
Cet article presente la construction des referents de dans des emplois dits generiques a partir d'une etude de cas (enregistrement audio-video d'une seance de formation commerciale). Il s'agit d'une interaction en face a face d'un formateur et d'un apprenti adulte, en formation continue. Les analyses plaident pour le role crucial des indices posturo-mimico-gestuels et des regards pour la construction de la reference en interaction face a face. Deux valeurs referentielles sont identifiees pour le pronom personnel tu dans ces emplois : 1) la reference generique inclusive qui inclut le parleur-enonciateur, l'auditeur-allocutaire et toute personne susceptible de se trouver dans la meme situation ; 2) la reference generique exclusive qui inclut le parleur-enonciateur et toute personne dans la meme situation mais exclut l'auditeur-allocutaire. Le deuxieme cas de figure, plus rarement decrit dans la litterature, comprend des exemples ou le parleur exclut et met a l'ecart ouvertement celui a qui il s'adresse et des exemples ou le parleur se retire provisoirement de la co-enonciation en construisant visuellement une autre interaction fictive.
L'analyse des performances des enfants presentant des troubles du developpement de la morphosyntaxe apporte un eclairage interessant a la comprehension du developpement grammatical. On constate qu'il est particulierement difficile de demontrer l'existence de troubles specifiques de la morphosyntaxe, mais que l'on serait plutot confronte a un trouble generalise interdisant a terme le developpement d'un systeme langagier complet et performant. Pour appuyer cette these, nous recenserons les donnees recentes sur les troubles morphosyntaxiques des enfants, en s'appuyant a la fois sur les donnees langagieres mais aussi sur les capacites non langagieres des enfants. Nous verrons que l'etude de mecanismes cognitifs plus generaux tels que la memoire, l'attention, l'apprentissage statistique ou la realisation d'analogie fournit autant de pistes actuellement evoquees pour expliquer les difficultes qu'eprouvent certains enfants a entrer dans la grammaticalisation. Ces travaux incitent a envisager les troubles du langage, en particulier, et le developpement normal du langage, en general, sous un angle multidisciplinaire.
Cette these aborde un phenomene du changement linguistique specifique a la langue francaise en tant que langue romane : la generalisation de l’emploi des personnels sujets consideree comme acquise au 17e siecle. Les releves operes dans un corpus litteraire en prose reparti sur le 16e s. montrent que cette progression, bien qu’elle soit continue, est inegale selon que les personnels sujets referent au locuteur ou a l’allocutaire de la situation contextuelle ou qu’ils referent a un element cotextuel. Aussi, pour expliciter cette disparite, cette etude s’appuie sur l’heterogeneite interne au paradigme des personnels sujets et distingue les personnels deictiques locutifs je/nous, et allocutifs tu/vous, et les anaphoriques il(s)/elle(s), et propose la raison enonciative comme principal facteur d’emploi. Elle s’efforce de demontrer que leur emploi correspond a un choix emanant de l’enonciateur qui s’effectue dans des cadres cotextuels reperables, illustres par deux corpus, les assertions fictionnelles posterieures a un discours direct fictif (chap. 3) et un ensemble de propositions subordonnees (chap. 4). Dans le premier, le recours aux personnels sujets quel que soit leur mode referentiel pallie une saturation textuelle traditionnelle en voie de disparition. Dans le second, l’enonciateur (fictif ou fictionnel) signifie son intention de prendre en charge la representation des instances de la situation coenonciative (je ou vous) au lieu de la laisser a l’initiative de son allocutaire. Au terme de cette these, le passage d’une morphosyntaxe variee a la progressive fixation de l’ordre phrastique PSV se trouve justifiee par trois criteres, enonciatif, pragmatique et textuel.
Cette recherche s'interesse a la possibilite d'etablir des points de comparaison entre le prelinguistique et le linguistique dans la periode des premiers mots. Le constat d'un flou regnant autour des notions de mot et de proto-mot nous a fait considerer differentes approches : historique, epistemologique et experimentale. L'apport de l'approche historique est essentiel pour cerner la problematique et considerer la facon dont parler est envisage par une societe et une epoque. Cettepartie nous permet de mettre en avant deux elements : la question de l'emergence de la parole implique la notion de representation sociale, et l'emergence de la parole, aujourd'hui, se situe durant la periode des premiers mots. L'analyse de cette periode nous conduit a une partie epistemologique permettant de definir le type d'unites caracteristiques de cette periode : les proto-mots et les mots. Une fois nos unites identifiees, nous effectuons une analyse longitudinale de quatre enfants, de un an a deux ans. Nous avons d'abord identifie un phenomene de substitution des mots aux proto-mots. Ensuite, nous avons observe les deux elements communs a ces productions : la prosodie et la phonologie. Il decoule de notre analyse que la prosodie fournit un cadre commun assurant la transition entre les proto-mots et les mots, et que la phonologie est le domaine ou s'observent les differences : les mots sont le lieu du developpement des structures phonologiques complexes, contrairement aux proto-mots. Nous avons pu considerer que parler, c'etait privilegier les motscomme support de communication verbale, par rapport aux proto-mots, et que cette particularite est l'objet du developpement phonologique.
Le rire joue un role important dans les ecrits socratiques de Xenophon : il est a la fois, un ressort de la dramaturgie des dialogues, un element de la methode socratique et l’un des themes majeurs du Banquet. Le rire, chez Xenophon, presente une vraie polyvalence de fonctions. Exprime par une pluralite de verbes, il rend compte de demarches tres differentes les unes des autres et prend alors des significations qu’il convient de preciser. Le present article propose une analyse semantico-pragmatique des expressions linguistiques du rire chez Xenophon. Les resultats obtenus serviront a definir un usage socratique du rire, determinant ainsi le role de ce theme dans la visee apologetique de l’œuvre.
La syntaxe procede par stabilisations et regularisations internes ou externes, mais mise a l’epreuve du discours elle est le lieu d’une certaine liberte dont les figures de construction sont l’indice. Ces figures signent l’engagement de l’enonciateur dans son discours tout autant que les choix lexicaux, l’organisation sequentielle ou meme l’inscription dans un genre. Envisager les figures de construction sous leur seule composante syntaxique permet de les classer mais neglige leurs dimensions semantiques, referentielles et enonciatives. On propose au contraire de reconsiderer les figures de construction sur des criteres enonciatifs et de prolonger les analyses qui ont reevalue certaines figures : l’hypallage, figure qui repose sur un transfert de caracterisant et une caracterisation dialogique (Gaudin-Bordes et Salvan 2008, 2012), l’antanaclase qui repose sur une repetition-variation lexico-semantique et un conflit referentiel de nature dialogique (Gaudin-Bordes et Salvan 2010), l’anacoluthe qui repose sur une rupture syntaxique et une redistribution des points de vue (Gaudin-Bordes et Salvan 2011).
Dans Le Rouge et le noir, Stendhal use frequemment de deux tours temporels repertories comme stylistiques par les grammaires : le futur et le conditionnel de conjecture. Contrairement a ce que l'on pourrait induire de ces appellations, ces deux temps n'ont pas directement partie liee avec la valeur epistemique de conjecture : la conjecture est un enonce d'hypothese plausible, construit textuellement, qui peut egalement se signifier au present et au passe compose. Le futur et le conditionnel en sont des ingredients, dont la fonction est d'accentuer cette valeur modale. Pour entrer dans sa production, ces temps ne perdent pas leur valeur temporelle. Notre hypothese explicative est au contraire que c'est a partir de celle-ci qu'ils y participent, et de facon specifique pour chacun d'eux.