Mycobacterium chelonae est une mycobactérie à croissance rapide, inférieure à 15 jours. Sa répartition est ubiquitaire mais elle prédomine dans l’eau, résiste au chlore et prolifère à des températures proches de 30°. L’incidence globale des infections dues M. chelonae augmente, par suite de meilleures techniques diagnostiques et d’une immunodépression générale croissante. L’infection est fréquemment rapportée après divers actes, médicaux ou non. Les localisations principalement décrites sont cutanées et ophtalmiques, avec atteinte systémique parfois sévère en cas d’immunodépression. Une femme de 63 ans, immunocompétente, était adressée pour des lésions nodulaires ulcéro-nécrotiques du bras droit évoluant depuis 6 semaines, sans fièvre. Deux lignes d’antibiothérapie (pristinamycine et cloxacilline) avaient été inefficaces. Les lésions étaient réparties sur le membre supérieur droit exclusivement, à disposition sporotrichoïde, faisant suspecter une infection cutanée à mycobactérie atypique. À l’interrogatoire, on ne trouvait pas d’aquariophilie, d’acupuncture, d’injections ni de traumatisme. On notait en revanche une tentative de coronarographie par voie radiale homolatérale deux semaines avant l’apparition des lésions. Des biopsies cutanées profondes avec analyse en histologie, bactériologie, mycobactériologie et mycologie étaient réalisées. L’histologie trouvait des granulomes sans nécrose caséeuse mais les cultures restaient initialement stériles. Finalement, après 6 semaines d’attente, se développaient des bacilles acido-alcoolo-résistants, identifiés comme Mycobacterium chelonae. Un bilan d’extension n’a pas mise en évidence d’autres localisations. Une bi-antibiothérapie par clarithromycine et tigécycline par voie intraveineuse était initiée après avis du centre national de référence, permettant une évolution rapidement favorable. Il s’agit à notre connaissance du premier cas décrit d’infection cutanée à M. chelonae secondaire à une coronarographie (en l’absence d’autre porte d’entrée évidente). La contamination a pu avoir lieu dans la structure de soin ou ailleurs, la répartition du germe étant ubiquitaire. Une enquête est en cours et n’a pas mis en évidence d’autre cas. Il s’agit d’une atteinte profuse sur terrain immunocompétent. Malgré une croissance rapide, il faut savoir patienter, l’identification par culture pouvant être très longue. Les antibiothérapies préalables pouvant décapiter l’inoculum bactérien, il ne faut pas hésiter à renouveler les prélèvements. En cas de forte suspicion clinique et en l’absence de gravité, l’antibiothérapie doit si possible être débutée après documentation. La place du dermatologue peut ici permettre de traiter à temps des atteintes viscérales. Devant des lésions nodulaires nécrotiques évocatrices de mycobactérie, il faut savoir évoquer le diagnostic d’infection à M. chelonae, dont l’incidence est en hausse. Il est parfois nécessaire de refaire des prélèvements pour identification avant mise en place d’un traitement.
Le syndrome de Warner et Wilson Jones (ou granulome pyogénique récidivant avec multiples satellites) est un phénomène rare mais bénin dont nous rapportons 2 cas. Un homme de 50 ans, sans antécédent particulier, consultait en dermatologie pour avis concernant une lésion bourgeonnante de la narine gauche, saignant facilement au contact, apparue suite à une coupure. La lésion était évocatrice cliniquement d'un granulome pyogénique épidermisé. Une exérèse chirurgicale par électrocoagulation confirmait le diagnostic. Quelques semaines plus tard, de multiples papules angiomateuses millimétriques apparaissaient sur le pourtour de la cicatrice d'exérèse initiale. Les biopsies cutanées réalisées étaient en faveur d'un bourgeon charnu, sans atypies cytonucléaires. Le diagnostic de syndrome de Warner et Wilson Jones était retenu. Un traitement par laser CO2 sera prochainement réalisé. Le second patient est un enfant de 7 ans de sexe masculin, sans antécédent notable. Il consultait en dermatologie pour avis concernant une lésion du dos évoluant depuis plusieurs mois. L'aspect clinique et histologique après exérèse était en faveur d'un botriomycome épidermisé. À un mois de l'exérèse apparaissaient de multiples lésions satellites identiques à la première. Le diagnostic de syndrome de Warner et Wilson Jones était retenu. Un traitement par cryothérapie était proposé, sans efficacité. Le patient sera prochainement réévalué (Fig. 1 et 2). Le syndrome de Warner et Wilson Jones est un phénomène rare qui atteint préférentiellement les enfants et adolescents de sexe masculin. Les facteurs de risque sont la localisation sur le tronc du botriomycome initial, son exérèse incomplète ou un traumatisme de celui-ci. Cliniquement, il se présente sous forme de lésions bourgeonnantes d'allure angiomateuses infra-centimétriques, localisées préférentiellement sur le tronc (notamment les régions interscapulaire ou lombaire). Le délai de survenue après l'exérèse initiale est de 1 à 4 mois, mais peut aller jusqu'à 2 ans, avec un développement progressif sur 1 à 3 semaines. L'histologie permet d'éliminer les diagnostics différentiels (mélanome achromique, métastases cutanées, maladie de Kaposi, angiomes rubis). L'histologie des lésions récidivantes étant moins typique, il n'est pas nécessaire de réitérer les biopsies. L'abstention thérapeutique est privilégiée, la régression étant souvent spontanée en 6 à 12 mois. Les traitements envisageables sont l'exérèse chirurgicale, l'électrocoagulation, le laser CO2 ou Nd-YAG, la cryothérapie ou la cryochirurgie. Le syndrome de Warner et Wilson Jones est un phénomène rare devant être connu du dermatologue au vu de son caractère bénin et spontanément régressif.
L'ustekinumab, anticorps monoclonal anti-IL-12 IL-23 est une biothérapie utilisée depuis 2010 dans le traitement du psoriasis modéré à sévère. Des cas de pemphigoïdes induites par les anti-TNF alpha ont été décrites dans la littérature, mais aucune sous ustekinumab. Nous rapportons un cas de pemphigoïde bulleuse survenue au décours d'un traitement par ustekinumab. Un homme de 62 ans, suivi pour un psoriasis sévère, présentait une éruption bulleuse et prurigineuse 9 mois après l'instauration d'un traitement par ustekinumab. En dehors d'un traitement par metformine observé depuis de nombreuses années, le patient ne prenait aucun autre médicament. L'examen histologique et l'immunofluorescence directe confirmaient le diagnostic de pemphigoïde bulleuse. Un traitement par dermocorticoïdes de classe forte, associé à l'interruption de l'ustekinumab, permettait d'obtenir rapidement un blanchiment des lésions. Un an après l'arrêt de l'ustekinumab, et 8 mois après l'arrêt des dermocorticoïdes, il n'était pas observé de rechute. Les pemphigoïdes bulleuses induites par les anti-TNF alpha sont connues et décrites dans la littérature. Bien qu'aucun cas n'ait été rapporté sous ustekinumab, le mécanisme d'action de cette molécule, proche des anti-TNF alpha, rend son imputabilité possible, d'autant que d'autres effets cutanés d'ordre dysimmunitaire ont été décrits sous anti-IL-12 IL-23 (pelades, dermatoses à IgA linéaire). Le caractère particulièrement aigu de l'éruption, la régression rapide des lésions après l'arrêt de l'ustekinumab et l'absence de récidive à distance, plaident en faveur de cette origine iatrogène dans notre observation. À notre connaissance, il s'agit du premier cas de pemphigoïde bulleuse survenue sous ustekinumab.
BACKGROUND:Few data are available concerning the efficiency of pulse corticosteroids in alopecia areata (AA).OBJECTIVE:Our purpose was to assess the long-term outcomes of patients treated with methylprednisolone bolus.METHODS:This study included 60 patients treated between 1995 and 2000. The short-term outcomes were analyzed in 2000. The long-term assessment of 30 patients was performed in 2010 by phone questionnaire.RESULTS:Significant hair regrowth was observed in 10/30 patients at 6 months after the bolus treatment. Half of the plurifocalis AA patients were responders at 6 months, but less than one quarter of alopecia totalis (AT) and alopecia universalis (AU) patients responded. Long-term outcomes were assessed after a mean duration of 12.3 years; 8/10 initial responders had mild or no disease, and 14/20 initial nonresponders had severe AA.CONCLUSIONS:This study confirmed the low efficiency, both short- and long-term, of this treatment for AT and AU.
Background. - Specific cutaneous infiltrates of chronic lymphocytic leukaemia (CLL) are rare. They occur after a mean disease duration of 3 years. CLL skin infiltrates as the primary manifestation of the disease have been reported, but a normal lymphocyte count at diagnosis is rare. We present two cases of CLL initially presenting in the skin, without lymphocytosis.Patients and methods. - A 53-year-old man developed papulonodular lesions of the face and infiltrated plaques of the scalp, and an 85-year-old woman presented erythematous nodules of the face and neck. Histopathology revealed a lymphocytic infiltrate, consisting of small mature B-cells CD20+, CD79+, with an aberrant phenotype CD5+. CD23 was positive in one case. The two patients had no lymphocytosis, but immunophenotyping was characteristic of CLL. In the second case, there was a sub-mental adenopathy, histologic analysis of which was consistent with CLL. The CLL was classified as Binet stage A in the two cases. No disease progression was noted at follow-up.Discussion. - The unusual feature of these cases is the lack of lymphocytosis at diagnosis. Thus, the skin lesions resulted in further evaluations for CLL, although the diagnosis was not suggested by the blood count. Conclusion. Skin involvement in CLL does not appear to be a poor prognostic indicator, arguing in favour of recruitment of circulating monoclonal B-cells rather than an additional tumour mass. (C) 2012 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Background. - General practitioners (GPs) are at the forefront of managing cutaneous adverse drug reactions (CADR).Objectives. - To analyse the GPs practices concerning the management of CADR.Material and methods. - Three hundred and fifteen questionnaires including 17 questions, subdivided in a total of 35 subquestions, were sent to a sample of GPs in the northern department of France.Results. - One hundred and eight responses (34%) were obtained. According to physicians, the main type of CADR was urticaria. The most often involved drugs were antibiotics and non-steroid anti-inflammatory drugs. Screening of clinical and biological signs of severity was rarely performed. An anti-histaminic drug and a systemic corticosteroid were systematically prescribed by respectively 90% and 75% of GPs, whatever the type of CADR. Eighty percent of GPs considered that a skin rash occurred under antibiotics was not a contraindication to further prescribe this drug. Sixty-two percent of GPs asked for skin tests, but only 30% were reassured if tests were negative. Fifteen percent of GPs spontaneously reported CADR to the pharmacovigilance unit.Conclusion. - The lack of consensus may explain why practices are mostly based on the physician's own experience. (C) 2011 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.