
À partir du cas luxembourgeois, marqué par des salaires parmi les plus élevés d’Europe et un recours structurel à la main-d’œuvre frontalière, cet article propose une relecture territorialisée du capital humain. L’étude suit sur trente mois les trajectoires professionnelles de 1 591 diplômés de master de l’Université de Lorraine, en comparant ceux qui accèdent au marché luxembourgeois à ceux qui restent en France. En mobilisant un modèle à régime endogène, nous trouvons que l’insertion au Luxembourg s’accompagne d’une prime salariale substantielle. Une fois ce marché intégré, l’ampleur du gain obéit à des logiques différentes de celles qui en conditionnaient l’accès.
À partir du cas des infirmières exerçant en équipes ressources régionales de soins palliatifs pédiatriques, cet article examine les stratégies de préservation professionnelle et les « mobilités discrètes » que représentent les postes hospitaliers en retrait des soins techniques. Sur la base d’entretiens et d’observations, nous distinguons deux générations de professionnelles en fonction de leur contexte d’exercice. L’article interroge les conditions sociales d’accès à un poste atypique, requérant des dispositions à l’autonomie clinique et organisationnelle. Il est envisagé comme une mobilité sociale horizontale capitalisant sur la « montée en légitimité » permise par la formation continue.
L’enseignement supérieur privé à but lucratif a fait l’objet de peu de travaux en sciences sociales alors même qu’il connaît un essor considérable, parallèlement à celui que connaît la formation par apprentissage depuis 2018, avec plus d’un million d’apprentis. À travers des données statistiques issues d’un questionnaire et une enquête de terrain au sein d’une école de commerce spécialisée dans l’apprentissage et délivrant des diplômes RNCP (« mastères », « bachelors »…), cet article contribue à expliquer l’orientation accrue de jeunes alternants vers le secteur privé lucratif, et décrit la façon dont l’établissement enquêté « neutralise » les enjeux et les normes académiques traditionnelles et ajuste son offre de formation aux dispositions de son public, pour laquelle cet établissement apparaît comme un espace de réorientation et de reclassement.
Cet article analyse un dispositif d’orientation scolaire et professionnelle déployé dans la filière navale et nautique. À partir du cadre de l’économie des conventions et d’une enquête mixte menée auprès d’acteurs industriels, éducatifs, institutionnels et de collégien·nes, il examine l’articulation entre conventions marchande, académique, professionnelle et universelle. L’étude met en évidence des tensions entre logique d’adéquation formation-emploi, défense du savoir scolaire et souci d’égalité des parcours. Elle montre toutefois que ces tensions n’excluent ni des formes de coordination pragmatiques ni des hybridations entre acteurs, tout en interrogeant les conditions de compromis durables.