
Cet article propose une analyse de l’usage récurrent du terme « feeling » par les jeunes adultes dans le contexte des rencontres en ligne, notamment sur Tinder , à travers des entretiens cliniques de recherche. Ainsi, nous mettons en lumière les enjeux psychiques sous-jacents à cette expression dans un environnement hypermoderne. L’analyse révèle que le « feeling » semble fonctionner comme substitut à l’absence de contact physique inhérente aux rencontres en ligne. Il apparaît comme une tentative de recréer un accordage affectif et social numérique. Les principales conclusions de notre recherche indiquent que le « feeling » semble s’intégrer aux huit fonctions du Moi-peau d’Anzieu. Dans une société hypermoderne où l’expérience de la solitude est prégnante, les jeunes adultes chercheraient à construire une peau-psychique commune virtuelle. Cette dynamique serait gage pour les jeunes adultes de sécurité dans l’établissement d’une relation amoureuse potentielle. Le « feeling » apparaît comme un mécanisme adaptatif face aux défis relationnels contemporains, offrant un espace contenant et sécurisant pour s’autoriser à rencontrer l’autre.
L’article explore les intersections entre psychanalyse, colonialité et racialité, questionnant la résistance historique de la psychanalyse à aborder les effets du racisme et de la colonialité dans la constitution du sujet moderne. L’analyse s’appuie sur les critiques de Frantz Fanon et élargit le débat avec les contributions d’auteurs décoloniaux tels qu’Aníbal Quijano et María Lugones. Le texte propose une réflexion sur la limitation eurocentrée de la psychanalyse classique, qui, en mettant l’accent sur la différence sexuelle, néglige la dimension raciale dans la formation subjective. Il souligne également comment les discours coloniaux ont instauré un régime de pouvoir qui a naturalisé les hiérarchies raciales et de genre, perpétuant des inégalités symboliques et matérielles. De plus, il suggère une nécessaire révision épistémologique de la psychanalyse à la lumière des critiques décoloniales, pour inclure la catégorie de race comme élément central dans la compréhension des dynamiques subjectives contemporaines. La proposition est d’avancer vers une psychanalyse engagée dans l’écoute des effets de la colonialité, en élargissant son potentiel critique et intervenant dans des contextes marqués par des inégalités historiques et structurelles.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche doctorale sur la domination féminine dans le BDSM hétérosexuel (Lugand, 2017), prolongée par la publication d’un ouvrage en 2023 (Lugand, 2023). Il examine les défis éthiques et méthodologiques liés à l’immersion sur le terrain, notamment dans des salons de domination à Berlin et dans le Brandebourg, où la chercheuse est confrontée aux stigmates associés au travail sexuel et aux marges de reconnaissance académique. S’appuyant sur la psychologie sociale, la psychanalyse et les études de genre, l’article analyse comment la panique morale et les affects intenses influencent la production de connaissance et la relation chercheuse-enquêtée. Il discute également des limites des modèles classiques de consentement, de la gestion des risques émotionnels et de l’impact de ces enjeux sur la structuration et l’encadrement de la thèse. L’article invite à repenser la recherche immersive sur les sexualités marginales en conciliant rigueur scientifique, expérience affective et exigences éthiques.
Cet ouvrage sur l’urophilie est le premier à faire une recension historique et systématique de cette problématique, en proposant une revue de son traitement par la littérature scientifique, ancienne et actuelle, dans les trois grandes disciplines qui composent le « champ psy » : la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. L’objectif de David Muhlmann, psychologue clinicien et psychanalyste, est d’en montrer les enjeux théorico-cliniques, particulièrement pour la psychanalyse, et d’offrir au clinicien des points de repère.
Nous proposons la formalisation d’un récit caché dans les protocoles au T.A.T. que nous nommons : la planche cachée . Pour cela, nous articulons une conception psychanalytique à l’analyse structurale des récits, en nous appuyant sur les concepts de diégèse et de synchronie (en opposition à la mimèse et la diachronie). Cela permet de considérer que tout récit au T.A.T. est une tri-partition composée d’une Situation Initiale, d’une Complication et d’une Résolution. Notre hypothèse consiste à faire de la Complication une modalité narrative de la figuration (ou dramatisation) du conflit psychique du sujet. Il en découle une isomorphie entre imagos et actants (figures), entre objets et éléments, entre désirs et actions romanesques. La dynamique transférentielle entre narrateur et destinataire s’avère décisive pour la construction et l’analyse de la planche cachée. Un protocole est présenté pour définir les trois étapes de la planche cachée : l’extraction d’une Complication pour chaque récit à chacune des planches (soit 16 Complications pour la passation française) ; la mise en série de toutes les Complications dans l’ordre de la passation ; la lecture, l’analyse et l’interprétation de la planche cachée. Nous proposons que la planche cachée constitue une ressource méthodologique rigoureuse pour le repérage de l’inconscient, ainsi que du transfert et de sa structure, ouvrant des voies singulières pour travailler les méthodes projectives dans le champ de la recherche en psychanalyse.