Introduction La maladie de Kaposi est une tumeur angioproliférative, secondaire au virus Herpès Humain 8 (HHV8). Cinq formes de la maladie de Kaposi sont décrites : classique (méditerranéenne), épidémique (associée au VIH), endémique (Afrique), iatrogénique (traitements immunosuppresseurs) et celle survenant chez les homosexuels masculins séronégatifs pour le VIH. Nous rapportons un cas de maladie de Kaposi oculaire iatrogénique survenue après greffe de cornée de l’œil droit et application prolongée de collyres immunosuppresseurs. Observation Un patient de 73 ans originaire de Haïti, avec antécédent de traumatisme oculaire droit dans l’enfance, avait été opéré d’une greffe de cornée en 2019, compliquée d’un rejet endothélial. L’acuité visuelle était de 1/10. Il était traité au long cours par des applications quotidiennes de ciclosporine et dexaméthasone en collyres en prévention de nouvel épisode de rejet de greffe. En décembre 2024, il développait une lésion papulonodulaire érythémateuse, sous-palpébrale ipsilatérale, puis 2 macules pigmentées de 4mm de la conjonctive. Les biopsies oculaires (nodule palpébral supérieur droit, macules conjonctivales) concluaient à une maladie de Kaposi. L’immunohistochimie HHV8 était positive. Le bilan réalisé retrouvait : une sérologie VIH négative, des PCR HHV8 salivaire et oculaire négatives, une PCR sanguine HHV8 détectable (charge virale<2,4 log). Aucune extension rétro-septale n’était notée à l’IRM orbitaire. Le TEP-TDM montrait un hypermétabolisme ganglionnaire axillaire bilatéral (SUVmax=5,6 à droite, SUVmax=9,2 à gauche) mais la biopsie de celui-ci concluait à une hyperplasie folliculaire lymphoïde modérée, sans maladie de Kaposi. Le diagnostic de maladie de Kaposi oculaire iatrogénique induit par l’application de ciclosporine et dexaméthasone en collyres était retenu. Malgré l’arrêt de la ciclosporine topique, aucune amélioration clinique majeure n’était notée après 2 mois (juin 2025). Le risque de rejet de la greffe de cornée contre-indiquait l’arrêt de la dexaméthasone. Une surveillance était décidée dans un premier temps. Discussion La maladie de Kaposi oculaire se manifeste par des lésions concernant principalement la conjonctive et les paupières. L’atteinte cornéenne ou orbitaire isolée est rare. Le diagnostic initial est souvent difficile, l’atteinte pouvant être confondue avec une hémorragie sous-conjonctivale. Dans la maladie de Kaposi iatrogénique, le contrôle de la maladie nécessite la réduction ou le changement du traitement anti-rejet. Ce diagnostic n’avait jamais été décrit dans les suites d’application de collyres immunosuppresseurs. Conclusion Nous rapportons le 1er cas de maladie de Kaposi iatrogénique localisée à l’œil, favorisée par les traitements topiques immunosuppresseurs. L’atteinte oculaire, bien que rare, doit être évoquée devant toute lésion conjonctivale atypique en cas d’application de collyres immunosuppresseurs au long cours, notamment chez les patients venant d’une zone endémique de la maladie de Kaposi.
La maladie de Kaposi est une affection principalement dermatologique caractérisée histologiquement par une prolifération de cellules endothéliales d’origine lymphatique liée au virus HHV-8 et survenant le plus souvent dans un contexte de baisse de l’immunité qu’elle soit liée à l’âge, à l’infection par le VIH ou à des traitements immunosuppresseurs. On distingue 5 formes épidémiologiques de maladie de Kaposi avec dans tous les cas une prépondérance masculine et un âge avancé surtout dans la forme classique. Dans la majorité des cas il s’agit d’une maladie indolente, mais dans certaines situations elle peut devenir agressive soit localement ou par atteinte d’organes internes dont le poumon et le tube digestif. Quand cela est possible, le maître mot du traitement est de restaurer l’immunité. Malheureusement, chez certains patients c’est impossible et/ou inefficace, et il faut recourir à des traitements par chimiothérapie ou plus récemment à l’immunothérapie.
Introduction Les manifestations spécifiques buccales de la maladie de Crohn (MC) surviennent le plus souvent au cours de l’évolution de la maladie, mais plus rarement, elles peuvent être inaugurales et conduire au diagnostic avant toute atteinte iléo-colique luminale. Il peut s’agir d’une macrochéilite, d’une hypertrophie gingivale, de lésions polypoïdes, d’un aspect pavimenteux infiltré de la face interne des joues. Ces manifestations affichantes peuvent être responsables d’une parodontopathie à long terme et sont souvent difficiles à traiter. Nous rapportons ici 3 cas de MC buccale traités efficacement par ustékinumab. Observations Cas 1 : un homme de 62 ans présentait depuis 1 an une macrochéilite fissuraire sévère et douloureuse, une hypertrophie gingivale majeure et un amaigrissement de 40kg en 2 ans. Les biopsies labiale et gingivale mettaient en évidence un infiltrat lympho-plasmocytaire abondant. La calprotectine fécale était augmentée à 144ug/L et les explorations digestives négatives à l’exception d’une oesophagite disséquante avec infiltrat riche en plasmocytes. Devant l’aspect clinique pathognomonique, et malgré l’absence de granulome, le diagnostic de MC buccale et œsophagienne était retenu. Un traitement par ustékinumab (posologie Crohn) et budésonide permettait en 6 mois une nette désinfiltration des lèvres, de la langue et des gencives et la reprise d’une alimentation normale. Le patient est bien contrôlé sous ustékinumab depuis 3 ans.Cas 2 : un homme de 28 ans présentait depuis 3 ans une macrochéilite infiltrée et fissuraire d’aggravation progressive, un signe de cobblestone avec infiltration matelassée, une hypertrophie gingivale et une perlèche. L’histologie labiale mettait en évidence un infiltrat granulomateux. L’ensemble des explorations digestives était négatif. Le diagnostic de MC buccale isolée a été retenu. Un traitement par ustékinumab (1re injection IV puis injections sous-cutanées de 90mg toutes les 12 semaines) était d’efficacité incomplète à 6 mois motivant le rapprochement des injections à toutes les 8 semaines. Le patient est toujours sous ustékinumab depuis 30 mois avec une excellente efficacité.Cas 3 : une femme de 30 ans présentait depuis l’âge de 24 ans une macrochéilite, un signe de cobblestone, une hypersensibilité gingivale et des douleurs dentaires associés à des troubles digestifs paroxystiques depuis l’enfance. La biopsie labiale mettait en évidence un granulome dans une formation polypoïde, en faveur d’un TAG de MC. Les explorations digestives trouvaient une iléite terminale non spécifique à la biopsie. Le diagnostic de MC avec atteinte buccale prédominante a justifié un traitement par ustékinumab (IV puis SCut 90mg). L’amélioration clinique lentement progressive a conduit à un rapprochement des injections toutes les 8 puis 4 semaines avec une très bonne efficacité à 3 ans.Aucun des patients n’a eu d’effet secondaire. Discussion L’atteinte de la muqueuse buccale de la maladie de Crohn peut être invalidante, et s’avère fréquemment plus réfractaire aux traitements systémiques que l’atteinte iléo-colique.L’ustékinumab est une option thérapeutique efficace et sûre pour le traitement de ces manifestations spécifiques. Une optimisation du traitement (rapprochement des injections SC 90mg) peut être réalisée en cas d’efficacité incomplète à la dose MC classique.
Introduction La maladie de Paget extra-mammaire (MPEM) correspond à une prolifération adénocarcinomateuse intraépithéliale. Les formes localisées peuvent être traitées par des traitements topiques, laser ou chirurgicalement. Les formes invasives ou métastatiques nécessitent l’introduction de traitements systémiques. Récemment, le trastuzumab (un anti-HER2 utilisé dans le traitement du cancer du sein) est évoqué comme traitement potentiel de la MPEM. Nous rapportons ici un cas de MPEM périanale métastatique traité par une combinaison de deux anti-HER2 et docétaxel initialement puis par double anti-HER2 seul. Observation Un patient de 68 ans avait été pris en charge initialement pour une MPEM périanale évoluant depuis 10 ans. Une histologie cutanée avait confirmé le diagnostic de MPEM. Après 5 ans d’évolution, des biopsies systématiques retrouvaient une maladie de Paget invasive. Une IRM rectale mettait en évidence un nodule de la marge anale, hypermétabolique en PET-TDM, motivant une exérèse chirurgicale de la lésion. À 2 mois de l’exérèse, le patient présentait une récidive métastatique majeure avec une atteinte ganglionnaire sus- et sous-diaphragmatique, une atteinte hépatique et une atteinte osseuse associée à une hypercalcémie. L’atteinte secondaire de MPEM était confirmée sur une histologie osseuse. Une recherche d’expression de HER2 par immunohistochimie sur la MPEM primitive était positive à 3+ avec une amplification HER2 en FISH. En revanche, cette expression HER2 n’était pas retrouvée sur la métastase osseuse. Un traitement par docétaxel en association avec du trastuzumab et pertuzumab était débuté. Le docétaxel était arrêté après 6 cures pour mauvaise tolérance. Le trastuzumab et pertuzumab étaient continués seuls. À 24 mois de suivi, il persistait une réponse partielle sur les lésions à distance avec une excellente tolérance. Localement, après une réponse partielle de la MPEMles lésions progressaient à nouveau. Discussion La surexpression de HER2 est présente dans 30 à 40 % des MPEM. Elle est associée à des maladies plus invasives, l’apparition de métastases ganglionnaires et une survie globale moindre. Quelques cas de réponse complète ou partielle de MPEM métastatiques, principalement scrotales et vulvaires, traitées par monothérapie anti-HER2 ont été décrits dans la littérature, avec ou sans chimiothérapie associée. En revanche, dans les cas décrits, seul le trastuzumab était utilisé. Chez notre patient, l’utilisation de deux anti-HER2 associés à une réponse semble montrer qu’il s’agit d’une combinaison intéressante et bien tolérée pour contrôler la maladie métastatique. Conclusion Nous décrivons un cas de MPEM périanale métastatique traité par deux anti-HER2, montrant que cette association est intéressante dans l’arsenal thérapeutique de cette maladie.
Introduction Le syndrome d’activation macrophagique (SAM), ou lymphohistiocytose hémophagocytaire (HLH) secondaire, est une complication rare mais grave des inhibiteurs de checkpoint immunitaire (ICI), engageant le pronostic vital dans 10 à 15% des cas. Son diagnostic est difficile, souvent retardé, et peut mimer une hépatite immuno-induite. Bien que plus fréquent en pédiatrie ou en contexte infectieux, des cas liés aux immunothérapies sont rapportés, notamment chez les patients atteints de mélanome. Observation Il s’agit d’un patient de 63 ans atteint d’un mélanome du talon gauche stade IIIC, non muté NRAS/BRAF. Après progression ganglionnaire sous pembrolizumab adjuvant, une double immunothérapie (nivolumab et ipilimumab) a été initiée. À j12 post-3e cure, le patient a présenté une cytolyse hépatique sévère (ALAT 12N, ASAT 10N), une fièvre persistante (nadir à 40,3°C) et un syndrome inflammatoire marqué. Le bilan initial éliminait les causes auto-immunes ou infectieuses. Biologiquement, on notait une élévation de la CRP (54,9mg/L), de la ferritine (12 595μg/L) et des LDH (893UI/L), sans hypertriglycéridémie ni cytopénie. Le fibrinogène a diminué jusqu’à 0,8g/L. Les cytokines IL-6, IL-10 et TNFalpha étaient élevées, témoignant d’une réponse inflammatoire majeure. L’échographie retrouvait une splénomégalie mesurée à 13cm sans hépatomégalie. La biopsie hépatique montrait des infiltrats de macrophages intra-sinusoïdaux compatibles avec un SAM à prédominance hépatique. Le myélogramme était normal. Le HScore était à 95%, en faveur du diagnostic de syndrome d’activation macrophagique.Les corticoïdes à 1mg/kg ont été débutés précocement à J3 avec une amélioration partielle. L’adjonction du tocilizumab à J15 devant une ré-ascension enzymatique a permis une amélioration rapide avec normalisation des paramètres clinico-biologiques après deux injections, notamment des transaminases, des LDH, puis du fibrinogène et de la ferritine. Discussion Le syndrome d’activation macrophagique immuno-induit constitue une entité distincte de l’hépatite auto-immune, caractérisée par une tempête cytokinique marquée, notamment une forte élévation de l’IL-6. Le tocilizumab, en ciblant cette voie sans inhiber l’immunité T cytotoxique, représente une alternative ciblée aux immunosuppresseurs classiques. Il permet de contrôler l’inflammation tout en préservant l’efficacité antitumorale des immunothérapies. Une surveillance clinico-biologique prolongée reste néanmoins nécessaire pour évaluer son efficacité à long terme, notamment concernant la récidive du syndrome d’activation macrophagique et le contrôle tumoral. Conclusion Sous immunothérapie, une hépatite fébrile et/ou cortico-résistante doit faire évoquer un syndrome d’activation macrophagique. Le tocilizumab constitue alors une option thérapeutique ciblée, efficace et bien tolérée, sans compromettre l’immunité antitumorale, et dont la place thérapeutique dans ce contexte reste à définir à long terme.
Introduction Les anti-EGFR sont un traitement (ttt) de 1re ligne dans les cancers du poumon non à petites cellules mutés EGFR. L’association de 2 anti-EGFR : amivantamab (anticorps bispécifique IgG1 humanisé dirigé contre EGFR et MET) et lazertinib (inhibiteur de tyrosine kinases de 3e génération) a montré un gain significatif de survie dans les essais de phase 3. Néanmoins, des toxicités cutanées sévères ont été rapportées. Nous rapportons 3 patients (pts) ayant développé une toxicité cutanéo-muqueuse et présentons leur prise en charge. Observations Un pt de 70 ans était traité en 2e ligne par amivantamab, pémétrexed et lazertinib 240mg/j pour un adénocarcinome pulmonaire (adkp) métastatique. Malgré une prophylaxie par doxycycline 200mg/j, des lésions pustulo-croûteuses, suintantes du décolleté, du cuir chevelu et de la barbe, responsables d’une alopécie quasi-complète et des érosions narinaires apparaissaient 1 mois après le début du ttt.Une pte de 75 ans était traitée par amivantamab et lazertinib 160mg/j pour un adkp métastatique. Dès l’introduction du ttt, elle développait des paronychies et une éruption acnéiforme du visage malgré une prophylaxie par doxycycline 100mg/j. Elle était hospitalisée après 23 mois de ttt pour une aggravation et une extension des lésions (pustules céphaliques et du tronc ; plaques purulentes, croûteuses, impétiginisées de l’ensemble du cuir chevelu, des plis inguinaux et sous-mammaires) associées à des érosions muqueuses (langue, palais, vulve, narines) et une conjonctivite bilatérale avec kératite.Une pte de 72 ans présentait 2 mois après l’initiation d’amivantamab et de lazertinib 240mg/j pour progression métastatique d’un adkp, une éruption pustuleuse folliculaire diffuse, prédominant au niveau de la face, des paronychies multiples, des érosions des narines, de la vulve et des lèvres, versants cutané et muqueux.Ces 3 pts présentaient une impétiginisation à Staphylococcus aureus, résistant aux cyclines dans un cas. L’évolution cutanée était favorable après suspension des anti-cancéreux, ttt par pristinamycine orale et flammazine locale dans un 1er temps puis par dermocorticoïdes. Les anti-EGFR ont pu être repris à doses réduites associés à des cyclines sans récidive de toxicité cutanée excepté pour le premier pt. Les 3 patients étaient en rémission partielle de l’adkp. Discussion La physiopathologie de la toxicité cutanée sous anti-EGFR n’est pas totalement élucidée. Ces cas diffèrent des lésions habituellement observées sous anti-EGFR par des lésions cutanées étendues et muqueuses, ce qui semble induit par la combinaison des 2 anti-EGFR. Conclusion Cette toxicité dermatologique est à connaître car l’association amivantamab et lazertinib va être approuvée en France. L’adaptation posologique précoce du lazertinib en cas de lésions et une prophylaxie par cyclines dès le début du ttt semblent diminuer la sévérité de cette toxicité.
Introduction La cellulite à éosinophiles (syndrome de Wells) est une entité clinico-histologique rare et polymorphe. L’objectif de cette étude était, à partir d’une série de cas, de fournir des données actuelles cliniques et paracliniques, d’identifier des facteurs pronostiques, d’évaluer la réponse aux traitements et in fine de proposer un algorithme de décision. Matériel et méthodes Il s’agit d’une étude observationnelle, rétrospective, multicentrique, de patients de plus de 15ans dont la biopsie cutanée portait le code ADICAP OT0411 et après confirmation du diagnostic par confrontation anatomoclinique à partir d’une relecture centralisée. La recherche de facteurs de risque d’évolution défavorable (définie comme une rechute ou une évolution ≥6 mois) a été effectuée par un modèle de régression logistique multivariée. Résultats Cent-quatorze patients (53 % de femmes, âge médian 52ans) ont été inclus. La forme clinique la plus fréquente était papulonodulaire (52 %). Les lésions étaient préférentiellement situées sur les jambes (69 %). Le prurit était très fréquent (83 %), alors que les signes généraux étaient rares (fièvre 11 %, arthro-myalgies 10 %). Un facteur déclenchant ou une maladie associée étaient trouvés chez 54 patients (47 %), dont une piqûre d’insecte (20 %), un syndrome lymphoprolifératif (19 %), un syndrome hyperéosinophilique idiopathique (17 %), une granulomatose éosinophilique avec polyangéite (9 %). Les patients avec maladie associée étaient plus jeunes (49 vs 57ans, p=0,016), présentaient plus fréquemment des lésions ≥5cm (60 vs 39 %, p=0,024) ou une hyperéosinophilie (>1,5×10/L) (46 vs 22 %, p=0,013). Il n’y avait pas de différence significative des caractéristiques histologiques entre les différents sous-groupes de patients. Les traitements les plus fréquemment utilisés (toutes lignes confondues) étaient les dermocorticoïdes (50 %) et les corticoïdes oraux (26 %), avec des taux de réponse complète de 67 % et 82 % respectivement. L’efficacité des anti-rhumatismaux conventionnels (csDMARDs) n’était que modérée. Les biothérapies ciblant l’inflammation de type 2 semblaient efficaces (anti-IL5/IL5R, anti-IL4/13, inhibiteurs de JAK). En analyse multivariée, les facteurs associés à une évolution défavorable étaient la présence de lésions annulaires (OR 6,07 [1,58–23,36]) et de lésions>10cm (OR 20,36 [2,57–161,39]). Discussion Il s’agit de la plus large série de patients atteints de cellulite à éosinophiles rapportée à ce jour, mettant en lumière une présentation clinique variée et l’association à plusieurs pathologies systémiques, suggérant ainsi qu’il s’agit d’une entité hétérogène (certains facteurs tels que l’âge, la présence de lésions de petite taille et l’absence d’hyperéosinophilie semblant associés à une forme primaire). Les dermocorticoïdes et les corticoïdes systémiques (pour les formes diffuses) sont efficaces dans la grande majorité des cas, mais la présentation annulaire et la présence de lésions de grande taille (>10cm) étaient associées à une évolution défavorable. En cas d’échec ou de cortico-dépendance, les csDMARDs sont d’efficacité modeste, alors que les traitements ciblant l’inflammation de type 2 semblent prometteuses. Conclusion Une série suggérant que la cellulite à éosinophiles est une entité hétérogène.
Introduction L’incidence de la pemphigoïde des muqueuses (PM) a été estimée à 1,2 cas/M d’habitants/an en 1995 dans 3 régions françaises. Par ailleurs, aucune étude n’a estimé le taux de mortalité standardisé (SMR). Les objectifs de cette étude étaient de calculer l’incidence de la PM en France entre 2012 et 2021, les SMR et d’identifier les facteurs pronostiques de mortalité. Matériel et méthodes Les patients atteints de PM ont été identifiés dans 20 centres hospitaliers français, grâce aux données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), aux codes ADICAP, et à l’aide de la base nationale des maladies rares de la peau (BaMaRa). Le statut vital a été recueilli à partir du registre des décès de l’INSEE. Résultats Au total, 670 patients (380 F/290 H) d’âge moyen 70,8±13,6 ans ont été inclus. Les principaux sites atteints étaient la muqueuse buccale (84 %), la peau (51 %) et la muqueuse oculaire (33 %). Au diagnostic, 2,7 % avaient des troubles neurocognitifs. En première ligne de traitement, 56 % des patients ont été traités par dapsone, 8 % par une corticothérapie générale et 10 % par un immunosuppresseur. Entre 2012 et 2021, le taux d’incidence annualisé global était de 1,89 cas/M d’habitants/an. Il était maximal chez les patients âgés de 80 à 85 ans, estimé à 9,7 cas/M d’habitants/an. Le SMR à 1, 3 et 5 ans était respectivement de 1,03, 1,04 et 1,01. Les SMR à 5 ans des patients<75 ans et ceux≥75 ans étaient respectivement de 1,18 et 0,98. Les facteurs pronostiques de mortalité étaient un âge supérieur à 75 ans (HR : 3,84 ; p=0,0003), un antécédent de cancer (HR : 2,21 ; p=0,0002) et un antécédent de diabète (HR : 1,67 ; p=0,01). Discussion À la différence de la pemphigoïde bulleuse (PB) dont l’incidence a triplé en France pendant la même période, le taux d’incidence de la PM n’a que faiblement augmenté en 30 ans, suggérant que l’augmentation d’incidence de la PB est liée à des facteurs propres à cette maladie (comorbidités neurologiques, médicaments…) que ne partagent pas les patients atteints de PM. Notre étude est une des seules études multicentriques ayant regroupé un aussi grand nombre de cas validés, à la différence des études faites à partir de registres d’assurance ou de bases nationales de médecine générale. Contrairement à la PB où l’on observe une surmortalité majeure par rapport à la population générale, nous n’avons pas mis en évidence de surmortalité dans la PM. Ceci peut s’expliquer par une fréquence moindre de comorbidités en particulier les maladies neurologiques grabatisantes (2,7 % contre 42,7 % dans la PB) et le fait que moins de 20 % de la cohorte ait été traitée en première ligne par corticothérapie orale et/ou immunosuppresseurs. Conclusion Le taux d’incidence annualisé de la PM en France n’a que modérément augmenté entre 2012 et 2021 et est estimé à 1,89 cas/M d’habitants/an. Les patients atteints de PM n’ont pas de surrisque de mortalité par rapport à la population générale.
Introduction Quelques cas de pemphigoïde des muqueuses (PM) induites par des médicaments en particulier gliptines ont été rapportés mais cette association reste incertaine du fait de l’absence de groupe contrôle. L’objectif de notre étude était d’identifier d’éventuels médicaments potentiellement inducteurs de PM en conduisant une étude cas-témoins comparant une cohorte rétrospective de patients atteints de PM à des témoins issus du Système national des données de santé (SNDS) en s’appuyant sur une liste de médicaments suspects élaborée à l’aide de la littérature et de la pharmacovigilance. Matériel et méthodes L’étude a comporté deux étapes : (1) Pour identifier la liste des médicaments suspects, nous avons mené une recherche dans la base de pharmacovigilance (PV) nationale et Vigibase, en utilisant les termes « pemphigoïde des muqueuses », « pemphigoïde oculaire » et « pemphigoïde cicatricielle » ; cette liste a été complétée par la littérature, ainsi que par les traitements les plus fréquemment prescrits en population générale. (2) Nous avons ensuite analysé les prescriptions de médicaments pris de façon chronique chez des patients atteints de PM entre janvier 2000 et décembre 2020 dans 20 centres hospitaliers français, puis avons comparé ces prescriptions aux médicaments prescrits à une population témoin issue du SNDS après standardisation indirecte sur l’âge. Résultats (1) Étude PV Dans les bases de PV, 98 cas de PM possiblement associés à une prise médicamenteuse ont été répertoriés, dont 32 cas français. Soixante-treize médicaments/classes ont été imputés dont principalement les collyres anti-glaucomateux dans 18 cas de PM avec atteinte oculaire exclusive, les vaccins anti-Covid, les gliptines (notamment vildagliptine et sitagliptine) et les anti-PD1 avec respectivement 16, 14 et 13 cas de PM comportant une atteinte plurimuqueuse. (2) Étude cas/témoin Au total, 670 patients (380F/290H) atteints de PM, d’âge moyen 70,8±13,6ans, ont été comparés à 30 875 témoins issus du SNDS. Quatre médicaments ou classes étaient plus fréquemment prescrits chez les patients PM par rapport aux témoins : l’insuline et analogues (OR : 1,87 ; IC95 % : 1,29–2,65), l’acide acétylsalicylique (OR : 1,27 ; IC 95 % : 1,03–1,54), les sulfamides hypoglycémiants OR : 1,71 ; IC95 % : 1,18–2,42) et l’ézétimibe (OR : 1,81 ; IC95 % : 1,01–3,01). Discussion Cette étude ne confirme pas le rôle des gliptines, qui ont précédemment été suspectées d’être potentiellement inductrices de PM comme elles peuvent l’être pour la pemphigoïde bulleuse. Par contre, une association significative est trouvée avec deux autres classes d’antidiabétiques : l’insuline et les sulfamides hypoglycémiants, faisant évoquer la possibilité d’un biais de confusion lié à la présence d’un diabète.Parallèlement, l’association avec la prise d’aspirine et d’ézétimibe (hypolipémiant) cible, comme la présence d’un diabète, une population à risque cardiovasculaire. Conclusion Comme la PB, le pemphigus et la dermatose à IgA linéaire, plusieurs classes de médicaments semblent associées à la survenue d’une PM, sans qu’un lien physiopathologique clair puisse être établi actuellement.
Introduction Le traitement du pemphigus (profond, PP, ou superficiel, PS) est l’association d’une corticothérapie générale (CG) au rituximab (RTX). Des petites séries rapportent que dans les pemphigus peu étendus, la corticothérapie locale (CL) est une option pour limiter les complications de la CG. Cependant, le risque de rechute des patients (pts) traités en 1re ligne par CL et RTX n’est pas connu. Matériel et méthodes Cette étude multicentrique, rétrospective a inclus tous les pts avec pemphigus traité par CL+RTX entre le 01/01/2011 et le 31/12/2021, avec un suivi d’au moins un an. L’objectif principal était d’évaluer le délai entre la 1re perfusion de RTX et la 1re récidive. Les données cliniques, immunologiques, thérapeutiques et évolutives ont été extraites des dossiers. Résultats Parmi 106 pts, 30 (28 %) ayant reçu CL+RTX ont été inclus (22 femmes, 73 %). L’âge moyen au diagnostic était 54ans ; 16 (53 %) pts avaient un PS et 14 (47 %) un PP. Il s’agissait principalement de pemphigus légers à modérés avec un délai médian entre le diagnostic et le 1er RTX de 5 mois.Au cours du suivi, 16 (53 %) pts ont eu une rechute avec un délai médian entre le 1erRTX et la récidive de 20 mois (6–71) et un nombre moyen de rechutes de 1 (0–3). Tous les pts ont eu une CL à la rechute et 10 (62 %) du RTX ; aucun n’a eu de CG. Parmi les 16 rechuteurs 7 (44 %) avaient un PS et 9 (56 %) un PP et parmi les 14 non rechuteurs 9 (64 %) avaient un PS et 5 (35 %) un PP. Parmi les 16 rechuteurs, suite au 1er cycle de RTX, 3 (19 %) avaient eu une perfusion de RTX à M6, 6 (38 %) à M12 et 2 (13 %) à M18. Parmi les 14 non rechuteurs 4 (29 %) avaient eu une perfusion de RTX à M6, 7 (50 %) à M12 et 3 (21 %) à M18.Le nombre de pts en RC et RP après le 1er RTX était de 17 (56 %) et 8 (26 %) à M3, 22 (73 %) et 6 (20 %) à M12, et 20 (66 %) et 4 (13 %) à M18. Au dernier suivi, après un suivi médian de 36 mois (12–101), 24 (80 %) pts étaient en RC et 6 (20 %) en RP. Au plan immunologique, 10 (33 %) pts avaient des anti-SIC négatifs, 19 (63 %) des anti-dsg1 négatifs et 15 (50 %) des anti-dsg3 négatifs.Concernant la tolérance, aucun pt n’a eu d’infection, d’évènement cardiovasculaire ou d’allergie grave ; un pt est décédé de cause inconnue. Discussion Notre étude suggère qu’en pratique de routine, une CL+RTX sans CG est une stratégie proposée chez environ ¼ des patients avec un pemphigus profond ou superficiel léger à modéré. Les résultats sont plutôt rassurants avec une rechute chez un peu plus de la moitié des patients avec un délai médian entre la 1re perfusion de RTX et la récidive de 20 mois et l’absence de nécessité de recourir à une CG. Dès 3 mois, plus de la moitié des patients sont en RC, ce qui semble comparable aux résultats avec CG. Un essai clinique serait utile pour comparer précisément l’efficacité RTX+CL et RTX+CG, affiner le profil des patients concernés et positionner de manière consensuelle l’option de la CL sans CG dans l’arsenal thérapeutique du pemphigus. Conclusion Dans les pemphigus peu sévères, la CL+RTX semble une option permettant d’éviter la CG et ses effets indésirables.
Introduction La gonorrhée est une infection sexuellement transmissible (IST) due à Neisseria gonorrhoeae (NG). Chez l’homme, elle est souvent symptomatique tandis que chez la femme elle est le plus souvent asymptomatique mais peut aboutir à des conséquences graves. Une augmentation de l’incidence de l’infection associée à l’émergence de résistance aux antibiotiques en font un problème de santé publique. Dans la population féminine, qui ne représente que 20 % des infections à NG, les recommandations de prise en charge sont parfois discordantes (diagnostic aux sites extra-génitaux par exemple) et les études concernant de nouveaux moyens de prévention (vaccination et traitement post-exposition) excluent la population féminine. Matériel et méthodes Nous avons mené une étude de cohorte rétrospective observationnelle sur l’ensemble des femmes positives à NG par TAAN dans un centre de santé sexuelle de janvier 2020 à juin 2023. Le but était de préciser les caractéristiques de l’infection à NG chez la femme ainsi que d’étudier l’intérêt des prélèvements extra-génitaux chez la femme. Résultats Nous avons analysé 77 épisodes d’infection chez 68 patientes incluses dans notre cohorte. La moitié avaient moins de 22 ans, 39% n’étaient pas nées en France, 20 % n’avaient pas accès à l’assurance maladie, 20 % avaient un antécédent de violence physique, 7 % avaient des rapports sexuels rémunérés, 85 % avaient des partenaires sexuels multiples et 40 % n’avaient pas de moyen de contraception. Trente pour cent étaient co-infectées à Chlamydia trachomatis, 1 % par la syphilis et aucune co-infectée par le VIH. Le site infecté était dans 79 % des cas vaginal, dont 47 % symptomatiques. Lorsque les prélèvements pharyngé et anal ont été réalisés, ceux-ci étaient positifs dans 82 % (27/33) et 62 % des cas respectivement (8/12) et l’infection était généralement asymptomatique. Seules 27 % ont eu un contrôle clinique et microbiologique après traitement. Dix pour cent des patientes ont été réinfectées par NG pendant la période d’étude. Discussion Un biais de centre doit être considéré dans l’analyse des caractéristiques des patientes. Les cas symptomatiques sont fréquents dans notre étude mais sont soumis à la subjectivité de l’examen clinique qui n’a pas été réalisé de façon standardisée. Moins de la moitié des patientes ont eu des prélèvements extra-génitaux alors que le taux de positivité de ces prélèvements lorsqu’ils ont été réalisés est élevé. Conclusion La population féminine infectée par NG est une population jeune aux partenaires sexuels multiples et au mode de vie souvent précaire dont l’accès aux moyens de prévention primaire est difficile. L’association aux autres IST et les réinfections sont fréquentes. La pratique des prélèvements extra-génitaux semble augmenter le rendement diagnostique de l’infection à NG chez la femme.
Introduction Les inhibiteurs du SGLT2 (SGLT2i) améliorent le contrôle glycémique en augmentant l’excrétion urinaire de glucose. Ces traitements peuvent augmenter la colonisation vaginale par Candida albicans et être responsables de véritables vulvo-vaginites candidosiques. Bien que connu, cet effet secondaire (ES) reste souvent sous-diagnostiqué entraînant un retard diagnostique. Il est important de connaître cet ES des SGLT2i, dont les indications sont de plus en plus étendues (notamment en cardiologie et néphrologie). Observations Cinq patientes diabétiques, d’âge moyen 68 ans, étaient traitées par dapagliflozine en combinaison avec d’autres antidiabétiques pour trois d’entre elles. Le contrôle glycémique était globalement satisfaisant avec une HbA1c médiane à 6,9 % (5,8–8,4). Toutes présentaient des symptômes de prurit et de brûlure vulvaire avec un délai médian de 12 mois (min 6, max 24) au moment de la consultation spécialisée en pathologie vulvaire. Les patientes avaient toutes reçu un traitement par dermocorticoïdes. Résultats L’examen clinique trouvait : érythème des grandes et petites lèvres et/ou de la région périnéale (n=5), érosions et fissures (n=3), pustules périphériques (n=1), desquamation post pustuleuse (n=2). Le prélèvement mycologique vulvaire était positif à C. albicans dans tous les cas. Compte tenu de l’étendue des lésions et de la durée d’évolution de la candidose, 4 patientes ont été traitées par fluconazole per os (150mg, un comprimé tous les 4jours 4 fois de suite). Une patiente a été traitée avec du sertaconazole (crème et en ovules). Le traitement a été efficace dans tous les cas. Pour deux patientes, il ne s’agissait pas du premier épisode de candidose vulvaire. Le traitement par SGLT2i a été poursuivi chez toutes les patientes. Discussion Les candidoses vulvo-vaginales sont un ES connu des SGLT2i en raison de l’excrétion urinaire de glucose qu’ils entraînent. Le diabète est à lui seul un facteur de risque de candidose génitale. Toutes les patientes avaient un contrôle globalement satisfaisant de leur diabète (HbA1C médiane 6,9 %). Les principaux symptômes étaient un prurit et des brûlures vulvaires avec un retentissement parfois important sur la qualité de vie. Les signes cliniques étaient similaires aux candidoses classiques (érythème, érosions/fissures, pustules et desquamation post-pustuleuses) ; l’étendue des lésions était importante (et aggravée par l’application de dermocorticoïdes). Malgré cela, le délai diagnostique était long avec une médiane de 12 mois. Compte tenu de l’élargissement des indications des SGLT2i, il est important de savoir diagnostiquer ces candidoses, afin de proposer un traitement adapté (sertaconazole topique ou fluconazole per os) dès les premiers signes cliniques. Les récidives sont possibles mais l’arrêt des SGLT2i n’est pas nécessaire. Des conseils d’hygiène personnelle peuvent être préventifs tel que le rinçage à l’eau de la région génitale après chaque miction ou le port de sous-vêtements en coton. Conclusion Les candidoses vulvaires sont un ES fréquent des SGLT2i dont les signes cliniques doivent être connus afin de proposer un traitement adapté rapidement.
Introduction Les maladies de Bowen (MB) des doigts sont fréquemment associées à des papillomavirus humains à haut risque (HPV-HR) et majoritairement l’HPV16. Les patients séropositifs pour le VIH sont plus à risque d’être infectés par des HPV HR au niveau ano-génital. Nous décrivons 4 patients ayant des maladies de Bowen des doigts multiples et des lésions intra épithéliales de haut grade à HPV (HSIL) génitales ou anales. Observations Cas 1 : une femme fumeuse de 50 ans et infectée par le VIH depuis 1987 (CV<0 CD4>1000/mm3) présentait 5 MB au niveau des doigts et des orteils évoluant depuis 1999. Le typage HPV a trouvé un HPV 33. Une MB de l’index gauche est devenue invasive nécessitant une amputation. Elle a présenté dans les suites un carcinome épidermoïde vulvaire en 2016 (HPV 33 également), un carcinome ORL (HPV 16), une lésion de bas grade du col et des HSIL de l’anus. Les traitements successifs par imiquimod, 5 FU topique et laser permettent un contrôle partiel des MB.Cas 2 : un homme fumeur de 73 ans et infecté par le VIH depuis 1987 (CV<0, CD 287/mm3 présentait deux MB des doigts diagnostiquées en 2023. Il était également transplanté hépatique depuis 2014. Il avait présenté une MB du 4eme doigt droit en 2010 traitée par injection de bléomycine. Il est suivi actuellement pour HSIL de l’anus évoluant depuis 2016 et HSIL du pénis depuis 2021. Après échec des différents traitements topiques de la MB un traitement par cidofovir injectable est en cours.Cas 3 : un homme fumeur de 51 ans et infecté par le VIH depuis 2004 (CV<0, CD>500/mm3) présentait 5 MB des doigts et des orteils diagnostiqués en 2022. Une MB du gros orteil gauche devenue invasive en 2023 a été traitée par amputation. En 2023, une lésion du sillon interfessier de type HSIL avec début d’invasion a été diagnostiquée nécessitant une prise en charge chirurgicale. Il était en échec des traitements topiques et du laser CO2 et un traitement par cidofovir injectable est en cours.Cas 4 : un homme de 60 ans et infecté par le VIH depuis 1991 (CV<0, CD=300/mm3) présente 10MB des doigts et des orteils diagnostiquées depuis 2008. Au moins 6 MB sont devenus invasives nécessitant des amputations itératives puis des traitements systémiques par chimiothérapie puis par anti-PD1 avec une efficacité partielle. Il a eu un diagnostic de HSIL du canal anal pour lequel il est suivi et traité par imiquimod. Discussion Les MB des doigts sont des localisations qui, si elles deviennent invasives, peuvent nécessiter des amputations, particulièrement en cas d’atteinte osseuse. Les HPV-HR sont associés aux MB des doigts et des orteils de la même manière qu’au niveau génital. Dans nos observations, les patients présentant des MB des doigts avaient tous des lésions de type HSIL au minimum au niveau ano-génital. Conclusion Les MB multiples des doigts chez les patients séropositifs pour le VIH doivent faire rechercher une atteinte HPV multifocale au niveau génital et possiblement ORL (cas 1). L’évolution semble indépendante du contrôle de l’infection rétrovirale. Cela devrait être confirmé sur une cohorte de patients plus importante.
Introduction La fasciite à éosinophiles (FE) est une maladie rare caractérisée par une sclérose de la peau, une éosinophilie et une fasciite. Elle est associée à la morphée, aux médicaments (y compris les inhibiteurs des points de contrôle immunitaires (ICI)) et aux tumeurs malignes. L’utilisation de la tomographie par émission de positons au 18-fluorodésoxyglucose (TEP-TDM) dans la FE n’a pas fait l’objet d’une évaluation approfondie et n’a été décrit que dans des cas rapportés. L’objectif de notre étude était de caractériser et comparer les performances de la TEP-TDM dans le diagnostic de la FE Patients et méthodes Nous avons réalisé une étude rétrospective, multicentrique, incluant des patients ayant une FE selon les critères de de Pinal-Fernandez et qui ont bénéficié d’une TEP-TDM. Nous avons considéré comme pathologique une fixation du fascia et/ou du muscle sur la TEP-TDM. Résultats Soixante-seize patients ont été inclus. Trente-neuf patients (51 %) étaient des femmes et l’âge médian était de 56 [43-65] ans. La TEP-TDM étaient réalisée pour le dépistage (n=42 ; 55,3 %) ou le suivi (n=14 ;18,4 %) d’une tumeur maligne, et seulement chez 3 (3,9 %) patients pour l’évaluation de la FE. Quinze (19,7 %) patients présentaient une tumeur maligne déjà connue dont 5 d’entre eux (6,5 %) étaient traités par ICI Trente-sept (48,7 %) patients avaient une TEP-TDM positive (TEP-TDM+). La TEP-TDM montrait un hypermétabolisme pathologique dans les membres supérieurs chez 19 (51,4 %) et inférieurs chez 28 (78,6 %) patients. Quinze (40,5 %) patients avec TEP-TDM+ et 5 (12,8 %) patients avec TEP-TDM négative (TEP-TDM-) présentaient également un hypermétabolisme des ganglions lymphatiques. Cinq (13,5 %) patients TEP-TDM+ et 5 (12,8 %) patients TEP-TDM-avaient une tumeur maligne associée. Les patients TEP-TDM+ étaient semblables aux patients TEP-TDM- sur les autres caractéristiques étudiées. Quinze patients ont bénéficié d’une autre TEP-TDM au cours du suivi. Sur les 12 patients présentant une TEP-TDM+initiale, un seul ne présentait plus d’hypermétabolisme. Les 11 autres patients présentaient un hypermétabolisme persistant, y compris ceux qui étaient en rémission clinique (n=6) ans notre cohorte, 12/44 (27,3 %), 28/42 (68,7 %) et 45/63 (71,4 %) patients avaient une fasciite détectée par biopsie cutanée, biopsie musculaire ou imagerie par résonance magnétique (IRM), respectivement. Par rapport à l’IRM, à la biopsie musculaire et à la biopsie cutanée, la TEP-TDM avait, respectivement, une sensibilité de 57,8 %, 42,9 %, 55,6 %, et une spécificité de 66,7 %, 50 % et 68,8 %, respectivement (Fig. 1). À notre connaissance, ce travail représente la première étude portant sur la TEP-TDM dans la FE. Le principal résultat de ce travail est que seulement 50 % des patients atteints de FE ont une TEP-TDM positive confirmant que l’IRM ou la biopsie restent les examens de référence pour diagnostiquer la FE. Cependant, comme la FE peut également être induite par les ICI ou être associée à une tumeur maligne, les praticiens devraient rechercher une fixation musculaire quand une TEP-TDM est réalisée pour le suivi d’une tumeur maligne afin de détecter une éventuelle FE. En raison de la nature rétrospective de notre travail et du nombre limité de patients ayant bénéficié d’une TEP-TDM de suivi, qui constituent les principales limites de notre travail, d’autres études sont nécessaires pour déterminer si la TEP-TDM est utile pour le suivi de la FE. Conclusion La TEP-TDM manque de précision pour la FE et ne devrait pas être utilisée à cette fin, sauf si le patient a une autre indication pour la TEP-TDM, telle qu’une tumeur maligne.
Introduction Les inhibiteurs de checkpoint immunitaire (ICI) ont révolutionné le pronostic du mélanome métastatique. Néanmoins, les effets secondaires auto-immuns cutanés sont fréquents, notamment le prurit, les exanthèmes maculopapuleux ou le vitiligo. Des cas d’hypodermites sous immunothérapie ont été décrits à type d’érythème noueux ou de panniculites granulomateuses. Nous rapportons ici deux cas de panniculite lymphocytaire immuno-induite. Observations La première patiente de 69 ans était traitée pour un mélanome métastatique de stade IV par 3 perfusions d’ipilimumab et nivolumab puis relais par du nivolumab, compliquées de plusieurs toxicités immuno-induites (thyroïdite, polyradiculonévrite, lichen plan). Le traitement était interrompu après 7 perfusions de nivolumab devant l’apparition d’une fièvre et de multiples nodules sous-cutanés douloureux sur les membres et le tronc avec un aspect hypermétabolique au TEP-scanner. Une biopsie d’un nodule du bras droit montrait une panniculite lobulaire sans atteinte vasculaire avec un infiltrat lymphocytaire cytotoxique TCD8+, sans clone T ou B dans la peau. Le diagnostic de panniculite lymphocytaire induite par l’immunothérapie était retenu. La patiente recevait une corticothérapie générale (20mg/j) associée à de l’hydroxychloroquine avec une réponse clinicométabolique complète, mais développait une corticodépendance avec récidive des symptômes à la décroissance motivant l’ajout de tocilizumab. Le mélanome étant en réponse complète, le nivolumab n’était pas repris. La deuxième patiente de 71 ans était traitée par pembrolizumab pour une récidive locale inopérable d’un mélanome vaginal. Après 15 perfusions, elle présentait un seul nodule sous-cutané prétibial gauche palpable, mais de nombreux nodules hypermétaboliques des membres inférieurs au TEP-scanner. Une biopsie du nodule prétibial gauche montrait une panniculite lobulaire avec un infiltrat lymphocytaire CD8+, sans clone T ou B dans la peau, confirmant le diagnostic de panniculite lymphocytaire induite par le pembrolizumab. Le pembrolizumab était arrêté et les nodules régressaient sous corticothérapie générale (30mg/j pendant 3 semaines). Un an après, elle était traitée par nivolumab pour une récidive de son mélanome sans récidive de la panniculite. Discussion À ce jour, aucun cas de panniculite lymphocytaire n’a été décrit dans la littérature associé à des ICI. Nous décrivons ici 2 patientes qui ont développé des nodules sous-cutanés sous anti-PD1, dont l’examen histologique et la recherche de clone dans la peau ont permis de poser le diagnostic de panniculite lymphocytaire immuno-induite. Devant tout nouveau nodule sous-cutané dans un contexte de mélanome, il est important de faire une biopsie pour rechercher une récidive et devant la présence d’un infiltrat lymphocytaire lobulaire, il faut rechercher un clone dans la peau afin d’éliminer un lymphome à type de panniculite. Concernant le traitement, nous avons arrêté l’immunothérapie et traité par corticothérapie générale ; une patiente n’a pas récidivé malgré la reprise de l’immunothérapie ; l’autre a développé une corticodépendance. Conclusion Nous rapportons ici 2 cas d’un effet secondaire encore non décrit à type de panniculite lymphocytaire immuno-induite. Ces observations soulignent la nécessité d’une bonne analyse histologique et de la recherche de clone dans la peau devant ces lésions.
Introduction Les carcinomes annexiels (CA) sont un groupe hétérogène de tumeurs cutanées malignes rares. Au stade localisé, le traitement est chirurgical. Au stade métastatique, il n’y a pas de recommandation précise et l’efficacité de l’immunothérapie (IT) est encore indéterminée. Nous présentons ici 5 cas de CA métastatiques traités par IT. Matériel et méthodes Étude rétrospective monocentrique incluant tous les patients (pts) ayant eu un CA métastatique et traités par IT. Résultats Cinq pts, tous immunocompétents, majoritairement des femmes (4/5), ont été inclus. L’âge moyen au diagnostic du CA primitif était de 56,4 ans (min–max : 14–88 ans). Les types histologiques étaient : adénocarcinome papillaire digital, carcinome sudoral endocrine avec production de mucine, carcinome sébacé infiltrant, porocarcinome infiltrant et carcinome annexiel microkystique. L’expression du PDL1 était négative (2/5 non cherchée). Au moment du diagnostic, les CA étaient tous localisés et traités chirurgicalement. Le délai entre le diagnostic initial et l’apparition de métastases allait de 2 mois à 13 ans (médiane : 5 ans). Trois pts étaient traités par chimiothérapie en 1re ligne avant l’IT (carboplatine+5-FU ou paclitaxel) et deux d’emblée par IT. Le délai médian entre la progression métastatique et l’introduction de l’IT était de 5 mois. À l’initiation de l’IT, les pts étaient tous OMS 0 avec des LDH inférieures à 2 fois la normale. Les principaux sites métastatiques étaient ganglionnaires et pulmonaires avec un nombre de métastases supérieur ou égal à 3 pour quatre pts. Trois pts recevaient du pembrolizumab, un du nivolumab et un de l’ipilimumab+nivolumab et du nivolumab seul. Le taux de contrôle initial de la maladie était de 80 % (dont 1 réponse complète et 2 réponses partielles). Tous les pts progressaient dans un délai médian de 6 mois. Le traitement était poursuivi dans tous les cas devant des progressions lentes. La durée médiane du traitement par IT était de 1 an et 5 mois (min–max : 8 mois–5,4 ans). La tolérance était bonne sans survenue d’effet secondaire de grade 3/4. Trois pts ont eu une autre ligne de traitement après l’IT (2/3 paclitaxel). Quatre pts sont décédés avec un délai médian de survie depuis la phase métastatique de 5,2 ans. La survie médiane sous IT était de 1,7 années. Une pte est toujours en vie sous IT (2e ligne d’IT par pembrolizumab). Discussion Ces résultats montrent l’efficacité potentielle de l’IT dans le traitement des CA métastatiques, bien que les données soient variables d’un pt à l’autre, du fait de la diversité des CA chez nos 5 pts. Cela souligne l’importance d’une approche personnalisée dans la prise en charge de ces tumeurs. Le choix d’une IT pourrait être guidé, dans ces situations, par la recherche de l’expression du PD-L1, de mutations somatiques en NGS, par l’évaluation de la charge mutationnelle et sa prescription validée en RCP. Conclusion L’IT est un traitement potentiellement efficace dans les CA métastatiques; des essais thérapeutiques seraient nécessaires pour le confirmer.
Introduction L’apalutamide est un inhibiteur sélectif du récepteur des androgènes récemment approuvé dans le traitement des cancers de la prostate métastatiques en association avec une thérapie de déprivation androgénique (TDA). Parmi les patients, 25 % vont présenter un effet secondaire cutané et 5 % d’entre eux un effet secondaire de grade III–IV (étude SPARTAN). Bien que fréquent, dans la littérature, nous avons peu d’informations cliniques et histopathologiques et seulement 2 cas de toxidermie lichénoïde ont été rapportés. Nous rapportons ici 3 cas de réactions lichénoïdes (RL) cutanées et muqueuses induites par l’apalutamide. Observations Cas 1 : un patient de 67 ans a développé 5 mois après l’introduction d’apalutamide une éruption cutanée, prédominante dans les plis, faite de papules violacées brillantes sur fond érythémateux, et un réseau lichénien des joues et de la lèvre inférieure avec présence d’érosions. Une association de corticoïdes oraux et topiques (DC) a permis une amélioration clinique rapide, et l’apalutamide a été poursuivi.Cas 2 : 2 mois après l’introduction d’apalutamide, un homme de 83 ans a présenté une éruption érythémateuse et violacée des plis et du visage associée à un réseau lichénien de la face interne des joues. Suite à l’arrêt de l’apalutamide, une régression des lésions a été constatée. Devant l’absence de critères de gravité, celui-ci a été réintroduit à dose progressive conduisant à une exacerbation de la RL (dont l’activité a été contrôlée par les DC).Cas 3 : une éruption cutanée lichénienne prédominant dans les plis, sans atteinte muqueuse, a débuté 3 mois après l’introduction d’apalutamide chez un homme de 84 ans. L’apalutamide a été poursuivi et le patient s’est rapidement amélioré grâce aux DC.Les 3 biopsies cutanées ont confirmé le diagnostic de RL mettant en évidence : une acanthose, une hypergranulose épidermique, un infiltrat lymphocytaire en bande sous-épidermique, une vacuolisation des kératinocytes basaux et des corps apoptotiques. Discussion L’imputabilité extrinsèque, l’absence d’autre médicament, l’amélioration après arrêt, la récidive après réintroduction (cas 2) et la présentation clinique atypique pour un lichen plan (absence de stries de Wickham, fond eczématiforme, localisation dans les plis), nous ont fait suspecter une RL induite par l’apalutamide. Ces réactions partagent des caractéristiques communes : long délai d’apparition (122jours), atteinte des plis et des muqueuses, absence d’anomalie biologique ou de critères de gravité, bonne évolution sous DC et poursuite du traitement. Cependant, des cas de toxidermie grave à l’apalutamide (4 Lyell, 3 DRESS) ont été rapportés avec un délai plus court (médiane de 36jours), appelant à la vigilance. Conclusion En résumé, les dermatologues doivent connaître les effets secondaires cutanés à l’apalutamide, qui sont fréquents et parfois graves. Les RL à l’apalutamide sont des réactions cutanées bénignes qui ne nécessitent pas l’interruption du médicament.
Introduction Le xanthogranulome multiple de l’adulte (XGMA) est une histiocytose rare définie par plus de 5 lésions de xanthogranulome chez un patient de plus de 18ans. Nous en avons décrit les caractéristiques cliniques, histologiques, moléculaires et thérapeutiques dans la plus grande série rétrospective actuelle de la littérature. Matériel et méthodes Nous avons réalisé une série de cas rétrospective entre 2003 et 2023. Nous avons inclus 29 patients de 6 centres dermatologiques dont 2 centres de référence dans la prise en charge de l’histiocytose. Les cas de XGMA, définis cliniquement par 5 lésions ou plus jaunâtres, brunes ou érythémateuses, papuleuses ou nodulaires et histologiquement par un infiltrat histiocytaire CD163+, CD68+, CD1a- étaient inclus. Les patients présentant un xanthogranulome nécrobiotique n’étaient pas inclus dans cette étude. L’expression de cycline-D1, de ALK et de phosphor-ERK en immunohistochimie et un séquençage génomique ciblé sur ADN ont été réalisés sur toutes les biopsies cutanées. La réponse clinique pour chaque traitement a été classée en réponse complète ou quasi-complète, réponse partielle, et absence de réponse. Cette étude a reçu un accord IRB. Résultats Les lésions cutanées étaient soit papuleuses monomorphes diffuses brunes ou érythémateuses pour 18 (62 %) patients, soit nodulaires jaunâtres ou érythémateuses pour 11 (38 %) patients. Des lésions xanthelasma-like étaient présentes chez 10 (34 %) patients. Une atteinte extra-cutanée, complétant le tableau clinique en faveur d’une maladie d’Erdheim-Chester (MEC), a été observée chez 8 (29 %) patients, au diagnostic chez 4 (50 %) d’entre eux et était significativement associée aux lésions nodulaires (OR 8,72 ; IC 95 % (1,12 ; 115,54) ; p=0,028). L’analyse moléculaire a retrouvé une anomalie de la voie Mitogen-Activated protein kinases (MAPK) chez 17 (59 %) patients, indépendamment de la présence d’une atteinte systémique. Deux patients présentaient une fusion impliquant le gène ALK. En immunohistochimie, les histiocytes étaient positifs pour cycline-D1 et phosphor-ERK chez 23 (79 %) et 24 (83 %) patients, en faveur de l’activation de la voie MAPK. Les données thérapeutiques ont montré des résultats encourageants pour le méthotrexate et dans une moindre mesure pour l’azathioprine et l’interféron alpha-2a pégylé. En cas de résistance à une première ligne de traitement, une thérapie ciblée anti-MEK pouvait être efficace. Discussion Ces données suggèrent un spectre continu entre le XGMA et la MEC, en lien avec une activation de la voie MAPK. Nous recommandons donc que les patients avec XGMA soient explorés moléculairement et suivis afin de ne pas méconnaître une atteinte viscérale et une évolution vers une MEC, particulièrement en cas d’atteinte cutanée nodulaire. Un autre diagnostic à évoquer devant une présentation clinique et histologique de XGMA est l’histiocytose ALK-positive. Conclusion Cette étude permet de discuter la classification des histiocytoses et apporte des nouvelles pistes thérapeutiques dans le XGMA.