apparentent à des procédés de stylisation à mettre au compte de stratégies pragmatiques du locuteur. Abstract: The aim of this paper is to describe the prosodic contours of open list items followed by specific extension particles (et cetera, tout ça, or et tout) collected from the OFROM database (Corpus oral de français de Suisse romande). In the literature on prosody, various features have been identified concerning list item patterns (tone, parallelism, duration of the accented syllables). This qualitative study intends to observe these aspects by analyzing the intonation and duration features of the final list item syllables. Although the results do not reveal a prototypical list con - tour, they show certain recurring traits (level pitch, typical lengthening) which can be considered stylization effects pertaining to the speaker's pragmatic strategies.