La maladie de Rendu-Osler (MRO) est une maladie vasculaire du capillaire, héréditaire autosomique dominante, rare, avec une prévalence de 1/5000. Elle est caractérisée par des télangiectasies cutanéomuqueuses responsables d’un syndrome hémorragique de sévérité variable et de malformations artérioveineuses (MAV) présentes dans le poumon, le foie et le système nerveux, qui peuvent être sources de shunts responsables d’une lourde morbidité (accident ischémique neurologique, abcès cérébral, insuffisance cardiaque à haut débit, ischémie biliaire). Il est donc important de faire un diagnostic clinique grâce aux critères de Curaçao et/ou moléculaire grâce à l’analyse génétique des gènes ENG, ACVRL1, SMAD4 et GDF2. La prise en charge multidisciplinaire de ces patients leur permet d’avoir une espérance de vie normale dans la plupart des cas. Les progrès de la radiologie interventionnelle et une meilleure connaissance de la physiopathologie de l’angiogenèse ont permis d’améliorer la prise en charge thérapeutique. Les traitements anti-angiogéniques, tels que le bévacizumab (BVZ, anticorps anti-VEGF), sont efficaces sur les complications hémorragiques et les atteintes hépatiques sévères avec retentissement cardiaque, et d’autres anti-angiogéniques sont en cours d’étude, dont les inhibiteurs de la tyrosine-kinase.
La prise en charge des atteintes oculaires sévères au cours de la maladie de Behçet est une problématique d’actualité avec un enjeu fonctionnel majeur en raison du risque de cécité. Nous avons voulu étudier les stratégies thérapeutiques utilisées et rechercher de facteurs associés à la survenue d’une rechute. Cette étude rétrospective multicentrique française a été réalisée à l’aide d’une fiche de recueil standardisée sur 2 ans, en incluant des adultes atteints d’une maladie de Behçet présentant une atteinte oculaire sévère (uvéite postérieure, vascularite rétinienne, atteinte maculaire…). Les caractéristiques générales et oculaires des patients ont été comparées par des tests t de Student, des tests Chi2, des tests de Fischer, selon les cas. Les variables associées au risque de rechute ont été évaluées avec des modèles de risque proportionnel de Cox et ajustées pour les facteurs de confusion potentiels. Un total de 119 patients a été inclus dans cette étude, dont 108 (91 %) avec une uvéite postérieure et 86 (77 %) présentant une vascularite rétinienne. Une atteinte maculaire était retrouvée chez 32 patients (34 %). En association à une corticothérapie systémique et/ou locale, 91 patients (76 %) bénéficiaient d’au moins un traitement immunosuppresseur et/ou immunomodulateur. Un traitement par colchicine est prescrit chez 85 patients (71 %). À l’issue de la 1re ligne thérapeutique, 99/119 patients (87 %) obtenaient une rémission, et 52 d’entre eux (53 %) rechutaient au cours du suivi. Les caractéristiques et la prise en charge thérapeutique selon l’atteinte maculaire ou non, ou la présence d’une vascularite rétinienne ne montraient pas de différence notable et les taux de rémission et rechute étaient semblables. Un traitement initial par colchicine et anti-TNF-alpha tendait à être plus fréquent chez les patients obtenant une rémission. Le risque de rechute après obtention de la rémission était significativement associé à un tabagisme actif (HR ajusté : 1,92 [1,02–3,61]) et était plus faible chez ceux recevant une corticothérapie prolongée (HR ajusté : 0,3 [0,16–0,55]), de la colchicine (HR ajusté : 0,43 [0,22–0,83]) et un anti-TNF-alpha (HR ajusté : 0,5 [0,25–0,99]). Au total, le risque de rechute des atteintes oculaires sévères dans la maladie de Behçet pourrait être diminué par une corticothérapie prolongée, la mise en place systématique d’un traitement par colchicine et un traitement anti-TNF-alpha, ainsi que l’arrêt du tabagisme actif.
Hereditary hemorrhagic telangiectasia, also known as Rendu-Osler - Weber disease, is a rare, autosomal dominant vascular disease, with prevalence of 1/5,000. The condition is characterized by muco-cutaneous telangiectasias, which are responsible for a hemorrhagic syndrome of variable severity, as well as arteriovenous malformations (AVMs) appearing in the lungs, the liver, and the nervous system. They can be the source of shunts, which may be associated with high morbidity (neurological ischemic stroke, brain abscess, high-output heart failure, biliary ischemia. . .). It is therefore crucial to establish a clinical diag-nosis using the Curacao criteria or molecular diagnosis based on genetic analysis of the ENG, ACVRL1, SMAD4 and GDF2 genes. In most cases, multidisciplinary management allows patients to have normal life expectancy. Advances in interventional radiology and better understanding of the pathophysiology of angiogenesis have resulted in improved therapeutic management. Anti-angiogenic treatments, such as bevacizumab (BVZ, an anti-VEGF antibody), have proven to be effective in cases involving bleeding complications and severe liver damage with cardiac repercussions. Other anti-angiogenic agents are currently being investigated, including tyrosine kinase inhibitors.(c) 2023 SPLF. Published by Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Primary localized cutaneous amyloidosis (PLCA; MIM_105250) is a localized form of amyloidosis occurring exclusively in the skin, but the identity of the causal fibril protein still remains controversy. The aim of this study was to clarify the biochemical nature of PLCA-related amyloid and its underlying molecular basis by combining immunohistochemistry, immuno-electron microscopy, liquid chromatography-tandem mass spectrometry analysis (LMD-MS/MS) of microdissected cutaneous amyloid deposits with complete genetic analysis.
Objectives: Familial Mediterranean fever (FMF) is the most frequent monogenic autoinflammatory disease. It is associated with MEFV mutations. Its main features are recurrent episodes of fever and serositis. Patients can display dermatological manifestations such as erysipelas-like erythema, generally considered as a neutrophilic dermatosis (ND). It has been suggested that FMF can be associated with other types of ND. Our aim was to perform a systematic review of the literature to assess the link between ND and FMF. Method: A systematic review of the literature was performed using MEDLINE from 1946 to 2018. Three independent investigators identified reports of non-erysipelas-like erythema neutrophilic dermatosis (NEND) associated with FMF, selected the criteria to establish the diagnosis of FMF and ND, and evaluated the link between the two conditions. FMF-associated NEND was supported by confirmation of both diagnoses and exclusion of other causes of ND. Results: Eighteen articles were selected. Nine articles reported FMF patients with the following NEND: neutrophilic panniculitis (n = 4), Sweet syndrome (n = 6), and pyoderma gangrenosum (n = 1). None of these cases was supported by histological confirmation, fulfilled diagnostic criteria for definitive or probable FMF, or confirmed the exclusion of all the most frequent diseases associated with NEND. As a result, there is insufficient evidence to support a potential relationship between NEND and FMF. Conclusions: The association between FMF and NEND remains unclear. In FMF patients with NEND, every differential diagnosis and alternative cause of NEND should be excluded before drawing any conclusions about a potential causal relationship.
La TEP-TDM est de plus en plus utile pour faire le diagnostic d’artérite à cellules géantes (ACG), en particulier en cas de forme extra-céphalique. Sa performance diagnostique est excellente avec une sensibilité de 82 % et une spécificité proche de 100 % [1]. Au cours du suivi, la place et les modalités d’interprétation de la TEP-TDM sont moins bien définis. L’objectif de notre travail était de déterminer si le degré d’hypermétabolisme vasculaire à la TEP-TDM, au diagnostic d’ACG et après 3 à 12 mois de suivi, était prédictif de la survenue de rechute d’ACG. Nous avons mené une étude rétrospective multicentrique portant sur 53 patients atteints d’ACG avec atteinte des gros vaisseaux au diagnostic. Chaque patient avait eu une TEP-TDM au diagnostic (TEP no 1), et un contrôle dans les 3 à 12 mois suivant le diagnostic (TEP no 2). Pour chacun des 14 segments artériels, le niveau d’hypermétabolisme vasculaire était côté de façon semi-quantitative selon les recommandations internationales [2] : grade 0 en l’absence d’hypermétabolisme, grade 1 (SUV max artériel < SUV max hépatique), grade 2 (SUV max artériel = SUV max hépatique) et grade 3 (SUV max artériel > SUV max hépatique). Le grade de fixation de chaque segment artériel était additionné pour obtenir un score nommé Total Vascular Score (TVS) qui variait de 0 à 42 points. Nous avons étudié le risque de survenue de rechute en fonction des TVS de la TEP no 1 et de la TEP no 2. La rechute était définie comme la réapparition, après une période de rémission d’au moins 3 mois, d’au moins un signe clinique d’ACG ou de PPR, ou d’un syndrome inflammatoire (CRP > 10 mg/L) pendant plus de 2 semaines consécutives sans autre cause que l’ACG et ayant conduit à majorer le traitement de l’ACG. Les résultats sont exprimés en médiane (espace interquartile) ou nombre (%) et comparés par des tests de Mann–Whitney, Wilcoxon, Chi2 ou Fisher. Le risque de rechute a été évalué par des courbes de Kaplan–Meier et les facteurs associés au risque de rechute ont été analysés à l’aide de tests de log-rank. Cinquante-trois patients ont été inclus dans cette étude, âgés de 70 (63–75) ans, dans 79 % des cas de sexe féminin. La BAT était positive dans 51 % des cas. Le TVS variait de 24 (18–32) points lors la TEP no 1 à 6,5 (0–14) points lors de la TEP no 2 (p < 0,001). Parmi les 53 patients inclus dans cette étude, 19 (35,6 %) ont présenté une rechute dans un délai médian par rapport au diagnostic de 9,8 mois. Le TVS calculé lors de la TEP no 1 n’était pas significativement associé à un risque de rechute, avec seulement une tendance en cas de TVS > 14 (p = 0,067). Pour la TEP no 2, nous avons analysé les 44 patients pour lesquels la TEP avait été réalisée en dehors d’un épisode de rechute. Lors du suivi, un TVS supérieur à 14 points ou 23 points était associé à un risque de rechute de 50 % ou 67 % à 12 mois, et 67 % ou 100 % à 24 mois respectivement (p = 0,019 vs TVS ≤ 14 et p = 0,001 vs TVS ≤ 23 points respectivement). Nos données suggèrent que la TEP réalisée au cours du suivi de l’ACG est plus discriminante que celle réalisée au diagnostic pour prédire le risque de rechute. De plus, l’utilisation d’un score semi-quantitatif (TVS) permet d’en standardiser l’analyse et de déterminer des seuils (≤ 14, 14 à 20, et > 20 points) pour prédire le risque de rechute. Ces résultats sont concordants avec ceux de l’étude de Grayson et al. [3] qui rapportaient qu’un score vasculaire (PETVAS) supérieur à 20 points était prédictif de la survenue de rechute au cours du suivi. Un TVS > 14 points et a fortiori > 20 points lors d’une TEP de suivi réalisée après 3 à 12 mois de traitement est prédictif de rechute au cours de l’ACG avec atteinte des gros troncs.
INTRODUCTION:Hypo- and hypercalcemia are common and some causes require urgent diagnosis and treatment. Measurement of ionized calcium is the reference test to diagnose calcium disorders but total calcium adjusted for protein or albumin concentration is more often used. METHODS:Patients hospitalised in a general internal medicine department from September 2013 to December 2015 who had a total plasma calcium concentration and a serum albumin or protein concentration measured within 24h of a ionized calcium blood measurement were included. Total calcium was adjusted for protein or albumin concentration using widely used formulas and compared to ionized calcium as the gold standard. RESULTS:Among 210 included patients, 46 (22%) had hypocalcemia, 124 (59%) normocalcemia and 40 (19%) hypercalcemia according to ionized calcium concentration. Total calcium had 50% sensitivity and 95% specificity to diagnose hypocalcemia and a 93% sensitivity and 89% specificity to diagnose hypercalcemia. Adjusting total calcium for protein or albumin concentrations did not increase and sometimes decreased diagnostic accuracy. CONCLUSION:Total calcium, with or without albumin/protein adjustment, is poorly sensitive to screen for hypocalcemia. Unadjusted total calcium is as sensitive as protein- or albumin-adjusted total calcium to screen for hypercalcemia. These data argue against the use of albumin- or protein-adjusted calcium. Ionized calcium measurement should be performed to confirm dyscalcemia in patients with abnormal total calcium concentration and to rule out hypocalcemia in patients with total calcium concentration in the lower range of normal values.
La maladie de Kawasaki de l’adulte (MKA) est une forme rare de vascularite dont la gravité est liée à l’atteinte coronaire. Nous décrivons dans cette étude les conséquences cardio-vasculaires à long terme de la MKA. Les données de suivi cardio-vasculaires des patients de l’Observatoire Français de la MKA ont été collectées rétrospectivement. 26 patients ont été inclus avec un âge médian au diagnostic de 30 ans. Au diagnostic, 8 patients présentaient des symptômes cardio-vasculaires : douleur thoracique (5/8), insuffisance cardiaque droite (3/8) ou gauche (2/8) et 5 patients avaient une élévation de la troponine sanguine. Douze patients avaient une atteinte cardiovasculaire au diagnostic : 8 péricardites, 6 artérites coronaires sténosantes, 5 myocardites, 3 anévrysmes coronariens. Treize patients présentaient au moins un facteur de risque cardio-vasculaire, le plus fréquent étant le tabagisme (12/13). Dix-sept patients ont reçus des immunoglobulines intraveineuses au diagnostic et 19 un traitement anti-inflammatoire. La durée médiane de suivi était de 60 mois (10 à 192). Deux patients ont présenté un évènement cardiovasculaire relié à la MKA durant le suivi : deux infarctus du myocarde, survenus respectivement chez un patient non traité au diagnostic et un patient avec séquelles coronaires connues de sa MKA. Aucun décès n’est survenu. La dernière échocardiographie de suivi (disponible pour 23 patients) retrouvait une fraction d’éjection ventriculaire gauche normale. Un seul des 4 patients ayant bénéficié de test fonctionnel de dépistage de l’ischémie myocardique a présenté un résultat anormal. Deux patients ont bénéficié d’une coronarographie durant le suivi dont une seule était anormale. Neuf patients bénéficient encore d’un traitement par antiagrégant plaquettaire. Cette étude apporte les premières données de suivi cardiovasculaires dans la MKA. Un diagnostic et un traitement précoces semblent importants pour prévenir les complications à long terme, de même qu’un dépistage et une prise en charge systématique des facteurs de risque cardio-vasculaires.
Les cellules T invariantes associées aux muqueuses (MAIT) sont des lymphocytes présents dans le sang périphérique et les muqueuses ; ils sont diminués lors du lupus érythémateux systémique et d'autres maladies auto-immunes. Cependant, les niveaux et la fonction des MAIT n'ont jamais été étudiés au cours de la dermatomyosite (DM). La fréquence et l'état d'activation des MAIT ont été étudiés par cytométrie en flux avant et après traitement au cours de la DM (n = 21) et ont été comparés à des témoins sains (n = 19), au psoriasis (n = 7) et à la dermatite atopique (n = 5). La DM était associée à une réduction drastique des MAIT circulantes (médiane : 0,12 % [0,073–0,25 %] vs 2,13 % [1,05–3,94 %], p < 0,0001). Cette disparition était spécifique à la DM. Les cellules MAIT résiduelles présentaient un phénotype activé/épuisé avec une expression plus élevée de CD25, CD39, CTLA4 et une augmentation de l'état TEMRA. Nous avons trouvé une corrélation inverse entre l'expression de CD25 et CTLA4 sur les cellules MAIT et la fréquence des MAIT circulantes. Après un suivi médian de 10,8 mois, nous avons observé une légère augmentation des cellules MAIT (médiane : 0,25 % [0,24–0,60 %] vs 0,73 % [0,47–1,16 %], p = 0,002) sans retour à la normale. Nos données indiquent que dans le sang périphérique des DM, les cellules MAIT, qui sont connues pour avoir un rôle régulateur, sont considérablement réduites en relation avec un phénotype anormalement activé pouvant conduire à la mort cellulaire induite par l'activation (AICD).
DEAR EDITOR, A previously healthy 57-year-old woman presented with fever (39 °C) lasting for 4 days, and dry cough and rash appeared 2 days before.Diffuse fixed erythematous blanching maculopapular lesions were present, asymptomatic over the limbs and trunk, with burning sensation over the palms (a, b).She denied any drug intake, excepting paracetamol for fever.Thorax computed tomography scan was typical of COVID-19; nasopharyngeal swab polymerase chain reaction (PCR) confirmed SARS-CoV-2.Infectious enquiry was otherwise negative.Skin biopsy specimen showed slight spongiosis, basal cell vacuolation and mild perivascular lymphocytic infiltrate (c).PCR on whole-skin biopsy specimen was negative for SARS-CoV-2.Fever and rash resolved within 9 days, dry cough within 2 weeks.Urticarial and chilblain-like lesions have been reported in patients with COVID-19, but other phenotypes could be observed. 1,2In our patient an immune reaction to the virus is possible.
Introduction. - Brucellosis is a rare infection in France and its wide spectrum of clinical presentation can be a diagnostic challenge. Case report. - We report here the case of a 76-year-old Tunisian-born woman referred for fatigue, weight loss, intermittent fever, and pain in the right upper quadrant, along with hepatic lesions on CT-scan, MRI and PET-FDG suggesting malignant lesions. However blood cultures were positive to Brucella melitensis leading to a diagnosis of hepatic brucelloma. Conclusion. - Hepatic abscesses are rare in brucellosis. This infection has to be evoked in patients coming from endemic areas even with atypical manifestations. (C) 2018 Societe Nationale Francaise de Medecine Interne (SNFMI). Published by Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Les crises vaso-occlusives (CVO) sont une complication de la drépanocytose, secondaires à l’occlusion des vaisseaux capillaires par les hématies falciformes. Si les ulcères des membres inférieurs chez ces patients sont fréquents et liés à la vasculopathie induite par l’hémolyse, les CVO cutanées bulleuses sont exceptionnelles. Nous rapportons 5 observations de CVO bulleuse cutanée drépanocytaire. Quatre hommes et une femme, d’âge médian 21 ans [19–45] ont été inclus dans l’étude. Tous les patients étaient atteints d’une drépanocytose homozygote, associée une α-thalassémie dans 1 cas, et avaient des antécédents de complications aiguës ou chroniques de la drépanocytose : syndrome thoracique aigu (STA, n = 4), occlusion de l’artère centrale de la rétine (n = 1), ostéonécrose de la tête humérale (n = 1), et priapisme (n = 1). Le suivi moyen était de 16 ans [1,5–25]. Quatre patients recevaient de l’hydroxyurée et tous prenaient de l’acide folique. Tous ont développé des bulles tendues, ou des lésions vésiculeuses sur peau non inflammatoire, d’un membre inférieur, du cou, de l’épaule, de l’abdomen ou d’un bras. Aucun topique, n’avait été appliqué, aucun facteur traumatique n’était rapporté. L’aspect histologique était stéréotypé, montrant des bulles jonctionnelles non inflammatoires, avec de discrètes altérations des couches basales (étirement et rares nécroses) et une occlusion des capillaires dermiques superficiels par des hématies en faucille, mais sans thrombus fibrino-cruorique. L’interrogatoire, le contexte clinique et le bilan biologique permettaient d’écarter une brûlure ou d’autres maladies bulleuses. Les lésions régressaient en moins d’une semaine. La CVO cutanée était concomitante d’un STA (n = 1), d’une CVO non sévère (n = 1) et d’un sepsis (n = 1). Il s’agit de la première série de CVO cutanées bulleuses. Une ischémie transitoire relative avec altération limitée des cellules basales pourrait être à l’origine de ces lésions bulleuses. Dans la littérature, deux cas de crise vaso-occlusive cutanée sont décrits : un cas à type de papules et plaques érythémateuses, et un cas de CVO bulleuse identique à notre série. D’autres lésions atypiques ont été décrites comme des plaques douloureuses des jambes, révélant une occlusion vasculaire hypodermique par des emboles graisseux. En conclusion, la peau peut être un organe cible du phénomène vaso-occlusif chez les patients drépanocytaires. La CVO bulleuse cutanée est une complication aiguë de la drépanocytose homozygote, rare et peu rapportée, associée à des CVO de sévérité variable, et différente des ulcères de jambe qui sont une complication chronique.
L’artérite à cellules géantes (ACG) est une vascularite des vaisseaux de gros calibre affectant les patients de plus de 50 ans, dont l’origine demeure largement inconnue. Des études récentes ont mis en évidence la présence de mutations associées aux hémopathies myéloïdes dans les cellules hématopoïétiques d’individus sains, définissant ainsi le concept d’hématopoïèse clonale. Ces mutations, en particulier JAK2V617F qui est plus fréquente chez les patients athéromateux, sont suspectées d’induire une réponse inflammatoire des monocytes/macrophages via la sécrétion d’IL-1β et d’IL-6. La physiopathologie de l’ACG impliquant des cytokines inflammatoires et des cellules myéloïdes, et la voie JAK-STAT étant une des principales voies de signalisation induisant l’inflammation, nous avons voulu caractériser les patients avec une ACG associée à un néoplasme myéloprolifératif (NMP). Nous avons réalisé une étude multicentrique rétrospective incluant 17 patients avec ACG associé à un NMP et 50 patients avec ACG sans NMP (cas-contrôles), appariés pour l’âge et le sexe. Tous les patients avec ACG répondaient aux critères de classification de l’ACR. Les caractéristiques clinicobiologiques au diagnostic et durant le suivi ont été recueillies et comparées entre les deux groupes. Les NMP les plus fréquemment associés à l’ACG étaient la thrombocytémie essentielle (n = 11), la myélofibrose primitive (n = 2), la polyglobulie de Vaquez (n = 2) et la leucémie myélo-monocytaire chronique (n = 1). Un cas avait une mutation isolée de JAK2V617F sans myéloprolifération. La mutation JAK2V617F était trouvée dans 88 % des cas avec une fréquence d’allèle mutée médiane [IQR] de 14,5 % [4,6–47,2]. Le NMP était diagnostiqué avant l’ACG chez 7 patients (médiane de 18 [4–44] mois), de façon concomitante chez un patient, et après l’ACG chez 9 patients (médiane de 12 [5–54] mois). Au diagnostic, comparativement aux contrôles, les patients ACG avec NMP avaient moins de signes généraux (35 % vs 76 %, p = 0,003), moins de signes céphaliques (70 % vs 96 %, p = 0,003) et d’hyperesthésie du scalp (23 % vs 56 %, p = 0,003), mais plus fréquemment de cécité monoculaire (18 % vs 2 %, p = 0,04). Le taux de plaquettes étaient significativement plus élevé (491 [346–654] vs 376 [299–475] ×109/L ; p = 0,03). Il n’y avait pas de différence entre les groupes concernant la proportion de biopsie d’artère temporale positive. Le traitement de première ligne reposait principalement sur la prednisone orale et l’aspirine dans les deux groupes, sans différence notable. Aucun patient n’a été traité avec des inhibiteurs de JAK. La survie sans rechute était comparable entre les groupes. Des immunosuppresseurs à visée d’épargne cortisonique étaient prescrits en deuxième ligne pour 12 % des patients dans les 2 groupes, le méthotrexate étant le plus largement utilisé. Le taux de mortalité était plus élevé chez les patients avec NMP (29 vs 2 % ; p = 0,003), avec une survie globale plus faible (log-rank test, p = 0,008). La thrombocytémie essentielle est le NMP le plus fréquemment associé à l’ACG. Un taux élevé de plaquettes au diagnostic devrait inciter à une surveillance biologique, voire à rechercher une mutation JAK2V617F. Comparativement aux contrôles, les patients avec ACG et NMP avaient un pronostic plus péjoratif, notamment une survie globale plus faible, probablement secondaire au NMP associé ou à d’autres comorbidités.
DEAR EDITOR, A 26-year-old woman consulted for a vesicular eruption on the left hand aggravated by topical steroids (a). She kept six rats without any dermatological lesions, one being a hairless rat (b). Mycological and molecular exams identified Trichophyton mentagrophytes in cultures from the patient and hairless rat scales. The patient was treated with ciclopiroxalamine 1% cream and the rats with enilconazole solution showers. Tinea has been associated with rodent pets such as the guinea pig. This report implies that the hairless rat is a reservoir for dermatophyte infection. The number of exotic pets is increasing and dermatologists should be informed of this zoonotic risk for their patients.
La fièvre méditerranéenne familiale (FMF) est la maladie auto inflammatoire monogénique la plus fréquente. Elle touche les populations issues du bassin méditerranéen et se caractérise par des poussées de fièvre avec douleur abdominale. Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) sont des affections polygéniques du tube digestif. Nous avons examiné la littérature pour savoir si la FMF était associée aux MICI, ou si les variants de MEFV avaient un impact sur le développement des MICI. Au sein du centre de référence français des maladies auto inflammatoires, une recherche a été menée par déclaration des médecins pour identifier les patients souffrant d'une FMF et d'une MICI d'une part et d'autre part, l'ensemble des arbres généalogiques a été étudié afin de rechercher les antécédents familiaux de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) chez les patients atteints de FMF. Les bases de données PubMed, Embase ont été interrogées à l'aide des mots-clés suivants : «mediterranean familial fever», «inflammatory bowel disease», «ulcerative colitis», «Crohn disease». Deux cent vingt-quatre patients diagnostiqués porteurs d'une FMF dans le centre de référence français répartis sur 210 familles avaient un arbre génétique exploitable. Un antécédent familial de MICI était trouvé dans 22,3 % (n = 47) des familles, au premier (n = 12), deuxième (n = 18), troisième (n = 15) ou quatrième (n = 2) degré. Il s'agissait de 40 MC, 6 RCH, 1 MICI inclassée. Dans 46 % des familles avec un antécédent familial de MICI, on retrouvait au moins un autre antécédent de maladie inflammatoire (psoriasis cutané n = 8, aphtose récidivante n = 6, spondyloarthropathie n = 4, rhumatisme psoriasique n = 2, sclérose en plaques n = 2). Concernant la revue de la littérature :. Dix-sept articles ont été trouvés ; huit articles traitaient de la coexistence entre maladie de Crohn (MC) et FMF, trois lettres décrivaient ; en tout, trois patients et quatre séries dont deux de qualité discutable. Au sein de ces deux séries, la prévalence était retrouvée faiblement augmentée (0,3 %, dans une étude) ou augmentée (1,5 %, dans une étude) par rapport aux données épidémiologiques de la population générale (0,1 %). Deux études de cas de trois et deux patients respectivement décrivent la coexistence d'une recto-colite hémorragique (RCH) et d'une FMF. Cinq cas de coexistence sont répertoriés dans le centre de référence français (une MC, une RCH, trois MICI indifférenciées), soit une prévalence de 0,83 % (5/603). Cinq études portant sur 887 patients atteints de MC ont recherché l'impact des variants de MEFV : aucune n'a montré une prévalence augmentée de mutants pathogènes de MEFV à l'exception de deux études de qualité discutable. Le mutant M694 V pourrait être associé à la présence de sténoses en endoscopie et de manifestations extra-articulaires tandis que le polymorphisme E148 Q serait associé à une maladie péri anale, mais ces résultats n'ont jamais été validés par des études indépendantes. Six études sur 799 patients atteints de RCH ont recherché l'impact des variants de MEFV : aucune n'a montré un rôle des variants de l'exon 10 de MEFV sur la RCH à l'exception de deux études de mauvaise qualité sur petits effectifs. Deux études ont montré une association entre la présence de certains variants de l'exon 2 de MEFV et la RCH. La prévalence élevée d'antécédents familiaux de MICI chez les patients français atteints de FMF suggère qu'un fond génétique commun indépendant de MEFV pourrait favoriser indépendamment l'expression des deux maladies. Les données de la littérature sont insuffisantes pour conclure à une association non fortuite entre FMF et MICI, d'autant plus que la FMF peut causer des ulcérations intestinales en plus des douleurs abdominales1.
Les maladies auto-inflammatoires liées aux mutations du gène NLRC4 sont des entités de description récente. La transmission est autosomique dominante dans 80 % des cas. Elles comportent deux phénotypes cliniques très différents : le phénotype 1 (30 %), sévère, est dominé par une atteinte multisystémique qui débute chez le nouveau-né et le petit nourrisson par des symptômes de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), avec syndrome d’activation macrophagique (SAM), voire une présentation évocatrice de cryopyrinopathie de forme CINCA-“like” (chronic infantile neurological cutaneous articular) ; il y a une mortalité chez un quart des patients décrits. Le phénotype 2 (60 %), modéré, débute après l’âge de 3 ans et est caractérisé par une urticaire au froid, des arthralgies, des signes oculaires et de la fièvre dans la moitié des cas, sans défaillance viscérale. Les anti-interleukine (IL)-1 sont efficaces dans la majeure partie des cas. Les concentrations sériques d’IL-18 sont très élevées dans les deux formes cliniques. Les anti-IL-18 et anti-interféron-gamma ont eu une efficacité remarquable chez deux patients de phénotype 1. Ainsi, les mutations de NLRC4 peuvent induire des manifestations cliniques variées avec deux phénotypes distincts. Bien qu’encore rares, car de description récente, ces maladies peuvent évoquées par un interniste devant notamment une urticaire familiale au froid et sera ont probablement de plus en plus diagnostiquée grâce à l’utilisation des techniques de séquençage de nouvelle génération (NGS).
La fièvre méditerranéenne familiale (FMF) est la maladie auto-inflammatoire monogénique la plus fréquente au monde, et on estime entre 5000 et 10 000 le nombre de patients atteints en France. Le traitement au long cours de la maladie repose sur la prise quotidienne de colchicine qui a prouvé son efficacité sur la survenue des poussées aiguës et celle de l'amylose AA. En cas de mauvaise tolérance, d'inefficacité ou de contre-indication, les biothérapies anti-interleukine-1 (IL-1) ont été testées avec efficacité. De plus en plus d'articles sont publiés depuis quelques années sur l'utilisation des biothérapies anti IL-1 en cas de résistance à la colchicine. Nous rapportons l'expérience de l'utilisation des biothérapies anti IL-1 en vie réelle chez patients avec FMF suivis dans le centre national de référence (CNR) français. L'ensemble des dossiers des patients adultes du CNR ont été passés en revue. Pour ceux recevant ou ayant reçu une biothérapie anti-IL1, les éléments suivants étaient obtenus par retour au dossier : caractéristiques démographiques, caractéristiques de la maladie, présence d'amylose AA, âge au début du traitement, molécule utilisée, motif de prescription, données de tolérance et d'efficacité. Résultats Au sein de la population des patients avec FMF suivis dans le CNR (n = 603), 3,5 % soit 21 sujets (dont 12 femmes) d'âge médian au diagnostic de 18 ans ont été inclus. Dix-sept d'entre eux (81 %) étaient homozygotes pour la mutation M694 V de MEFV et 13 avaient une amylose AA. Une biothérapie anti-IL1 était mise en route à un âge médian de 23 ans, par anakinra pour 20 d'entre eux et par canakinumab pour le dernier. Un relais d'anakinra vers canakinumab a par ailleurs été effectué chez un patient. La colchicine était maintenue chez 18 d'entre eux, à une posologie médiane de 1 mg/j. Parmi ces 21 patients, la prescription de biothérapie anti-IL1 était justifiée par :. –une amylose AA responsable d'une insuffisance rénale ne permettant pas l'augmentation de la dose de colchicine : n = 13 soit 2,2 % des 603 patients suivis ; –un contrôle insuffisant sous colchicine : n = 4 soit 0,7 % des 603 patients suivis ; –la coexistence d'une maladie inflammatoire ou néoplasique participant au mauvais contrôle de la FMF : n = 4 soit 0,7 % des 603 patients suivis. Chez un patient coexistait une insuffisance rénale sur amylose AA et une résistance à la colchicine. Chez tous nos patients l'utilisation des anti-IL1 a permis un contrôle clinique et biologique de leur maladie. Il n'a pas été noté de mauvaise tolérance des anti-IL1 hormis les réactions aux points d'injection pour l'anakinra et la prise de poids. Dans notre expérience clinique la première cause de prescription d'une biothérapie anti-IL1 est l'existence d'une amylose AA avec insuffisance rénale, qui correspond à plus de la moitié des indications et à 2,2 % des patients FMF suivi sur notre CNR. De manière intéressante il apparaît que la prévalence de la résistance à la colchicine est moins importante que prévu, puisqu'elle représente moins de 1 % de nos patients, alors qu'elle est estimée entre 5 et 10 % selon les études antérieures. Ceci peut être expliqué par de potentielles « fausses résistances » à éliminer en priorité : soit une mauvaise observance soit une posologie insuffisante. Enfin, en cas de résistance vraie à la colchicine nous avons documenté chez certains patients, la coexistence de maladies inflammatoires ou néoplasiques, à rechercher à fortiori si la résistance apparaît après une longue période de contrôle. Les situations constituant une indication aux biothérapies anti-IL1 dans la FMF sont rares, correspondant à 3,5 % des patients suivis sur le CNR. Leur prescription nécessite une grande vigilance de la part du clinicien, c'est pourquoi elles devraient toujours faire l'objet d'une discussion collégiale, après avoir éliminé toutes les causes organiques de dérégulation de la FMF.
Les maladies auto-inflammatoires monogéniques sont caractérisées par des anomalies génétiques codant des protéines intervenant dans l’immunité innée. Ces maladies ont été définies en miroir par rapport aux maladies auto-immunes en raison de l’absence d’anticorps circulants. Leur caractéristique principale est de comporter un syndrome inflammatoire biologique en phase de poussée clinique et en l’absence d’infection. Les maladies les mieux connues sont médiées par l’interleukine-1 et comportent les 4 entités qui ont été décrites les premières : la fièvre méditerranéenne familiale, les cryopyrinopathies, la fièvre intermittente liée au récepteur de type 1A du tumor necrosis factor et le déficit en mévalonate kinase. Depuis 10 ans, de très nombreuses autres maladies ont été découvertes grâce aux progrès de la génétique. Cette revue dresse un panorama actuel des principales maladies auto-inflammatoires monogéniques connues à ce jour. Certaines se comportent comme des fièvres récurrentes selon un mode poussée/rémission, d’autres évoluent sur un mode chronique, enfin certaines sont associées à des déficits immunitaires. Sur un plan physiopathologique, on distingue globalement les maladies médiées par l’interleukine-1 et celles par l’interféron. Ensuite seront abordées des maladies inflammatoires polygéniques : la maladie de Still, le syndrome de Schnitzler, le syndrome des abcès aseptiques. Le diagnostic de ces maladies repose en grande partie sur l’anamnèse, la présence d’une inflammation en crise et sur des analyses génétiques de plus en plus performantes.