Cette contribution montre combien l’article de Pierre Muller, « Les approches cognitives des politiques publiques » ( Revue française de science politique , 50 [2], avril 2000, p. 189-208), s’est avéré un papier de combat visant à établir l’analyse des politiques publiques comme un sous-champ essentiel de la science politique. Notre article reprend les questions majeures de l’ordre social et politique, d’une part, de l’autonomie des politiques publiques, d’autre part, qui sous-tendent la problématique de recherche articulée autour de la notion de référentiel. Il revient sur certaines dimensions de l’analyse, la différenciation avec d’autres théories concurrentes et élabore un bilan du référentiel qui, à la différence des questions posées par P. Muller, a perdu sa position centrale dans la sociologie politique de l’action publique. Il montre comment les enchevêtrements d’échelles et la multiplication des acteurs et des politiques ont rendu moins pertinentes la recherche d’un référentiel macro dans un cadre national, renforçant les approches en termes de discours, d’argumentation, d’idée plus situées et limitées. Mais avec la crise climatique, la question du « global » n’a pas dit son dernier mot.
Lieu commun de la vie politique, la relation entre l’État et l’opinion est depuis longtemps considérée comme une interaction complexe. Cet article montre que, si les décideurs tiennent bien compte de l’opinion, ils le font de manière différente selon les contextes, et la manipulent parfois pour la constituer en ressource de pouvoir. Mais, parce que derrière elle se cache l’électeur, l’opinion constitue aussi une pression ou une menace diversement intégrée par les acteurs politiques au moment de prendre une décision.
Elemento recurrente de la vida politica, la relacion entre el estado y la opinion publica se considera desde hace tiempo una interaccion compleja. Este articulo muestra que, si bien los responsables de la toma de decisiones tienen en cuenta la opinion, lo hacen de diferentes maneras segun el contexto, y a veces la manipulan para convertirla en un recurso de poder. Sin embargo, como tras ella se halla el votante, la opinion tambien constituye una presion o una amenaza que los actores politicos integran de formas distintas a la hora de tomar una decision.
Abstract The main aim of this contribution is to assess the relevance of the notion of ‘exclusionary populism’ for the characterisation of the Front National (FN) in France. Since its emergence in the 1970s, several categories or notions have been applied to this political party. Once considered as the resurgence of a traditional extreme right, it has since been classified as a case of a new European right-wing extremism, or as one of the neo-populist parties that obtained electoral successes in the 1990s. The recent evolution of the party has also been described as a sort of ‘normalisation’. Is therefore ‘exclusionary populism’ still a category that can grasp the evolution of the party, as well as its present position in the French party system? To answer this question, this article examines political discourses and various electoral platforms of the Front National to gather some empirical evidence. The argument is twofold: The Front National, despite its ‘dédiabolisation’ strategy, is still a classic populist party characterised by exclusionary populism and a sort of ‘catch-all populism’; its evolution is, however, dependent on the recent evolution of the French party system.
The French Parliament is well-known for its weakness under the Fifth Republic. The constitutional domination of the executive power is not only marked in terms of legislative procedure but also bears consequence in terms of the capacity of the two houses to mobilize policy analysis. Committees are limited both in number and competence. The capacity to hold the government and the administration accountable is also strictly bounded. Furthermore, the bureaucracies of both houses are comparatively weak and are unable to support a systematic and general investment of MPs in policy initiatives. This chapter offers a balanced assessment of the contemporary capacity of the French Parliament to use and produce policy analysis. It points to the limited effect of the constitutional reforms implemented recently as well as the lack of human resources that can be mobilized within assemblies. Yet, it also considers the greater policy analysis capacity of the parliament in some policy fields as well as the recent efforts developed in view of fostering parliamentary evaluation.
Le process tracing, comme notion et ensemble de methodes d’analyse, a connu ces dernieres annees un indeniable succes dans le champ des sciences sociales. En temoignent les 1 360 000 entrees que propose le moteur de recherche Google Scholar a la seule indication du concept associe au champ social science. (Premieres lignes)
Ce numero porte un regard critique sur l'abondante litterature consacree au process tracing, ou methode d’identification des mecanismes causaux des politiques et actions publiques. L’originalite de ce dossier est de proposer une cartographie des nombreuses approches relevant du process tracing et de s’interesser a l’emergence d’une nouvelle categorie conceptuelle, celle de « trajectoire de reformes ». Melant reflexions methodologiques et exemplifications empiriques, il constitue une lecture indispensable pour comprendre de maniere fine les processus de transformation politique et institutionnelle. Une nouvelle version de la Chronique bibliographique consacree au genre en politique complete cette derniere livraison de l’annee.
Resume L’article, dans le cadre de ce numéro spécial sur le process tracing , entend montrer comment ce (nouveau) protocole de recherche peut s’avérer utile dans l’analyse des politiques publiques et poursuit par là même deux objectifs principaux. Pointer tout d’abord les similitudes et affinités que cette méthode, centrée sur l’identification et le séquençage de mécanismes causaux à l’œuvre dans un processus politique donné, entretient avec certains éléments du kit analytique de la sociologie de l’action publique (analyse séquentielle, néo-institutionnalisme, analyses du changement, etc.). Identifier ensuite par quels moyens, cette méthode parfois discutée de manière très abstraite, peut fournir des outils opérationnels pour une analyse plus systématique et plus fine des trajectoires de politique publique. Pour ce faire, nous défendons l’idée que les mécanismes causaux, qui constituent à nos yeux les éléments centraux de la démarche, peuvent être mieux isolés et articulés à l’aide du modèle des « trois I », le séquençage d’une politique publique pouvant se faire à partir de l’identification de mécanismes attachés aux idées, aux intérêts et aux institutions.
Dans cet article nous pointons deux types de tensions qui conduisent à une forme de dilution de l’analyse de l’action publique européenne : dans la littérature anglo-saxonne on peut constater un décalage entre des travaux empiriques renvoyant aux préoccupations et aux découpages institutionnels existants et ceux cherchant à appliquer des cadres théoriques généraux dans une logique de normalisation ; dans les travaux français la place prise par des travaux de sociologie politique permettant une meilleure connaissance des acteurs présent dans les arènes européennes a conduit à faire passer au second plan la question de leur action sur les enjeux de politiques publiques. C’est pourquoi nous plaidons ici pour un double décloisonnement : d’une part, entre différents modèles théoriques, d’autre part entre les perspectives dominantes de la littérature internationale (meso et macro) et celles des recherches françaises (plus micro).
RésuméCe chapitre défend l’idée qu’il n’existe pas de tradition « typiquement » française de l’analyse des politiques publiques, malgré ce qui a parfois été affirmé après la publication de L’État en action par Bruno Jobert et Pierre Muller en 1987. En déroulant chronologiquement les principales étapes de la sous-discipline en France, ce chapitre propose de montrer comment les approches cognitives et normatives, souvent abusivement considérées comme dominantes, constituent un aspect d’une évolution plus large, nourrie par les controverses et les échanges entretenus au sein de la communauté académique française comme dans le cadre plus général de la policy analysis.
Two kind of tensions lead to a kind of dilution of policy analysis in European studies: in English speaking publications between analytical perspectives highly related to European institutions and more abstract theoretical reflexions intending to normalize European policy analysis; in French speaking publications sociological analysis of European leading actors tend to neglect the way they act on policy issues. Therefore we propose to integrate, on the one side, different theoretical frames; on the other side micro, meso and macro level analysis in order to bridge the different gaps we identified.
The question of the role of the government or the regulation of the economy and the financial system has taken a new urgency since the beginning of the crises of the banking and financial systems and sovereign debts. A historical perspective and comparative approach reveal that the economy, which for a long time was run principally by the state, is now managed by an increasing number of public and private actors operating at different institutional levels. Public administrations, companies, interest groups, and think tanks all produce complex and changing regulations in a weak institutionalized framework, sometimes giving the impression of a chaotic and depoliticized self-government. In this regard, the question of the regulation of the economy also raises the broader question of the role of the state and the government in contemporary societies.
Sous la presidence de Nicolas Sarkozy, le sentiment d'une forte concentration des pouvoirs et d'une action reformatrice sans equivalent a predomine. Les promesses de changement, voire de rupture, ont-elles ete tenues ? A quelles logiques l'action entreprise a-t-elle obei ? Est-elle si originale que certains le disent ? N'est-elle pas simplement la declinaison de ce qui fait l'ordinaire de l'action politique et de l'action publique ? Quels facteurs internationaux et nationaux ont pese et quelle analyse retrospective peut-on deja realiser ? Cet ouvrage tente d'evaluer l’impact des pratiques reformatrices engagees depuis cinq ans, a travers dix-huit chapitres portant sur les evolutions institutionnelles, sur les pratiques decisionnelles et sur les changements intervenus dans les principaux secteurs de l’action de l’Etat (fiscalite, collectivites territoriales, enseignement superieur, justice, immigration, Europe, etc.). Redige par des specialistes des principaux domaines d’action publique, il apporte un premier bilan des politiques gouvernementales sous Sarkozy et une contribution precieuse au debat public.
Résumé La question du gouvernement ou de la régulation de l’économie et du système financier se pose avec une réelle acuité depuis que les crises bancaires, financières et celle des dettes souveraines ont débuté. La remise en perspective historique et comparative permet de montrer que l’économie, longtemps pilotée de façon principale par les États, est désormais gouvernée par un ensemble toujours plus nombreux d’acteurs publics et privés placés à différents niveaux de gouvernement. Administrations, firmes, groupes d’intérêt, think tanks élaborent ainsi des régulations complexes et évolutives dans un cadre faiblement institutionnalisé, qui donne parfois le sentiment d’un auto-gouvernement chaotique et dépolitisé. La question de la régulation de l’économie est de ce point de vue aussi celle, plus générale, de la place de l’État et du gouvernement des sociétés contemporaines.