
La mort est omniprésente dans la vie sociale et politique contemporaine : attentats, guerres, pandémie, violences médiatisées, mais aussi solitude des fins de vie ordinaires. Cette présence s’accompagne d’un paradoxe : alors que la mort violente domine les représentations, la mort ordinaire reste invisibilisée. Le rapport contemporain à la mort tend vers une « intimisation », reflet d’une société individualiste et marquée par les logiques néolibérales. Politiquement, la mort est utilisée de multiples manières : instrument de peur, vecteur de pouvoir, occasion d’hommages et de rites collectifs, outil de cohésion ou, parfois, d’instrumentalisation. Les figures du héros et du martyr structurent le récit médiatique, tandis que toutes les morts ne se voient pas reconnaître la même valeur symbolique. L’omniprésence de la mort, questionnant la valeur de la vie, provoque également un retour latent des logiques de vengeance. Face à cela, « combattre la mort » signifie développer des politiques de la vie : lutte contre les inégalités sociales, protection au travail, santé publique, prévention des violences, justice sociale et environnementale. Enfin, la fin de vie pose des enjeux éthiques majeurs : accompagner, soulager, ne jamais abandonner. La politique doit viser une société qui prend soin, où la conscience de la mort nourrit un projet d’humanité et d’émancipation.
Le texte analyse la transformation profonde du rapport contemporain à la mort et à la fin de vie, en s’appuyant notamment sur Norbert Elias et Michel Foucault. L’auteur montre que la mort, autrefois intégrée à la vie sociale et familiale par des rites collectifs, est aujourd’hui médicalisée, rationalisée et confiée à des spécialistes. Cette évolution favorise l’isolement des mourants, qui peuvent éprouver le sentiment de ne plus compter pour les vivants, produisant une solitude extrême. La gestion technico-économique de la santé et du deuil tend à remplacer les pratiques symboliques de sépulture et à réduire la souffrance à des indicateurs mesurables. Cette logique comptable menace l’humanité même du soin, en niant la valeur de la parole, de l’affect et du temps partagé. L’auteur critique également la programmation juridique et médicale de la mort, perçue comme un symptôme d’un imaginaire social appauvri. En valorisant l’œuvre de sépulture comme travail psychique et éthique, le texte défend l’idée que la manière dont une société accompagne ses mourants révèle son degré de civilisation et sa capacité à préserver la dignité humaine fondamentale.
L’agonie, moment ultime de la vie où la mort est certaine mais le temps pour mourir reste irréductible, interroge les pratiques cliniques, les représentations sociales et les normes institutionnelles. En réanimation et en soins palliatifs, elle révèle la tension entre maîtrise technique et subjectivité du patient, ainsi que l’inquiétude des proches et des soignants. Dans une société valorisant l’efficacité et la rentabilité, l’agonie tend à être esquivée ou accélérée, jusqu’à la médicalisation ou l’appel à l’euthanasie. Réhabiliter ce temps suspendu comme dernier espace de liberté et de souveraineté du sujet permet de penser l’agonie comme un événement à la fois clinique, éthique et politique.
Cet article se propose d’approfondir les phénomènes complexes de la provocation à partir de l’ouvrage de l’anthropologue Évelyne Larguèche La provocation. Au risque de l’image de soi et d’accentuer les voies qu’elle dégage. À bien des égards, la provocation se confond au vivant et peut s’entrevoir comme un phénomène tentaculaire auquel nous ne pouvons échapper, pour le pire comme le meilleur.
La vie, la mort, une histoire de corps, en particulier du corps des femmes étroitement lié au politique, ou plutôt faudrait-il dire au politico-religieux qui, selon les temps, les contrées, les régimes, régit de façon plus ou moins manifeste ce corps. Un corps par rapport auquel des représentations des orifices du sexe et du visage, où viennent se conjoindre vie et mort, participent de son appréhension comme un lieu de danger et de crainte. Est-ce là ce qui porte aux « violences faites aux femmes », voire à leur mise à mort ? Ou bien y va-t-il aussi d’autre chose ? Peut-être des artistes contemporaines faisant du corps féminin et de son nu un moyen lutte contre « l’incivilisé » de peurs et de désirs, un lieu de libération de tabous, peuvent aider à explorer ces questions.