ContexteLa Guadeloupe est un archipel français d'environ 400 000 habitants. Il fait face comme la Martinique à un problème sanitaire lié à la pollution des sols et des eaux par un pesticide organochloré, la chlordécone. Le cancer de l'estomac, majoritairement associé à l'infection à Helicobacter Pylori dans le monde est la 4ème localisation cancéreuse en Guadeloupe avec une incidence supérieure à celle observée en France hexagonale. L'objectif de cette étude était d'effectuer une analyse spatiale de l'incidence de ce cancer afin d'identifier d’éventuels agrégats géographiques en lien avec l'exposition environnementale.MéthodesNous avons analysé les données du registre des cancers de Guadeloupe entre 2008 et 2016 portants sur 737 cas incident de cancer de l'estomac. L'IRIS de résidence, la plus petite unité géographique disposant d'informations démographiques a été utilisé pour la géolocalisation des cas. Le modèle hiérarchique bayésien de Besag, York et Mollié a été utilisé pour étudier les variations spatiales d'incidence. Un indice de défavorisation a été intégré au modèle pour prendre en compte le lien entre niveau socioéconomique et cancer de l'estomac.RésultatsParmi les 136 IRIS de Guadeloupe, l'IRIS ou l'utilisation de la chlordécone a été la plus intensive, avait la plus forte sur-incidence avec un ratio standardisé d'incidence de 1,17 après lissage. Pour cet IRIS, l'intégration de l'indice de défavorisation améliorait le modèle avec un ratio standardisé d'incidence de 1,25 après lissage. Cependant, le SIR lissé n’était pas significativement différent de 1.Discussion/ConclusionLa sur-incidence de cancer de l'estomac la plus élevée est retrouvée dans une zone de forte contamination par la chlordécone en Guadeloupe. Bien que non significative, cette sur-incidence nécessite des explorations complémentaires pour identifier les facteurs de risque associés et leurs liens éventuels avec l'exposition environnementale.Déclaration de liens d'intérêtsLes auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
L'objectif était d'évaluer le rôle de différents facteurs de risque dans la survenue des cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS) aux Antilles françaises. Nous avons analysé les données d'une étude cas-témoins en population menée en Martinique et en Guadeloupe entre 2013 et 2016, comprenant 145 cas de carcinomes épidermoïdes des VADS et 405 témoins. Des données sur de nombreux facteurs de risque ont été recueillies par questionnaire. La présence de papillomavirus (HPV) et leur génotype ont été recherchés dans la cavité buccale. Les données ont été analysées à l'aide de modèles logistiques. Des imputations multiples ont été réalisées pour prendre en compte les données manquantes. Une prévalence élevée d'infection orale par HPV a été mise en évidence, avec une distribution par génotype spécifique, en particulier une faible fréquence d'HPV16. L'infection orale aux HPV à haut risque (Hr-HPV) était associée à une augmentation significative du risque de cancer des VADS. Les consommations de tabac et d'alcool augmentaient fortement le risque de cancer des VADS, avec un effet combiné synergique. Un faible indice de masse corporelle (IMC), des antécédents familiaux de cancer des VADS, et plusieurs activités professionnelles étaient également associés à un risque accru. L'utilisation du préservatif diminuait le risque, indépendamment de l'infection à Hr-HPV. Chez les femmes, un âge précoce aux premières règles était associé à une diminution du risque. Les consommations de thé, de café, de fruits et de légumes n'étaient pas associées au cancer des VADS. Dans la population, la majorité des cas de cancers des VADS étaient attribuables au tabagisme (62,5 %) et à l'alcool (55,4 %). Environ 14 % des cas étaient attribuables à l'infection orale à Hr-HPV. Étant donné l'impact prépondérant des facteurs modifiables, de nombreuses opportunités de prévention des cancers des VADS se présentent dans cette population. Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
L'exposition au formaldéhyde est une cause reconnue de cancer du nasopharynx et suspectée de cancer nasosinusien, mais le niveau de preuve est limité pour les autres cancers des voies aérodigestives supérieures. L'objectif était d’étudier les liens entre exposition professionnelle au formaldéhyde et risque de cancer de la cavité buccale, de l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx. Les données proviennent de l’étude cas-témoins en population générale française ICARE incluant 3555 témoins et 2103 cas de carcinomes épidermoïdes de la cavité buccale, de l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx. L'historique professionnel et les facteurs de confusion potentiels ont été collectés par questionnaire. L'exposition au formaldéhyde a été évaluée via une matrice emplois-expositions, et plusieurs indicateurs ont été utilisés : probabilité, durée, niveau maximal, niveau moyen et niveau cumulé d'exposition. Les odds-ratios (OR) et les intervalles de confiance à 95 % (IC), ajustés sur le genre, l’âge, le département de résidence, la consommation de tabac et d'alcool, le niveau d’études et l'exposition professionnelle à l'amiante ont été estimés par régression logistique. Aucune association n'a été trouvée entre l'exposition au formaldéhyde et le risque de cancer, toutes localisations confondues (OR=1,01 ; 95 % CI=0,81-1,25), ou par localisation. Pour toutes les localisations, les ORs les plus élevés ont été observés pour les catégories les plus basses de durée et de niveau maximum d'exposition. Les associations étaient plus marquées pour le cancer de l'oropharynx, avec des risques significativement augmentés pour une durée d'exposition inférieure à 10 ans (OR=1,48 ; 95 % CI=1,01-2,17) et un niveau maximal d'exposition inférieur à 0,2 mg/m3 (OR=1,77 ; 95 % CI=1,12-2,81). Aucune relation claire n'a été observée avec les niveaux moyens et cumulés d'exposition. Dans l'ensemble, nos résultats ne sont pas en faveur d'un rôle du formaldéhyde dans la survenue des cancers de la cavité buccale, de l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx. Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
ContexteL'objectif est d’étudier le rôle de différents facteurs de risque dans la survenue de cancer du poumon aux Antilles françaises, une population à faible prévalence du tabagisme.MéthodesL’étude est une étude cas-témoins en population générale qui a inclus 147 cas incidents de cancer du poumon et 405 témoins en Guadeloupe et en Martinique. Des informations détaillées notamment sur la consommation de tabac, l'alimentation, et l'histoire professionnelle ont été recueillies lors d'entretiens en face-à-face. Les odds-ratios (OR) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) ont été estimés par régression logistique, avec ajustement sur le sexe, l’âge, la région (Guadeloupe ou Martinique) ainsi que sur la consommation de tabac quand cela était pertinent.RésultatsUn risque élevé de cancer du poumon a été observé chez les ex-fumeurs (OR=2,5; IC=1,4-4,3) et chez les fumeurs (OR=8,5; IC=4,8-14,8), par rapport à ceux n'ayant jamais fumé, et le risque augmentait avec la durée et la quantité. La proportion de cas de cancer du poumon attribuables au tabac dans la population n’était cependant que de 46,0 %. L'examen des autres facteurs de risque a mis en évidence des risques augmentés pour une importante consommation d’œufs (OR=2,3; IC=1,0-5,3) et de produits laitiers (OR=3,5; IC=1,1-11,4) et diminués pour la consommation de poissons et crustacés (OR=0,4; IC=0,2-0,9). Les personnes en situation d'obésité présentaient un risque diminué de cancer du poumon (OR=0,5; IC=0,2-0,9). Un risque élevé a également été observé chez travailleurs de la canne à sucre (OR=2,7; IC=1,1-6,6). Aucune association n'a été observée avec le tabagisme passif et les antécédents familiaux de cancer du poumon.Discussion/ConclusionCes résultats confirment l'impact modéré du tabagisme sur le risque de cancer du poumon dans cette population et mettent en lumière le rôle d'autres expositions, notamment certains aliments et expositions professionnelles.Déclaration de liens d'intérêtsLes auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
ContexteLes études examinant le lien entre l'exposition professionnelle aux pesticides et les évènements de santé ont le plus souvent considéré leurs effets pris isolément. Nous avons examiné le rôle de la pluri-exposition aux pesticides sur la mortalité par cancer chez les travailleurs de la banane.MéthodesLes données proviennent d'une étude de cohorte rétrospective de travailleurs exerçant dans une exploitation bananière aux Antilles françaises, suivis pour la mortalité de 2000 à 2015. L'exposition aux pesticides a été évaluée en utilisant une matrice culture-exposition. Au total, 6808 sujets ayant des données complètes d'exposition ont été inclus dans l’étude. Le rôle de profils d'exposition aux pesticides, identifiés par analyse en composantes principales et classification hiérarchique, a été examiné à l'aide de modèles de Cox. Le rôle de chaque pesticide, après ajustement sur les autres pesticides, a également été étudié à l'aide de modèles hiérarchiques bayésiens, qui permettent de pallier le problème de la forte corrélation des expositions.RésultatsDeux profils de sujets ont été identifiés : faibles versus forts utilisateurs d'un cocktail de pesticides. Comparativement aux faibles utilisateurs, les forts utilisateurs présentaient une mortalité par cancer augmentée (Hazard Ratio=1,29 Intervalle de confiance à 95 % 1,04-1,60), avec des excès de décès par cancer du pancréas (Hazard Ratio=2,22 Intervalle de confiance à 95 % 0,95-5,22) et hémopathie maligne (Hazard Ratio=2,46 Intervalle de confiance à 95 % 1,33-4,53), particulièrement par lymphome non Hodgkinien (Hazard Ratio=3,92 Intervalle de confiance à 95 % 1,44-10,70). Les analyses préliminaires des différents pesticides n'a mis en évidence aucune association pour cette dernière localisation.Discussion/ConclusionNos résultats suggèrent un rôle délétère de l'exposition à un mélange de pesticides à des niveaux élevés dans la mortalité par lymphome non Hodgkinien, sans pouvoir mettre en cause un pesticide spécifique.Déclaration de liens d'intérêtsLes auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
Le secteur du BTP génère de multiples expositions incluant celles à des cancérogènes avérés. Le niveau de connaissances demeure insuffisant en ce qui concerne son rôle dans la survenue des cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS). Nous avons examiné l'association entre le BTP et le risque de ces cancers chez les hommes. Les données provenaient d'une large étude cas-témoins en population générale française, ICARE (Investigations sur les CAncers Respiratoires et Environnement). Au total, 2780 témoins et 1857 cas de carcinomes épidermoïdes de la cavité buccale, de l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx ont été inclus dans l’étude. L'activité professionnelle détaillée du BTP ainsi que des facteurs liés au mode de vie ont été recueillis par questionnaire. Les rapports de cotes (RC) et intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été estimés par régression logistique non conditionnelle, ajustant sur l’âge, le département de résidence, les consommations de tabac et d'alcool et l'exposition professionnelle à l'amiante. Le BTP était associé à un risque augmenté de cancer des VADS (RC=1,30 ; IC95 % 1,03 ; 1,64), particulièrement de l'hypopharynx (RC=1,37 ; IC95 % 0,98 ; 1,93) et du larynx (RC=1,61 ; IC95 % 1,17 ; 2,21). La construction et la pose de sols plastiques, ainsi que la menuiserie et l'isolation, étaient associées à un risque augmenté de cancer de l'hypopharynx et du larynx, respectivement. De longues durées d'activité de plâtrier étaient associées à un risque augmenté de cancer du larynx (RC=3,39 ; IC95 % 1,18 ; 9,76, p-tendance=0,04). Aucune association n’était retrouvée en lien avec le risque de cancer de la cavité buccale et de l'oropharynx. Nos résultats suggèrent que le BTP ainsi que plusieurs tâches qui y sont liées augmentent le risque de cancer du larynx et, dans une moindre mesure, de l'hypopharynx. Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
Le chlordécone est un insecticide organochloré qui a été utilisé de façon intensive dans les plantations de bananes aux Antilles françaises. Nous avons mis en place une étude de cohorte historique des travailleurs agricoles exposés au chlordécone. Le premier objectif est de comparer la mortalité par cause de cette cohorte à celle de la population générale. Une cohorte de chefs d’exploitations et de salariés agricoles ayant travaillé entre 1973 et 1993, période d’utilisation du chlordécone, dans une exploitation bananière en Martinique et en Guadeloupe, a été reconstituée rétrospectivement, à partir d’archives et de fichiers des recensements généraux agricoles et des Caisses générales de sécurité sociale. Le statut vital et les causes de décès ont été recherchés dans les fichiers nationaux. L’analyse de la mortalité porte sur la période 2000-2015, les causes de décès n’étant pour l’instant pas disponibles avant 2000 dans les départements d’outre-mer. La mortalité par cause dans la cohorte a été comparée à celle de la population générale des Antilles en calculant des ratios de mortalité standardisés (SMR) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC). Au total, 11112 travailleurs (149526 personnes-années, 77 % d’hommes) ont été inclus dans l’étude de mortalité, et 3647 décès ont été identifiés pendant la période d’étude. Un léger déficit est observé pour la mortalité toutes causes, significatif chez les hommes (SMR = 0,93 ; IC 0,89-0,96) mais pas chez les femmes (SMR = 0,96 ; IC 0,89-1,04). La mortalité par cancer ne diffère pas significativement de celle de la population générale (hommes : SMR = 0,96 ; IC 0,90-1,03 ; femmes : SMR = 1,04 ; IC 0,89-1,21). La mortalité par cancer de la prostate est similaire à celle de la population générale dans l’ensemble de la cohorte (SMR = 1,00 ; IC 0,89-1,13), et non significativement augmentée chez les salariés agricoles (SMR = 1,10 ; IC 0,87-1,36). Un excès significatif de décès par cancer de l’estomac est observé chez les femmes seulement (SMR = 1,94 ; IC 1,24-2,89). Dans cette première analyse le profil de mortalité de cette cohorte est dans l’ensemble proche de celui de la population générale. La reconstitution des expositions au chlordécone et à d’autres phytosanitaires est en cours.
Étudier les associations entre profession, secteur d’activité et risque de cancer des voies aéro-digestives supérieures (VADS) aux Antilles françaises. L’étude est une étude cas-témoins en population générale conduite en Guadeloupe et en Martinique (181 cas et 405 témoins). L’histoire professionnelle complète, ainsi que les consommations de tabac et d’alcool ont été recueillies par questionnaire. Les odds-ratios (OR) et leurs intervalles de confiance (IC) à 95 % associés aux professions et aux secteurs d’activité ont été estimés avec des modèles logistiques, avec ajustement sur le sexe, l’âge, la région, la consommation de tabac et d’alcool. Des OR significativement augmentés ont été observés chez les cuisiniers (OR = 4,3 ; IC 1,4-13,4), les ouvriers agricoles de la banane (OR = 4,9 ; IC à 95 % 1,6-15,2) et le travail des métaux (OR = 4,0 ; IC 1,1–14,5). Des OR élevés ont également été mis en évidence chez les femmes de ménage et nettoyeurs, les ouvriers de la construction et les manœuvres. Des risques élevés de cancer des VADS ont été observés dans plusieurs professions, pour la plupart appuyés par des études antérieures. Le résultat concernant les ouvriers de la banane est nouveau, cette profession ne pouvant être étudiée que dans quelques populations, et demanderait à être confirmé. D’autres analyses prenant en compte les informations détaillées des questionnaires de l’étude doivent être réalisées pour clarifier cette association et identifier les expositions en cause.
Background/Aim: Although the concentration of carcinogenic exposures within specific socio-occupational groups is widely acknowledged, most burden of disease (BOD) approaches focus on the general population, missing the dimension of occupational health inequities. This raises social justice issues as those quantification tools are increasingly used for discussing cancer prevention priorities and occupational disease compensation rules. Our general aim was to explore ways by which population health metrics could integrate occupational inequities, and to identify eventual data gaps. Our specific aim was to compare the burden of work-related lung cancer between different socio-economic groups taking into account three known occupational carcinogens (asbestos, silica and DME) and smoking. Methods: We conducted a secondary analysis of the population-based case-control study ICARE (Investigation sur les Cancers Respiratoires et l'Environnement). The study included 2926 lung cancer cases and 3555 frequency-matched controls covering 13% of the French population. Lifelong occupational exposures were assessed by job-exposure matrices and self-report. We compared sources of variation in the attributable fractions (AF) estimates, including interaction with socio-economic position (SEP) and SEP indicator (education or occupation-based), using STATA. Results: The analysis was based on men-only due to the limited number of exposures among women. The AF for the combined indicator of asbestos, silica and DME exposures was 29.4% (95%CI [23.9-34.4]) overall, while the AF for exposed blue-collar workers compared to non-exposed groups regardless of SEP was 26.9% (95%CI [21.9- 31.7]). AFs were slightly higher when capturing SEP through education. Our results provide quantified evidence that the burden of work-related lung cancer attributable to these 3 known carcinogens concentrates massively (over 90%) among manual workers. Conclusion: They exemplify the need for integrating indicators of occupation and industry sector into BOD estimates to inform decision-making in cancer prevention and compensation. More broadly, they plead for information systems linking SEP, environmental and occupational health.
La production du TiO2 non-nanométrique (classé cancérigène Groupe 2B depuis 2006) expose potentiellement les travailleurs à des particules fines. Ces dernières peuvent aussi augmenter le risque des maladies cardiovasculaires (MCV). Les données d’une cohorte historique française ont été ré-analysées afin d’étudier le lien entre l’exposition au particules de TiO2 et la mortalité due aux MCV et au cancer broncho-pulmonaire (CBP). La cohorte inclut 833 travailleurs adultes de sexe masculin ayant travaillé au moins un mois entre 1968 et 1997 dans une usine de TiO2 française et dont les données d’exposition étaient suffisantes pour estimer l’exposition. Pour chaque travailleur, l’exposition cumulée sur la durée du suivi (1968–2001) et l’exposition annuelle moyenne ont été estimées en fonction des données historiques d’exposition (en mg/m3, fraction alvéolaire) et du curriculum laboris. L’association entre l’exposition (cumulée et annuelle moyenne en variables continues) et la mortalité par cause a été analysée grâce à la régression de Cox. Les analyses ont été répétées avec l’exposition annuelle moyenne en 3 classes (< 0,3/0,3–2,4/ < 2,4 mg/m3) définies selon les valeurs-limites d’exposition professionnelle (VLEP) au TiO2 fin actuellement recommandées par l’Allemagne et les USA. Une association significative entre l’exposition au TiO2 (cumulée et annuelle moyenne) a été observée uniquement pour la mortalité par CBP. Pour l’exposition moyenne en variable continue, un Hazard Ratio (HR) de 1,70 [1,03–2,79] par mg/m3 a été estimé. Comparés à des non-exposés, les travailleurs exposés à une concentration annuelle moyenne entre 0,3 et 2,4 mg/m3 ont un HR de 1,64 [0,24–11,11] et ceux exposés à plus de 2,4 mg/m3 ont un HR de 12,64 [1,83–90,74]. Ces résultats montrent que l’exposition au TiO2 observée dans cette cohorte dépasse les VLEP actuellement recommandées et remet en question la pertinence de ces valeurs pour prévenir le CBP. Cela devrait être vérifié dans d’autres cohortes de travailleurs exposés au TiO2.
Les poussières de bois étant une nuisance rencontrée par 369 600 travailleurs français en milieu professionnel, le but de cette étude est de déterminer, à partir de l'enquête ICARE, étude cas-témoins réalisée en population générale, s'il existe un risque de survenue de cancer broncho-pulmonaire en cas d'exposition professionnelle antérieure aux poussières de bois et quels en sont les déterminants professionnels. Les 2276 cas et 2780 témoins de l'enquête ICARE ont été interrogés sur l'entièreté de leur parcours professionnel à partir de questionnaires dont un spécifique à l'exposition aux poussières de bois (type de bois, activité, produits chimiques employés, équipement de protection). Les odds-ratios (OR) et leurs intervalles de confiance ont été estimés à l'aide de régressions logistiques avec ajustement sur l'âge, le département de résidence, la consommation de tabac et le nombre total d'emplois. Un ajustement complémentaire sur les expositions professionnelles cumulées à la silice et à l'amiante a également été réalisé. Les hommes exposés à la poussière de bois plus de 5 % de leur temps de travail avaient un risque élevé de cancer broncho-pulmonaire (OR 1,5, [1,1 ; 1,9], qui augmentait significativement avec la durée d'exposition (p de tendance = 0,03) et le temps écoulé depuis la première exposition (p de tendance = 0,02). Après ajustement sur l'exposition à l'amiante et à la silice, les associations n'étaient plus significatives, mais le risque de cancer broncho-pulmonaire demeurait élevé chez les hommes exposés plus de 5 % de leur temps de travail (OR 1,3 [1,0 ; 1,7]). L'association était plus forte parmi ceux qui n'avaient jamais été exposés professionnellement à l'amiante (OR = 2,3 [1,1 ; 4,8]) en particulier en cas de latence de plus de 40 ans depuis la première exposition (OR = 3,8 [1,2 ; 11,7]). L'association entre exposition aux poussières de bois et cancer broncho-pulmonaire ne variait pas en fonction du type de bois. Cependant, les travailleurs utilisaient à la fois des essences dures ou tendres, et il n'était pas possible d'isoler un type unique de bois employé. L'utilisation de machine lors du ponçage ou du sciage ne modifiait pas le risque. Il existe un risque accru de survenue de cancer broncho-pulmonaire en cas d'exposition professionnelle antérieure aux poussières de bois ce qui justifie la poursuite de la mise en œuvre de mesures de prévention collective aux postes de travail concernés.
Le tabagisme n’explique que partiellement l’incidence élevée de cancer du poumon observé chez les hommes socialement défavorisés. Une partie de ces inégalités est potentiellement attribuable aux expositions professionnelles, mais leur contribution a été peu étudiée. Notre étude vise à quantifier les effets de médiation du tabagisme, des expositions professionnelles à l’amiante, à la silice et aux fumées de diesel dans la relation entre le diplôme et l’incidence du cancer du poumon chez les hommes. Nous avons analysé les données de l’étude cas-témoins française ICARE (1976 cas et 2648 témoins), qui inclut des informations sur la consommation tabagique vie entière et les expositions professionnelles à divers cancérigènes. Les effets de médiation ont été estimés par des modèles structuraux marginaux pondérés. Une forte association a été observée entre le diplôme et le risque de cancer du poumon. Comparativement aux hommes ayant un diplôme universitaire, l’effet indirect passant par le tabagisme différait selon le diplôme et était maximal chez les moins diplômés (niveau d’études primaire) (OR = 1,34 [1,15–1,30]). L’effet indirect des expositions professionnelles était important parmi les moins diplômés (OR = 1,22 [1,15–1,30] pour l’amiante et la silice) et les hommes ayant un CAP/BEP (OR = 1,18 [1,12–1,25]). La contribution du tabagisme aux différences sociales d’incidence du cancer du poumon variait de 22 % (10–34) pour les moins diplômés à 31 % (-3–84) pour ceux ayant le baccalauréat. La contribution des expositions professionnelles variait de 15 % (10–20) pour les hommes ayant le baccalauréat à 20 % (13–28) pour ceux ayant un CAP/BEP. Nos résultats soulignent la contribution importante des expositions professionnelles aux inégalités sociales d’incidence du cancer du poumon chez les hommes en France. Pour réduire ces inégalités, des actions de prévention des expositions professionnelles aux cancérigènes sont donc nécessaires, en plus des mesures de lutte antitabac.
Évaluer la relation entre l'exposition professionnelle aux fibres céramiques réfractaires (FCR) et le risque de cancer des voies aérodigestives supérieures (VADS) et du poumon, en analysant les données d'une étude cas-témoins en population, l'étude Icare. Les analyses ont été restreintes aux hommes, soit 1867 cas de cancer des VADS, 2276 cas de cancer du poumon et 2780 témoins. Les sujets ont été interrogés en face à face, à l'aide d'un questionnaire standardisé comportant notamment les caractéristiques sociodémographiques, les consommations de tabac et d'alcool et l'histoire professionnelle complète. Les expositions professionnelles aux FCR et à l'amiante ont été évaluées à l'aide de matrices emplois-expositions. Plusieurs variables d'exposition ont été utilisées (probabilité, durée, exposition cumulée). Les odds ratios (OR) et les intervalles de confiance à 95 % (IC95 %) ont été estimés par régression logistique, avec ajustement sur l'âge, les consommations de tabac et d'alcool et l'exposition à l'amiante. L'exposition professionnelle aux FCR n'est pas significativement associée au risque de cancer des VADS (OR = 0,83 ; IC95 % = 0,64–1,10) ou de cancer du poumon (OR = 0,91 ; IC95 % = 0,72–1,16). Après exclusion des probabilités d'exposition les plus faibles, un OR non significativement augmenté est observé pour le cancer du poumon uniquement (OR = 1,3 ; IC95 % = 0,8–2,2). Aucune relation n'est observée avec l'exposition cumulée. La prise en compte d'un temps de latence de 5, 10 ou 20 ans ne modifie pas les résultats. Il n'y a pas de différence significative entre les sous-localisations de cancer des VADS. L'effet d'une exposition exclusive aux FCR est difficile à évaluer, la quasi-totalité des sujets exposés aux FCR ayant été également exposés à l'amiante. Le risque de cancer des VADS ou du poumon n'est cependant pas plus élevé chez les sujets exposés à la fois à l'amiante et aux FCR que chez les sujets exposés uniquement à l'amiante. Globalement, même si une augmentation modérée du risque ne peut pas être exclue, les résultats ne sont pas en faveur d'une association entre exposition aux FCR et survenue de cancer des VADS ou du poumon.
Aim: Several epidemiological studies have shown that lower body mass index (BMI) is associated with increased risk of lung cancer. However, studies investigating the association between BMI and lung cancer survival are limited. We investigated whether BMI 2 years before interview and BMI at interview is associated with lung cancer survival in the ICARE study (Investigation of occupational and environmental causes of respiratory cancers). Methods: A population-based case-control study was conducted in ten departments of France between 2001 and 2007. Analyses were based on 2,285 lung cancer cases. Data on anthropometric measurements (height, weight 2 years before interview and weight at interview) were collected using standardized questionnaires through face-to-face interviews, and these data were used to calculate BMI 2 years before interview and BMI at interview. BMI (kg/m2), was classified into 4 categories: (<18.5), (18.5-25), (25-30) and (≥30). Cox proportional hazard models were used to estimate the hazard ratios (HR) and corresponding 95 % confidence interval (CI). Models were adjusted for age, gender, area of residence, education level and comprehensive smoking index. BMI (18.5-25 kg/m2) was used as a reference group. Results: Of the 2,285 lung cancer cases that were included in this study, a total of 1,988 subjects died. No significant association was observed between BMI 2 years before interview and lung cancer mortality (Table 1). For BMI at interview and lung cancer mortality, we found a significant positive association among subjects with BMI <18.5 kg/m2, while a significant inverse association was observed among subjects with BMI 25-30 kg/m2 and BMI ≥30 kg/m2 (Table 1).Tabled 1Adjusted hazard ratios for lung cancer mortality according to BMI categories, the ICARE study 2001-2007.Deaths (N)HR (95% CI)BMI 2 years before interview (kg/m2)<18.5560.96 (0.73-1.27)18.5-25891Reference25-306470.98 (0.88-1.09)≥ 302881.00 (0.87-1.14)Missing106-BMI at interview (kg/m2)< 18.51841.39 (1.19-1.64)18.5-251071Reference25-305140.78 (0.70-0.87)≥ 301660.82 (0.69-0.97)Missing53- Open table in a new tab Conclusions: These data suggests that BMI 2 years before interview is not associated with lung cancer mortality. However, lower BMI (<18.5 kg/m2) at interview is associated with increased lung cancer mortality. Disclosure: All authors have declared no conflicts of interest.