
La clinique des addictions nous confronte à des patients emprisonnés dans des cycles de répétitions qu’ils ne parviennent pas à briser, dans des narrations figées où le produit est le protagoniste absolu, et dans une relation au temps dominée par l’immédiateté. Le thérapeute peut se retrouver, par isomorphisme, à ressentir le même blocage que ses patients face à leur consommation. Dans cet article, nous proposons un type de génogramme – la carte des relations – pour penser le rôle du produit dans le contexte relationnel du patient, resituer le sujet dans son histoire et ouvrir à d’autres narrations. L’outil, qui prévoit l’utilisation de la photographie, est présenté à travers le récit de deux cas cliniques.
Cet article raconte un atelier, présenté aux 15 es Journées de thérapie familiale, qui a permis une transformation silencieuse d’une ressource, puis d’une vulnérabilité en un objet flottant groupal. Une expérience systémique qui, après un échauffement corporel ludique, intègre et façonne une ressource et une vulnérabilité – exprimées brièvement – en gestes, puis en sculpture par une cocréation à quatre et enfin à huit personnes, tandis que le public fait office d’équipe réfléchissante. En deuxième partie d’atelier, les volontaires expriment leur ressenti au sortir de cette expérience tandis que l’équipe réfléchissante dit où elle a été transportée. Le débriefing final souligne la joie apparue durant l’échauffement, la rapidité de l’« intime » ainsi créé puis les émotions vécues par l’équipe réfléchissante et aussi des perspectives cliniques. Dans une troisième partie, le roman historique de la petite Ayla, orpheline moderne recueillie par un clan de Néandertaliens, nous apprend leur double système de communication qui questionne notre humanité actuelle déséquilibrée par une communication presque exclusivement verbale.
La transmission a-t-elle pris un coup dans l’aile, ou sommes-nous aujourd’hui prisonniers de l’idéologie du choix et du présent qui ne tolère plus ni d’ancrage dans le passé ni de projection dans le futur ? Notre monde occidental en perte de limites et de repères est aussi celui de l’hypernarcissisme, de l’hyperindividualisme et de l’hyperconsommation. La fragilisation identitaire qui en découle peut déboucher sur une peur de transmettre. Elle est plus aiguë encore pour celles et ceux qui ont des traumatismes en héritage et courent le risque d’associer la transmission intergénérationnelle à la crainte de contaminer ou à un vécu d’enchaînement inéluctable au passé. La situation d’un enfant de 7 ans, dont la mère est traitée pour trouble bipolaire, permettra d’illustrer comment, malgré la tendance à répéter ce qu’on essaie précisément d’éviter, le thérapeute systémicien peut viser une transformation évolutive et créative des héritages familiaux.
La pratique thérapeutique de l’externalisation, issue des approches familiales narratives de White et Epston, s’est largement développée au cours des quarante dernières années dans le champ de la santé mentale et physique, et elle est actuellement appliquée à une grande diversité de problématiques psychiatriques, relationnelles, sociales et éducatives. Nous décrivons dans cet article les fondements théoriques et pratiques de cette intervention, et illustrons avec plusieurs vignettes cliniques ses applications aux troubles des conduites alimentaires (TCA), une pathologie particulièrement représentative d’une utilisation systématique mais très diversifiée de cette technique. Ses risques et limites sont discutés, et plusieurs guides de conduite sont proposés aux formateurs et thérapeutes familiaux.