
L'article considere le developpement actuel de l'utilisation du concept d'identite et le fait que dans un certain nombre de cas et pour designer une meme realite, il supplante un autre concept : celui de role. L'A. les etudie distinctement pour elaborer une conception dynamique du processus identitaire et mieux saisir les interactions individu-societe. Un mode d'identification plus« actif »est oppose a un mode plus« passif ». Prenant l'exemple de l'entree en couple, l'A. analyse l'affaiblissement d'une definition identitaire par les roles, progressivement relayee par un mecanisme plus implicite : la reactivation et la negociation des habitudes incorporees
Résumé L’expertise psychiatrique est un instrument d’évaluation devenu indispensable dans le champ judiciaire tout en étant régulièrement contesté. Comment comprendre ce paradoxe apparent ? En décrivant, répond l’article, comment le droit formalise une partie de la morale autour de la catégorie de personne. À partir d’une étude de cas fondée sur une observation des usages de l’expertise dans une chambre correctionnelle, la première partie montre comment les acteurs de la justice évaluent l’instrument d’évaluation ; la seconde partie se penche sur la construction d’une altérité déviante, celle du délinquant sexuel.
Résumé Cet article traite de l’évaluation au travail et du travail dans les grandes organisations contemporaines. Il montre que les systèmes d’évaluation s’inscrivent dans une histoire moderne de la mesure des hommes et de leur activité. À partir de données empiriques, il défend l’hypothèse selon laquelle l’« évaluation » produit non pas des valeurs, mais des mesures et des jugements. Ceux-ci font l’objet d’une automatisation. Bien que les critiques sociales et sociologiques sur ces systèmes abondent, notamment parce qu’ils empêchent une évaluation qualitative et délibérative, ils prospèrent. Nous pouvons comprendre cet apparent paradoxe en examinant de manière compréhensive le travail réel des différents acteurs concernés : dirigeants, concepteurs des systèmes d’évaluation, cadres de proximité et évalués.
Résumé L’« évaluer » appartient en longue durée au lexique des notions philosophiques. Le problème de l’évaluation – omniprésent, instrumentalisé à toutes fins dans les sociétés de la surmodernité – semble absent des sociétés étudiées par les anthropologues. Absent ou substitué. Mais la discipline, l’anthropologie en ses réalisations, révèle une évaluation originelle d’où découle celle des phénomènes étudiés. La « Grande Transformation » qui se poursuit dans l’univers de la surmodernité nourrit l’incertitude. Elle engendre des nouveaux nouveaux mondes qui s’étendent d’une façon fulgurante, s’imbriquent avec ce qui reste du réel d’avant et exposent les contemporains à un « dépaysement » croissant. La confrontation à l’autrement et à des risques inédits contribue à une gestion erratique des pouvoirs, à la multiplication d’évaluations qui substituent les idéologies de naguère.
Résumé L’article propose une lecture analytique globale de l’évaluation. D’une part, il identifie les huit grands principes sur lesquels s’appuie la philosophie de l’évaluation, avant de les soumettre, dans une seconde partie, à un examen critique. Au travers de ce mouvement d’analyse, l’article montre comment, en dépit de ses faiblesses et contradictions, l’évaluation est l’objet d’une croyance collective qui est en train de devenir le cœur d’un nouveau mode de gouvernement et de gestion.
Résumé Cet essai propose une lecture critique du processus d’évaluation qui a lieu actuellement dans les champs de la recherche scientifique et de l’université. Cet essai précise la relation intime que ce processus établit avec le discours de la gestion et l’ordre social institué par le néolibéralisme. Il soutient que par les effets produits dans le champ de la pensée, c’est le sujet et la singularité qui sont en cause dans la contemporanéité.
Résumé L’évaluation devient aujourd’hui une nouvelle tyrannie, mais sous une forme intuitive, elle est au cœur de toutes les activités humaines. Elle est au cœur des activités physiques et sportives à risque où un enjeu de vie ou de mort est toujours présent, surtout dans le contexte de l’alpinisme solitaire où une part d’imprévisible demeure toujours, mais contribue à donner son sel à l’action.
Résumé Ce n’est pas seulement la théorie de la Décision qui permet de définir ce qu’on entend aujourd’hui par « évaluation », c’est aussi la théorie de l’Institution, chère à Maurice Hauriou, qui permet d’éclairer le concept d’« évaluer » ainsi que d’enrichir celui de « tiers partagé » de Nicolas Dodier.
Résumé L’article développe la thèse suivante : le phénomène évaluatif, ses instruments et ses institutions nouvellement créées (agences de notation, agences d’évaluation, hautes autorités) sont à la fois les révélateurs et les opérateurs d’une transformation des rapports entre deux institutions en crise : L’État et les professions. S’inspirant de la trilogie des pouvoirs de Freidson (2001), l’auteur suggère d’analyser l’alliance actuelle entre marché et État tandis qu’une crise et une mutation des élites traditionnelles françaises (haute fonction publique, experts d’État, élites politiques) fragilisent l’alliance entre professions et État caractéristique de la construction de l’État social à la fin du xix e siècle.
Résumé Comment les institutions pensent-elles aujourd’hui ceux qu’elles administrent ? Les discours de prévention en matière de santé depuis les années 1970 présupposent des capacités individuelles à l’autoévaluation : une introspection sans profondeur guidée par des représentants de l’État, et conjuguant jouissance du calcul et érotisation de l’autocontrôle. Mais, doublant cette gouvernementabilité libérale, l’intense dramatisation du récit de prévention depuis la fin des années 1990 signale le retour à une biopolitique plus impérieuse et plus conservatrice, axée sur une sacralisation laïque de la vie. Celle-ci épaule une sédimentation de procédés gouvernementaux pourtant idéologiquement contrastés.
Résumé Nous sommes à présent dans des sociétés de contrôle continu qui induisent et renforcent le manque de confiance, et au-delà une défiance diffuse et grandissante qui conduit à parler de société de défiance. Dans ces sociétés, il est exigé, des organismes comme des individus, de rendre compte avec précision non tant de ce qu’ils ont fait, mais de ce qu’ils sont en train de faire dans le moment présent, et tout autant de ce qu’ils envisagent de faire : on cherche ainsi à supprimer la perte de temps, le manque de rentabilité, mais encore l’imprévisible par définition inévaluable. Face à l’inintelligible provoqué et intensifié par le changement permanent lié entre autres à l’accélération des technologies, la société a été amenée à développer des outils d’évaluation ; indifférente à l’individu dans sa singularité, l’évaluation tend dans le même temps à l’individualiser et le contrôler incessamment, à le différencier et l’homogénéiser toujours davantage. Les biens et les personnes sont aujourd’hui de plus en plus évalués, et en cela inévitablement comparés, engendrant et renforçant des formes de concurrence et de rivalité permanentes et exacerbées.
Résumé La fascination pour la mesure, que représente l’évaluation quantitative dans le domaine écologique, occulte le fait que le choix des éléments à mesurer est subjectif et qu’en aucun cas la scientificité ne vient directement de l’observation de l’objet. J’en donnerai la preuve dans trois catégories qui regroupent l’ensemble du sophisme scientifique que constitue l’évaluation : le suivi d’un objet technique simple, avec l’exemple du progrès mesuré dans l’évolution du couteau et d’autres objets, l’histoire quantitative d’un fait naturel, le réchauffement climatique, la chronique d’un indicateur qui est lui-même un concept, l’empreinte écologique. L’évaluation est bien un mode privilégié de connaissance de la technocratie « info-com ». Et la question environnementale a mis ce mode au centre du débat. Fondée sur la recherche obsessionnelle de la mesure, elle fait partie des instruments de connaissance qui nous enferment dans le monde techno-scientifique et participe à la fabrication de la modernité dans toute sa puissance aliénante, celle de l’hypersauvage contemporain.
Résumé Du travail à l’action publique, les dispositifs d’évaluation font aujourd’hui système en exerçant une emprise croissante sur nos vies. Si chacun de ces dispositifs apparaît vulnérable à la critique, la machinerie de l’évaluation, soudée par un même esprit de classement et de comparaison systématique, est devenue largement autonome. Ce qui rend la critique de l’évaluation si difficile, c’est le fait qu’elle allie l’exercice de la rationalité instrumentale, caractéristique de la modernité, avec la poursuite de finalités éthiques peu contestées telles que la justice ou la démocratie.
Résumé La plupart des études, analyses et critiques portant sur l’évaluation s’attachent à la gouvernance des affaires humaines, autrement dit la part managériale et technocratique de la politique. En revanche, on s’est peu efforcé de comprendre le gouvernement des êtres humains, et singulièrement les dispositifs et procédures d’évaluation des vies. C’est à cette anthropologie biopolitique qu’est consacré le présent article. La distinction entre les dimensions morale et éthique de l’évaluation permet d’aborder successivement deux questions générales : comment on juge les vies ; ce que valent des vies. L’évaluation morale concerne les formes de jugement sur le bien et le vrai à l’œuvre dans les justices distributive, rétributive et attributive au-delà des principes dont elles se réclament. L’évaluation éthique met à l’épreuve l’égalité des êtres humains et le consensus autour de la vie comme bien suprême en révélant les profondes disparités de fait dans l’appréciation des existences.
Résumé Cet article met l’accent sur les examens à l’Université, principalement dans leur forme orale. Au moment situationnel des phénomènes sociaux, ceux-ci se ramènent à une confrontation face-à-face entre candidat et examinateur, dans une relation dite « docimologique », basée avant tout sur des actes de parole, qui ne fait pas intervenir uniquement la simple restitution d’une « matière » par le premier au second, qui l’aurait enseignée. Des composantes de ritualisation et de possibilité de transfert et de contre-transfert psychologiques doivent aussi être prises en compte.
Résumé L’évaluation est de toutes les sociétés et de tous les temps. Pourtant, ce terme usuel hante le monde contemporain, il suscite les plus vives réactions. Évaluation et notation sont liées, et les agences de notation pèsent sur la politique des États, non pas seulement sur les firmes cotées en Bourse. L’évaluation est-elle nécessaire ? De fait, elle situe les sociétés contemporaines entre perversion et sublimation.
Résumé On a toujours comparé la réalité matérielle des villes ou les expériences qu’elles procuraient. Désormais, la comparaison se fait de manière abstraite en utilisant les critères et les indicateurs de l’évaluation. La ville constitue de moins en moins une réalité sociale économique et spatiale spécifique et appréhendable. Elle existe toujours plus à travers l’action que l’on exerce sur elle et se trouve de ce fait touchée par les incertitudes et les débats qui portent sur la légitimité, l’effectivité et les modalités de l’action publique et alimentent la demande et les savoirs de l’évaluation. Le fort développement de la concurrence entre villes conduit à élaborer des instruments de mesure (classements, etc.) de leurs capacités concurrentielles. Cet appareillage de l’évaluation qui découpe et abstrait peut sembler destructeur de la réalité urbaine et de son unité. Mais il permet également de reconstruire, de façon partielle et qui justifie la discussion, un objet urbain qui de toute façon n’existe plus. Pour la sociologie urbaine, le débat théorique et méthodologique sur les modalités et les contenus de l’évaluation revêt un caractère central et s’inscrit dans une sociologie de l’action urbaine qu’il faut promouvoir.
SUMMARY One of the main features of the contemporary forms of exercising power has made itself particularly obvious through the implementation of systems where individuals are put in the position of active subjects/agents of their actions, thereby encouraging them to assume a growing number of responsibilities, which can be described as the logical and necessary consequences of their actions. The field of modern biopolitics has yielded numerous examples of the implementation of such systems, in stark contrast with the more visible and coercive forms of exercising constraint that were the norm in the past. Would it be reasonable to infer that individual agents are incapable of approaching these post-coercive configurations of power from a critical perspective ? We will show on the basis of an empirical survey, both qualitative and quantitative, of DNA « donors » for medical research - that the frames of perception and interpretation of individuals as well as their resistance strategies tend to reach a raised level of awareness when confronted with potential power imbalances that could arise from an ethical and juridical procedure known as informed consent – a procedure a priori designed to serve their autonomy and freedom of choice.
Les sociologues ont peu attendre de la theorie economique dominante, neoclassique, notamment en raison de la forme d'organisation sociale qu'elle suppose.