Introduction L’ulcère veineux est profondément invalidant, de par ses répercussions fonctionnelles, psychologiques et sociales, sa tendance à la récidive, ainsi que les soins rigoureux et les contraintes d’hygiène de vie qu’il impose. Cette charge au long cours en fait une affection particulièrement éprouvante, altérant significativement la qualité de vie des patients.Notre objectif était de déterminer l’impact psychologique, social et professionnel chez des patients atteints d’ulcère veineux. Matériel et méthodes Nous avons mené une étude transversale entre janvier 2020 et juin 2025 dans un service de dermatologie, incluant les patients hospitalisés pour ulcère veineux. Un questionnaire structuré en 28 items a été utilisé pour évaluer des dimensions de la qualité de vie : santé physique, bien-être émotionnel, relations sociales, autonomie, activité quotidienne et répercussions financières. Les réponses étaient cotées de 1 (absence d’effet) à 5 (retentissement majeur) avec des scores moyens calculés pour chaque dimension. Résultats Trente-deux patients ont été inclus, d’âge moyen de 55,16 ans (±13,84) et une durée moyenne d’évolution de l’ulcère de 79,69 mois (±81,01 ; extrêmes : 6 à 360 mois). Les patients rapportaient une douleur moyenne de 5,38/10 (±3,58), des limitations fonctionnelles importantes (marche : 3,03/5 ; sommeil : 3,00/5), et un retentissement psychologique significatif (anxiété : 3,84/5 ; humeur dépressive : 3,72/5 ; atteinte de l’estime de soi : 3,50/5). Les répercussions sociales comprenaient une altération des relations familiales et conjugales (2,59/5), une gêne liée à l’apparence et à l’odeur (3,62/5) ainsi qu’un repli sur soi avec évitement des loisirs, notamment la baignade et les activités sportives (3,75/5). L’impact professionnel était important (3,37/5), avec 33,3 % des patients ayant perdu leur emploi en lien direct avec les contraintes imposées par l’ulcère. Une corrélation négative a été retrouvée entre la durée de l’ulcère et le besoin d’aide dans la vie quotidienne (r=–0,373 ; p=0,036), suggérant une certaine adaptation fonctionnelle au fil du temps. Enfin, le coût moyen des soins sur 6 mois s’élevait à 1859,68 dinars, principalement pour les pansements, crèmes et bas de contention, non remboursés par les régimes d’assurance maladie. Discussion Notre étude montre l’impact global de l’ulcère veineux, bien au-delà de la lésion cutanée. Les patients interrogés rapportaient une atteinte marquée de leur quotidien, un isolement social, des changements dans leur mode vestimentaire et une perte de confiance en eux. Notre travail révèle une souffrance psychologique significative, avec des signes sévères d’anxiété ou de dépression chez un quart des patients. Nos résultats soulignent la nécessité d’une prise en charge multidimensionnelle, alliant soins locaux, accompagnement psychologique et soutien social et professionnel. Conclusion Au vu de l’impact psychologique majeur rapporté, une évaluation psychiatrique devrait être systématiquement intégrée dans la prise en charge des ulcères veineux afin d’améliorer le vécu global des patients.
Introduction La pelade est une alopécie non cicatricielle fréquente de l’enfant. Cette dermatose affichante peut être à l’origine d’un retentissement psychosocial marqué. Notre objectif était d’évaluer l’impact de la pelade sur la qualité de vie (QDV) des enfants atteints et de leurs parents. Matériel et méthodes Nous avons mené une étude transversale de janvier à mai 2025 dans un centre hospitalier. Deux questionnaires ont été remplis par le parent : le Family Dermatology Life Quality Index (FDLQI) et le Quality of Life in a Child's Chronic Disease Questionnaire (QLCCDQ), permettant d’analyser les répercussions émotionnelles, les symptômes perçus de l’enfant et les limitations sociales, professionnelles et familiales. Les enfants ont rempli le Children'sDermatology Life Quality Index (CDLQI). La sévérité de la pelade était évaluée selon le score SALT, la chute des cils/sourcils, l’atteinte ophiasique et unguéale. Résultats La population de l’étude comprenait 30 cas d’un âge moyen de 10,4±3,4 ans avec un sex-ratio de 0,5. La durée moyenne d’évolution était de 31,5 mois. La pelade était sévère dans 86,7 % des cas. Le score moyen du CDLQI était de 8,2±7,3. Des liens statistiquement significatifs ont été trouvés entre la sévérité du score CDLQI et les relations avec les camarades (p<0,001) les activités quotidiennes et de loisirs (p=0,002), la stigmatisation (p=0,002) et les troubles du sommeil (p=0,003). Le score CDLQI était significativement corrélé au score SALT (p=0,039; rho=0,378), à la perte des cils (p=0,022), des sourcils (p=0,004) et à l’atteinte unguéale (p=0,002). Le score moyen du FDLQI était de 11,3±7,3 avec un impact prédominant sur la vie sociale (p=0,001), les activités quotidiennes (p<0,001), l’état émotionnel (p<0,001) et le bien-être physique (p<0,001). Il était significativement corrélé au score SALT (p=0,001), à la perte des sourcils (p=0,022) et aux comorbidités (p=0,031). Le score moyen du QLCCDQ était négativement corrélé au score SALT (p=0,004 ; rho=–0,513). L’impact sur les relations familiales était d’autant plus marqué que l’enfant était plus jeune (p=0,043) et que la durée d’évolution de la maladie était plus longue (p=0,031). Les comorbidités aggravaient la perception des symptômes par les parents (p=0,037). Discussion Nos résultats soulignent l’impact majeur de la pelade sur la QDV des enfants ainsi que leurs parents, en particulier dans les formes sévères, comme en témoignent les scores moyens élevés du CDLQI et du FDLQI. L’association significative entre la sévérité de la pelade et le score CDLQI souligne l’intérêt d’un traitement systémique précoce, afin de réduire l’impact psychologique, tout en prenant en considération le risque non négligeable et imprévisible de rechutes. Conclusion La pelade de l’enfant a un impact psychosocial significatif, altérant les relations personnelles et familiales, ce qui justifie une prise en charge globale et multidisciplinaire.
Introduction Les végétations vénériennes (VV) représentent une infection sexuellement transmissible liée au papillomavirus humain (HPV). Leur survenue chez l’enfant soulève des enjeux cliniques, thérapeutiques et médico-légaux, en raison notamment de la possibilité d’un abus sexuel. Cette étude vise à décrire les caractéristiques cliniques, dermoscopiques et génotypiques des VV pédiatriques, et à proposer un algorithme d’aide à la prise en charge. Matériel et méthodes Il s’agit d’une étude descriptive incluant des enfants de moins de 10 ans présentant des VV diagnostiquées cliniquement. L’évaluation reposait sur un examen clinique, une analyse dermoscopique, une biopsie cutanée et un typage moléculaire (HPV Direct Flow Chip®, PCR multiplex suivie d’une hybridation inverse). Les examens ont été réalisés après consentement des tuteurs légaux. Résultats Sur 67 patients, 7 enfants âgés de moins de 10 ans ont été inclus. L’âge médian était de 3,8 ans, avec un sex-ratio de 3,5. La durée d’évolution moyenne des lésions était de 3 mois. Les lésions étaient multiples chez cinq enfants et uniques chez deux, localisées au niveau périanal dans cinq cas. Leur taille variait de 0,5 à 4cm. Elles étaient saillantes dans six cas, et papuleuses dans un cas. L’examen de l’entourage a identifié des verrues vulgaires chez la mère d’une fillette de 18 mois et des végétations vénériennes chez les deux parents d’un garçon de 9 ans. À l’examen dermoscopique, cinq enfants présentaient un patron digitiforme et deux un patron en mosaïque. La biopsie objectivait une koïlocytose dans six cas. Le typage moléculaire du HPV était positif chez trois enfants, mettant en évidence le HPV11 chez deux patients, avec une co-infection HPV6/11 chez un cas. Discussion Dans la population pédiatrique, l’incidence des VV semble en augmentation. Chez les enfants de plus de 4 ans, une origine sexuelle est évoquée dans environ 20 % des cas, notamment lorsque les lésions sont localisées au niveau génital. Toutefois, cette hypothèse reste difficile à confirmer, rendant la prise en charge complexe et justifiant une évaluation multidisciplinaire. Notre étude propose un protocole d’hospitalisation intégrant un examen clinique approfondi de l’enfant et de son entourage, une analyse dermoscopique utile à l’orientation diagnostique et à l’élimination des diagnostics différentiels, une consultation spécialisée avec un médecin légiste, ainsi qu’un typage moléculaire du HPV. Il est important de souligner que ce dernier peut s’avérer négatif, en raison d’une couverture génotypique partielle des tests ou d’une charge virale faible. En présence du moindre doute, une alerte aux services de protection de l’enfance doit être envisagée. Ce parcours diagnostique doit s’accompagner d’une prise en charge thérapeutique adaptée et d’un suivi prolongé de l’enfant ainsi que de son entourage. Conclusion Notre étude met en évidence l’importance de l’approche clinique et dermoscopique, complétée par un typage moléculaire, pour une meilleure prise en charge des enfants atteints de VV.
Introduction Le vaccin anti-HPV a largement démontré son efficacité dans la prévention des végétations vénériennes (VV) et des cancers associés. Toutefois, malgré sa disponibilité, une réticence parentale importante persiste. Cette étude évalue les connaissances et les perceptions des parents concernant le vaccin anti-HPV, dans le contexte de son introduction récente chez les filles âgées de 12 à 14 ans. Matériel et méthodes Nous avons réalisé un questionnaire électronique auprès des parents de filles âgées de moins de 14 ans, sélectionnés à partir de la base de données d’un établissement scolaire public, afin de recueillir des données épidémiologiques et d’évaluer leurs connaissances sur le HPV, ses modes de transmission, ses conséquences, ainsi que leurs perceptions concernant le vaccin anti-HPV, notamment son indication, son intérêt, le taux d’acceptation et les raisons de refus éventuel. Résultats Au total, 78 participants ont été inclus (71,8 % femmes et 28,2 % hommes), majoritairement âgés de 35 à 44 ans (60,3 %), avec un niveau d’instruction universitaire dans 74,4 % des cas. Concernant l’âge des filles, 44,9 % avaient moins de 12 ans et 55,1 % étaient âgées de 12 à 14 ans. La majorité des répondants (80,8 %) avaient déjà entendu parler du HPV et 74,7 % déclaraient connaître son mode de transmission, principalement sexuelle (91 %). Le lien entre le HPV et les cancers anogénitaux était connu par 73,1 % des participants, mais seuls 48,7 % savaient que le virus pouvait également être responsable de VV. Le vaccin anti-HPV était connu de 75,6 % des répondants. Concernant l’acceptation vaccinale, seulement 39,7 % y étaient favorables, 20,5 % y étaient opposés, et 39,7 % exprimaient une hésitation. Les principaux freins à la vaccination identifiés étaient : la crainte des effets indésirables (82,4 %), le manque d’information (62,7 %), des doutes quant à l’efficacité du vaccin (45,1 %), un refus vaccinal global (23,5 %) et l’influence de l’entourage (15,7 %). Enfin, 89,7 % des participants souhaitaient bénéficier de davantage d’informations, et 87,2 % considéraient les professionnels de santé comme la source d’information la plus fiable. Discussion Nos résultats concordent avec la littérature, identifiant comme principaux facteurs de refus parental les doutes sur l’efficacité et la sécurité du vaccin anti-HPV, notamment la crainte des effets indésirables, ainsi qu’un déficit d’information sur sa nécessité. En 2019, l’OMS classait la réticence vaccinale parmi les dix menaces majeures pour la santé mondiale, aggravée depuis par la pandémie de COVID-19. Dans de nombreux pays en développement, la vaccination anti-HPV reste un sujet tabou entre parents et enfants. L’absence d’éducation sexuelle entrave la promotion du vaccin et la prévention des comportements à risque. Cette éducation est essentielle pour sensibiliser à l’importance du vaccin, principal moyen de prévention des VV et cancers associés. Conclusion Notre étude met en évidence l’importance d’une éducation ciblée, menée en priorité par les professionnels de santé et les autorités sanitaires, afin d’améliorer durablement la couverture vaccinale contre le HPV.
Introduction La pelade pédiatrique, notamment congénitale, est une affection phanérienne responsable d’une détresse significative chez les patients et leur entourage. Elle pose un réel défi diagnostique et thérapeutique où les options sont limitées par les effets indésirables. Observation Nous décrivons le cas d’une patiente âgée de six ans, présentant une chevelure courte diffuse, avec des antécédents d’épisodes de chute brutale des cheveux, laissant des plaques alopéciques, évoluant depuis sa naissance. Elle était issue d’un mariage consanguin de deuxième degré, avec des antécédents familiaux d’hypothyroïdie auto-immune. La patiente ne rapportait ni dyshidrose ni troubles neurologiques. L’examen clinique ne révélait aucune anomalie dentaire, ni atteinte unguéale, ni altération du reste de la pilosité corporelle. L’examen trichoscopique montrait des points jaunes, des points blancs, des cheveux duveteux et des cheveux en « drapeau ». L’analyse histologique d’une biopsie du cuir chevelu retrouvait quatre follicules pilosébacés, dont un seul comportait une tige pilaire profonde, sans autres particularités, ce qui était compatible avec une pelade. L’examen en lumière polarisée n’a pas mis en évidence d’anomalies. Devant le mode d’évolution, l’aspect trichoscopique et l’antécédent d’amélioration transitoire observée sous bolus de méthylprednisolone, le diagnostic de pelade congénitale a été retenu. Après échec du méthotrexate, de la corticothérapie et du minoxidil topique, un traitement par minoxidil oral en monothérapie a été instauré, débutant à la dose faible de 1mg/j, puis progressivement augmentée à 3mg/j. Ce traitement a permis une repousse capillaire significative dès le troisième mois, avec augmentation de la densité capillaire et apparition de signes trichoscopiques de cheveux enroulés en « queue de cochon ». Aucun effet indésirable n’a été rapporté. Discussion Le minoxidil oral suscite actuellement beaucoup d’intérêt dans le traitement des alopécies. Devant l’accès aux anti-JAK qui reste limité et les effets indésirables des immunosuppresseurs et des corticoïdes, le minoxidil oral émerge comme une option thérapeutique moins invasive. Des essais cliniques récents suggèrent son efficacité dans le traitement de pelades réfractaires. Ses effets semblent agir au-delà de la stimulation directe de la phase anagène et moduleraient les processus inflammatoires auto-immuns locaux. L’absence de survenue d’effet indésirable dans notre cas, rejoint le profil de sécurité des faibles doses prescrites initialement chez les enfants (0,25–1mg/j) avec augmentation progressive de la posologie. Néanmoins, un suivi prolongé est nécessaire pour évaluer le maintien de la réponse, les rechutes restant possibles dans cette pathologie chronique. Conclusion Ce cas illustre le potentiel du minoxidil oral comme alternative efficace et moins invasive dans les pelades de l’enfant, tout en soulignant la nécessité d’études longitudinales pour en préciser la place optimale.
Introduction L’érysipèle est une dermohypodermite non nécrosante, principalement streptococcique. Une recrudescence des formes compliquées est rapportée ces dernières années. L’objectif de notre étude était d’analyser le phénotype bactériologique dans ces cas. Matériel et méthodes Étude rétrospective de 41 cas d’érysipèle compliqué hospitalisés en dermatologie entre janvier 2018 et mai 2025. Tous ont eu un prélèvement bactériologique cutané de pus superficiel par écouvillonnage, avec culture positive. Les données cliniques et microbiologiques ont été analysées. Résultats Au total, 67 prélèvements ont été inclus, parmi lesquels 20,89 % (n=14) étaient polymicrobiens. Ces patients étaient majoritairement de sexe masculin (n=28 ; 68,3 %) avec une moyenne d’âge de 59,6 ans (7–80 ans). Tous les malades avaient reçu une antibiothérapie orale antérieure. L’amoxicilline–acide clavulanique était prescrite dans 54,5 % des cas d’érysipèle. Le nombre moyen d’hospitalisation était de 1,78 [1–5] hospitalisations par patient. Il s’agissait du premier épisode dans 48,8 %, d’un deuxième voir plus dans 51,2 % des cas. Un diabète a été trouvé dans 41,5 % (n=17) des cas. Les principaux facteurs favorisants étaient l’insuffisance veineuse (29,3 %), les intertrigos inter-orteils (27,9 %) les plaies post-traumatiques (16,4 %), l’obésité (48,8%) et l’insuffisance lymphatique (7,3%). Les cocci à Gram positif (CG+) étaient isolés dans 49,3 % (n=33) dominés par Staphylococcus aureus (SA) (57,6 %) et Streptococcus pyogenes (SGA) (39,4 %). Les bacilles à Gram négatif (BGN) étaient trouvés dans 49,3 % des cas (n=33) avec une nette prédominance de Pseudomonas aeruginosa (PA) (48,5 %). Ils étaient significativement associés à l’insuffisance veineuse (p=0,045). Parmi les souches isolées, SA était résistant à la méticilline (SARM) dans 14,3 % des cas. Cent pour cent des souches de SA étaient sensibles à la vancomycine et à la ciprofloxacine mais 14,3 % étaient résistantes à la clindamycine. Le SGA restait sensible à l’ampicilline et à l’amoxicilline–acide clavulanique, mais présentait une résistance à la tétracycline dans 75 % des cas (n=9). Seul un cas de résistance était observé pour les macrolides et la pristinamycine. Le PA présentait une résistance à la ceftazidime dans un seul cas et à l’imipénème dans 3 cas. Discussion Le profil bactériologique des germes impliqués dans les formes compliquées d’érysipèle évolue progressivement au fil du temps. L’émergence de BGN, associée à une antibiorésistance croissante de SA, suggérait une origine potentiellement nosocomiale. Celle-ci s’expliquerait notamment par la fréquence des épisodes récidivants, le nombre élevé d’hospitalisations, la présence d’ulcérations chroniques, ainsi que par une exposition répétée à diverses classes d’antibiotiques. Conclusion Une meilleure connaissance de l’épidémiologie et des profils de résistance des germes les plus incriminés dans les formes compliquées d’érysipèles s’avère utile pour optimiser le choix de l’antibiothérapie probabiliste.
Introduction La coexistence de carcinomes épidermoïdes cutanés et de carcinomes thyroïdiens est rarement rapportée. Nous présentons un cas historique d’association entre un carcinome vésiculaire de la thyroïde et un carcinome épidermoïde cutané du cuir chevelu. Observation Un homme de 56 ans, diabétique de type 1, a été hospitalisé pour un carcinome épidermoïde cutané de 5cm apparu depuis 2 ans sur des lésions cicatricielles occipitales d’une folliculite décalvante évoluant depuis son adolescence. À l’examen, il avait des adénopathies cervicales, occipitales et une tuméfaction cervicale médiane. L’imagerie révèle une distorsion du lobe thyroïdien gauche et nodules suspects classés EUTIRADS III/IV avec effet de masse sur la veine jugulaire homolatérale. Une exérèse carcinologique cutanée, une thyroïdectomie totale et un curage ganglionnaire ont été réalisés dans un seul temps opératoire. L’histopathologie a confirmé le diagnostic de carcinome vésiculaire thyroïdien avec métastase ganglionnaire latéro-trachéale gauche, sans autres localisations secondaires. Discussion Cette association rarissime soulève des questions sur d’éventuels liens pathogéniques. Les facteurs de risque communs incluent l’exposition aux rayonnements ionisants et l’immunosuppression. Le rôle des hormones thyroïdiennes dans la carcinogenèse cutanée est évoqué, devant la présence de récepteurs TSH sur les kératinocytes. Sur le plan moléculaire, les mutations RAS retrouvés dans les carcinomes vésiculaires et BRAF dans les carcinomes papillaires sont impliquées dans certains carcinomes épidermoïdes. La voie PI3K/AKT/mTOR, souvent dérégulée dans ces deux cancers, pourrait être un point de convergence. L’inflammation chronique, telle la folliculite décalvante chez notre cas, pourrait favoriser la carcinogenèse des deux tumeurs.
Introduction Les chéilites allergiques de contact (CAC) représentent un défi diagnostique et thérapeutique en allergologie dermatologique. Elles engendrent une gêne fonctionnelle et esthétique vu leur caractère affichant. Bien que les patch-tests constituent la pierre angulaire de leur diagnostic, des études suggèrent une incrimination d’allergènes alimentaires dans les CAC. Matériel et méthodes Nous avons mené une étude prospective monocentrique entre juin 2024 et juin 2025 incluant enfants et adultes atteints d’une CAC évoluant depuis plus de 6 semaines, partiellement ou non améliorée sous dermocorticoïdes topiques. Tous les patients ont eu des tests épicutanés avec la batterie standard européenne complétés au besoin par des tests avec les produits personnels, ainsi qu’un dosage des IgE spécifiques alimentaires. Résultats Notre étude a inclus 9 patients (7 femmes, 2 hommes), d’âge moyen de 34,1 ans, présentant des lésions évoluant depuis 12,4 mois en moyenne. Des antécédents d’atopie personnelle étaient retrouvés dans 44% des cas. Les patch-tests ont identifié des sensibilisations au nickel (2 cas), colophane (2 cas), paraben mix (1 cas), butylphénol formaldehyde para-tertiaire (1 cas), baume du Pérou (1 cas) et chrome (1 cas). Parallèlement, des IgE spécifiques ont été détectées chez 77,8% des patients, principalement dirigées contre le cumin (3 cas), banane (3 cas), agrumes (3 cas), crevettes (2 cas) et sardines (2 cas). Une double sensibilisation cutanée et alimentaire a été observée dans 33,3% des cas. L’association de ces deux explorations a permis d’identifier une cause allergique chez 100% des patients contre 55,6% avec les patch-tests seuls. Le régime d’éviction multimodal a entraîné une amélioration clinique significative à 1 mois. Discussion Nos résultats concordent avec les études publiées, confirmant le rôle du nickel, de la colophane, du baume du Pérou et du PTBP dans les chéilites allergiques de contact, avec une prédominance des allergènes contenus dans les produits personnels (dentifrices, écrans solaires et cosmétiques). Nos données soutiennent également l’implication croissante des sensibilisations alimentaires, en particulier aux épices, fruits, poissons et crustacés, dans la genèse des CAC. Cette observation plaide pour une approche diagnostique duale associant patch-tests (explorant l’hypersensibilité retardée de type IV) et dosage des IgE spécifiques (détectant l’hypersensibilité immédiate de type I), permettant ainsi une cartographie plus complète des mécanismes allergiques impliqués dans les CAC. Conclusion Nous défendons, à travers cette étude, la pratique de patch-tests et le dosage d’IgE spécifiques alimentaires, qui semblent augmenter le diagnostic étiologique des CAC difficiles à traiter, révélant des étiologies croisées et guidant une éviction ciblée.
Introduction Le Mal de Méléda (MDM) est une kératodermie palmo-plantaire (KPP) héréditaire autosomique récessive due à des mutations homozygotes du gène SLURP-1. La survenue d’un mélanome acral sur une KPP de type MDM a été rarement décrite. Nous en rapportons deux nouveaux cas. Observations Observation 1 : un homme de 71 ans, issu d’un mariage consanguin, présentait une KPP diffuse transgrédiente congénitale non traitée associée à une tumeur nodulaire, pigmentée, saignante du dos du pied droit avec extension à la face plantaire. L’histologie confirmait le diagnostic de mélanome acral lentigineux. Le bilan d’extension révélait des métastases ganglionnaires inguinales bilatérales, des métastases cérébrales, hépatiques, surrénales et pulmonaires. Une corticothérapie générale à forte dose associée à des séances de radiothérapie décompressive et de chimiothérapie étaient préconisés. Des cas similaires de KPP étaient retrouvés dans la famille (petits-fils). Le séquençage du gène SLURP-1 NM_020427 chez ces patients révélait la présence d’une mutation homozygote c.82delT/; p.Cys28Alafs*4 dans l’exon 2 confirmant le type Méléda de la KPP. Observation 2 : un homme de 70 ans, issu de parents consanguins indemnes, était suivi pour une KPP diffuse transgrédiente congénitale avec les particularités cliniques classiques du MDM. Le séquençage du gène SLURP-1 NM_020427 montrait une mutation homozygote c.82delT/; p.Cys28Alafs*4 dans l’exon 2. L’examen clinique retrouvait une tumeur bourgeonnante ulcérée et infiltrante en regard de la malléole interne gauche. L’étude histologique et immunohistochimique (HMB45, PS100, Melan- A) confirmait le diagnostic de mélanome BRAF V600E négatif. Le bilan d’extension révélait une métastase ganglionnaire inguinale gauche. Une amputation transtibiale avec curage ganglionnaire suivie d’une chimiothérapie adjuvante par dacarbazine était préconisée. Discussion La mutation c.82 delT détectée chez nos patients semble être la mutation la plus fréquente dans la population méditerranéenne atteinte de MDM, puisqu’elle était retrouvée dans diverses ethnies avec des taux élevés de consanguinité (tunisienne, algérienne, italienne…). Le mélanome représente la tumeur maligne cutanée la plus fréquente survenant chez ces patients. La survenue du mélanome sur MDM pourrait être due à l’absence d’effet proapoptotique de SLURP-1, à l’altération de l’activation des cellules T et à une inflammation cutanée prolongée. Conclusion Nos observations suivent celles de la littérature quant à la présentation clinique de la MDM et l’association non fortuite avec le mélanome acral, ce qui incite à une surveillance dermatologique au long cours et un dépistage régulier des patients atteints de MDM.
Introduction Les nodules hypodermiques de Darier-Roussy représentent une forme rare de sarcoïdose cutanée. Ici, nous rapportons un cas exceptionnel survenu après le traitement par le rituximab. Observation Une femme de 53 ans était suivie pour un pemphigus vulgaire traînant depuis 20 ans sous corticothérapie générale compliquée de diabète et ostéoporose avec corticodépendance. Un traitement par rituximab était alors indiqué. Les 2 premières cures (j0 et j14) sont passées sans incidents. Quatre mois après la troisième cure (reçue à M6), la patiente nous a consulté pour multiples nodules sous-cutanés sensibles, fermes, mobiles et dont la surface est recouverte de peau non inflammatoire. Les lésions siégeaient au niveau des membres supérieurs, des membres inférieurs et en regard des inter-phalangiennes proximales. La patiente était en rémission complète de son pemphigus. À l’histologie, le derme profond et l’hypoderme étaient occupés de nombreux granulomes de petites tailles confluentes et comportant des cellules épithélioïdes et gigantocellulaires sans nécrose caséeuse en faveur d’une sarcoïdose nodulaire sous-cutanée. Les bilans biologiques étaient sans anomalies à l’exception de l’enzyme de conversion de l’angiotensine qui était fortement élevée. La réaction intradermique à la tuberculine était anergique. Un scanner thoracique lui a été pratiqué objectivant une atteinte ganglionnaire et parenchymateuse. Le diagnostic de sarcoïdose nodulaire à type de nodules sous-cutanés de Darier-Roussy induite par le rituximab a été retenu. Une disparition totale des nodules était constatée sous aucun traitement. Discussion La sarcoïdose sous-cutanée, appelée aussi nodules dermo-hypodermiques de Darier-Roussy, est une forme très rare de sarcoïdose cutanée. Les lésions sont asymptomatiques, non inflammatoires et souvent multiples. Notre observation cadre bien avec la présentation commune de cette entité. Cependant, aucun cas d’association des sarcoïdes sous-cutanés avec le traitement par rituximab n’a été rapporté dans la littérature, à notre connaissance. Le rituximab est un anticorps monoclonal ciblant l’antigène CD20 situé à la surface des lymphocytes B. La relation temporelle entre l’administration du rituximab et la survenue de sarcoïdose sous-cutanée chez notre patiente ainsi que la résolution complète des nodules quelques mois plus tard ont soulevé la possibilité intrigante que la maladie était déclenchée par le rituximab. Une déplétion complète des lymphocytes B est obtenue dans les 21jours suivant la perfusion du rituximab. La clairance du traitement survient 4–6 mois après la perfusion, ce qui coïncide avec une repopulation des cellules B périphériques et le rétablissement d’un pool de cellules B naïves, une augmentation des cellules B productrices d’IL-10 et une diminution des cellules B mémoires. Des recherches récentes explorant le rôle des cellules B dans la pathogenèse de la sarcoïdose ont trouvé cet environnement immunologique de cellules B chez les patients atteints de sarcoïdose active. Conclusion La survenue d’une sarcoïdose cutanée type nodules sous-cutanés de Darier-Roussy pourrait être un effet secondaire du traitement par rituximab.
Introduction La gale incognito est une forme de gale méconnue et atypique survenant souvent suite a une dermatose prurigineuse ou une utilisation excessive de dermocorticoïdes. Matériels et méthodes Une étude descriptive rétrospective sur 14 ans a été menée, colligeant tous les cas de gale incognito diagnostiqués à notre service de dermatologie. Résultats Trente-cinq patients, âgés de 1 mois à 89 ans, ont été colligés. La durée moyenne d’évolution était de 4 mois et demi. Un prurit familial était présent dans 52,6 % des cas. Vingt sept patients avaient déjà reçu un traitement antérieur : Benzoate de benzyl dans 14 cas et dermocorticoïdes dans 13 cas. Les présentations cliniques incluaient, par ordre de fréquence : Lésions eczématiformes résistantes aux dermocorticoïdes, papules excoriées, pustules, prurigo nodulaire diffus, érythrodermie, kératodermie palmo-plantaire et nodules de la cuisse avec signe de Darier positif. La dermoscopie a été réalisée chez 18 patients et n’a pas retrouvé de lésions spécifiques. Un examen parasitologique a été réalisé dans 14 cas objectivant des sarcoptes. Une biopsie cutanée a été pratiquée dans 9 cas, révélant un aspect de prurigo parasitaire dans 5cas (avec visualisation du sarcopte) et un aspect d’eczéma dans 4 cas. Cinq patients ont reçu de l’ivermectine per os, alors que les autres ont bénéficié d’un traitement bien conduit par benzoate de benzyle avec une bonne évolution. Discussion La gale, peut se manifester sous des formes cliniques atypiques, parfois inédites. Ces variations peuvent être confondues avec d’autres affections dermatologiques, entraînant une errance diagnostique. Ces présentations cliniques, souvent trompeuses, sont probablement favorisées par la durée d’évolution prolongée et l’échec des traitements anti scabieux antérieurs. Ces échecs thérapeutiques, souvent liés à une mauvaise compréhension du traitement ou à la difficulté de traiter tous les contacts, conduisent à des traitements alternatifs inappropriés, notamment les dermocorticoïdes. La fragilisation de la barrière cutanée par les dermocorticoïdes peut aggraver la gale conduisant à des formes eczématiformes surinfectées. Conclusion La gale doit être systématiquement évoquée devant une dermatose prurigineuse quels que soient l’âge et le contexte clinique. Dans les cas atypiques il faut céder par une biopsie voire même un traitement d’épreuve par ivermectine. Il est aussi crucial de rationaliser l’usage intempestif des dermocorticoïdes en absence de diagnostic certain.
Introduction Le lupus érythémateux cutané (LEC) est une dermatose auto-immune photosensible essentiellement de la femme jeune. La forme masculine est rare et reste peu étudiée. Le but de notre étude est de dégager, à travers une série hospitalière de 44 observations, les particularités épidémiocliniques, biologiques et évolutives du LEC de l’homme. Matériels et méthodes Nous avons mené une étude rétrospective incluant 44 cas de lupus masculins hospitalisés au service de dermatologie du CHU Farhat Hached entre mars 2004 et juin 2024. Résultats L’âge moyen de nos patients au moment du diagnostic était de 36,7 ans [6–71 ans]. Avant le début de la maladie, 75 % des patients étaient des tabagiques actifs. La photosensibilité était présente dans 89 % des cas. Les manifestations cutanées étaient dominées par le LEC chronique (LECC) (71 %), suivi du LEC subaigu (LECSA) (13 %) et du LEC aigu (LECA) (16 %). La forme discoïde était la forme la plus fréquente du LECC (n=18). Le diagnostic de lupus cutané était confirmé par une biopsie cutanée et l’immunofluorescence directe qui était positive dans 75 % des cas. Un lupus érythémateux systémique (LES) était associé dans 66 % des cas de manière non significative (p=0,231), dont 18 cas de LEC chronique, 6 cas de LECSA et de LECA respectivement. Des ulcérations buccales ont été observées dans 16 % des cas, en particulier au cours du LECC (n=6). Les manifestations systémiques étaient articulaires dans 5 cas, pulmonaires et péricardiques dans 3 cas respectivement. Une néphropathie lupique a été présente dans 13 % des cas. Une perturbation du bilan hépatique a été observée dans 6 cas. Une atteinte hématologique a été notée dans 46 % des cas, plus fréquemment associée au LECC mais de manière non significative (p=0,189). Une hypocomplémentémie a été notée dans 18 % des cas. Le bilan immunologique avait montré une positivité des anticorps antinucléaires dans 52 % (n=13) et des anticorps anti-DNAn dans 8 cas tous atteints de LES. Le SAPL était associé dans 5 cas. Sur le plan thérapeutique, l’hydroxychloroquine a été prescrite dans 96 % des cas, la corticothérapie générale a été indiquée chez 13 patients atteints de LES concomitant au LEC. L’évolution était favorable dans la majorité des cas. Discussion Le lupus masculin est rare et ses particularités cliniques et évolutives varient d’une étude à l’autre. Notre travail souligne la forte prévalence du tabagisme chez les hommes atteints de LEC et confirme le polymorphisme des manifestations cutanées du lupus masculin. Conformément à la littérature, nous avons noté une prédominance du LEC dans sa forme discoïde. Dans notre étude, le profil clinicobiologique et évolutif semble être plus actif que le lupus féminin attesté par un taux significatif de LES associé. Parmi les atteintes systémiques, nous avons constaté une association fréquente à une atteinte hématologique. Conclusion Bien que le lupus masculin soit associé à pronostic péjoratif dans la littérature, nous avons noté l’absence des formes graves chez nos patients pouvant être dû à une prise en charge précoce.