La réduction des inégalités sociales de santé (ISS) est devenue un objectif explicite de santé publique. Tant pour le développement de la recherche interventionnelle, qui associe acteurs et chercheurs, que pour l'aide à la décision, la mise à disposition d'expertise est nécessaire. C'est l'objectif de la plateforme AAPRISS (apprendre et agir pour réduire les inégalités sociales de santé) de répondre à ce besoin lorsqu'il concerne la mesure, la compréhension et la réduction des inégalités sociales. La plateforme est destinée à offrir une expertise et un support en méthodes épidémiologiques, cliniques ou de sciences humaines et sociales dans le domaine des ISS. Elle s'appuie sur les compétences et l'expérience interdisciplinaire de l'Institut fédératif d'études et de recherches interdisciplinaires santé société (IFERISS). Elle pourra intervenir à toutes les étapes : construction conceptuelle, méthodologique, mise en place, analyse et valorisation des données. Les projets éligibles doivent porter sur la mesure, la compréhension ou la réduction des inégalités sociales. La plateforme AAPRISS travaille en réseau avec les plateformes suivantes : A) Caen : particulièrement compétente dans le domaine de l'utilisation d'indices agrégés de défavorisation sociale et du géocodage ; B) Paris : l'expertise réside dans la connaissance des cancers professionnels et l'accès aux bases de données européennes ; C) Montpellier : expertise en prévention et éducation pour la santé. La plateforme a également pour objectif important de participer à la formation théorique et pratique. Elle bénéficie du soutien de la Ligue nationale contre le cancer et du canceropôle GSO. La plateforme AAPRISS a pour vocation de s'inscrire dans le développement de la recherche interventionnelle en développant le lien entre recherche et décision en santé publique, de contribuer à offrir un support méthodologique et de développer la formation dans le domaine des ISS.
L'initiation des comportements de prévention demeure un enjeu de santé publique pour lutter contre le diabète à la Réunion. Depuis les années 2000, l'équipe du CIC-EC a contribué à cette réflexion régionale en expérimentant différents programmes de prévention mis en place dans plusieurs quartiers prioritaires de l'île. Ces actions localisées, menées à l'échelle communautaire, relèvent du champ des interventions complexes en santé. Nous proposons ici une description détaillée du programme original, visant à dégager les principes théoriques transférables à d'autres contextes. Ce travail comportait deux phases, la description de l'intervention à partir de sources bibliographiques sur le programme, puis la validation a posteriori des informations par l'animatrice de prévention et le porteur du projet. Les principes théoriques transférables reposaient sur la terminologie de fonction-clé proposée par P. Hawe. Les fonctions-clés ont été regroupées selon les catégories d'action pour diminuer les inégalités sociales de santé (M. Whitehead). La logique d'intervention correspondait à la séquence stratégique dans l'ordre d'implémentation des fonctions-clés, visant un effet synergique du dispositif global sur la santé des destinataires. Ce travail descriptif rétrospectif a permis d'identifier 13 fonctions-clés, regroupées en trois catégories d'action (renforcement individuel, renforcement communautaire, amélioration des conditions de vie). Les fonctions-clés étaient organisées selon une logique d'intervention comprenant six étapes successives : susciter la demande de prévention, offrir un accès à la prévention dans le quartier, amener à reconsidérer sa santé par l'amélioration de l'estime de soi, cibler la modification des comportements individuels, promouvoir les pratiques communautaires autour de la santé, agir sur d'autres composantes environnementales pour contribuer au changement. Cette réflexion menée à partir d'un modèle de prévention primaire du diabète destiné à la population réunionnaise défavorisée, permet de dégager une partie transférable à d'autres contextes, pour une meilleure reproductibilité de l'action de prévention.
TRANSFERISS est un programme de recherche interdisciplinaire visant à interroger la transférabilité des interventions de réduction des Inégalités sociales de santé (ISS) dans le domaine du cancer, par l'analyse de la mise en œuvre d'un programme dans trois contextes différents. Il comprend un volet philosophique dont l'objectif est de faire l'étude des enjeux et implications théoriques et pratiques que soulève la question de la transférabilité des interventions de santé publique. L'étape préliminaire de cette étude porte sur l'identification des consensus, ou des tensions épistémologiques à l'endroit d'un certain nombre de catégories utilisées dans le champ de la santé publique. Parmi ces catégories, celle de l'« intervention » s'avère être centrale. Il s'agit de clarifier et de proposer une analyse conceptuelle de la catégorie « intervention » pour donner un éclairage sur la pluralité de conceptions à l'œuvre, qu'il soit question d'« interventions de santé publique », d'« interventions de santé publique visant la réduction des ISS », et de « recherche interventionnelle ». En s'inspirant de la philosophie pragmatiste, il s'agira de tenter de penser l'« intervention » à partir de l'ensemble de ses implications pratiques ; mais aussi son cadre logique, dont le point de départ est précisément l'événement auquel elle renvoie, et pas les théories sur lesquelles elle semble s'appuyer. Proposer les grands traits d'une conception pragmatiste de l'« intervention » permettrait de réaliser un diagnostic des enjeux à plusieurs endroits : 1) cette conception est-elle pertinente du point de vue de la recherche interventionnelle en santé des populations, ou tout du moins, telle qu'elle est définie actuellement ? 2) cette conception est-elle compatible avec des démarches de schématisation et de modélisation de l'intervention de santé publique visant la réduction des ISS ?
L'Evaluation d'Impact sur la Santé (EIS) se développe au niveau international et est encore au stade émergent en France. Elle vise à évaluer les effets positifs et négatifs potentiels d'un projet, d'un programme ou d'une politique sur la santé. L'objectif est de produire des recommandations en direction des décideurs, afin d'en maximiser les effets positifs et d'en diminuer les effets négatifs. L'EIS est un moyen particulièrement intéressant d'action sur les déterminants de la santé au-delà des comportements individuels et du système de santé. Les politiques de logement, de transport, de solidarité, économiques, etc. ont, en effet, des impacts souvent non prévus sur la santé. Au-delà des effets sur la santé, l'EIS doit aussi permettre d'apprécier la distribution de ces effets dans la population.Si la préoccupation pour l'équité en santé est centrale dans l'EIS, elle reste cependant difficilement traduite en pratique. Face à cette difficulté, des démarches d'évaluation d'impact ont été développées pour renforcer la prise en compte de l'équité à chaque étape de l'EIS ou « Equity Focused Health Impact Assessment », ou prendre en compte les impacts sur les inégalités de santé de façon spécifique. Ainsi, l'Evaluation de l'Impact sur l'Equité en Santé (EIES) semble, par exemple, particulièrement intéressante pour évaluer l'impact sur les inégalités de projets dans le champ sanitaire.L'EIS et l'EIES posent de nombreuses questions de recherche, notamment autour de la réunion, dans une même démarche, du politique, du citoyen et de l'expert. La participation des populations vulnérables potentiellement affectées par la politique évaluée est une valeur centrale de l'EIS, mais pose des questions d'acceptabilité sociale. La collaboration avec les décideurs politiques est également un enjeu majeur. Les difficultés méthodologiques, notamment de quantification des impacts, peuvent constituer des freins à la promotion de la démarche auprès des décideurs.
L'évaluation d'impact sur la santé (EIS) se développe au niveau international et émerge en France. Elle vise à évaluer les effets positifs et négatifs potentiels de projets, programmes ou politiques sur la santé. L'objectif est de produire des recommandations en direction des décideurs, afin d'en maximiser les effets positifs et d'en diminuer les effets négatifs. L'EIS est un moyen particulièrement intéressant d'action sur les déterminants de la santé au-delà des comportements individuels et du système de santé. Les politiques de logement, de transport, économiques, etc. ont en effet des impacts souvent non prévus sur la santé. Au-delà des effets sur la santé, l'EIS doit aussi permettre d'apprécier la distribution de ces effets dans la population. Cette préoccupation pour l'équité en santé reste cependant difficilement traduite en pratique. Des démarches d'évaluation d'impact ont été créées afin de renforcer la prise en compte de l'équité dans l'EIS ou d'évaluer spécifiquement les impacts sur l'équité en santé. Ainsi, les évaluations de l'impact sur l'équité en santé (EIES) semblent particulièrement intéressantes pour évaluer l'impact sur les inégalités de santé de projets du champ sanitaire. L'EIS et l'EIES posent toutefois de nombreuses questions de recherche. La participation des populations vulnérables potentiellement affectées par la politique évaluée est une valeur centrale de l'EIS, mais pose des questions de faisabilité et d'acceptabilité sociale. La collaboration avec les décideurs politiques est également un enjeu majeur. Les difficultés méthodologiques, notamment en termes de quantification des impacts, peuvent constituer des freins à la promotion de la démarche auprès des décideurs.
Le bilan de dépistage du cancer au décours d’une maladie thromboembolique veineuse (MTEV) reste actuellement controversé. Nous avons cherché à caractériser une population la plus à risque de développer une néoplasie au décours d’un événement thromboembolique.Nous avons réalisé une étude rétrospective ancillaire cas-témoins, chez des patients ayant présenté une MTEV authentifiée, et chez lesquels les cancers ont été répertoriés. Nous avons évalué l’association de la présence d’un cancer aux caractéristiques de la MTEV et aux résultats de quatre marqueurs biologiques.Notre population était constituée de 142 patients (53 % d’hommes, âge médian de 71 ans). À deux ans de la MTEV, 24 patients (17 %) étaient porteurs d’un cancer. Les valeurs des médianes des D-dimères, des monomères de fibrine et de la SP-sélectine sont significativement plus élevées chez les patients ayant un cancer. La régression logistique a permis d’identifier deux éléments permettant de cibler les patients à haut risque de cancer : le caractère bilatéral de la thrombose (OR : 4,41, 95 % IC : 1,41–13,78, p = 0,01) et un taux de D-dimères supérieur à 3,8 μg/mL (OR : 3,68, 95 % IC : 1,36–9,94, p = 0,01). Ces deux caractéristiques portent une information additive ; 58 % des patients de notre population ayant ces deux facteurs associés ont un cancer.Le caractère bilatéral de la thrombose et des D-dimères supérieurs à 3,8 μg/mL sont hautement associés à la pathologie carcinologique. Ce résultat nécessite d’être validé par une étude prospective. Cela permettrait de limiter le dépistage à la population la plus à risque.Assessment of cancer screening in the context of venous thromboembolic disease (VTE) remains controversial. We tried to characterize a population at high risk of developing cancer among patients suffering from VTE.We conducted a retrospective ancillary case-control study among patients with VTE who later had a positive diagnosis of cancer. We assessed the association of cancer with characteristic features of VTE and with the results for four biological markers.Our population included 142 patients (53% men, median age 71 years). Two years after VTE, 24 patients (17%) had cancer. Median values for D-dimers, fibrin monomers and SP-selectin were significantly higher among patients who developed cancer. Logistic regression enabled us to identify two parameters targeting patients with a high risk of cancer: bilateral venous thrombosis (OR: 4.41, 95%CI: 1.41–13.78, P = 0.01) and D-dimers superior to 3.8 μg/mL (OR: 3.68, 95%CI: 1.36–9.94, P = 0.01). The information provided by these two characteristics was additive; 58% of patients in our population who had both factors developed cancer.Bilateral venous thrombosis and D-dimers superior to 3.8 μg/mL are highly associated with carcinoma. This result requires a prospective validation. It could be useful in limiting the screening process to the population most at risk.