This paper proposes to explore how being “skillful” (mergen) plays out and is relied upon in Mongolia within two different contexts, archery and divination, both linked to “cairns” (ovoo) in more than one way. In these contexts, skillful people are expected to embody a virtue that any Mongolian man or woman is supposed to exhibit daily in a less spectacular and consequential manner. As prominent bearers of skillfulness, archers and diviners are indeed relied upon to respond with accuracy to a complex set of potentially clashing variables, and thus to ensure each in their own way the proper and fortunate positioning of people within an intensely heterogeneous cosmos.
Au xviiie siècle, un pasteur anglais déclame des vers de Virgile dans une vallée de sa paroisse et s'émerveille de la puissance de l'écho. En 2018, des chasseurs se réunissent sur le massif du Massacre dans le Jura pour se répartir des points d'écoute avant de s'en aller, seuls dans la nuit qui tombe, se baigner dans les sonorités du brame des cerfs. En 2014, un jeune homme gravit la montagne qui jouxte les quartiers les plus au sud d'Ulaanbaatar et se rend attentif à la sonorité délicate du frottement de tiges engoncées dans le givre printanier. Ces vignettes ethnographiques, très disparates, se font pourtant écho et cet article met l'accent sur cette correspondance : leur capacité à porter sur le devant de la scène descriptive une somme de petites opérations que subsume le verbe « écouter ». Dans le sillage de l'épistémologie acoustique et de l'attachement, les auteurs proposent de modéliser la notion d'« empreinte sonore » non pas en pensant l'empreinte comme la simple réactivation d'une sensibilité incorporée au préalable – bien qu'il soit difficile de nier totalement l'existence d'un tel processus – mais en ethnographiant tout le travail consenti pour « faire avec » et « être par » les sons.
This article provides an extended case study of an elder's journey back to his homeland in Hovd Province after years of absence. The hazards of life mingled with lingering resentment have weakened the ties to the homeland and generate distance from his relatives so much that the return proves to be more complicated than expected. The story that the article tells is used to delineate theoretically a very general figure of prominence present in Mongolian social life that the author calls 'the ruler', i.e. a person capable of bringing order to the multiple forces that constitute a Mongolian nutag and able to put them all in line with his own agenda.
Cet intermezzo synthétise les résultats d’une déambulation libre et heureuse dans des disciplines sœurs de l’anthropologie comme la psychologie du développement et la linguistique. Je m’attache à établir un fondement commun – et humain – à la menterie. C’est dans l’histoire du développement du langage que je trouve le fondement de cette compétence au mensonge ainsi que notre irrésistible tendance à nous laisser tromper.
Dans cet intermezzo, je montre que malgré la profusion des sens du terme hudal, il est des occasions dans lesquelles le mot prend la même signification et se colore des mêmes teintes nocives que le mensonge sous nos latitudes.
Dans cet intermezzo, j’analyse plusieurs des sens donnés au hudal mongol – souvent traduit par « mensonge ». Sous nos latitudes, les sens subsumés sous le hudal mongol portent des appellations variées : erreur, affabulation, fourberie, baratin, blague. Je place ces usages du langage en relation avec certaines formes d’organisations sociales.
La Steppe musicienne : le titre de l’ouvrage de Frederic Leotar est un peu trompeur. En effet, ce n’est pas tant la steppe qui est musicienne que les populations turciques qui la peuplent, de la Siberie meridionale a l’ouest du Kazakhstan. Dans le premier chapitre, pourtant, le vent de la steppe s’engouffre dans les rues de Kyzyl, capitale touvaine, faisant resonner le luth d’un chanteur du nom d’Ondar Mongun-ool. Epiphanie de la musique et moment de « ravissement contagieux », souligne l’au...
This article discusses the minor tensions caused by a fluctuation in settings for music listening. It contains analyses based on interviews with former members of a community of jazz lovers that gradually disbanded. These jazz aficionados discuss the tensions inherent in collective listening, especially when it deprives the listeners of the supportive elements and gestures with which they habitually associate and experience music in more intimate settings. Borrowing the concepts of "dispositive gestures" and "dispositions" from the sociologist Emmanuel Belin, the article draws attention to the way in which jazz lovers attempt to be contained, to establish an environment in which they can safely let go and be drawn into the flow of the music.
Cet article traite des petites tensions nées de la fluctuation des cadres de l'écoute de la musique. Les propositions contenues dans ces pages s'ancrent dans des entretiens réalisés avec d'anciens membres d'une communauté d'amateurs de jazz qui s'est peu à peu dissoute. Ces amateurs y parlent des tensions inhérentes à l'écoute collective, surtout lorsque celle-ci vient priver les auditeurs des appuis et des gestes par lesquels, dans des cadres plus intimistes, ils ont pris l'habitude d'installer et de goûter la musique. S'appuyant sur les concepts de « gestes dispositifs » et de « dispositions » du sociologue Emmanuel Belin, l'article souligne la manière dont les amateurs cherchent à être contenus, à installer un cadre leur permettant de se laisser aller et, en toute confiance, d'être entraînés dans le flux de la musique.