
Les formations de l’enseignement supérieur constituent une porte d’entrée incontournable vers l’insertion professionnelle des jeunes. À côté de cette éducation formelle rythmée par les examens et sanctionnée par des diplômes, réside toutefois tout un ensemble de moyens et dispositifs utiles et très complémentaires qu’on peut ranger dans la catégorie de l’éducation non formelle. L’engagement bénévole en fait partie. Si le monde associatif suscite un intérêt réel chez les étudiant.e.s, c’est aussi, outre sa dimension sociale et humaniste, parce qu’il est pourvoyeur de compétences utiles pour préparer l’entrée dans la vie active. Pour rendre compte de ces compétences acquises durant l’engagement bénévole, nous avons comparé deux groupes d’étudiant.e.s de l’université de Lille, un groupe d’étudiant.e.s ayant ou ayant eu une activité bénévole et un groupe d’étudiant.e.s n’ayant jamais eu d’engagement bénévole. Les résultats montrent un capital de compétences et un ethos préprofessionnel plus développés chez les étudiant.e.s bénévoles confirmant que le monde associatif est un espace de production compétentielle.
L’écart entre les sexes en matière de réussite éducative demeure une préoccupation majeure au Maroc. Cette étude analyse les disparités de genre en lecture et en mathématiques aux niveaux national, urbain et rural, en exploitant des données individuelles issues de l’évaluation PIRLS 2021 (7 017 élèves) et de TIMSS 2019 (13 536 élèves), toutes deux menées auprès d’élèves de 4 e année du primaire. En appliquant la méthode de décomposition de Blinder-Oaxaca, nous décomposons les écarts de performance en une part expliquée (dotations) et une part inexpliquée (facteurs structurels), en intégrant des variables liées aux élèves, aux enseignants et aux établissements scolaires. Les résultats révèlent qu’en lecture, la composante inexpliquée est prédominante, ce qui met en évidence les désavantages structurels et culturels auxquels les filles sont confrontées. La décomposition montre que l’âge a un impact négatif sur la performance en lecture, tout comme les conditions du foyer. En mathématiques, les résultats diffèrent : la composante expliquée est dominante. Cela signifie que les différences de genre dans les facteurs observables, notamment l’âge, expliquent en grande partie l’avantage des garçons. L’effet de l’âge est significatif, en revanche, la fréquentation de l’éducation préscolaire a un impact négligeable. Les caractéristiques des écoles ne contribuent pas de manière significative aux différences de genre en mathématiques, et les conditions d’apprentissage au foyer, bien qu’influant sur la performance, ne permettent pas de réduire l’écart entre les sexes.
Cet article interroge la place qu’occupe la thématique de la laïcité dans les stratégies de politisation des activités de la Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement entre 1997 et 2018. La méthodologie repose sur l’étude des documents internes et disponibles de la fédération, complétés par quatorze entretiens semi-directifs. La notion de politisation (Lagroye, 2003 ; Dulong, 2010), nous permet d’éclairer l’analyse selon trois périodes distinctes. Après avoir retracé la période de développement de la fédération jusqu’en 2013, nous interrogerons comment l’investissement de la thématique de la laïcité entre 2013 et 2015 vient répondre aux enjeux posés par les grandes transformations opérées. Nous tenterons enfin de comprendre les effets du contexte post-attentat sur la saisie de cette thématique par la fédération. Elle se poursuit par un désinvestissement de celle-ci, dans un contexte de développement de la fédération, impulsant des logiques plus gestionnaires. Par la suite, la mobilisation de la thématique de la laïcité s’ancre dans une nouvelle dynamique de politisation des activités de la fédération, avant d’être pénétrée par des logiques de financements, devant intégrer des formes de cadrages exercés par les pouvoirs publics. Cette perspective nous permet d’éclairer l’analyse selon trois périodes successives et délimitées pour cet article entre 1997 et 2018. Nous débuterons notre propos avec les grandes transformations économiques qui ont traversé la fédération jusqu’en 2013. Nous retracerons ensuite l’investissement de la thématique de la laïcité entre 2013 et 2015. Nous tenterons enfin de comprendre les effets du contexte post-attentat sur la saisie de cette thématique par la fédération.
L’expression de « parentalité numérique » reste conceptuellement assez floue tout en semblant mettre en tension les responsabilités respectives des parents et des enfants. Son introduction dans la sphère publique peut être comprise comme « le signe d’un processus de construction d’un problème public nouveau » (Martin, 2003). Dans une visée de compréhension et de soutien à la parentalité numérique, nous nous questionnons sur les représentations que les parents ont de leurs responsabilités en termes d’éducation au numérique. Pour cela, nous avons enquêté auprès de parents d’enfants de 3 à 14 ans. Nos résultats mettent évidence d’une part, le rôle d’un capital informatique parental « socle » dans la construction du rapport au numérique des enfants. D’autre part, ils soulignent que l’éducation au numérique constitue un levier potentiel de co-éducation, susceptible de renforcer le partenariat école famille sur un objet commun ambivalent : le numérique.
Depuis 2016, l’interdisciplinarité a trouvé un nouvel élan au sein du système éducatif français grâce aux Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), qui visent à faire « travailler autrement », notamment pour réduire l’échec scolaire. Au travers de ce dispositif, la mise en œuvre de l’interdisciplinarité s’accélère dans les établissements scolaires, en particulier dans l’enseignement secondaire. En interrogeant différents acteurs de l’éducation, cet article propose un état des lieux des représentations et pratiques de l’interdisciplinarité scolaire. Nous avons combiné des entretiens semi-directifs et un questionnaire, afin de faire émerger une définition du concept en question. Par la suite, nous avons analysé les représentations enseignantes de différents dispositifs interdisciplinaires, ainsi que leur mobilisation « sur le terrain ». Les résultats révèlent une forte approbation de l’interdisciplinarité par les professionnels de l’enseignement, qui – sous différentes formes – la mettent fréquemment en pratique. À cet égard, les projets émergents « de la base » sont davantage plébiscités que les dispositifs institutionnels prescrits selon une modalité descendante.
Les lycées sont dans un marché concurrentiel, qui oblige les proviseurs à trouyer les moyens de donner une coloration spécifique à leur établissement, pour se démarquer et attirer des élèves. Les sections sportives scolaires participent de cette logique, en proposant aux lycéens et lycéennes de suivre une scolarité normale et une formation sportive. Ce travail propose une étude de cette problématique à l’échelle d’un établissement en dette d’élèves et d’image, qui accueille une section sportive à filière arbitrage football (SSFA). Ce dispositif est alors analysé entre 2007 et 2022, à travers des archives des institutions engagées, un questionnaire d’administration directe en direction des anciens élèves, ainsi que des entretiens semi-directifs réalisés auprès des acteurs. L’analyse permet de rendre compte des logiques par lesquelles la SSFA constitue à la fois un levier de distinction pour un établissement en position dominée dans l’espace scolaire local, et dans le même temps un cadre propice à la conYersion des dispositions de ses élèves.