Introduction Les cancers bronchopulmonaires non à petites cellules (CBNPC) présentent une forme excavée dans 10 à 20 % des cas, avec le plus souvent une histologie épidermoïde. La suspicion fréquente de surinfection chez les patients atteints de CBNPC avec excavation pourrait modifier la prise en charge thérapeutique, en prolongeant le délai de mise en traitement oncologique (délai entre le 1er scanner et l’initiation du traitement oncologique), et entraîner une aggravation du pronostic de la maladie. L’objectif principal de cette étude est de comparer le délai de mise en traitement oncologique chez les patients atteints de CBNPC épidermoïde avec ou sans excavation. Méthodes Cette étude rétrospective, monocentrique, conduite au CHRU de Tours, a inclus 100 patients avec un diagnostic posé de CBNPC épidermoïde entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021. Les 20 patients avec une excavation tumorale (groupe E) ont été comparés aux 80 patients sans excavation tumorale (groupe NE). Le critère de jugement principal visait à comparer les délais de prise en charge. Les analyses secondaires ont porté sur les caractéristiques générales des patients, les modalités de traitement et leur tolérance, la meilleure réponse objective obtenue après traitement de 1re ligne, ainsi que la survie sans progression (SSP) et la survie globale (SG). Résultats La présence d’une excavation tumorale n’a pas significativement influencé les délais médians de mise en traitement oncologique (23jours vs 21jours respectivement pour les groupes E et NE). Les patients du groupe E présentaient plus souvent de la toux avec expectorations (70 % vs 24 % ; p<0,001), avaient plus souvent une administration d’antibiotiques après l’initiation du traitement oncologique (35 % vs 4 % ; p=0,002) et avaient des modalités thérapeutiques oncologiques initiales différentes (moins de chirurgie et plus de chimiothérapie systémique, p=0,029) que les patients du groupe NE. Cependant, il n’y avait pas de différence en termes de purulence des expectorations, de germes identifiés, de Performance Status, de stade TNM, de SSP ou SG entre les deux groupes. Conclusion Bien que la présence d’une excavation tumorale chez les patients atteints de CBNPC épidermoïde n’ait pas entraîné de retard dans la prise en charge diagnostique ou thérapeutique, ni de pronostic péjoratif, elle a influencé le choix des traitements oncologiques et la prescription d’antibiotiques.
Les patients atteints d'un CBNPC avancé présentant des mutations EGFR ont un risque accru de développer des métastases au niveau du système nerveux central (SNC), ce qui peut entraîner une morbidité et une mortalité importantes. Bien que l'osimertinib soit le traitement de première intention recommandé dans cette population, son efficacité dans le traitement des métastases du SNC a été peu étudiée. ORBITAL est une étude multicentrique de phase II qui étudie l'efficacité et la sécurité de l'osimertinib 80 mg/jour chez des patients atteints d'un CBNPC muté EGFR présentant des métastases leptoméningées (cohorte 1) ou chez des patients présentant des métastases cérébrales n'ayant reçu ni Inhibiteur de Tyrosine Kinase de l'EGFR ni radiothérapie (cohorte 2). Le critère principal d'évaluation était le taux de réponse objective (ORR) à 6 mois, les critères d'évaluation secondaires étaient la survie sans progression (SSP), la survie globale (SG), le ORR du SNC et la SSP du SNC. Une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale a été réalisée toutes les 6 semaines pendant la première année, puis toutes les 8 semaines. 53 patients ont été inclus (8 patients dans la cohorte 1 et 45 patients dans la cohorte 2), 70% étaient des femmes et 62% n'avaient jamais fumé. L'âge médian était de 68 ans. Les mutations de l'EGFR étaient principalement del19 (60,4%) et L858R (30,2%). Le nombre de lignes de traitement antérieures était≥1 chez 75% des patients dans la cohorte 1 et 11,1% dans la cohorte 2. La durée médiane du suivi était de 11,2 mois dans la cohorte 1 et de 19,8 mois dans la cohorte 2. L'ORR à 6 mois était de 37,5% (n = 3/8, CI95%: 4,0%–71,0%) dans la cohorte 1 et de 60% (n = 27/45, CI95%: 45,7%–74,3%) dans la cohorte 2. La SSP médiane était de 7,4 mois [IC95%: 2,7–NR] (SSP à 12 mois: 21,4%) et de 12,6 mois [IC95%: 6,9–26,2] (SSP à 12 mois: 52,2%), dans les cohortes 1 et 2 respectivement. La SG médiane était de 7,4 mois [IC95%: 2,7-NR] (SG à 12 mois: 46,9%) et de 30,3 mois [IC95%: 15,6–NR] (SG à 12 mois: 74,7%), dans les cohortes 1 et 2 respectivement. Dans la cohorte 2, l'ORR du SNC à 6 mois était de 57,8% (n = 26/45, IC95%: 43,3%-72,2%) et la SSP du SNC était non atteint [IC95%: 9,7-NR]. La sécurité et la tolérance étaient conformes à ce qui était attendu, sans nouveau signal de toxicité. L'osimertinib a permis d'obtenir des réponses cliniquement significatives chez des patients atteints d'un CBNPC muté EGFR et présentant des métastases leptoméningées ou cérébrales. Le profil de sécurité était acceptable et gérable. Des échantillons tumoraux et sanguins seront analysés pour la recherche de biomarqueurs exploratoires.
Le cannabis est la deuxième substance fumée la plus consommée après le tabac. À ce jour, aucun lien de cause à effet n’est prouvé entre consommation de cannabis et cancer bronchopulmonaire. L’objectif de notre étude est de décrire les caractéristiques épidémiologiques des patients suivis au CHU de Tours pour un cancer bronchopulmonaire ayant consommé du cannabis. Les données ont été recueillies du 1er mars 2021 au 31 décembre 2021 chez les patients diagnostiqués à ces dates d’un cancer bronchopulmonaire de tous stades au CHU de Tours. Les données recueillies étaient d’une part la consommation de cannabis, la consommation de tabac et autres drogues à travers un auto-questionnaire ; d’autre part l’âge au moment du diagnostic, le stade du cancer, le type anatomopathologique, la biologie moléculaire, le type de traitement reçu et la durée de réponse, et les expositions professionnelles à partir du dossier patient informatisé. Sur les 130 patients analysés, 34 soit 26,2 % avaient déclaré avoir fumé au moins une fois du cannabis dans leur vie. Tous les patients ayant consommé du cannabis étaient également tabagiques. Chez ces derniers l’âge médian au diagnostic était de 54 ans contre 66 ans chez les patients n’ayant jamais fumé de cannabis (p < 0,001). La durée médiane de consommation de cannabis était de 2 ans. Une mutation en biologie moléculaire était retrouvée chez 60 patients sur les 94 chez lesquels elle était disponible. Chez les non-fumeurs de cannabis 42 patients (61,8 %) présentaient au moins une mutation contre 18 patients (69,2 %) chez les fumeurs de cannabis. Parmi les patients mutés, une mutation KRAS G12C était retrouvée chez 9 (13,2 %) des patients n’ayant pas consommé de cannabis contre 9 patients (34,6 %) ayant fumé du cannabis (p = 0,037). Il n’existait pas de différence significative entre les deux groupes pour l’analyse de survie sans progression. Il n’était pas possible de conclure pour la survie globale, la médiane de survie n’étant pas encore atteinte. Les patients ayant fumé à la fois du tabac et du cannabis étaient significativement plus jeunes au moment du diagnostic de cancer bronchopulmonaire. Des mutations KRAS G12C étaient significativement plus fréquentes chez ces patients. Il n’existait pas de différence significative entre nos deux groupes pour l’analyse de la survie sans progression.
Advanced Non-small cell lung cancer (NSCLC) patients with epidermal growth factor receptor (EGFR) mutations are at an increased risk of developing central nervous system (CNS) metastases, which can lead to significant morbidity and mortality. Although osimertinib is the recommended first-line treatment in this population, its efficacy in treating CNS metastases has been poorly studied. ORBITAL is a multicenter phase II trial investigating the efficacy and safety of osimertinib 80 mg/d in EGFR-mutated NSCLC patients with leptomeningeal metastases (cohort 1) or patients with brain metastases who have not received prior EGFR-Tyrosine kinase inhibitor or radiation therapy (cohort 2). The primary endpoint was objective response rate (ORR) at 6 months, secondary endpoints included progressionfree survival (PFS), overall survival (OS), CNS ORR and CNS PFS. Brain magnetic resonance imaging (MRI) was performed every 6 weeks during first year and then every 8 weeks. 53 patients were included (8 patients in cohort 1 and 45 patients in cohort 2, 70% were female and 62% never smokers). Median age was 68 years. EGFR mutations were mostly del19 (60.4%) and L858R (30.2%). The number of previous lines of therapy was ≥1 in 75% of patients in cohort 1 and 11.1% in cohort 2. The median follow-up time was 11.2 months in cohort 1 and 19.8 months in cohort 2. ORR at 6 months was 37.5% (n=3/8, CI95%: 4.0%-71.0%) in cohort 1 and 60% (n=27/45, CI95%: 45.7%-74.3%) in cohort 2. Median PFS was 7.4 months [CI95%: 2.7-NR] (12-month PFS: 21.4%) and 12.6 months [CI95%: 6.9-26.2] (12-month PFS: 52.2%), in cohort 1 and 2 respectively. Median OS was 7.4 months [CI95%: 2.7-NR] (12-month OS: 46.9%) and 30.3 months [CI95%: 15.6-NR] (12-month OS: 74.7%), in cohort 1 and 2 respectively. In cohort 2, CNS ORR at 6 months was 57.8% (n=26/45, CI95%: 43.3%-72.2%) and CNS PFS was NR [CI95%: 9.7-NR]. Safety /tolerability were as expected with no new safety signal. Osimertinib demonstrated clinically meaningful responses in patients with EGFR-mutated NSCLC against both leptomeningeal and brain metastases. Safety profile was acceptable and manageable. Tumour and blood samples will be analysed for exploratory biomarkers.
Le traitement par sotorasib est disponible en France en autorisation d’accès précoce depuis 2021 dans le cadre du traitement des cancers broncho-pulmonaires non à petites cellules présentant une mutation de KRAS de type G12C suite à l’étude CodeBreak 100. Notre étude rétrospective observationnelle vise à déterminer l’efficacité et la sécurité du sotorasib en conditions de vie réelle d’utilisation chez les patients traités au sein du CHRU de Tours. Notre étude portant sur 15 patients montre une efficacité du sotorasib chez 47 % des cas, avec une survie globale toute réponse confondue de 4 mois et une survie sans progression de 5,5 mois en médiane chez les patients répondeurs (Fig. 1). Le contrôle tumoral est obtenu chez 7/8 (87 %) des patients avec PS à 0 ou 1 alors qu’il était retrouvé chez 1/7 (14 %) des patients avec PS supérieur ou égal à 2. Une réponse partielle au niveau cérébral a été objectivée chez 2/4 (50 %) patients présentant des métastases encéphaliques. La survenue d’hépatite aiguë de grade 3 était retrouvée chez 3/15 patients (20 %), avec un risque qui pourrait être majoré en cas de traitement antérieur par immunothérapie ciblant la voie du PD-1. Le sotorasib est une option thérapeutique intéressante, avec une efficacité qui semble meilleure chez les patients présentant un bon état général, mais un possible risque de survenue d’hépatite médicamenteuse, qui reste à préciser par des études dédiées.
Following the CodeBreak 100 study, since 2021 sotorasib has been available in France, with authorization for early access in treatment of non-small cell lung cancer with a KRAS G12C mutation. Our retrospective observational study was designed to determine the efficacy and safety of sotorasib under real-life conditions in patients treated at the Tours CHRU. Our study of 15 patients showed sotorasib to be effective in 47% of cases, with overall survival of 4 months and median progression-free survival of 5.5 months for responders. Tumor control was achieved in 7/8 (87%) of patients with PS of 0 or 1 and in 1/7 (14%) of patients with a PS of 2 or greater. Grade 3 acute hepatitis occurred in 3/15 patients (20%). While sotorasib is an interesting therapeutic option, with efficacy that seems better in patients in good general condition, it entails a possible risk of drug-induced hepatitis, which remains to be specified in dedicated studies.
Les cancers broncho-pulmonaires (CBP) sont la première cause de décès par cancer en France et dans le monde. La qualité de la prise en charge des CBP est un enjeu de santé publique majeur. Les délais de prise en charge des CBP ont été rapportés en France hors Centre-Val de Loire (CVL). Les objectifs de cette étude sont de décrire ces délais dans la région CVL, d’en identifier les déterminants et de rechercher les associations entre les délais de prise en charge et la mortalité. Étude rétrospective transversale multicentrique et observationnelle réalisée entre 2018 et 2019 en région CVL. Les patients atteints de CBP dont le dossier a été présenté pour la première fois en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) en 2018 en CVL ont été inclus. La population globale, les patients atteints de CBP à petites cellules (CBPC), de CBP non à petites cellules (CBNPC) réséqués chirurgicalement et non réséqués ont été décrits. Les données sont rapportées en médianes (quartile 1- quartile 3). 962 patients ont été inclus et 277 ont été exclus; 685 patients ont été analysés. Le délai global (temps entre la première imagerie suspecte et le premier traitement) était de 49 jours (33–73) dans l’ensemble de la population, de 36 jours (24–63) pour les CBPC, de 59 jours (41–91) pour les CBNPC réséqués et de 49 jours (34–70) pour les CBNPC non réséqués. Sur l’ensemble de la population, le délai d’accès au diagnostic (temps entre l’imagerie suspecte et le diagnostic) était de 12 jours (6–30), le délai d’accès à la proposition thérapeutique (temps entre le diagnostic et la RCP) de 14 jours (8–22) et le délai d’accès au premier traitement (temps entre la RCP et le premier traitement) de 16 jours (8–28). Le stade IV et le CBPC étaient significativement associés à un raccourcissement du délai global. Une prise en charge dans l’Indre et le Loiret était significativement associée à un allongement du délai global. Un délai global plus court était significativement associé à une moins bonne survie à 1 an chez les CBNPC non réséqués. Les délais de prise en charge des CBP en région CVL sont proches de ceux rapportés dans d’autres régions françaises, attestant de délais de prise en charge satisfaisants dans une région vaste possédant peu de centre de coordination en cancérologie. Une présentation initiale plus sévère (maladie métastatique, CBPC) était associée à des délais plus courts.
Les immunothérapies ciblant le PD-1 ou PD-L1 sont associées à divers effets indésirables immunologiques (endocrinopathies, hépatites, pneumonies interstitielles). En revanche, les toxicités coronariennes sont rarement rapportées et peu comprises. Nous décrivons le cas d'une patiente ayant présenté un syndrome coronarien aigu en cours de traitement par nivolumab pour un adénocarcinome pulmonaire. Trois cas de toxicités coronariennes issus de la littérature ou des registres de pharmacovigilance sont rapportés ainsi que les mécanismes physiopathologiques envisageables. Nous avons interrogé les bases de données PubMed, de pharmacovigilance française et de l'OMS. Nous rapportons le cas d'une patiente de 60 ans, fumeuse active à 30 paquets-années, en 2e ligne de traitement par nivolumab pour un adénocarcinome pulmonaire classé T4N3M1b, sans addiction oncogénique. Elle a présenté, durant la 2e administration de nivolumab, une douleur thoracique, avec sus-décalage ST antérieur et élévation du taux de troponine. La coronarographie, réalisée trois heures après l'arrêt de la douleur, ne retrouvait pas de sténose significative. L'IRM myocardique, réalisé trois jours après l'épisode, montrait un œdème antéro-septal. L'étiologie la plus probable était donc un vasospasme coronaire dans le territoire de l'artère coronaire interventriculaire antérieure. Trois autres cas ont donc pu être identifiés dans les bases de données utilisées (Tableau 1). Différents mécanismes pouvant expliquer des vasospasmes coronaires sous immunothérapie peuvent être envisagés comme une toxicité directe de l'inhibition de PD-1 sur les cellules cardiaques, un mécanisme d'hypersensibilité, une modification de l'environnement cytokinique ou encore une déstabilisation de plaques coronaires non détectables en coronarographie. Même si les toxicités coronariennes des anti-PD-1 et anti-PD-L1 sont rares, il semble important d'alerter les cliniciens sur leur existence du fait de conséquences potentiellement sévères. La mise en place de recommandations quant à leur détection et prise en charge paraît indispensable actuellement avec la multiplication des indications de ces traitements.
Cet essai randomisé de phase II visait à évaluer l’activité de l’anticorps PD-L1 atézolizumab (ATZ), comme traitement systémique du cancer du poumon à petites cellules (CPC) progressant après une chimiothérapie associant un sel de platine et l’étoposide (CT). Les patients (pts) ont été randomisés 2 :1 pour recevoir l’ATZ, 1200 mg IV, toutes les 3 semaines jusqu’à progression ou toxicité inacceptable ou une chimiothérapie conventionnelle jusqu’à un maximum de 6 cycles : soit en topotécan oral ou IV, soit en une réinduction par carboplatine-étoposide. Les principaux critères d’éligibilité étaient un indice de performance (PS) 0–2 et une maladie mesurable selon RECIST 1.1. Nous n’avons pas effectué de sélection sur l’expression tissulaire PD-L1. Les patients recevant une corticothérapie, les patients ayant des antécédents de maladie auto-immune et ceux présentant des métastases cérébrales ont été exclus. Le critère d’évaluation principal était le taux de réponse objective à 6 semaines (confirmation requise à 12 semaines). Soixante-treize patients ont été randomisés (ATZ n = 49 ; CT n = 24) entre 03/2017 et 12/2017. Un patient du groupe ATZ n’a reçu aucun traitement. Dans le groupe ATZ, 83,7 % des patients avaient une PS 0–1, 79,6 % avaient une maladie étendue et 67,3 % avaient une rechute sensible (progression après 90 jours depuis la dernière dose de chimiothérapie de première ligne). À six semaines, parmi les pts éligibles du groupe ATZ (n = 43), une réponse objective était observée chez un patient (2,3 %, IC [0,0 ; 6,8]) et 8 autres patients avaient une maladie stable (18,6 %, IC [7,0 ; 30,2]). Parmi les patients éligibles du groupe CT (n = 21), 9,5 % d’entre eux ont obtenu une réponse objective et 52,4 % avaient une maladie stable. La survie sans progression était de 1,4 mois, IC [1,2 ; 1,5] dans le groupe ATZ et 4,2 mois IC, [1,5 ; 5,9] dans le groupe CT. Au moment de soumettre ce résumé, 3 patients bénéficient toujours du traitement dans le groupe ATZ et aucun dans le groupe CT. Deux patients (4,2 %) du groupe ATZ ont présenté une fatigue qualifiée d’événement indésirable de grade 3 ou 4. Deux patients dans ce même groupe ont développé une dysthyroïdie de grade 1. Sur 53 cas pour lesquels du tissu tumoral était disponible, un seul (2 %) avait une immunohistochimie positive pour le PD-L1. L’étude clinique IFCT-1603 n’a montré aucun signal d’efficacité de l’atézolizumab comme monothérapie de deuxième ligne chez les patients atteints d’un CBPC.
Les inhibiteurs des check-points de l’immunité font aujourd’hui partie intégrante du traitement des carcinomes bronchiques non à petites cellules (CBNPC). Alors que leurs effets indésirables dysimmunitaires sont connus, leurs complications infectieuses sont plus rarement décrites. Nous rapportons les cas de trois patients suivis pour un CBNPC évolué exprimant le PD-L1 entre 0 et 75 %. Ces trois patients ont présenté après les 4e, 3e et 2e cycles de nivolumab des infections thoraciques graves caractérisées respectivement par un abcès pulmonaire sans germe identifié développé à distance de la tumeur, une pleurésie purulente droite à S. pneumoniae compliquée d’un choc septique et une récidive à 5 ans d’un abcès étendu des parties molles à S. aureus méticilline-S en regard d’une cicatrice de lobectomie. En se basant sur les critères de Naranjo, l’imputabilité du nivolumab dans la survenue de ces infections était retenue comme possible dans un cas et probable dans les deux autres cas. L’évolution de l’infection était toujours favorable après suspension du nivolumab et traitement adapté mais précipitait probablement les patients vers une prise en charge palliative. Par le blocage de l’interaction PD-1/PD-L1, l’anti-PD-1 pourrait exacerber l’immunité antibactérienne et participer à la gravité des infections observées. La banalisation des infections thoraciques au cours du CBNPC pourrait favoriser la sous-estimation de l’incrimination de l’immunothérapie dans leur survenue. La gravité et les conséquences directes et indirectes de ces infections sur le pronostic des patients incitent à une déclaration large de ces cas aux centres de pharmacovigilance.
Malgré l’avènement récent des thérapies ciblées dans le traitement du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), bon nombre de patients ne bénéficient pas de ces thérapies. L’inhibition de la voie PD1/PDL1 est une nouvelle piste thérapeutique intéressante dont le but est de restaurer l’efficacité du système immunitaire contre la cellule tumorale. Le PD1 est situé sur les lymphocytes et le PDL1 sur les cellules présentatrices d’antigènes. Le PD1 et le PDL1 sont des molécules de co-inhibition. Leur interaction entraîne une tolérance du système immunitaire vis-à-vis des cellules tumorales. Des anticorps anti-PD1 et anti-PDL1 ont donc été développés dans le traitement de cancers solides et notamment du CBNPC. Dans les études de phase I, le nivolumab, un anticorps anti-PD1, a permis d’obtenir des réponses objectives dans 13 à 18 % des cas chez des patients en échec de traitements pour un CBNPC. Les données obtenues avec les anticorps anti-PDL1 sont similaires avec des réponses objectives allant de 6 à 22 %. Les résultats encourageants de ces études de phase I/II doivent être confirmés par les études de phase III qui sont en cours. Ces traitements exposent à des effets indésirables nouveaux notamment d’ordre auto-immun dont la prise en charge n’est pas codifiée. Les questions sur la durée du traitement et les critères d’évaluation ne sont pas résolues. Ces traitements ouvrent la voie de l’immunomodulation dans le CBNPC.
Despite recent advances in targeted therapy of non-small cell lung cancer (NSCLC), many patients do not benefit from these therapies. Inhibition of PD1/PDL1 is an interesting therapeutic target which restores the immune system against tumor cells. PD1 is located on Lymphocytes and PDL1 on the antigen presenting cells. PD1 and PDL1 are co-inhibition molecules and their interaction results in immune tolerance against tumor cells. Anti-PD1 and anti-PDL1 antibodies have been developed to restore immune system in solid cancer including NSCLC. In phase I, studies assessing nivolumab, an anti-PD1 antibody, objective responses were observed in 13 to 18% of NSCLC patients failing previous treatment. The data obtained with anti-PDL1 antibodies is similar with objective responses ranging from 6 to 22%. The encouraging results of phase I/II studies must be confirmed in ongoing phase III studies. Anti-PD1 and anti-PDL1 antibodies exposed to new adverse events including auto-immune diseases whose support is not codified. Questions about treatment duration and criteria evaluation are not resolved. These treatments pave the way for immunornodulation in NSCLC treatment. (C) 2015 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Background. - Churg-Strauss syndrome often involves the skin, and this may sometimes reveal the disease.Observation. - A 25-year-old woman was referred to a gynaecologist for inflammation of the right breast with breast discharge. Cytological analysis of the liquid showed numerous inflammatory cells, particularly polymorphonuclear eosinophils and neutrophils. Ultrasound examination of the breast was consistent with galactophoritis. CRP was normal, and hypereosinophilia was seen. The patient was subsequently referred to a dermatology unit. Skin examination revealed inflammation of the entire breast, which was painful, warm and erythematous; the border was oedematous with blisters. Necrotic lesions were also present on the thumbs and knees. Skin biopsy of the breast showed a dermal infiltrate with abundant infiltrate of polymorphonuclear eosinophils, including patchy necrosis and intraepidermal vesicles. Histological examination of a biopsy sample from a thumb revealed eosinophilic granuloma and leukocytoclastic vasculitis. The patient was also presenting asthma, pulmonary infiltrates and mononeuropathy at L3, consistent with Churg-Strauss syndrome.Discussion. - Breast involvement in Churg-Strauss syndrome is very rare (only one other case has been reported). This is the first case in which the breast condition revealed the disease. Cutaneous involvement of the breast is, however, also compatible with Wells' cellulitis. The lesions quickly disappeared with 1 mg/kg/d oral prednisolone. (C) 2013 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Le syndrome de Churg-Strauss comporte souvent une atteinte cutanée qui parfois révèle la maladie. Une femme de 25 ans a consulté pour un sein droit inflammatoire avec écoulement mamelonnaire. L’analyse cytologique du liquide a montré des cellules inflammatoires, notamment des polynucléaires éosinophiles et neutrophiles ; l’échographie mammaire a montré une galactophorite. La CRP était normale ; il y avait une hyperéosinophilie. L’examen cutané a montré un sein érythémateux chaud douloureux, dont la bordure était œdémateuse et vésiculeuse ; il y avait par ailleurs des lésions nécrotiques des pouces et des genoux. La biopsie cutanée du sein a montré un infiltrat dermique riche en polynucléaires éosinophiles, avec des images de nécroses en flammèches et des vésicules intra-épidermiques. La biopsie d’une lésion du pouce a montré un granulome à éosinophiles et une vascularite leucocytoclasique. Il existait de plus un asthme, des infiltrats pulmonaires, une atteinte mono-radiculaire L3 ; l’ensemble faisait évoquer un syndrome de Churg-Strauss. L’atteinte mammaire est très rare dans le syndrome de Churg-Strauss (un seul autre cas rapporté). Il s’agit du premier cas révélant la maladie. L’atteinte cutanée du sein est néanmoins également compatible avec une cellulite de Wells associée au syndrome de Churg-Strauss. Les lésions ont rapidement disparu sous corticothérapie générale. Churg-Strauss syndrome often involves the skin, and this may sometimes reveal the disease. A 25-year-old woman was referred to a gynaecologist for inflammation of the right breast with breast discharge. Cytological analysis of the liquid showed numerous inflammatory cells, particularly polymorphonuclear eosinophils and neutrophils. Ultrasound examination of the breast was consistent with galactophoritis. CRP was normal, and hypereosinophilia was seen. The patient was subsequently referred to a dermatology unit. Skin examination revealed inflammation of the entire breast, which was painful, warm and erythematous; the border was oedematous with blisters. Necrotic lesions were also present on the thumbs and knees. Skin biopsy of the breast showed a dermal infiltrate with abundant infiltrate of polymorphonuclear eosinophils, including patchy necrosis and intraepidermal vesicles. Histological examination of a biopsy sample from a thumb revealed eosinophilic granuloma and leukocytoclastic vasculitis. The patient was also presenting asthma, pulmonary infiltrates and mononeuropathy at L3, consistent with Churg-Strauss syndrome. Breast involvement in Churg-Strauss syndrome is very rare (only one other case has been reported). This is the first case in which the breast condition revealed the disease. Cutaneous involvement of the breast is, however, also compatible with Wells’ cellulitis. The lesions quickly disappeared with 1 mg/kg/d oral prednisolone.
La myélofibrose est un syndrome myéloprolifératif chronique BCR-ABL1 négatif. On distingue la myélofibrose primitive, et la myélofibrose secondaire à une maladie de Vaquez ou à une thrombocytémie essentielle. Ces entités se caractérisent par une prolifération clonale des cellules souches hématopoïétiques, la présence d’une fibrose médullaire, et le plus souvent des mutations somatiques caractéristiques (JAK2, CALR ou MPL). Bien que pouvant être asymptomatiques, les patients présentent en général une splénomégalie, des signes généraux, une anémie, une thrombopénie ou une thrombocytose. La maladie peut aussi se révéler par une complication comme une thrombose ou une manifestation hémorragique. La myélofibrose primitive est peu fréquente, mais est associée à une survie médiocre et à un risque de transformation en leucémie aiguë. Bien que des progrès considérables aient été faits dans la compréhension de cette pathologie, les traitements demeurent majoritairement palliatifs. Le ruxolitinib, inhibiteur de JAK2, ne permet pas d’éliminer le progéniteur myéloïde clonal, et son effet n’est donc que suspensif. De nouveaux agents et de nouvelles stratégies sont à l’étude, afin de ralentir la progression de la maladie et d’améliorer la survie, mais l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques reste actuellement le seul traitement curatif.Myelofibrosis is a BCR-ABL1-negative chronic myeloproliferative neoplasm that includes primary myelofibrosis, post-polycythemia vera myelofibrosis, and post-essential thrombocythemia myelofibrosis. It is characterized by stem cell-derived clonal proliferation that is often, but not always, accompanied by somatic mutations, which are classified into driver mutations (JAK2, CALR, or MPL), subclonal mutations and fibrosis on bone marrow biopsy. Myelofibrosis commonly demonstrates splenomegaly, constitutional symptoms, anemia, thrombocytosis, or thrombocytopenia. Patients may also be asymptomatic. Complications as thromboembolic or hemorrhagic events can reveal the disease. Primary myelofibrosis is the least common myeloproliferative neoplasm but is associated with poor survival and acute leukemic transformation. In contrast to the significant progress made in understanding the disease's pathogenesis, treatment for myelofibrosis remains largely palliative. The JAK2 inhibitor, ruxolitinib is not sufficient in eliminating the underlying myeloid progenitor clone, as disease inevitably returns with therapy discontinuation. Allogeneic hematopoietic stem cell transplantation is the only therapeutic option that offers potential cure. The development of novel treatment strategies aimed at slowing or even reversing disease progression, prolonging patient survival and preventing evolution to blast-phase are still lacking.