
L’« Hommage rendu à Lewis Carroll » que Lacan prononce sur France Culture en 1966 résonne avec ses références antérieures et ultérieures à l’œuvre littéraire de l’auteur, plus particulièrement à Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir et de ce qu’Alice y trouva . En suivant le cheminement de ces références, mais également en s’intéressant à l’œuvre elle-même et à ses extensions (dont le commentaire de Lacan fait partie), il est possible de constater un déplacement autour des questions afférentes au sens déterminé ou non par le phallus, à la lettre, et à la sublimation, questions qui occupent également Lacan dans son « Hommage fait à Marguerite Duras du ravissement de Lol V. Stein » un an avant l’« Hommage rendu à Lewis Carroll » . Nous nous intéresserons à deux questions posées par Lacan dans son hommage : Quel est l’« objet absolu » qu’incarne la petite fille dans l’œuvre de Lewis Carroll ? Et comment cette dernière nous atteint-elle ?, en montrant que ces questions se répondent entre elles via la fonction de la lettre.
Dans le quadripode accueillant, dans un quadrillage rigoureux, les termes et les places qui permettent d’écrire le lieu de la structure du discours, je souhaiterais m’arrêter sur la double barre de disjonction entre la place de la vérité et la place de la production comme source d’indiscipline. Ce lieu qui empêche le ronron est propice à la trouvaille. Je ferai l’hypothèse que s’écrit là le grain de poésie qui permet à Lacan d’insérer dans la structure le point même qui lui échappe. Ce trou qui hante tout discours, témoin de ce qui est impossible à écrire, pourrait-on l’appeler « l’anomalie » ? Je me référerai à l’ouvrage éponyme d’Hervé Le Tellier et aux travaux de l’historien italien Carlo Ginzburg.
Si le discours de l’analyste est « initié » par le discours du maître, comme l’affirme Lacan, quelles sont les implications pour la psychanalyse lorsque le discours du maître est transformé en discours du capitaliste ? Qu’est-ce que le discours du capitaliste « initie » ? Comment la psychanalyse peut-elle répondre aux effets du discours du capitaliste ? La correspondance entre Edward Bernays et son oncle Sigmund Freud témoigne de la rencontre de la psychanalyse avec le discours du capitaliste dans les années 1920, tout comme la décision de Lacan d’apparaître à la télévision dans la seconde moitié du siècle. Peut-être ces deux moments de l’histoire de la rencontre de ces deux discours peuvent-ils éclairer la manière dont la psychanalyse peut répondre au discours du capitaliste, qui fonctionne si bien selon Lacan, sans être « plus couillonné » !
La théorie des quatre discours est fondée sur la dislocation du sujet cartésien : « ou je ne pense pas ou je ne suis pas ». Cette disjonction rend compte de la mise en avant par Lacan du discours sans parole , qui vaut comme la structure de tout discours. En lui se joue la répartition des quatre places, où peut s’inscrire la parole comme jouissance. Mais les quatre places du semblant, de la vérité, de la jouissance et du plus-de-jouir restent fondamentalement équivoques, impliquant pour chacun des quatre discours un triple destin possible : sa dégénérescence en un faux discours (le discours du maître dégénérant en discours capitaliste, par exemple), sa stabilisation dans un autre discours (le discours du maître se stabilisant dans le discours universitaire, par exemple), sa dynamisation dans un autre discours (le discours du maître dynamisé dans le discours hystérique, par exemple). La honte des faux discours et de la stabilisation discursive ouvre la pureté du Non-Être, par lequel les discours peuvent entrer dans le mouvement de jouissance et de plus-de-jouir, qui ne cesse de créer et d’inventer.
Dans la ronde des quatre discours, le discours appelé « universitaire » fait « embarras ». D’abord un embarras d’écriture quand il s’agit de le nommer et d’identifier ce qu’il place en position dominante. Cet embarras a sa source dans une double inscription dans le réel : – discours de l’Université d’une part, et Lacan est amené à déterminer la fonction de l’Université comme telle ; – d’autre part, discours capitaliste (soviétique ou non), fondé dans la plus-value, et servant de point d’appui à la science, qui en retour constitue sa force. De sorte que Lacan doit élucider ce qui fait un nouvel embarras , dans le réel pratique, celui-là, par la complexe intrication entre le discours capitaliste, en lui-même anarchique, la forme étatique libérale ou soviétique et le discours de la science, nœud où le savoir règne tyranniquement à une nouvelle place et sous une forme nouvelle. Cette forme modernisée du discours du maître se reconnaît à ses effets ravageurs. Au terme du parcours surgit, à peine évoquée et non sans ironie, une nouvelle écriture du discours capitaliste, cachée jusque-là, où la structure vectorielle du discours est radicalement détruite.
De mai à octobre 1883, Freud effectue son premier semestre d’internat à l’hôpital général de Vienne, dans le service du professeur Theodor Meynert. Recommandé par Ernst Brücke, il accède d’emblée au laboratoire d’anatomie cérébrale qui vient d’ouvrir ses portes au sein du service. Albrecht Hirschmüller a mis à notre disposition depuis 1991 l’ensemble des observations rédigées de la main du jeune interne, nous en reproduisons quelques-unes.
Il s’agit de tenter de considérer l’usage du semblant dans le champ de la psychanalyse tel que Lacan l’a introduit comme nom de place dans les quatre discours, sans se laisser entraîner dans les confusions induites par un « faire semblant ». Des références antérieures à l’écriture des discours (son articulation avec la vérité et la jouissance, ou la référence aux météores) ont permis de faire ressortir la fonction nommante du semblant par effet retour de la lettre qui l’occupe en tant que place.
À partir du colloque de Chengdu (2010) sur La nature de l’être parlant , nous retraçons le cheminement de Lacan dans sa définition de la nature humaine. Avec lui, nous examinons en quoi le chien, bien qu’il puisse « parler », selon certaines acceptions, demeure exclu du langage tel que Lacan le conçoit. Cette réflexion s’inscrit dans un dialogue avec la pensée chinoise, et plus particulièrement avec Mencius.
Ce sont des formules qui s’adressent en premier lieu aux psychanalystes, pour servir non pas de prêt-à-porter à l’interprétation du discours analysant, mais de repères pour eux-mêmes par rapport à la place qu’ils (les psychanalystes) occupent dans leur pratique, en intension autant qu’en extension, les deux étant inséparables. L’article tente d’expliquer (c’est-à-dire de « déplier ») une partie de leur « ossature », composée de lettres, de lieux, de circuits dans une structure tétraédrique amputée d’une arête. Dans leur ensemble, on peut les considérer comme une nouvelle métaphore du sujet désirant, ce qui les rend aptes à incarner le désir de l’analyste, dont la métonymie la plus extrême, selon Lacan, est celle de « manger le livre ».