
En France, environ un tiers des bacheliers entrant en licence se réorientent pendant leurs études. Ce phénomène est tantôt assimilé à un échec, tantôt à une opportunité de poursuivre des études. Ce travail tente de mesurer l’effet de la réorientation sur la réussite académique à partir d’une enquête à laquelle ont répondu 1 418 étudiants de licence 1 en 2024, dont 223 réorientés. Les résultats montrent que la réorientation n’a pas d’effet moyen significatif sur la moyenne semestrielle, toutes choses égales par ailleurs. Toutefois, l’effet est négatif pour ceux qui proviennent de formations technologiques, et positif pour ceux qui proviennent des formations d’élites.
Dans un contexte d’entrée sélective en master, la mobilité d’établissement est désormais stratégique ou contrainte face à l’inégale répartition de l’offre. En mobilisant une typologie des établissements, des modèles logistiques et des pseudo-corrélations partielles, ce travail vise à identifier les déterminants individuels et d’établissement qui ont le poids statistique le plus important sur la réalisation d’une mobilité. L’étude mobilise les données SISE pour les étudiants diplômés d’une licence qui s’inscrivent en master en France. Elle met en évidence que pour l’explication de la mobilité, les variables qui ont le plus d’influence sont celles des établissements et celles du parcours académique.
Les parcours d’études en France restent encore aujourd’hui très marqués par un modèle linéaire. Pourtant une relative délinéarisation semble s’être engagée, observable à la fois par l’augmentation des interruptions temporaires d’études et par l’institutionnalisation en 2015 de la césure. S’intéressant aux jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2017 à partir des données Génération, ce travail vise à quantifier et caractériser les interruptions temporaires en cours d’études, puis à mesurer leurs effets sur l’insertion professionnelle. Il en ressort que la norme de linéarité reste en vigueur en France, où le marché du travail dévalorise globalement les parcours d’études discontinus. Seules les pauses « justifiées » procurent un avantage, et pour les publics les mieux dotés.
Face au fait social d’« évaporation étudiante », notamment en première année de licence, les universités ont multiplié les dispositifs de remédiation. Les projets Nouveaux cursus à l’université, financés dans le cadre d’un programme d’investissement d’avenir, visent à améliorer les taux de réussite étudiante, par la mise en place de l’approche par compétences, impliquant une transformation à la fois pédagogique et organisationnelle du premier cycle. À partir d’une enquête par entretiens, cet article analyse le processus d’institutionnalisation de celle-ci, ses conditions d’émergence, les tensions qu’elle suscite, ainsi que les recompositions du travail enseignant qu’elle induit.
Les choix d’études ne relèvent pas d’un simple calcul individuel : ils s’inscrivent dans un univers de représentations, d’aspirations et de contraintes qui diffèrent selon le genre. Attentes contrastées, rapport au risque et à la rémunération, visions de l’avenir professionnel : autant d’éléments qui façonnent de manière différenciée les trajectoires des filles et des garçons. Mais qu’en est-il du prestige social des professions ? Son pouvoir d’attraction s’exerce-t-il avec la même intensité sur les unes et les autres ? Le phénomène de substitution entre filières prestigieuses, notamment entre droit et médecine, obéit-il à une logique sexuée ? Et le numerus clausus, en régulant l’accès à la sphère médicale, agit-il également comme un révélateur des écarts d’ambition ?
Mobilisant les données de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) dans une perspective longitudinale, cet article s’efforce d’abord de répondre à des questions clés : l’émergence de l’économie marocaine repose-t-elle sur une dynamique du secteur formel susceptible de déjouer les risques d’attentisme et de blocage attachés à la figure de l’« économie de marché segmentée » dont relèverait ce pays du Maghreb ? Plus précisément, quelles places tiennent respectivement les entreprises nouvellement créées et celles déjà en place dans le développement et le renouvellement de l’emploi ? Les réponses à ces questions prennent en compte deux dimensions cruciales : la taille des entreprises et le genre de l’emploi. Ensuite, il s’agit de rendre compte des spécificités des dynamiques sectorielles afin de mettre à l’épreuve des approches avançant que les créations d’emplois sont concentrées dans des secteurs à faibles gains de productivité comme la construction et l’hôtellerie-restauration en raison d’une industrialisation entravée.
Cet article s’efforce de déterminer dans quelle mesure l’hypothèse de la segmentation du marché du travail s’applique au salariat marocain. Dans cette perspective, en ayant rappelé quelle est la problématique de la segmentation et de ses tests à partir de fonctions de gains, il réexamine cette dernière au regard des spécificités d’une économie en voie de développement avant de formuler un test de segmentation a posteriori relatif à la distribution des salaires. C’est ainsi qu’est identifié un marché du travail structuré autour de trois segments : formel, informel précaire et informel rémunérateur. Enfin, il s’agit de savoir si travailler dans l’informel résulte d’un choix ou d’une contrainte.
A partir de l’exploitation de l’enquête panel ONMT-CIDE 2022 auprès d’un échantillon représentatif des entreprises du secteur formel marocain, sont mises en évidence les compétences techniques ou comportementales recherchées par les employeurs lors des recrutements et la place qu’ils accordent à la détention d’un diplôme. Des différenciations importantes se font jour selon notamment le niveau de qualification des emplois visés et selon les familles de métiers considérés.
Sachant que la segmentation du marché du travail marocain se manifeste notamment par la prédominance de l’emploi informel précaire au sein du salariat, la mobilité professionnelle recouvre des enjeux économiques et sociaux d’autant plus cruciaux. Grâce à la mobilisation inédite de deux panels d’individus (l’un mobilisant l’enquête sur l’emploi du Haut-Commissariat au Plan, l’autre le panel des ménages de l’Observatoire national du développement humain), cet article rend compte des mobilités professionnelles, en particulier entre l’emploi informel précaire et des emplois ouvrant droit à la protection sociale. Prenant en considération les transitions vers et depuis le chômage et l’inactivité, il identifie notamment les facteurs qui entravent de tels passages, en particulier pour les hommes, une insertion initiale sur un emploi précaire, pour les femmes, la rareté des emplois décents accessibles, ce qui les conduit à privilégier l’inactivité. À l’inverse, les niveaux supérieurs de formation professionnelle favorisent l’accès aux emplois décents.
L’exploitation de l’enquête auprès d’un échantillon représentatif des entreprises du secteur formel marocain permet de dessiner un large panorama de la diversité des structures de l’emploi et des modes de gestion des recrutements comme des sorties des entreprises. Il témoigne notamment de pratiques différenciées au regard du degré de formalisation de l’emploi selon le secteur d’activité, la taille des entreprises et la qualification des emplois. Cela conduit à l’élaboration d’une typologie d’entreprises au regard de la qualité des emplois et de leurs modes de gestion de la main d’œuvre.
L’exploitation de l’enquête auprès d’un échantillon représentatif des entreprises du secteur formel marocain montre que le recours à la formation continue de leur personnel est en moyenne très limité et faiblement outillé. De fortes inégalités se font jour, au bénéfice des grandes entreprises et des personnels les plus qualifiés. Ce sont les entreprises qui s’inscrivent dans une logique de marché interne de l’emploi et dans une stratégie économique dynamique qui sont aussi les plus formatrices. Ces résultats attestent des faiblesses structurelles d’un dispositif institutionnel censé favoriser un développement de la formation continue plus intense, plus qualifiant et plus égalitaire.
En France, dans le contexte de lutte contre le décrochage scolaire, on assiste à une multiplication de l’institutionnalisation de parcours scolaires individualisés, qui dérogent, au moins en partie, aux règles d’une scolarité ordinaire au sein des lycées (respecter son emploi du temps, venir et rester en cours, être ponctuel·le, etc.). La question se pose alors de savoir de quelle manière ces scolarités individualisées s’articulent avec la gestion de groupes, en particulier du côté des enseignant·es qui interviennent essentiellement face à des groupes d’élèves. L’article propose ainsi d’analyser comment les professionnel·les de lycée fabriquent ces scolarités individualisées pour ce qu’ils et elles appellent des « cas d’élève », et comment ces régimes spéciaux de scolarité contribuent à leur tour à fabriquer les professionnel·les, notamment enseignant·es. Intensifiant le travail individuel et de coordination, la fabrique de régimes spéciaux de scolarité repose en grande partie sur la capacité d’ajustement et d’absorption des aléas du quotidien par les agents scolaires. Elle repose également sur leurs stratégies de gestion voire leur travail de justification de l’existence de régimes spéciaux, au risque de compromettre l’ordre des interactions dans la classe.
Pour éclairer le processus de fabrication des conseiller·e principal·e d’éducation, cet article identifie les dispositions demandées aux aspirant·es lors du concours externe de recrutement. Ce dernier fonctionne en effet comme une institution de régulation des aspirations individuelles en filtrant celles et ceux qui ont les manières d’être, de penser et d’agir ajustées à la définition institutionnelle du métier, participant dès lors à la fabrique du groupe professionnel. L’article montre que cette définition institutionnelle cible des attendus tout à la fois explicites et implicites que nous avons pu organiser sous la forme d’une typologie de savoirs qui ont en commun de tous renvoyer aux produits du mode scolaire de socialisation : la maîtrise de savoirs scolaires, un rapport réflexif aux situations pratiques, un sens politique de l’institution et une déférence. Nous montrons alors que le concours sélectionne celles et ceux qui donnent à voir, de différentes manières, les produits de la socialisation scolaire et qui ne se recrutent pas au hasard dans l’espace social, dans la mesure où ce sont majoritairement des femmes et des personnes issues des classes populaires et ayant été socialisées aux métiers éducatifs.
Dans un contexte de renforcement des politiques visant la « participation des jeunes », les animatrices et animateurs jeunesse sont chargés d’accompagner les « projets de jeunes ». L’enquête par entretiens sur laquelle s’appuie cet article montre que le métier consiste à tenir à distance ces prescriptions institutionnelles et à développer des stratégies dont l’enjeu est la fréquentation des locaux. C’est dans cette tension qu’émerge le sens du métier à travers l’appropriation de registres à partir desquels ils et elles donnent sens au métier.
Cet article propose de revenir sur les fonctions et les usages de la « réflexivité » chez les travailleurs sociaux et travailleuses sociales. Parmi celles-ci et ceux-ci, on cible ici les éducatrices et éducateurs confronté·es à des jeunes en « très grande difficulté ». Largement encouragé par les politiques publiques de formation comme fondement de leur professionnalité, à travers la figure idéale du « praticien réflexif », cet aspect a peu été analysé dans la pratique. Même si la réflexivité a d’ores et déjà été traitée par une littérature professionnelle et scientifique profuse, la vision qu’en ont les travailleur·ses sociaux·les aux prises avec le réel du travail a été souvent invisibilisée. Cet article revient donc sur la manière dont des travailleurs·ses sociaux·les de la protection de l’enfance s’approprient cette injonction à la réflexivité, ce qu’ils en font et ce qu’ils en disent dans un contexte de travail dégradé marqué par l’urgence sociale et la précarisation du travail.
L’article propose une mesure de la correspondance entre domaine de formation et d’emploi pour les diplômés de la formation professionnelle au Maroc ainsi que son effet croisé avec le déclassement sur l’accès à l’emploi. L’absence de correspondance, trois ans après le diplôme, apparaît modérément fréquente : elle concerne un diplômé sur quatre, avec une forte variation selon le domaine de formation. Ainsi, le marché du travail marocain s’ajuste par une faible qualité des emplois et des salaires plutôt que par le déclassement ou le désajustement des compétences. Les primo-mobilités sont majoritairement liées à une recherche d’un autre emploi mieux rémunéré, puisque plus de la moitié des diplômés occupant un emploi en recherchent un autre, en premier lieu pour être mieux payés.
Cet article s’intéresse aux dynamiques de trajectoire des jeunes marocains, dans une économie fortement marquée par l’emploi informel. Les trajectoires des jeunes hommes et femmes y sont profondément différenciées ; les uns, par l’éducation et un contexte familial favorables accèdent à des emplois formels, tandis que pour la majorité des jeunes femmes, les trajectoires sont marquées par l’inactivité. Pour elles, un niveau d’éducation secondaire ou supérieur peine à leur permettre d’accéder à l’emploi. Pour les jeunes Marocains, à l’issue de leurs études, la première situation professionnelle, voire les suivantes, est déterminante des statuts durant les années ultérieures, illustrant une forte segmentation du marché du travail.
Malgré la généralisation de l’éducation au Maroc, le décrochage scolaire reste un enjeu socio-économique important. Cet article identifie les facteurs sociodémographiques qui augmentent le risque de décrochage. Toutefois son objectif principal est de contribuer à la mesure de son impact sur l’insertion professionnelle. Le décrochage précoce enferme les jeunes dans des trajectoires dominées par l’inactivité, et ensuite, chaque palier scolaire franchi améliore les perspectives. Les emplois précaires ont cependant une trace durable sur la suite des parcours.