
La gestion durable des forêts a émergé dans les années 1990 dans le sillage du concept de développement durable. Elle s’est rapidement diffusée dans le monde, mais sa signification et sa déclinaison opérationnelle demeurent vagues, en particulier dans la zone intertropicale. Pour préciser et clarifier ce concept et la façon dont il est appliqué, une recherche bibliographique dans Scopus a été effectuée, en juillet 2023, en faisant une requête avec l’expression « sustainable forest management », permettant de retenir 69 articles pertinents. Une autre recherche dans des revues spécialisées (UNASYLVA, Bois et Forêts des Tropiques) a permis de repérer 7 articles, auxquels 28 autres ont été ajoutés, repérés dans Google scholar, Semantic scholar et Open Edition. Le corpus constitué de 104 publications a été analysé et restitué sous trois angles qui résument les contenus des articles lus : les aspects théoriques et conceptuels de la gestion durable des forêts, son inscription dans les lois forestières des pays de la zone intertropicale, et sa mise en œuvre dans cette zone géographique. Cette revue de la littérature révèle qu’au fil des ans, le concept a fluctué dans sa signification, au gré de l’évolution des préoccupations relatives à la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts. La gestion durable des forêts s’est d’abord adressée aux entreprises forestières et aux propriétaires des forêts, en les incitant à gérer les concessions forestières ou les propriétés forestières dans une optique de développement durable, tenant compte des dimensions économiques, sociales et environnementales, comme le suggérait le concept de développement durable. Ainsi envisagée, la gestion durable des forêts a ensuite été déployée à travers l’élaboration et la mise en œuvre des critères, principes et indicateurs de certification. Depuis les années 2000, le concept de gestion durable des forêts prend en compte la lutte contre le changement climatique, avec l’émergence du dispositif REDD+ (Réduction des Emissions de gaz à effet de serre issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts), dont la cible principale est l’ensemble des massifs de forêts tropicales, en particulier ceux de l’Amazonie et du Bassin du Congo, avec l’objectif d’inciter les acteurs (États, collectivités territoriales et communautés locales) à éviter ou à réduire la déforestation et la dégradation des forêts. Dans cette optique, la gestion durable des forêts vise à accroître le rôle des forêts tropicales en tant que puits de carbone. Le corpus de publications analysé montre que les défis relatifs à la mise en œuvre du concept de gestion durable des forêts portent plus globalement sur les difficultés de la gouvernance des forêts, sur l’insuffisance des moyens financiers et sur la faible implication des populations locales riveraines des concessions forestières en zone intertropicale.
À partir d’enquêtes menées dans les Préalpes d’Azur (France) et le páramo du Sumapaz (Colombie), cet article analyse la manière dont les paysans réinvestissent les arbres et les forêts dans leurs systèmes de production pour répondre aux incertitudes écologiques et climatiques. L’agroforesterie apparaît comme une stratégie d’adaptation des fermes, mais aussi comme un vecteur de reconnaissance territoriale. En travaillant avec les arbres, les agriculteurs défendent une vision multifonctionnelle des espaces forestiers et contestent les modèles institutionnels de conservation ou de gestion productiviste. L’article montre que ces pratiques génèrent à la fois des tensions et de nouvelles convergences avec les politiques environnementales, révélant une recomposition des rapports de pouvoir autour de la gouvernance des forêts.
Depuis le début des années 2000, la crise politico-militaire qu’a traversée la Côte d’Ivoire a fortement contribué à l’intensification des défrichements agricoles dans la région de la Marahoué, en particulier au sein du Parc national du même nom. Les cultures de rente telles que le cacao, la canne à sucre, l’anacarde et la banane plantain, ainsi que les cultures vivrières, ont progressivement pris la place des formations forestières, transformant profondément les paysages. L’objectif de cet article est de cartographier et d’analyser les effets de ces changements d’usage des terres, en lien avec les pratiques agricoles dans un espace de contact forêt-savane ivoirien. Pour ce faire, des images Landsat datées de 1986, 2002 et 2020, complétées par des données issues d’enquêtes de terrain, ont été mobilisées. Les traitements reposent sur des analyses spatiales par télédétection associées à des méthodes statistiques descriptives. Les résultats montrent que la pression exercée par les activités agricoles a entraîné une réduction rapide de la forêt naturelle, estimée à 53 % entre 1986 et 2002 puis à 90 % entre 2002 et 2020. Le rythme de régression des surfaces forestières atteint ainsi 3 291 hectares par an entre 1986 et 2002, puis 2 504 hectares par an entre 2002 et 2020. Cette dynamique de conversion des forêts au profit des zones de culture s’inscrit dans un contexte de pression démographique croissante et de forte expansion des cultures de rente. Elle interroge, en conséquence, la durabilité des agrosystèmes forestiers ivoiriens et l’efficacité des stratégies de protection qui reposent principalement sur le classement et la mise en défens des espaces forestiers.
Les mégafeux, devenus emblématiques de l’Anthropocène, ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme du changement climatique : ils sont aussi façonnés par des configurations socio-spatiales spécifiques. Cet article analyse le mégafeu de Santa Ana (février 2023) dans la commune de Santa Juana, au centre-sud du Chili, afin d’examiner comment les habitants des interfaces habitat-plantation réagissent face à ces crises. À partir d’enquêtes de terrain menées après l’incendie, il met en évidence la vulnérabilité de territoires dominés par les plantations de pins et d’eucalyptus, fruits d’un modèle sylvicole néolibéral. Ce modèle a profondément transformé les paysages ruraux et accru la propagation des feux. Face à l’inaction de l’État et à l’ampleur du désastre, les populations locales ont développé des stratégies d’urgence puis des pratiques d’adaptation à plus long terme : débroussaillement préventif, pastoralisme, stockage d’eau, replantation d’espèces natives ou fruitières. Ces micro-initiatives esquissent la recomposition d’une mosaïque paysagère plus diversifiée et plus résistante au feu, tout en révélant leurs limites dans un contexte de forte concentration foncière. L’article invite ainsi à repenser la gestion du feu à partir des pratiques habitantes et à considérer la régulation du secteur sylvicole comme une condition nécessaire à la résurgence de paysages multi-espèces capables de coexister avec le feu.
L'adaptation des forêts est placée au cœur des discours des acteurs privés et publics de la filière forêt-bois. Mais sous un apparent consensus, la notion sous-tend une diversité de mesures, d’objectifs, de temporalités ou encore d’échelles d’action. À travers le cas des forêts de la région Centre-Val de Loire, l’objectif de cet article est d’analyser les modalités selon lesquelles « l’adaptation » est pensée, projetée et mise en œuvre par les acteurs de la filière forêt-bois. À partir d’une enquête qualitative, la recherche analyse les mesures mises en place au nom de l’adaptation, ainsi que l’argumentaire qui les accompagne, chez les gestionnaires forestiers et les acteurs de la première transformation. Une réflexion transversale est ensuite engagée sur ce que l’adaptation fait à la filière forêt-bois régionale, entre recompositions et permanences.
À partir de 186 stations distribuées aléatoirement dans le Parc national des Écrins et examinées à six dates différentes (1850, 1950, 1970, 2000, 2010, 2020), l’étude biogéographique dévoile l’existence de 42 trajectoires historiques différentes. L'opposition entre forêts récentes et forêts anciennes construite sur la présence des forêts sur la carte d’État-Major du milieu du XIXe siècle simplifie dès lors fortement l'historique des forêts et cache l’hétérogénéité territoriale des trajectoires géohistoriques. En analysant plus spécifiquement les nouvelles forêts issues de la reforestation, l’article définit la résilience des forêts face aux déboisements massifs du XIXe siècle. La reforestation n’est pas un processus continu et homogène sur l’ensemble des territoires, les reboisements y étant anciens (avant 1950) ou plus récents et plus nombreux (2020). La durée de la continuité forestière sur une station constitue par ailleurs un élément clé pour comprendre les forêts. Plus les couverts forestiers sont jeunes, moins ils comprennent d’espèces à longue durée de vie et plus le taux de recouvrement de la strate arborescente décroît. À l’inverse, ils présentent un taux croissant d’espèces pionnières et un recouvrement croissant par des strates herbacées.