Introduction Dans un contexte de ressources humaines en dermatologie très limitées (0,36 à 3,5 dermatologues par million d’habitants) concentrées dans les capitales, combiné à une demande de soins importante de la part des populations, des projets de télédermatologie ont été mis en œuvre entre 2016 et 2024, au sein de quatre pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Togo, Mauritanie, Niger). Ces projets consistaient à former des agents de santé de première ligne à la prise en charge des dermatoses courantes et à l’utilisation d’une plateforme de télé-expertise pour les cas complexes. L’objectif de ce travail était de décrire les principaux défis rencontrés et les solutions mises en œuvre. Matériel et méthodes En 2024, nous avons utilisé une approche qualitative basée principalement sur la revue documentaire rétrospective. L’ensemble des documents projets, des rapports de supervision, d’activités et d’évaluation des 4 projets ont été examinés, permettant de lister et catégoriser les difficultés rencontrées et les solutions mises en œuvre. Des entretiens semi-directifs ont été conduits avec chaque responsable pays des projets, afin de recueillir les informations générales, hiérarchiser les défis et identifier les solutions. Les données ont été triangulées et analysées. Résultats Au total 497 agents de santé répartis entre le Mali (257), le Togo (191), la Mauritanie (37) et le Niger (12) ont été formés dans 196 structures de santé et mis en relation avec 35 dermatologues sur les 111 recensés dans ces pays. Au moment de l’étude, plus de 13 987 demandes de télé-expertise avaient été postées sur la plateforme. Les agents de santé n’ont notifié aucune difficulté technique. Les quatre défis communs à l’ensemble des projets étaient : turn-over des agents formés (30 % des agents), connexion à internet (21 % des centres), qualité des images et délai de réponse des experts (en moyenne 16 à 84h selon les pays). Les problèmes de disponibilité des médicaments dermatologiques essentiels étaient également relevés dans deux pays. Tous les responsables de projets considèrent la mobilité du personnel et le délai de réponse des experts comme principaux défis. Les solutions mises en œuvre étaient l’anticipation de la formation d’agents de santé suppléants, la prise en compte de la connectivité dans le choix des sites, la création d’un groupe de discussion, la relance téléphonique des experts et l’amélioration de la plateforme de télé-expertise. Discussion Le défi majeur reste la mobilité du personnel qui entraîne momentanément l’arrêt du service. Les solutions testées ont permis la reprise et le maintien des activités. Des travaux sont nécessaires pour évaluer la qualité des soins délivrés par les professionnels impliqués, l’impact des solutions mises en œuvre et la pérennité des projets. Conclusion La télédermatologie reste une opportunité pour améliorer l’accès des populations aux soins dermatologiques spécialisés dans les pays à ressources limitées, qui partagent des défis communs.
Introduction: Darier and Ferrant dermatofibrosarcoma is a rare malignant cutaneous mesenchymal tumour, representing less than 0.1% of malignant tumours and less than 5% of soft tissue sarcomas in adults. The aim of this study was to describe the evolutionary profile of cases of dermato fibrosarcoma of Darier et Ferrant reported in the dermato-venereology department of the National Centre for Disease Control (CNAM). Patients and methods: This was a descriptive cross-sectional study conducted in the dermatology department of the National Centre for Disease Control Support between 1991 and 2016, a period of 25 years. Was included, all patient with a histologically confirmed dermatofibrosarcoma notified in the registers of the CNAM histology laboratory or in the patient's medical file during the study period. Results: In total we collected 23 cases out of 5520 biopsied patients, i.e. a proportion of 0.41%. Males represented 60.8% with an average age of 40 years. The lesions were simple nodular in 12 of the 23 patients (52.2%), multi-nodular in 7 of the 23 patients (30.4%), nodulo-ulcerous and in patches in 4 of the 23 patients (17.4%). The lesions were located on the trunk in 60.8% of cases (image 1), on the head in 21.7% of cases and on the limbs in 17.5% of cases. The mean size of the lesions was 10×8cm with extremes of 3cm×3cm to 25cm×20cm. Management was exclusively surgical. Conclusion: DFSP is a rare tumour with a slow evolution, characterised by its rare metastasis but above all by its strong tendency to recurrence. The diagnosis is often evoked clinically and confirmed by histological study. The treatment of DFSP is surgical based on a large and deep lesion removal. Clinical monitoring allows early detection of recurrence, which is frequent in this disease.
La varicelle est une maladie infectieuse bénigne, contagieuse et immunisante due au virus varicelle zona de la famille des alpha-herpes viridae. Ses complications sont graves, parfois létales en raison des atteintes multiviscérales. Nous rapportons 3 cas. Cas 1 : il s’agissait d’un homme de 26 ans, sans antécédent, adressé pour détresse respiratoire. Il était traité par dexaméthasone inj. et anti-H1. À l’examen, on notait des lésions typiques de varicelle, des râles ronflants bilatéraux et une orchi-épididymite. La sérologie VIH était négative. Le cytodiagnostic de Tzanck (CT) trouvait des cellules ballonisantes. La radiographie des poumons objectivait des opacités micronodulaires diffuses. Un traitement par aciclovir 10 mg/kg/8 h entraînait une amélioration rapide. Le patient sortait guéri après 3 semaines d’hospitalisation. Cas 2 : une femme de 20 ans, sans antécédent, était adressée pour toux productive non améliorée sous mucomyst, loratadine, ibuprofene, érythromycine. On notait deux cas de varicelle dans la famille. Elle présentait des lésions cutanées typiques. L’auscultation pulmonaire retrouvait des râles crépitants diffus bilatéraux. Le diagnostic de pneumopathie varicelleuse était évoqué. La patiente décédait moins de 10 heures après son admission dans un tableau de détresse respiratoire. Cas 3 : un homme de 36 ans, sans antécédent, consultait pour éruption cutanée fébrile. Il recevait, par voie orale, bêtaméthasone, antibiotique, tramadol, desloratadine, puis par voie injectable méthylprednisolone et aspégic. À l’examen clinique, il présentait des lésions typiques de la varicelle. L’examen neurologique notait une para parésie avec abolition des réflexes ostéotendineux (syndrome de Guillain-Barré). Le bilan biologique mettait en évidence une hyperleucocytose, une élévation des transaminases, une sérologie HIV négative. Le CT retrouvait des cellules ballonisantes. La radiographie thoracique révélait des opacités nodulaires bilatérales. Un traitement par aciclovir 10 mg/kg/8 h avec arrêt de la corticothérapie était instauré. Le lendemain un syndrome hémorragique s’installait et le patient décédait en 24 h. Nous rapportons 3 cas de complications aiguës de la varicelle chez l’adulte. La pneumonie varicelleuse retrouvée chez nos malades (cas 1 et 2) est la plus fréquente des complications graves de la varicelle chez l’adulte ; son incidence est estimée de 16 à 33 % avec une mortalité pouvant atteindre 20 %. Plusieurs facteurs ont été associés au développement de l’atteinte pulmonaire dans la varicelle. Le syndrome de Guillain-Barré évoqué (cas 3) a pu être induit par l’infection virale. Ce syndrome peut induire des difficultés respiratoires pouvant être fatales chez le patient. Dans cette observation, le décès est probablement lié à un déficit en protéine C ou thrombophilie par mutation du facteur V qui favorise la survenue de lésions purpuriques. Outre leur âge, nos patients présentaient deux facteurs de gravité : (i) dans le cas 2, Il s’agissait de la troisième personne atteinte successivement par la maladie dans la famille. Il semble, en effet, qu’en cas de varicelle intrafamiliale, les cas secondaires soient plus sévères que les cas primaires ; (ii) pour les trois cas, les traitements par stéroïdes ou AINS de leur virose. La conférence de consensus en thérapeutique anti-infectieuse recommande l’utilisation d’acyclovir par voie intraveineuse (10 mg/kg tous les huit heures) dans la varicelle compliquée du sujet adulte, en particulier la pneumopathie varicelleuse pendant une durée de sept à dix jours. Ce traitement a été efficace dans le cas 1. Ces observations soulèvent la question de la méconnaissance des premiers signes de la varicelle, responsable de la prescription de molécules délétères. Nous attirons l’attention des praticiens sur la gravité potentielle de la varicelle de l’adulte et surtout sur la contre-indication formelle des stéroïdes et des AINS.
Background: Psoriasis is a chronic recurrent inflammatory dermatosis occurring in genetically predisposed individuals. Its dramatic nature of the lesions, successive flare-ups, and skin discomfort may affect the quality of life of patients and result in a depressive tendency. Objective: To assess the impact of psoriasis on the quality of life of patients and the relationship between disease severity and quality of life. Methods: A descriptive cross-sectional study was carried out in Bamako from September 3, 2018 to August 30, 2019. The Dermatology Life Quality Index (DLQI) and Psoriasis Area Severity Index (PASI) were used to assess quality of life and factors of disease severity. Inclusion was based on clinical and histopathologic criteria. Questionable cases were excluded from the study. Results: A total of 106 cases of psoriasis were identified out of 24,000 consultations, i.e., a hospital frequency of 0.44%. Of these cases, 54 were included. Males accounted for 70% of the cases, and the average age was 37. The distribution of the social repercussions of the disease was as follows: disability (68.52%), non-participation in ceremonies (20.37%), stigmatization (18.52%), isolation (12.96%), work stoppage (11.11%), and non-sharing of meals (9.26%). However, the reception by caregivers was satisfactory in 96.30% of cases, and 85% of patients scored ≤ 10 on DLQI, suggesting that they had good quality of life. Among the patients with psoriasis, 35.04%, 12.96%, and 50.00% had mild, moderate, and severe disease, respectively. Conclusion: Quality of life is multifactorial and has no direct association with the severity of psoriasis. Dermatologists must take into account the dimensions of symptoms and psychological state when managing patients with psoriasis.
L’utilisation de produits dépigmentants à visée cosmétique est largement répandue chez les femmes d’Afrique subsaharienne. De nombreuses complications (cutanées et systémiques) associées à cette pratique ont pourtant été décrites. La survenue de carcinomes épidermoïdes a longtemps été évoquée mais rarement rapportée, puisque seules trois observations ont été publiées. Nous en décrivons le premier cas observé au Mali. Une femme de 30 ans, sans antécédent pathologique notable, consultait pour une ulcération du cou évoluant depuis 5 ans. Elle utilisait des produits cosmétiques à base d’hydroquinone et de corticoïdes depuis environ 10 ans. À l’examen clinique, elle avait une large ulcération localisée à la face latérale gauche du cou. Les sérologiques des hépatites virales et du VIH étaient négatives. Le diagnostic de carcinome épidermoïde était confirmé par l’examen histopathologique. Une exérèse chirurgicale de la lésion était effectuée ; elle était suivie d’une récidive locale précoce trois mois plus tard, nécessitant une reprise chirurgicale. La prévalence élevée de l’usage des produits cosmétiques dépigmentants contraste avec la rareté du carcinome épidermoïde sur terrain dépigmenté. Toutefois, le délai de survenue d’une telle complication et le nombre croissant des cas rapportés doivent inciter les praticiens à promouvoir la prévention par des messages éducatifs, l’usage de filtres solaires et la biopsie systématique de toute ulcération chez les femmes employant des produits dépigmentants, en particulier lorsqu’il s’agit d’une localisation cervicale. Women widely use skin-lightening products for cosmetic purposes in sub-Saharan Africa despite numerous reported cutaneous and systemic complications. The occurrence of epidermoid carcinoma has long been reported, but only three cases have been published so far. We report the first case in Mali. A 30-year old woman with no noteworthy medical history was seen at our outpatient center for cervical ulceration that had been present for the last 5 years. She had used cosmetic bleaching cream over a period of around ten years. Physical examination revealed extensive ulceration on the left side of her neck. Blood tests for viral hepatitis and human immunodeficiency virus were negative. The pathological examination of the skin biopsy confirmed the diagnosis of squamous cell carcinoma. After failure of the initial excision with early relapse, multiple surgical ablations were performed 3 months later. The high prevalence of skin-lightening cosmetic use contrasts with the rarity of epidermoid carcinoma in depigmented skin. However, a large chronic ulcer on uncovered parts of the upper body, particularly the neck, should prompt physicians to consider skin cancer. Appropriate preventive measures include the promotion of educational messages for the general population, the use of sun-protection devices, and routine skin biopsy for all women presenting chronic cervical ulceration after long-term use of skin-lightening products.
Background. - Women widely use skin-lightening products for cosmetic purposes in sub-Saharan Africa despite numerous reported cutaneous and systemic complications. The occurrence of epidermoid carcinoma has long been reported, but only three cases have been published so far. We report the first case in Mali. Patients and methods. - A 30-year old woman with no noteworthy medical history was seen at our outpatient center for cervical ulceration that had been present for the last 5 years. She had used cosmetic bleaching cream over a period of around ten years. Physical examination revealed extensive ulceration on the left side of her neck. Blood tests for viral hepatitis and human immunodeficiency virus were negative. The pathological examination of the skin biopsy confirmed the diagnosis of squamous cell carcinoma. After failure of the initial excision with early relapse, multiple surgical ablations were performed 3 months later. Discussion. - The high prevalence of skin-lightening cosmetic use contrasts with the rarity of epidermoid carcinoma in depigmented skin. However, a large chronic ulcer on uncovered parts of the upper body, particularly the neck, should prompt physicians to consider skin cancer. Appropriate preventive measures include the promotion of educational messages for the general population, the use of sun-protection devices, and routine skin biopsy for all women presenting chronic cervical ulceration after long-term use of skin-lightening products. (C) 2017 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
L’infection aux herpes virus HSV-1 et HSV-2 évolue en deux phases, une primo-infection et les récurrences. Les poussées se limitent assez souvent à des douleurs au niveau des régions génitales et/ou orales. Ces douleurs altèrent la qualité de vie du patient et peuvent impacter sa vie sociale et professionnelle. La prise d’antiviraux n’est bénéfique que durant les poussées n’empêche pas les récidives. Les immunomodulateurs peuvent être une alternative en vue de réduire la fréquence et l’intensité des poussées. Nous rapportons deux cas de récurrence herpétique traités par la clofazimine. Cas 1 : un enseignant de 42 ans a consulté à plusieurs reprises pour des douleurs à type de sensation de cuisson parfois accompagnées de vésicules localisée au niveau du gland. Les poussées étaient mensuelles avec une intensité variable. Il effectue régulièrement des prises d’acyclovir au cours des poussées. Cas 2 : un électromécanicien de 39 ans a été reçu en 2016, en consultation pour des éruptions douloureuses au niveau génital et oral, avec deux à trois poussées mensuelles. Il a reçu de nombreuses prescriptions d’antiviraux et de colchicine. En dehors des éruptions, des lésions cicatricielles hypopigmentées douloureuses demeurent au niveau de la lèvre inférieur et du gland. La sérologie rétrovirale VIH était négative chez les deux cas. Le diagnostic d’herpes récurrent a été retenu chez les deux patients. La clofazimine a été institué à la dose de 100 mg par jour, les deux patients n’ont développé aucun effet secondaire. Les douleurs génitales ont régressé dès la première semaine de traitement, le traitement a été poursuivi avec succès durant 3 mois. L’amélioration des cas peut s’expliquer par les propriétés immunomodulatrices de la clofazimine. En effet, l’action sur l’activité des polynucléaires neutrophiles réduit la réponse inflammatoire aux antigènes viraux. Les douleurs invalidantes étant elles même due à ce phénomène inflammatoire.
La lymphogranulomatose vénérienne (LGV) ou maladie de Nicolas et Favre fait partie des infections sexuellement transmissibles (IST) rares due au sérovar L1, L2 et L3 de Chlamydia trachomatis. Nous rapportons un premier cas de LGV dans le service de Dermatologie du Centre National d’appui à la lutte contre la maladie (CNAM) chez un sujet hétérosexuel présentant à l’examen clinique une hypertrophie éléphantiasique du scrotum et de la verge associée à des fistules. Le diagnostic de LGV a été évoqué devant la clinique et confirmé par la sérologie chlamydiae. Une antibiothérapie a été instaurée (Doxycycline puis Azythromycine), a entrainé une régression progressive des symptômes en 4mois.