
Cet article traite des effets de la personnalisation politique sur les partis et leur travail idéologique à travers le cas de l’UMP/LR. Il analyse ce que nous nommons les « entreprises intrapartisanes » de la droite à partir de manifestes, d’entretiens et d’une base de données d’événements partisans. Il montre l’importance prise par les entreprises intrapartisanes personnalisées dans le parti à partir de 2017, la façon dont celles-ci varient grandement dans leur relation au parti et au travail idéologique, en fonction de la position, des ambitions et des réseaux personnels des entrepreneur.euse.s intrapartisans, affirmant l’intérêt d’étudier davantage les entreprises intrapartisanes dans les partis contemporains.
Depuis plus d’un siècle, les politiques publiques n’ont cessé d’être multipliées au sein des États. Pourtant, paradoxalement, elles sont encore souvent étudiées isolément et sans s’interroger sur ce que leur densification fait à l’État. Cet article programmatique propose une conceptualisation du « policy state », une notion forgée par Karen Orren et Stephen Skowronek, pour placer les interactions entre politiques publiques au centre de l’analyse. Il propose une typologie de leurs interdépendances autour de quatre modalités – accumulation, concurrence, coévolution, intégration. Recensant les travaux qui examinent chacune d’elles et réfléchissant aux enjeux méthodologiques soulevés par cette perspective, l’article invite à une réflexion de sociologie de l’État sur la manière dont les politiques publiques transforment l’État et sur les enjeux de leur hiérarchisation et de leur méta-régulation.
La période 1996-2016 voit l’usage progressif des molécules antirétrovirales (ARV) en prévention auprès des individus séronégatifs. Cet article s’intéresse aux conséquences du développement des outils biomédicaux et, plus particulièrement de la prophylaxie préexposition (PrEP), sur l’évolution des politiques publiques de prévention contre le VIH. Il montre comment le passage d’une prévention généraliste centrée sur le préservatif à une prévention biomédicale ciblée illustre un changement de paradigme, fondé sur de nouveaux savoirs épidémiologiques, un recours à la médecine « fondées sur les preuves » et la reconnaissance d’une épidémie « concentrée » dans certains groupes sociaux. En mobilisant les approches cognitives de l’action publique et la sociologie politique, l’article s’intéresse au rôle central qu’ont tenu un petit nombre d’acteur.trice.s issus des mondes associatif, médical et scientifique dans la mise à l’agenda de ces innovations. Il met en évidence l’importance des controverses autour de la réduction des risques sexuels, la constitution d’une communauté épistémique favorable aux outils biomédicaux et l’instrumentation progressive de ces derniers dans les politiques de prévention. L’analyse souligne enfin que la transformation des molécules antirétrovirales en véritables outils de prévention participe à la fois à la (re)médicalisation de la prévention et à la normalisation du VIH au sein de l’action publique, au prix d’une dégénéralisation de la « cause sida » et d’un ciblage accru des publics les plus exposés.