Traduction du guide "Facteurs organisationnels et humains de la securite industrielle : un etat de l'art"
This document provides a state of the art of knowledge concerning the human and organizational factors of industrial safety. It shows that integrating human factors in safety policy and practice requires that new knowledge from the social sciences (in particular ergonomics, psychology and sociology) be taken on board and linked to operational concerns.
Ce document propose une synthèse des connaissances sur les facteurs humains et organisationnels de la sécurité industrielle (FHOS). Il s’attache à intégrer les facteurs humains et organisationnels dans les politiques et pratiques de sécurité industrielle. Ce qui nécessite de pouvoir s’appuyer sur des connaissances nouvelles ouvrant aux sciences humaines et sociales (ergonomie, psychologie, sociologie, etc.), tout en faisant le lien avec des problématiques opérationnelles concrètes.
Abstract Significant safety performance improvement in high risk industry cannot be reached unless human and organizational factors are taken into account; this is a compulsory element of the successful implementation of a safety management system. Most of the time this is achieved through the assessment of a level or type of safety culture, performed through safety perception surveys, possibly completed by focus groups interviews. Generally such programs require specific expertise and sociological skills, most of which being external to the company. In order to ease such a process, TOTAL SA has developed a global safety culture assessment toolkit. The key element of this toolkit is an innovative computerized system to process and help the interpretation of data steming from safety culture perception surveys. User-friendliness of the software allows automatic delivery of indices and charts which enable to rapidly diagnose the key elements of safety culture in terms of strengths and weaknesses, and organized along a pattern of themes such as: Risk perception, Safety culture type beliefs, Organization and work context, Management leadership, Technical safety management, Behavioural safety management, Employees' behaviors, Employees' involvement, Employees' compliance, Work team / peers influence, and Ergonomics / Engineering. Additional Health and Environment themes lead to a SHE culture assessment. New 2-D diagrams are included, yielding safety culture signatures whick make it possible to undertake benchmarking between different organizations (companies, units, activities, sites, etc.). A statistical module is also proposed to measure consistency level of the responses. This new tool has been successfully applied in different entities of TOTAL group, either Exploration & Production affiliates or Refineries. Typical results are shown in this paper. In case additional interviews are deemed necessary to clarify some results, then the tool allows rapid and easy identification of the focus groups of people to be considered, as well as the topics to be preferentially discussed. The tool can be customized to any organization, safety culture model, questionnaire, themes, respondents' criteria, responses scales, etc. It is part of a global SHE management tools chain to reduce uncertainty in risk management.
Résumé Rappelant la nouveauté de l'intérêt manifesté au Québec pour les questions de santé au travail, l'auteur souligne l'importance de ne pas limiter les recherches à l'analyse de la seule toxicité des matières industrielles produites, alors qu'on peut soupçonner l'ensemble des conditions de travail d'avoir aussi des effets nocifs pour la santé des travailleurs. Ainsi, les résultats d'une recherche réalisée auprès d'un groupe d'ouvriers astreints au travail par équipe dans une usine de textiles, indiquent que ces derniers sont beaucoup plus affectés par des troubles du sommeil et de la digestion que leurs camarades travaillant régulièrement de jour. De même, l'horaire rotatif semble provoquer et accélérer la formation d'ulcères d'estomac pour une fraction importante des travailleurs qui y sont soumis. Enfin, compte tenu des problèmes de santé associés à de nombreuses autres conditions de travail, il apparaît peu probable d'atteindre à une véritable politique de santé au travail sans une transformation des structures économiques qui profitent de l'insalubrité.
Les comités de santé-sécurité du travail ont été institués pour faciliter la participation des travailleurs, pourtant ces derniers ne leur accordent qu'un faible appui. Des analyses de régression portant sur 79 comités d'établissements syndiqués du secteur manufacturier montrent que ce faible appui s'explique par une logique instrumentale et politique. Les auteurs interprètent cette connotation politique en regard du fait qu'au Québec, le comité de santé-sécurité participe au « gouvernement » du milieu de travail en matière de prévention des lésions professionnelles et dispose d'un pouvoir de régulation pouvant affecter les comportements au travail des ouvriers.
The relationship between alcohol intake and psychological distress has been overlooked in studies on the working population. Using a multilevel multivariate model, this study reports results obtained from a sample of 8812 workers nested in 387 occupations. Results show that alcohol intake and psychological distress vary significantly at the worker and occupation levels, but they do not show a large variation at the occupation level. Occupational socioeconomic status appears to be a common factor explaining the correlation between alcohol intake and psychological distress at the occupation level. Semi-professionals, middle management, foreman and semiskilled clerical-sales-services occupations are particularly at risk. Gender is related to both outcomes, while work schedule and number of weekly working hours are associated only with psychological distress. Implications and limitations of these results are discussed.
Ce rapport présente la phase 2 d’une étude qui s’est déroulée pendant trois ans dans une usine de fabrication de bottes. Suite à l’implantation par l’entreprise d’un système modulaire en juste-à-temps, la phase 1 avait permis de mettre en évidence une fréquence élevée de troubles musculo-squelettiques (TMS) aux membres supérieurs et aux membres inférieurs en lien avec une grande détresse psychologique. Au cours de cette phase 1, nous avions combiné une approche ergonomique et une approche épidémiologique. Les réponses des travailleuses au questionnaire du volet épidémiologique ont fait ressortir les liens qui existaient entre les TMS et les perceptions de la charge physique et des facteurs psycho-organisationnels. Au cours de l’intervention ergonomique, plusieurs déterminants des facteurs de risque ont été identifiés et des recommandations ont été élaborées avec la participation active d’un groupe de travailleuses et d’un comité de projet. Au moment de la phase 2, l’entreprise procède à l’implantation de plusieurs recommandations et décide de réimplanter le système de « main à main ». Aux volets ergonomique et épidémiologique, s’ajoute alors un volet sociologique. Les objectifs de la phase 2 sont les suivants : - analyser le processus d’implantation des changements découlant des recommandations de la phase 1, - offrir un support technique et pratique favorisant l’implantation des changements et la prise en charge, - évaluer l’impact des changements sur les TMS. Pendant toute la période couverte par les phases 1 et 2, des transformations s’opèrent dans l’entreprise et toutes les actions de l’équipe de recherche se situent dans cette évolution. De nombreux échanges avec les différents interlocuteurs de l’entreprise ainsi que des observations dans l’usine ont permis de faire un bilan des principaux changements entre 1994 et 1996. De plus, des observations systématiques de l’activité de travail (répartition des tâches, déplacements, etc.) et des entretiens avec les travailleuses de deux modules ciblés apportent un portrait détaillé de l’état de la situation au temps 1 (phase 1) et au temps 2 (phase 2). Un suivi de toutes les recommandations formulées à la fin de la phase 1 est également réalisé. Il a été possible de connaître le devenir de chacune des 78 recommandations et d’analyser quels ont été les principaux obstacles à l’implantation d’une partie de celles-ci. Le volet épidémiologique s’adresse à toute la population des travailleurs et le questionnaire est répondu à la fin de la saison 1996 (n=192). Il s’agit du même questionnaire qu’en 1994 s’intéressant à la prévalence et à la gravité des symptômes musculo-squelettiques ainsi qu’à la perception des contraintes physiques et psychosociales du travail, la satisfaction de l’emploi et la détresse psychologique. Ces données en 1994 et en 1996 sont comparées pour évaluer l’impact des transformations et des questions ont été ajoutées pour demander directement la perception de l’impact de certaines interventions sur le confort, le rendement et l’entente entre les collègues. Dans ce volet, on s’intéresse aussi aux différences entre les réponses des trois groupes de fonction : les couturières travaillant en module, les couturières du pré-fit (préparation des morceaux) et les autres travailleurs (taillage, entrepôts, bureau, etc.) car certaines interventions n’ont ciblé que les couturières en module. Le support développé par les sociologues correspond à un système d’information de gestion (SIG) qui synthétise les données recueillies lors de l’administration mensuelle d’un questionnaire répondu par toutes les opératrices, de manière à fournir au comité de gestion, un portrait dépersonnalisé de la situation dans chaque module de l’usine, leur permettre d’identifier les modules en difficulté et de prendre les décisions qu’ils jugent appropriées pour aider les modules ciblés à résoudre les problèmes. Il s’agit donc d’un support en terme d’aide à la décision qui s’adresse à la direction et aux responsables de la production. Chaque passation du questionnaire, au nombre de trois, est aussi l’occasion d’une rencontre de chaque module avec le consultant en développement organisationnel afin de mieux comprendre les difficultés rencontrées et supporter les travailleuses au cours du processus de transformation. L’action de support des ergonomes se fera au niveau du comité de santé-sécurité (CSS) et du comité de gestion. Afin de favoriser la prise en charge, l’accent est mis sur un support en terme de formation et de transfert des connaissances. Ce support s’est organisé autour de trois éléments principaux : 1- le support au développement du rôle du CSS, 2- l’étude d’un dossier majeur avec le CSS, la couture des semelles de feutre, lequel a servi de base à 3- la formation à l’analyse ergonomique du comité de gestion et du CSS. Le suivi des recommandations a permis de montrer que 50% de celles-ci avaient été implantées. La moitié des recommandations touchant l’amélioration des postes de travail, toutes les recommandations concernant les modules (aménagement, organisation du travail et gestion interne) et 80% de celles concernant la direction et la supervision ont été mises en application. Cependant seulement 24% des améliorations concernant les services ont été réalisées. Il s’agissait de recommandations touchant principalement la diminution des efforts au niveau des mains et des poignets associées aux difficultés d’ajustement des morceaux (claques, cuir, feutre, etc.). Les obstacles à l’implantation des recommandations sont principalement les coûts mais aussi les échanges complexes avec les services en aval de la production. Des changements majeurs découlant des nouvelles orientations de l’entreprise doivent être soulignés : la formation et l’implantation du système de « main à main », les nouvelles pratiques de gestion et de supervision et les modèles de produits fabriqués (augmentation des bottes « haut de gamme »). Les volets ergonomique et épidémiologique ont montré par des données objectives et de perceptions que plusieurs de ces transformations constituaient des améliorations significatives dans les conditions du travail physiques (moins de postures fixes car augmentation de 7 à 64 déplacements à l’heure de 1994 à 1996, diminution de la charge de travail, meilleur aménagement physique des machines, meilleure répartition des tâches dans le module et alternance des tâches) et psycho-organisationnelles (séquencement des tâches bien défini par le système de « main à main », meilleure utilisation des habiletés, plus d’autorité décisionnelle, plus de support des collègues) et dans la satisfaction au travail perçue par les travailleuses. Par ailleurs, les analyses épidémiologiques ont montré que les couturières en module et les couturières de préfit ont eu une diminution significative de la détresse psychologique et de la gravité des TMS entre la période avant ces transformations (à l’automne de 1994) et la période après l’implantation de ces changements (à l’automne de 1996). Les résultats suggèrent que la diminution de la gravité des TMS entre 1994 et 1996 est associée à la diminution de la détresse psychologique et à l’augmentation du support de la direction perçu par les travailleurs et que les interventions qui ont modifié la charge physique du travail et le support organisationnel, notamment des superviseurs, ont influencé la détresse psychologique. Ces résultats sont cohérents avec la nature des interventions et des modifications qui ont été implantées qui ont eu comme objectif l’amélioration des conditions physiques de travail et la communication entre les acteurs de l’entreprise et le fonctionnement organisationnel. Ces résultats sont également très cohérents avec les observations des ergonomes et leurs entrevues avec les deux sous-groupes de couturières en module. Ces couturières interviewées par les ergonomes décrivent une amélioration importante dans leur satisfaction du travail et une diminution dans leur fatigue, leur détresse psychologique et la gravité des douleurs. Ces résultats sont aussi cohérents avec ceux du volet sociologique. En effet, ceux-ci montrent que les variations dans la charge physique de travail et dans la durée d’exposition au travail sont parmi les variables ayant le plus grand impact direct sur la perception de la gravité des TMS, tandis que d’autres variables liées aux transformations en cours, comme le support accru des superviseures et de la direction, ont un effet indirect notamment en réduisant l’impact de la détresse psychologique. À un niveau plus spécifique, les résultats épidémiologiques ont montré que la prévalence très élevée de symptômes aux membres inférieurs en 1994 a diminué de façon importante et significative chez les couturières en module en 1996, mais pas chez les couturières préfit. Ce résultat suggère que les modifications organisationnelles ont réussi à permettre plus de déplacements et ont eu un impact positif sur les symptômes aux membres inférieurs des couturières en module. Cependant la prévalence des douleurs aux membres inférieurs demeure élevée (37%) ce qui laisse supposer que même avec des déplacements, la posture debout pourrait être associée aux symptômes aux membres inférieurs. Les résultats des volets épidémiologique et ergonomique montrent aussi que la prévalence de plusieurs TMS aux membres supérieurs n’a pas diminué tel que prévu au départ malgré la diminution de leur gravité. La prévalence des TMS du cou et des épaules n’a pas changé significativement et celle des TMS aux mains et poignets a augmenté. Ces résultats sont cohérents avec les observations des ergonomes concernant plusieurs recommandations qui n’ont pas été implantées par l’entreprise et d’autres changements dans la production qui n’ont pas permis la diminution des efforts des mains et des poignets. Ces résultats portent à penser que les modifications organisationnelles qui ne sont pas accompagnées d’une diminution des contraintes physiques, associées dans ce cas aux difficultés d’ajustement des morceaux de matières premières et de production des modèles haut de gamme, ne sont pas suffisantes pour avoir un impact positif sur les TMS des membres supérieurs. Ce projet a aussi comporté un important volet d’interventions multidisciplinaires. Les résultats de ces interventions n’ont pas fait l’objet d’une évaluation systématique mais il y a des indices permettant de conclure que ces interventions ont effectivement contribué au développement d’une vision plus systémique et d’une prise en charge plus soutenue de la problématique des TMS et il y a des retombées plus larges qui pourraient résulter de l’expérimentation de ces interventions. Par exemple, le SIG a permis au comité de gestion de mieux intégrer au processus décisionnel les considérations de SST. En outre le SIG a aussi été un moyen additionnel important pour les employées de participer à la prise en charge de la SST dans l’usine. Quant à l’intervention ergonomique, celle-ci a eu dans l’entreprise trois retombées principales : la définition du mandat du Comité de SST et son implication dans des activités de l’entreprise dont la formation à l’analyse ergonomique, un modèle de dossier permettant de documenter une problématique en profondeur et un changement des représentations de différents interlocuteurs qui ont su adopter une approche plus systémique dans l’analyse des situations de travail au cours de la formation. Il va de soi que ces indices de résultats positifs reliés à ces interventions ne peuvent pas être attribués simplement aux interventions elles-mêmes, mais dépendent également des conditions dans lesquelles ces dernières ont été effectuées. Or, à cet égard, il faut convenir que le milieu de travail en question présentait plusieurs conditions très favorables à une prise en charge dynamique de la SST. Toutefois, d’autres conditions inhérentes à cette entreprise et au secteur ont limité l’impact potentiel des interventions.
OBJECTIVE:This study investigated the extent to which alcohol intake modified the associations between psychological distress and work strains.METHOD:The data were obtained from a sample of 10,387 employees nested in 422 occupations. Four types of alcohol drinkers were defined according to drinker status measured by alcohol intake over the last week (1) abstainers, (2) drinkers who abstained from drinking in the last seven days, (3) low-risk drinkers (according to the Canadian guidelines), (4) high-risk drinkers. The Ilfeld scale was used to measure the level of psychological distress (referencing the last week). Work strains were measured according to Karasek's skills utilization, decision authority and psychological demands, as well as by regularity of work schedule, number of working hours per week, exposure to physical and chemical risks, job status and type of remuneration. Multilevel logistic regressions were conducted with adjustments for gender and age.RESULTS:6.1% of the logit variance of psychological distress was between occupations. Alcohol intake showed a U-shaped relationship with psychological distress, and it was a moderator of skills utilization and exposure to physical risks. Decision authority, psychological demands, work schedule, gender and age were linked to psychological distress.CONCLUSIONS:Moderate alcohol intake is not associated with psychological distress and does not intensify the effect of work strains. The results give some support to the positive effect of moderate alcohol consumption on stress reduction and mental health.
Observant au sein d'un échantillon d'entreprises industrielles syndiquées une tendance chez les employeurs à développer des services spécialisés de santé-sécurité au travail, les auteurs s'intéressent aux facteurs conditionnant cette tendance et à son impact sur le statut et le rôle (décisionnel ou non) du comité de santé-sécurité. Les résultats montrent que la présence de ce type de services favorise l'adoption du modèle de comité de santé-sécurité proposé par la Loi sur la santé et la sécurité au travail. En conclusion, les auteurs explorent la signification d'un tel phénomène.
Cette étude s'intéresse à une réalité négligée et en bonne partie méconnue du domaine de la santé dans le monde du travail au Québec, en l'occurrence la prise en charge de la santé au travail dans les petites entreprises. Cela est d'autant plus surprenant que les petites entreprises, soit celles employant moins de 50 personnes, constituent l'immense majorité des entreprises au Québec. Cependant, elles n'emploient qu'une minorité des travailleurs, ce qui explique peut-être pourquoi peu de recherches ont jusqu'ici porté sur la problématique de la prise en charge de la santé-sécurité dans cette catégorie d'entreprises. C'est pourquoi la recherche est avant tout exploratoire. En effet, les objectifs étaient d'une part de mieux connaître les différentes dynamiques préventives ou de prise en charge des problèmes de santé au travail dans les petits établissements, et d'autre part d'explorer certains facteurs pouvant expliquer les différences observées au niveau de ces dynamiques préventives. Le but ultime de la recherche était de fournir aux intervenants en santé au travail, oeuvrant principalement dans les CLSC, un ensemble assez systématique d'observations dont ils pourraient se servir pour mieux adapter les interventions aux particularités de ces milieux de travail. Pour réaliser cette étude exploratoire, huit petites entreprises d'une même région du Québec ont accepté de participer à la recherche suite à un échantillonnage raisonné, et la collecte des données a été faite par observation, entrevues et questionnaire auprès des patrons-dirigeants, des superviseurs et des travailleurs de ces entreprises, ainsi qu'auprès des intervenants (professionnels d'un CLSC et inspecteurs de la CSST). Pour cerner la réalité de la prise en charge de la santé au travail dans ces établissements, nous avons développé une typologie des dynamiques préventives tenant compte à la fois des dimensions culturelle et structurelle de la prise en charge. La dimension culturelle fait référence aux valeurs, représentations, attitudes et comportements des divers acteurs en regard des risques et de la prévention, tandis que la dimension structurelle désigne plutôt les moyens plus formels d'action dans le domaine, comme le comité de santé-sécurité, les activités organisés de prévention, le niveau de mesures correctives appliquées, etc.... Si on croise ces deux dimensions en tenant compte de leur faible ou fort développement, on peut créer une typologie comprenant quatre types de dynamiques préventives, qui sont les suivants. Le premier type a été qualifié d' « intégré », parce que les dimensions culturelle et structurelle y sont assez fortement développées. A l'opposé, lorsque ces deux dimensions sont faiblement développées, on a un type de dynamique que nous avons qualifié de « retrait ». Entre ces deux extrêmes, se trouvent deux types intermédiaires, l'un que nous avons appelé la « dynamique formelle » lorsque seulement la dimension structurelle est bien développée, l'autre que nous avons qualifié de « dynamique informelle » lorsque c'est plutôt la dimension culturelle qui est plus développée. Les résultats confirment l'existence de ces quatre types de dynamiques préventives dans l'échantillon des petites entreprises participantes. 11 s'agit d'un résultat important qui remet en question la croyance souvent exprimée que la prise en charge de la santé-sécurité dans les petits établissements est généralement inexistante ou sous-développée. Ce qui est également intéressant, ce sont les facteurs que nous avons identifiés comme ayant une influence sur le développement de ces dimensions à la base des divers types de dynamiques préventives. Brièvement, le développement de la dimension structurelle de la prise en charge semble principalement influencé par la situation économique de la petite entreprise (compétitivité, situation financière, opportunités de croissance, modernisme technologique) et par certaines caractéristiques du patron-dirigeant (vision " affaires " de son entreprise, réseaux professionnels, formation universitaire), tandis que le développement de la dimension culturelle de la prise en charge est plutôt influencé par la dynamique des relations de travail internes à l'entreprise (valorisation des ressources humaines, style participatif de gestion et de supervision, collectifs de travail). Bien que les résultats de notre étude doivent être interprétés avec prudence, étant donné le petit nombre de cas étudiés, ils fournissent une base de connaissances utiles si on se place du point de vue de l'intervention en santé au travail dans les petites entreprises. Ils orientent notamment vers une approche capable de contextualiser l'intervention et qui enrichirait l'approche bio-médicale qui est actuellement appliquée en santé au travail. La caractéristique de cette approche est d'amener les intervenants à tenir compte du type de dynamique préventive à l'œuvre dans l'établissement et de son contexte socio-économique, dans l'application de l'intervention. Les divers aspects de cette approche sont suggérées à la fin du présent rapport.
This article concerns interventions by health professionals in small workplaces (less than 50 employees). In Quebec, according to the Occupational Health and Safety Act, these interventions are conducted by health professionals (doctors, nurses, hygienists) located in public health units on a local or regional basis. For each workplace under their authority, these professionals must identify health hazards and recommend an occupational health program consisting of primary, secondary and tertiary prevention measures that should be approved by the workplace's joint health and safety committee before being implemented by the employer. Although this model of intervention is biomedical in nature, the context of the intervention places occupational health professionals in relationship with the socioeconomic actors in the workplace. Our research aimed to develop an understanding of the dynamics of undertaking occupational health in small firms, and of health professionals' interventions in such workplaces.There are very few studies on interventions in occupational health in small firms. A recent literature review by Hulshof et al. (1999) found no specific study of small businesses. The studies that do exist indicate a low degree of interest and involvement of employers regarding health and safety at work and highlight the importance for health professionals to build a relationship of trust with the employer and workers when intervening (Champoux and Brun 1999 ; Eakin 1997; Eakin and Weir 1995; Gignac 1997, 1996; Limborg and Hasle 1997).We used system theory and a psychodynamics-of-work approach to study occupational health interventions in small workplaces. Interventions were conceptualized as a process that should be influenced by two levels of inputs. At a first level, provisions of the Act and of the contract between the Health and Safety Board and the health units orient health professionals toward a biomedical model of intervention and the production of a relatively high quantity of occupational health programs. At a second level, inputs from the host-workplace, particularly the nature of health hazards and the process of undertaking health at work, should also influence the process of intervention, though we presume that, at this level, the first input (the nature of hazards) is more influential than the second (the dynamics of the process). The research was conducted in eight small industrial firms located in the province of Quebec, Canada. We use purposeful sampling in order to take into account: (1) different industrial sectors, (2) different firm sizes (less than 20, 20-50), (3) the presence or not of a union and of a joint health and safety committee. In each firm, data were collected through: (1) individual semi-structured interviews with the employer, supervisor, and the president of the union, (2) group semi-structured interviews with workers and the joint health and safety committee, (3) a closed-format questionnaire completed by a representative sample of workers (n = 126). In addition, interviews were also conducted with health professionals from the local health unit and with inspectors of the regional authority.Results presented in Table 2 show that the dynamics of health interventions in small workplaces are more diversified that one might expect. We distinguished between cultural aspects (attitudes and behavior of employers, supervisors and workers regarding health at work) and structural aspects (the presence of a joint health and safety committee, and basic prevention activities). There are substantial variations on both dimensions between firms. As for manager and worker perceptions of interventions by professionals in occupational health, some of them are common to most workplaces while others vary according to the cultural dimension of the dynamic of undertaking health at work in the workplace. Indeed, managers and workers from most workplaces consider that external health professionals do not take enough time to get an appropriate knowledge of the workplace before intervening and do not give efficient support in the implementation of the health program by the workplace. On the other hand, in workplaces with a stronger cultural dimension, managers and workers see external interventions as less useful than in workplaces with a weaker cultural dimension. However, in those latter workplaces, managers and workers do not perceive this usefulness in the same way.Health professionals interviewed largely agree with this critical evaluation regarding their insufficient knowledge of the workplace at the time of intervention, which is generally limited to health hazards, and their limited support in the follow-up of recommendations. They attribute these weaknesses to time constraints and a biomedical approach that orient them to focus on hazards and disregard other aspects of the workplace. On the other hand, they observe that workers do not have an adequate knowledge of workplace health hazards and they question the stated interest of employers for occupational health and safety, given that the latter resist meetings between health professionals and workers during the intervention and in the follow-up. Moreover, they feel that economic vulnerability of some small businesses forces them to face a dilemma: either apply the law and regulations strictly and endanger the survival of the business or apply the law with flexibility and potentially endanger workers’ health.In the light of these results, a renewed model of intervention in occupational health could be more appropriate and efficient in small workplaces. This renewed model would consist of the following five steps. First, before intervening, health professionals could get a basic knowledge of the small workplace by consulting existing data from the Occupational Health and Safety Board. Second, a short period of field observation and data collection should be conducted before intervention by the team of health professionals (doctor, nurse, industrial hygienist) in order not only to identify and measure health hazards, but to put those into the real socioeconomic context of the workplace. This period of observation should also enable professionals to interact with managers and workers and build a trust relationship, which is critical for the success of the intervention. Third, the team should analyse data on hazards and the context in order to fix priorities and the strategy for intervention. Fourth, the team should elaborate a health program that seeks to: (1) reconcile necessary actions on the most important hazards with the economic constraints of the workplace, and (2) provide means to strengthen the internal dynamic of promoting health at work in the small workplace. Finally, after having presented and discussed the health program, the team should fix with managers and worker representatives a follow-up protocol allowing professionals to give adequate support to the workplace and to evaluate the progress and results of their interventions.In conclusion, we discuss the organizational conditions for the implementation of this renewed model. Some require changes in the organization of work in occupational health units; others point to the need for better communication and coordination with inspectors from the Occupational Health and Safety Board.
Cet article rapporte les résultats d’une étude de perceptions des interventions en santé au travail dans le contexte des petites entreprises, une réalité qui a jusqu’ici été peu étudiée malgré l’importance de ce type d’entreprise au plans économique et de la santé publique. La méthode a consisté à interroger les travailleurs et les employeurs d’un échantillon raisonné de huit entreprises québécoises de moins de 50 employés, ainsi que les professionnels de la santé chargés d’intervenir dans ces milieux. L’analyse des données permet d’identifier plusieurs aspects problématiques du processus actuel d’intervention en santé au travail dans le contexte de cette catégorie d’entreprise. La portée pratique des résultats est développée en une série de propositions qui visent à renouveler le modèle actuel d’intervention en santé au travail.
Cette étude approfondit le phénomène de la participation directe des travailleurs à la prévention des lésions professionnelles, phénomène qui avait commencé à être exploré dans une recherche antérieure dont le rapport synthèse, intitulé La participation des travailleurs à la prévention des accidents du travail: formes, efficacité et déterminants a été publié par l'IRSST en 1997. Rappelons que ce phénomène réfère aux comportements préventifs que les travailleurs adoptent dans leur vie courante de travail, et à ce titre doit être distingué de la participation indirecte des travailleurs à la prévention qui s'exerce par l'intermédiaire de représentants sur le comité de santé-sécurité ou de représentants à la prévention. Notre intérêt pour la participation directe des travailleurs tient au fait qu'elle est encore peu connue scientifiquement alors qu'elle est un puissant facteur d'efficacité des efforts de prévention. Les comportements des travailleurs qui concrétisent leur participation directe à la prévention peuvent être regroupés en trois grandes catégories. La première catégorie est celle des comportements de prudence qui consistent essentiellement pour les travailleurs à appliquer des règles prédéfinies et prescrites de santé-sécurité, par exemple porter les équipements désignés de protection individuelle, appliquer certaines procédures de santé-sécurité lors de l'exécution de certains travaux, travailler selon certaines méthodes sécuritaires de travail, etc.... La deuxième catégorie est celle des comportements d'initiatives par lesquels les travailleurs ne répondent pas à des obligations, mais manifestent plutôt leur désir d'accroître la santé-sécurité dans l'exécution ou l'environnement de leur travail, par exemple en rapportant les situations dangereuses, en faisant des suggestions d'amélioration de la santé-sécurité, en participant volontairement à certaines activités de prévention, etc.... Enfin, la troisième catégorie réfère aux comportements d'appui au comité de SST de leur établissement, lorsqu'il existe, par exemple en ayant recours au comité pour solutionner certains problèmes de SST, en participant aux activités et sous-comités de travail qu'il organise. L'objectif de l'étude était de mieux connaître les facteurs organisationnels et psycho-sociaux qui favorisent le développement de ces catégories de comportements chez les travailleurs, et surtout d'explorer les processus par lesquels ces facteurs agissent, afin de fournir aux intervenants des pistes plus concrètes d'intervention. Pour atteindre cet objectif, nous avons recueilli des données par entrevues et questionnaires auprès de 1375 personnes (gestionnaires, superviseurs, représentants syndicaux et surtout travailleurs) de neuf établissements industriels syndiqués représentant divers niveaux de risques, diverses tailles d'établissement et divers secteurs d'activité économique. Les résultats montrent que la dynamique sous-jacente à ces comportements des travailleurs en matière de santé-sécurité est plus complexe qu'on pourrait le penser. En effet, il est courant de penser que si les travailleurs se conforment dans leur travail aux règles prescrites de santé-sécurité, prennent même certaines initiatives en rapportant des dangers ou en suggérant des mesures correctives, ou encore ont recours ou appuient le travail du comité de SST, c'est essentiellement pour se prémunir et se protéger contre les risques auxquels ils sont exposés dans leur travail. Et effectivement, nos résultats montrent que divers aspects de ce qu'on appelle le rapport aux risques (perception et évaluation des dangers, etc... ) influencent certains des comportements mentionnés plus haut, mais pas toujours dans le sens attendu. Par exemple, plus le travailleur estime que son travail est dangereux, moins il a tendance à appliquer les règles prescrites de santé-sécurité, ce qui peut paraître irrationnel si on se place d'un point de vue strictement de santé-sécurité. Mais en fait, le travailleur est rationnel parce qu'il se place d'un point de vue plus large qui tient notamment compte d'autres caractéristiques du travail qu'il a à faire. Or, les travailleurs estiment que la dangerosité du travail est généralement associée à sa complexité et aux imprévus qu'il comporte, et que dans ce contexte les règles prescrites de santé-sécurité sont souvent inadéquates, voire même dangereuses. Ils utilisent donc alors davantage leur capacité d'initiative sécuritaire pour éviter de se blesser en faisant leur travail. Cependant, les aspects du rapport aux risques, et plus largement du rapport aux caractéristiques du travail, ne sont pas les facteurs qui ont le plus grand impact sur les comportements des travailleurs en matière de santé-sécurité. Des facteurs proprement organisationnels sont beaucoup plus importants. Parmi ces facteurs, les plus importants renvoient à la dynamique des relations entre les travailleurs et les divers paliers du personnel hiérarchique de l'entreprise (superviseurs, cadres supérieurs, fonction SST). En bref, plus les travailleurs estiment que leurs relations avec les gestionnaires leur permettent d'être écoutés avec respect quant aux problèmes qu'ils vivent au travail, d'être consultés et considérés dans l'élaboration des solutions à apporter, et de compter sur un système efficace de prévention pour le suivi des mesures préventives et correctives, plus ils appliquent les règles prescrites de santé-sécurité, plus ils prennent d'initiatives sécuritaires, et plus ils accordent leur appui au comité de SST de l'établissement. A l'inverse, lorsque cette dynamique relationnelle est négative, la participation des travailleurs en santé-sécurité diminue. De même, la dynamique des relations entre les travailleurs eux-mêmes au sein des équipes de travail influence leur participation en santé-sécurité. Lorsque les travailleurs forment des collectifs de travail fonctionnels et reconnus, ils sont davantage portés à appliquer les règles prescrites de santé-sécurité et à prendre des initiatives sécuritaires. Cet ensemble de relations verticales et horizontales définit ce qu'on appelle "le climat de travail" et son influence primordiale montre que les comportements des travailleurs en santé-sécurité relèvent autant, sinon plus, du domaine de l'interaction sociale que de celui, mieux connu, de la seule défense contre les risques du travail. Ces constats ont d'importantes implications pratiques qui sont développées dans la conclusion générale du rapport. Brièvement, les recommandations découlant de l'étude concernent d'une part les actions de sensibilisation des travailleurs aux risques menées par les responsables et intervenants en santé-sécurité, lesquelles consistent actuellement surtout en des campagnes d'information assez technique, alors qu'elles devraient faire une plus large place à la communication psycho-sociale sur l'expérience des travailleurs en regard des risques de leur travail. D'autre part, les stratégies de promotion des comportements sécuritaires auprès des travailleurs devraient mettre l'emphase autant sur les aspects relationnels du climat de travail que sur les comportements proprement dit des travailleurs, et dans ce dernier cas, les interventions devraient viser davantage à stimuler et canaliser la capacité d'initiative sécuritaire des travailleurs qu'à obtenir leur simple conformité à des règles prescrites de santé-sécurité.
Following the example of various industrialized societies, Quebec adopted in 1979 an occupational Health and Safety Act which fosters the participation of workers and unions in the formal undertaking of health and safety at work. Joint health and safety committees (JHSC) were a central mechanism, in the joint regulation scheme set by the Act, but we do not really Know if their effectiveness as a participary tool is what was expected. The following Study is intended to shed some light on the factors impacting on the participation in and support of workers for JHSC. The study was conducted in 1996 in seven industrial facilities and data were collected through qualitative se,semi-directed interviews with the seven JHSC and 20 groups of rank-and-file workers, according to the methodological guidelines of the psychodynamics-of-work approach. The theoretical model considers several factors which potentially impact on worker support for JHSC; the original hypotheses and the analysis; of the collected data focus on the psychosocial and organizational dynamics that bring those factors into effect. Results support our hypotheses and show that the following three factor vectors influence worker support for JHSC: certain characteristics of the JHSC itself (effectiveness in problem-solving, information about its activities, visibility in the workplace); the dynamics of the social relationships between workers and management, and among peers in workgroups, which partly influence the dynamics of the JHSC; and finally some aspects of the larger organizational context, particularly managerial practices regarding occupational heal,:h and safety. Finally, the research shows that a strong support from the workforce for the JHSC results from an harmonious connection between the above mentioned vectors. Such a connection :implies a dynamic interaction between the instrumental, social and subjective rationale of both parties (management and labour). Such a dynamic interplay between managerial culture and :worker culture, allows the JHSC to play its role and strenghtens worker support for the JHSC.
OBJECTIVES This study examines the concept and measurement of worker's safety behavior. It shows that the traditional concept of safety behavior centered on workers' carefulness or compliance with safety rules is limited and proposes that an additional dimension, namely, workers' safety initiatives, be taken into account. METHODS Confirmatory factor analyses were carried out for a random sample of 828 workers drawn from 9 manufacturing facilities located in the province of Quebec (Canada). RESULTS A 2-correlated congeneric factor model gave parameters in the expected direction, but the overall model was unable to reach a good fit. Separate construct analyses showed that compliance with safety rules is not a consistent dimension. The safety-initiatives dimension achieved a good fit with a high composite reliability (p=0.85). CONCLUSIONS Workers' compliance with safety rules was not structured as a unitary dimension; therefore a selective process of safety-rules compliance by workers is suggested. Each category of safety rules should be considered as 1 single dimension and measured by several specific indicators. Indicators for safety initiatives provide high reliability, and, since this dimension is an important predictor of effectiveness in accident prevention, the items tested provide a better measurement than those previously published.
Cette étude s'intéresse à un phénomène méconnu, celui de la participation directe des travailleurs à la prévention des accidents qui réfère aux comportements préventifs que les travailleurs adoptent dans leur vie courante de travail. En comparaison, il y a beaucoup plus d'études sur la participation indirecte des travailleurs à la prévention qui s'exerce par l'intermédiaire de représentants sur le comité de santé-sécurité où de représentants à la prévention. Cela dit, ce phénomène de la participation directe des travailleurs à la prévention suscite de plus en plus d'intérêt dans un contexte où, après l'emphase mise dans les années '80 sur l'implantation et le développement de structures de prévention (comités, services, programmes), l'intérêt des intervenants en santé-sécurité du travail s'oriente de plus en plus vers le développement d'une culture de prévention dans les milieux de travail. Mais plus précisément, à quels comportements des travailleurs réfère-t-on lorsqu'on parle de leur participation directe à la prévention? L'étude distingue trois formes de participation. La première, et la plus connue, est la prudence qui consiste pour le travailleur à appliquer diverses règles prescrites de sécurité dans l'exécution de son travail, comme par exemple appliquer des méthodes et procédures sécuritaires de travail, utiliser les équipements de protection individuelle ou collective, etc...Cependant, comme tout ne peut pas être réglé et prescrit à l'avance en matière de sécurité au travail, il faut considérer une deuxième forme de participation qui consiste en l'initiative sécuritaire dont le travailleur peut faire preuve lorsque, par exemple.il identifie et fait des suggestions pour corriger un danger ou améliorer la sécurité du lieu de travail, ou encore lorsqu'il prend, seul ou avec d'autres, des initiatives pour éviter de se blesser dans l'exécution de son travail. Enfin, il y a une troisième forme de participation qui consiste en l'appui que les travailleurs accordent au comité de santé-sécurité de leur établissement et qui, se faisant, établit un lien entre la participation directe et indirecte des travailleurs à la prévention. L'étude vise trois objectifs qui consistent à répondre aux trois questions suivantes de recherche: (1) la prudence et l'initiative sécuritaire des travailleurs ont-elles un impact sur la performance de l'établissement au plan des taux d'accident du travail?, (2) quels sont les facteurs qui influencent les travailleurs à être plus ou moins prudents et à prendre plus ou moins d'initiatives sécuritaires?, (3) quels sont les facteurs qui influencent l'appui que les travailleurs accordent au comité de santé-sécurité de leur établissement? Pour répondre à ces trois questions, l'étude a exploité les données recueillies par questionnaires auto-administrés complétés par 2169 personnes provenant d'un échantillon aléatoire non proportionnel de 100 établissements de 70 employés et plus répartis dans 20 secteurs de l'industrie manufacturière. Les résultats de l'étude, qui ont fait l'objet d'articles scientifiques publiés ou acceptés pour publication, et dont le présent rapport fournit une synthèse plus accessible, présentent plusieurs surprises qui remettent en question certaines perceptions ou croyances acquises. Par exemple, en rapport avec la première question de recherche qui réfère à l'impact des comportements des travailleurs (prudence et initiative sécuritaire) sur les taux d'accidents, les résultats montrent que le degré de prudence des travailleurs n'a pas d'impact mesurable sur le taux de fréquence des accidents des établissements, contrairement à la croyance acquise que plus les travailleurs sont prudents, au sens d'appliquer les règles prescrites de sécurité, moins il y a d'accidents. Par contre, l'initiative sécuritaire des travailleurs est un comportement qui a un très grand impact positif sur la diminution du taux de fréquence des accidents. Le rationnel sous-jacent à ces résultats consiste dans le fait que les conditions réelles d'exécution du travail dévient assez souvent des conditions prévues qui sont à la base des règles prescrites de sécurité, de sorte qu'au bout du compte, c'est la capacité d'adaptation et d'initiative sécuritaire des travailleurs qui fait la différence au plan de la fréquence des accidents, et non la simple prudence. De même, en rapport avec la deuxième question de recherche, laquelle s'intéresse aux facteurs influençant la propension des travailleurs à la prudence et à l'initiative sécuritaire, on aurait pu croire que le niveau de risques serait le facteur le plus influent, mais ce n'est pas le cas. Les facteurs les plus influents sont davantage socio-organisationnels que techniques et renvoient au mode participatif de gestion de la santé-sécurité par les superviseurs et au climat coopératif de relations qu'ils établissent avec leurs employés, ainsi qu'à la cohésion du groupe de travail. Le type d'organisation du travail, en termes de plus ou moins grande autonomie laissée aux travailleurs, est également un facteur supplémentaire qui influe positivement sur la propension à l'initiative sécuritaire. Enfin, sur la troisième question de recherche qui pose le problème des facteurs influençant le degré d'appui des travailleurs au comité de santé-sécurité, les résultats montrent que l'appui des travailleurs au comité n'est pas seulement influencé par des facteurs d'ordre pratique et utilitaire en regard de la solution des problèmes de santé-sécurité, comme le degré d'efficacité du comité, l'information qu'il diffuse aux travailleurs sur ses activités, ou encore le développement du programme de prévention et la décentralisation de la gestion de la prévention. Cet appui est aussi influencé par le support conjoint que les parties patronale et syndicale accordent au comité, ce qui signifie que les travailleurs sont très sensibles autant à la légitimité qu'à l'efficacité du comité de santé-sécurité. Ces résultats nous rappellent qu'en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, le comité de santé-sécurité participe en quelque sorte au "gouvernement" du milieu de travail en matière de prévention des lésions professionnelles, de sorte qu'en milieu syndiqué, si les deux parties n'appuient pas fortement le comité, ce dernier apparaît illégitime aux yeux des travailleurs et en conséquence, ces derniers ne lui accordent pas leur appui. Quelle est la portée pratique de ces résultats? En fait, la portée pratique est de dégager quelques principes d'action pour ceux qui sont intéressés à développer et canaliser la participation directe des travailleurs en santé-sécurité, laquelle représente une indéniable force préventive pour un milieu de travail et un gage de performance accrue au plan de la réduction des accidents du travail. Un premier principe est, pour les responsables et intervenants en santé-sécurité, de développer une vision élargie du comportement des travailleurs en matière de santé-sécurité. Trop souvent, en effet, on attend simplement des travailleurs qu'ils se conforment aux règles de sécurité prescrites, survalorisant ainsi la prudence au détriment du potentiel d'initiatives sécuritaires dont ils sont capables, alors que nos résultats montrent que cette capacité d'initiative constitue dans la réalité un vecteur plus efficace de réduction de la fréquence des accidents. En deuxième lieu, une telle vision élargie consiste à impliquer les travailleurs dans l'élaboration des règles, méthodes et procédures de sécurité à appliquer dans leur travail, selon une approche ascendante plutôt que descendante. Troisièmement, cette vision élargie implique de développer certains aspects de contexte importants: une forte cohésion du groupe de travail, une dynamique positive de relations employés-superviseur, l'implication de ce dernier en santé-sécurité, le support du programme et des structures de prévention, l'appui paritaire des deux parties au comité de santé-sécurité.
This article is about workgroup carefulness or propensity to comply with safety rules and various organisational factors that may impact on this behaviour. Empirical data concern 1061 workgroups drawn from a random sample of 97 manufacturing plants. A model combining micro and macro organisational factors is developed and tested by a multilevel analysis. Micro level factors refer to variables measuring work processes and hazards, workgroup cohesiveness and cooperation, supervisor's experience and approach to safety management, while macro level factors consist in variables measuring top management commitment in occupational safety and socio-economic characteristics of firms. Results support the hypothesis that micro organisational factors are the primary determinants of the propensity to safety compliance behaviour, with social relationships variables at the shopfloor level being the best predictors. Results also suggest that the fabric of these social relationships can be substantially influenced by managerial actions in developing a participative approach in the supervisory management of safety and a commitment of senior managers to develop the safety program and joint regulation mechanisms.