Les antibiothérapies prolongées sont à l'origine d'effets indésirables parfois sévères et nécessitent une surveillance étroite. Le suivi au domicile des patients sous antibiothérapie (> 14 jours) a été amélioré grâce à la mise en place en janvier 2021 d'un accompagnement par un infirmier référent en antibiothérapie (IRA) assisté par une application e-santé. Après inclusion du patient et éducation thérapeutique, l'IRA réalise, sous supervision médicale, le suivi clinique et biologique. Il participe à la gestion des effets indésirables, réalise le lien avec les soignants du domicile et veille au bon déroulement du parcours de soin. L'application e-santé permet de recueillir un questionnaire hebdomadaire d'évaluation clinique, de communiquer et de rappeler les bilans biologiques ainsi que les rendez-vous. Nous évaluons notre accompagnement sur les deux ans écoulés. L'intégralité des patients qui se sont vu proposer cet accompagnement l'ont accepté. Sur les 202 patients accompagnés, 27% (55/202) ont une infection ostéoarticulaire, 18% (37/202) une septicémie, 14% (28/202) ont une endocardite infectieuse,13% (27/202) un abcès et enfin 17% (34/202) une tuberculose. Les 11% restants (21/202) ont diverses pathologies. Un tiers des patients ont un traitement intraveineux, majoritairement sur midline. L'âge moyen est de 56 ans, les comorbidités sont le diabète, les troubles cardiovasculaires et les cancers. Environ 20% (40/202) sont en précarité sociale. Hors tuberculose, les durées moyennes d'antibiothérapie et de suivi sont respectivement de 54 et 67 jours, 45 patients sont suivis simultanément. L'IRA réalise des actions d'information et de coaching à destination du patient mais aussi d'assistance et de coordination à destination des soignants. Le nombre d'appels reçus par jour est de 35. Parmi les 1430 bilans biologiques récupérés et analysés, la moitié n'aurait pas été réalisée sans l'intervention de l'infirmier. Les principaux effets indésirables rencontrés sont les éruptions cutanées, les troubles digestifs, et la cytolyse hépatique. Le suivi par l'IRA a conduit à 28 ré-hospitalisations en évitant le passage par les urgences. L'application a permis la réalisation de 2736 questionnaires cliniques (13 par patient) et l'échange de 512 messages (3 par patient). Les patients et les soignants sont très satisfaits de cet accompagnement (sécurité procurée, pertinence des réponses, facilité à joindre le service référent). Cette innovation organisationnelle (IRA + application e-santé) permet un accompagnement personnalisé des patients et un retour au domicile sécurisé. Elle permet de prendre en charge rapidement les effets indésirables et d'éviter les passages aux urgences. Elle répond aux besoins de la relation ville-hôpital, apporte un franc bénéfice à la qualité du suivi des patients sous antibiothérapie au domicile et souligne le rôle clef de l'IRA. Un protocole de coopération local entre professionnels de santé permettra l'autonomisation de l'infirmier pour la prescription de bilans biologiques et de traitements symptomatiques de première ligne. Aucun lien d'intérêt
Les options de relais antibiotique oral pour les infections sur prothèse articulaire à Staphylococcus spp. sont souvent limitées. L’objectif de l’étude était d’étudier l’efficacité et la tolérance des cyclines en association à la rifampicine en comparaison au traitement par rifampicine/fluoroquinolone. Étude rétrospective cas-témoins au CRIOAC du CHU de Toulouse de 2014 à 2017 des infections sur prothèse articulaire à Staphylococcus spp. , pris en charge par chirurgie et antibiothérapie orale par rifampicine/cycline vs. rifampicine/fluoroquinolone. Le critère de jugement principal était l’absence de rechute à 2 ans. Quatre vingt deux patients ont été inclus, dont 40 dans le groupe rifampicine/cycline et 42 dans le groupe rifampicine/fluroquinolone. Les patients traités par rifampicine/cycline étaient plus âgés (77,5 vs. 67,5 ans, p = 0.06) et plus co-morbides (score de Charlson > = 3 dans 40% vs. 14,3%, p = 0,01) que ceux traités par rifampicine/fluroquinolone. Les infections concernaient essentiellement des prothèses de hanche ( n = 51, 62%) et de genou ( n = 29, 35%), sans différence entre les 2 groupes, avec une infection précoce (< 1 mois) dans 23 cas (28%). Les patients infectés par S. aureus meti-S (SAMS, n = 25) étaient plus fréquemment traités par rifampicine/fluoroquinolone (24/25), alors que ceux infectés par S. aureus meti-R (SAMR, n = 10) ou S. epidermidis meti-R (SEMR, n = 39) étaient plus fréquemment traités par rifampicine/cycline (8/10 et 30/39). La minocycline restait sensible pour toutes les souches résistantes à la doxycycline. Sur le plan chirurgical, un traitement conservateur (débridement, antibiotiques, irrigation, rétention) était réalisé dans 28 cas (34%), et un traitement non conservateur dans 54 cas (66%), le plus souvent dépose/repose en 1 temps (32/54), sans différences entre les 2 groupes. L’antibiothérapie probabiliste parentérale utilisait un glycopeptide ( n = 42) ou de la daptomycine ( n = 20), associé à une béta-lactamine, pour 7 jours en médiane, sans différence entre les groupes. En relais, dans le groupe cyclines, la rifampicine a été associée à la doxycycline dans 17 cas, et à la minocycline dans 23 cas. Dans le groupe fluoroquinolones, la rifampicine a été associée à la levofloxacine dans 39 cas/42. La durée de traitement était de 12 semaines sans différences entre les groupes. Une rechute avec le même germe est survenue dans les 2 ans chez 12 patients sur 71 évaluables (16,9%), dont 7/32 (21,9%) dans le groupe cyclines et 5/39 (12,8%) dans le groupe fluroquinolones ( p = 0,35). En analyse multivariée, il n’y avait pas statistiquement de sur-risque de rechute dans le groupe cyclines après ajustement sur les facteurs de confusion (ORa = 2,48 (0,49–12,58) p = 0,27). Des effets indésirables sont survenus dans 16 cas (19,5%), sans différence entre les groupes ( p = 0,51) : digestifs ( n = 8), allergiques ( n = 2), neuropsychologiques ( n = 4), insuffisance rénale aiguë ( n = 1), hépatite cytolytique ( n = 1). Les cyclines associées à la rifampicine semblent une alternative intéressante aux fluoroquinolones pour le relai per os des infections sur prothèse articulaire à Staphylocoques, en particulier pour les infections à SAMR et SEMR multi-résistants.
Les antibiothérapies prolongées sont à l'origine d'effets indésirables cliniques ou biologiques parfois sévères, d'un prolongement de l'hospitalisation ou de ré-hospitalisations, et nécessitent une surveillance rapprochée. Afin d'optimiser le suivi de nos patients, de prévenir les infections de voies d'abord, et d'éviter les ré-hospitalisations, nous avons développé une solution e-santé supervisée par un infirmier de coordination. Cette application mobile permet de recueillir un questionnaire hebdomadaire d'évaluation clinique des patients (fièvre, éruption cutanée, nausée, vomissements, poids, voie d'abord IV..), de rappeler les bilans biologiques à réaliser et les rendez-vous médicaux et enfin de transmettre des photos et documents. Notre solution de suivi des patients sous antibiothérapie au domicile a été developpée à partir d'une plateforme e-santé dont s'est doté notre CHU. Un questionnaire hebdomadaire simple, réalisé en 3 minutes a été créé, et incrémenté d'un code couleur donnant du poids aux réponses afin de les hiérarchiser (fièvre à 40 °C : alerte rouge, etc.). Nous avons créé des parcours patients dont découlent les principes de surveillance selon le diagnostic, le type d'antibiotiques, ainsi que le type de voie d'abord. Nous proposons l'accompagnement e-santé à chaque patient qui va recevoir une antibiothérapie supérieure à 7 jours IV ou per os à la sortie d'hospitalisation. La consultation d'inclusion est réalisée par l'infirmier de coordination à la sortie d'hospitalisation, il rappelle les principes de l'antibiothérapie, les principaux effets indésirables, les modalités de contacts et de communication via l'application. Le consentement est signé et l'application est installée. Grâce à elle le patient peut communiquer avec l'équipe soignante en cas d'événements indésirables, peut donner des nouvelles de son état de santé, trouver des informations dans la bibliothèque de l'application sur les antibiotiques ainsi que sur sa pathologie et enfin échanger des données: photos de voies d'abord suspectes, d'éruption, transmission de bilan biologique. Sur le tableau de bord de la plateforme de suivi s'affiche chaque jour par ordre de sévérité décroissantes les réponses aux questionnaires, ce qui permet de hiérarchiser les patients qui doivent être recontactés rapidement. Toute intervention de l'infirmier de coordination est tracée dans le dossier de soin et consultable par le médecin en charge du patient. À cette application mobile s'ajoute la création d'une consultation « avancée » qui permet à l'IDE de coordination de voir les patients pour évaluation clinique, dosages des antibiotiques, ablation de voies, réassurance etc. Cet outil de e-santé adapté au suivi des antibiothérapies prolongées à domicile a pour but de sécuriser le bon déroulement du traitement, de permettre des sorties plus précoces, et de diminuer le nombre de complications et de réhospitalisations. Une étude médico-économique de cet outil est en cours pour évaluer son coût-efficacité.
L’incidence du zona est plus élevée chez les patients atteints de maladies auto-immunes, notamment de lupus érythémateux systémique (LES) ou de vascularite systémique. Le principal facteur de risque est la corticothérapie, mais le cyclophosphamide intraveineux (CYC IV) utilisé dans le traitement des formes sévères de ces pathologies semble également augmenter le risque de zona. Les objectifs de cette étude étaient de décrire et d’évaluer l’incidence et les facteurs de risque de zona chez les patients traités par CYC IV pour un LES ou une vascularite systémique, et d’analyser l’intérêt d’une prophylaxie par valaciclovir. Nous avons réalisé une étude observationnelle rétrospective monocentrique ayant inclus tous les patients majeurs ayant reçu un premier traitement par CYC pour un LES ou une vascularite systémique entre 2011 et 2015. La survenue d’une infection à VZV a été recherchée après la première exposition au CYC IV pour tous les patients par lecture des dossiers médicaux, les codes diagnostiques du Programme de médicalisation des systèmes d’informations, les sérologies et PCR réalisées au laboratoire de virologie et entretien avec les patients ou leur médecin traitant. L’incidence était comparée à l’incidence en population générale en 2015 (données du Réseau sentinelles). Les facteurs de risque potentiels ont été recherchés par modèle de Cox univarié (α=5 %). Parmi les 110 patients inclus, 81 étaient traités pour une vascularite systémique et 29 pour un LES. Le suivi moyen était de 3,4 ans. Tous les patients recevaient une corticothérapie, et 96 ont également reçu un ou plusieurs immunosuppresseurs dans l’année suivant le CYC. Dix patients ont présenté un zona au cours du suivi (âge moyen : 63 ans, 9 femmes) soit une incidence de 27,9/1000 patients–années (IC95 % : 15,2–50,6) dont 6 dans l’année suivant le traitement par CYC soit une incidence de 59,4/1000 patients–année (IC95 % : 27,5–123,6). En comparaison, l’incidence dans la population générale en France en 2015 était estimée à 4,2/1000 habitants (IC95 % : 3,9–4,5). La plupart des zonas étaient simples mais 30 % des patients ont nécessité une hospitalisation et 40 % ont présenté des douleurs post-zostériennes. Parmi les 19 patients ayant bénéficié d’une prophylaxie par valaciclovir, aucun n’a présenté de zona. En analyse univariée, il y avait une nette tendance à un risque plus élevé de zona en cas de lymphopénie < 500/mm3 lors de l’initiation du CYC (OR : 5,11 ; IC95 % : 0,94–27,93). Le sexe, l’âge ≥ 50 ans, l’insuffisance rénale, le diabète, l’utilisation d’autres immunosuppresseurs avant le CYC et la dose cumulée de CYC > 3000 mg n’étaient pas associés. Le zona est fréquent chez les patients traités par CYC pour un LES ou une vascularite systémique, notamment dans l’année suivant le traitement. La lymphopénie < 500/mm3 semble en être le principal facteur de risque. L’intérêt d’une prophylaxie par valaciclovir est suggéré par cette étude.
Les progrès technologiques ont permis le développement rapide des techniques d'imagerie cardiovasculaire. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) et le scanner cardiaque sont ainsi devenus des outils diagnostiques et pronostiques pour la prise en charge des patients dans la pratique clinique courante. Cette revue donne les principales indications et décrit les performances de ces deux techniques.Technological advances have enabled the rapid development of cardiovascular imaging techniques. Cardiac computed tomography (CT) and cardiac magnetic resonance imaging (MRI) have become diagnostic and prognostic tools for the management of patients in routine clinical practice. This review gives the main indications and describes the performance of both techniques.
La maladie des griffes du chat est un motif fréquent de consultation en médecine interne. Cette pathologie d'inoculation habituellement bénigne due à Bartonella henselae peut se compliquer d'une adénite suppurée d'évolution récalcitrante nécessitant des aspirations à l'aiguille répétées voire un drainage chirurgical. L'objectif de cette étude est d'évaluer dans la maladie des griffes du chat au stade suppuré, le bénéfice d'une injection intraganglionnaire de gentamicine associée à un traitement oral par macrolides. Il s'agit d'une étude rétrospective monocentrique ayant inclus entre janvier 2009 et mars 2014 tous les patients consécutifs atteints de maladie des griffes du chat au stade suppuré diagnostiquée par une PCR réalisée à l'occasion d'une aspiration de pus ganglionnaire. L'évolution a été analysée selon des critères épidémiologiques, cliniques et le traitement reçu (macrolides oraux seuls ou combinés à une injection intraganglionnaire de gentamicine). Soixante-cinq patients ont été inclus, de sex-ratio 1/1 et d'âge moyen 24,2 ± 16,5 ans. Une exposition à un chat était retrouvée dans 59/65 cas (91 %). Quarante-six des 65 (71 %) des épisodes sont survenus entre septembre et janvier. 57 patients ont été traités par macrolides pour une durée moyenne de 10 ± 5 jours. Parmi ces 57 patients, 31 (54 %) ont été traités par macrolides seuls : 8 patients (26 %) ont guéri et 23 patients (74 %) ont présenté des complications, dont 8 recours à la chirurgie. Vingt-six patients (46 %) ont reçu un traitement combiné associant aux macrolides une injection intra-ganglionnaire de gentamicine : 17 patients (65 %) ont guéri et 9 (35 %) ont eu des complications, dont 4 recours à la chirurgie. En analyse univariée, le traitement combiné était la seule variable associée à un taux de guérison supérieur (65 % versus 26 % ; p = 0,009). En analyse multivariée, cette différence n'était plus significative (OR : 0,03 (IC 95 % : 0,07–1,3), p = 0,10). Par rapport aux macrolides seuls, un traitement combiné associant macrolides oraux et injection intraganglionnaire de gentamicine semble être associé à un taux de guérison supérieur chez des patients ayant une maladie des griffes du chat au stade suppuré. Les aminosides étant les seuls antibiotiques bactéricides in vivo sur Bartonella henselae, leur administration intraganglionnaire pourrait permettre d'accélérer la guérison. Un manque de puissance pourrait expliquer l'absence de significativité de l'analyse multivariée dans notre étude. Une étude prospective randomisée pourrait permettre de confirmer ou d'infirmer l'intérêt d'une injection intraganglionnaire de gentamicine dans les maladies des griffes du chat au stade suppuré.
Méningite bactérienne sur fistule grêlo-rachidienne par érosion digestive chronique prothétique dans les suites d'une promontofixation. Report d'un cas et des autres étiologies de spondylodiscites.Spondylodiscitis on entero-rachidian fistula after promontofixation. A case report and other spondylodiscites aetiologies.
L’incidence de la tuberculose a fortement baissé depuis l’obligation de déclaration et la vaccination généralisée au milieu du xxe siècle. De nombreux pays ont suspendu le caractère obligatoire de la vaccination, préférant la réserver à des populations à risque. La France avait conservé la vaccination généralisée obligatoire, utilisant une injection intradermique dont la réalisation est difficile et les effets secondaires nombreux. Depuis 2004, différents avis sont favorables à une vaccination réservée aux populations à risque, en particulier celles originaires de pays à forte endémie de tuberculose. Ces avis préconisent également de renforcer le dépistage des sujets atteints de tuberculose. Madame Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé le 11 juillet 2007 la suspension du caractère obligatoire du BCG chez l’enfant et l’adolescent au profit d’une recommandation forte de vaccination des enfants les plus exposés à la tuberculose dès le 1er mois de vie. Parallèlement, un programme national de lutte contre la tuberculose a été lancé pour une période de 2 ans (2007–2009).